ISENGAR Wrote:Signalé par Druss sur Tolkiendil, un débat intéressant, au ton plutôt juste, sur BFMTV.com (en présence d'Anne Besson) :
https://www.bfmtv.com/tech/replay-emissi...90689.html
Merci pour le lien, JR. :-)
La discussion est intéressante effectivement.
Rappeler, comme cela est fait d'emblée, que cette série Amazon est, pour l'heure, la plus chère de l'histoire (avec son coût de plus d'un milliard de dollars US), n'est pas inutile pour ne pas oublier l'ambition énorme supposée animer ce projet, censé durer cinq saisons...
Les moments de “fan service” parsemant les épisodes n'ont pas manqué d'être soulignés, et à cette aune, je note qu'Anne n'a pas aimé ni l'introduction de Tom Bombadil dans l'histoire, ni le traitement du personnage dans cette série. ;-) En revanche, elle trouve positif la présentation qui est faite des orques comme n'étant pas qu'une masse de « méchants » indistincte, mais comme étant au contraire un peuple ayant une autonomie d'existence et de choix, ce qui tend à constituer une liberté prise par rapport à la vision originelle de Tolkien : question intéressante en soi, dont j'avais dit quelques mots ici précédemment.
En tout cas, entre “fan service” et création inédite (contrainte par les limites des droits d'exploitation) pour attirer le maximum de spectateurs et leur plaire, je constate que ce qui est reproché aux auteurs de la série, c'est de cultiver un entre-deux difficile à bien gérer, pour reprendre les mots d'Anne, et donc au fond de vouloir faire... du « En même temps » à la Macron ! ;-)
Ce qui est sûr, et il est toujours utile de le rappeler comme cela a été fait, par Anne là encore, c'est que les tolkienophiles des forums/fora où l'on décortique les textes de l'écrivain ne sont pas la base du public visé...
Je note que les remarques faites, dans cette émission, à propos de références tolkieniennes ou jacksoniennes présentes dans la série, semblent rejoindre plus ou moins le constat fait par Mairon en matière de « dérivation » :
Mairon Wrote:On trouve cet aspect dans The Rings of Power notamment du côté de l'intrigue concernant Gandalf, avec les citations extraites de LoTR (plus par l'intermédiaire des films que par celui des livres, parfois) placées dans la bouche de Gandalf voire de Tom Bombadil.
[séparation]
Mairon Wrote:On peut effectivement trouver des rappels sur le caractère très fan-fictionnel de la série.
Ce que je vois moins, dans tous les discours qui concernent la série, c'est une réflexion plus fondamentale sur les différences essentielles de nature, par exemple, entre ce que propose Tolkien en matière de rapport à la fiction / à un monde imaginaire / au merveilleux (etc.) et ce que propose, par exemple, cette série.
Une réflexion concernant la Faërie telle que conçue par Tolkien, par exemple, vis-à-vis de l'imaginaire promu par les showrunners ? Effectivement, cela ne court pas les rues, mais sans doute n'est-ce pas nouveau et à cette aune, quelque part, on en revient, comme cela a déjà pu être dit, à une situation qui existait en fait déjà à l'époque des trilogies de PJ...
Mairon Wrote:Concernant les lectures des jeunes : c'est un âge où il est encore possible de jouer sur les pratiques, il me semble, notamment par rapport à des enfants qui ne sont pas dans des familles gagnées par l'omniprésence des écrans...
Oui, en effet.
Les enfants commencent par imiter : s'il y a des livres à la maison, et qu'ils voient des adultes les lire, c'est une incitation à pratiquer eux-mêmes la lecture et à réclamer des livres. Le collégien de 6e dont j'ai parlé précédemment m'a demandé lundi dernier, comme escompté, le Retour du Roi pour finir sa lecture du SdA, et plus généralement, je me retrouve, ces jours-ci, à parler régulièrement aux élèves de livres de fiction et de leurs adaptations audiovisuelles, dans le contexte d'initiation documentaire que j'ai évoqué : au-delà même du cadre enseignant, c'est un sujet qu'ils aiment bien aborder, et même si Tolkien est loin d'être la seule référence citée, je n'ai pas de difficulté à le mentionner régulièrement dans les échanges, car l'univers de la Terre du Milieu est à peu près aussi connu que ceux d'Harry Potter, d'Hunger Games, d'Eragon, ou de mangas à succès comme One Piece, autant de références – qui pourtant commencent toutes à dater un peu, mine de rien, quant à leur création initiale – que les jeunes évoquent très facilement, qu'il s'agissent des livres ou des productions audiovisuelles qui en découlent. Une élève de 4e m'a dit ce jeudi qu'elle avait lu le Hobbit en CM2, et qu'elle avait vu plus tard la deuxième trilogie de PJ, avant de revenir au roman pour se rappeler de ce qu'elle avait lu tant les différences étaient grandes : elle est d'accord avec moi pour dire que le livre est meilleur que les films... ;-)
Mairon Wrote:Pour moi, la relation Galadriel/Halbrand reprend des marqueurs de la pop culture actuelle et de la new romance en vogue, plus sur le mode de la possibilité que de l'actualisation complète (l'idée est de favoriser le shipping des personnages dans le scénario même puis de laisser les "fans" utiliser leur imagination pour travailler sur des scénarios alternatifs).
Oui, le genre dit de la new romance est en effet assez représentatif de la tendance actuelle en matière de goûts fictionnels. J'ai parlé précédemment de collégiens pour ce qui concerne le présent, mais il y a un an, c'était à un public de lycéens que j'avais affaire, et il était notamment demandeur de ce genre de littérature, dont les origines sont notamment numériques et fan-fictionnelles – on oublie parfois que Cinquante nuances de Grey fut à l'origine une « simple » fan-fiction dérivée de Twilight ! –, un genre représenté notamment en France par des autrices comme Morgane Moncomble, dont parle cet article de Franceinfo :
https://www.francetvinfo.fr/culture/livr...67226.html
Dans le cas de la série Amazon, on en reste effectivement à la simple possibilité amoureuse entre Galadriel et Sauron (moyennant un aménagement scénaristique s'émancipant largement de Tolkien), d'une part sans doute pour mieux faire gamberger le public, mais peut-être aussi parce que la Terre du Milieu ne semble pas forcément apparaître, spontanément en soi, comme le terrain de jeu tout indiqué pour une intrigue amoureuse « BDSM ultra-soft » de type Cinquante nuances..., du moins pour la plus large part du public visé. Bon, je reconnais prendre là un exemple assez particulier, qui bien qu'en partie fondateur n'est pas en soi et à lui seul représentatif de l'ensemble du genre new romance... ;-) Mais bref, la recette est en tout cas adaptée au type de récit (ici de fantasy tolkienienne), avec une prise de risque minimale, et toujours un souci de coller au mieux à l'air du temps.
Peace and Love,
B. [small](qui n'a pas encore « fini ses devoirs » concernant un certain fuseau musical... mais ça avance...)[/small]

