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Une "amazon" chez Le Seigneur des Anneaux
Merci pour ton message, Hyarion. Attention, je traite de points liés à la fin de la saison 2 dans ce qui suit !
[espacement]Concernant le fan service, je trouve qu'il n'est pas inintéressant de s'arrêter sur cette notion, qui verse en réalité parfois dans le fan disservice : la réception des procédés qu'on inclut dans ce concept est loin d'être univoque. Parfois, ce sont des éléments qui plaisent plutôt au grand public mais qui irritent les passionnés. Il est vrai, du reste, qu'il n'existe pas qu'une sorte de passionnés. Si je pense à un autre univers de fiction, celui de Star Wars, il y a bel et bien des gens qui se pâment devant des easter eggs, sans trop saisir à quel point le caractère dérivatif (scénaristiquement parlant) de l'épisode VII par exemple peut en réalité nuire à la saga (ne parlons pas de l'épisode IX, la cerise sur le gâteau en matière de destruction de l'aspect relativement vraisemblable de cet univers vu l'évolution du scénario), mais il y en d'autres qui réprouvent ces facilités.
[espacement]Je trouve que la série a essayé de faire quelque chose des orques, même si elle semble être allée un peu trop loin par rapport à ce qu'on pouvait trouver chez Tolkien dans LoTR : l'état normal des orques, en l'absence d'un Seigneur des ténèbres, c'est le clanisme et la division, mais l'existence d'Adar dans la série empêche cette possibilité et crée une situation assez baroque. On a donc une sorte de nation orquienne qui voudrait être indépendante de Sauron, mais qui révère Adar comme une sorte de chef, avec tout de même de l'ambivalence qui est présentée en ce qui concerne leurs réactions aux sacrifices qu'il leur demande de faire pour vaincre Sauron en saison 2. Mais à partir de là, il y a plusieurs problèmes : les deux facettes des orques, celle attendue (l'orque sans pitié et belliqueux qui tue le cheval d'Elrond, les actions des orques durant le siège, etc.) et celle que la série veut mettre en place (des orques qui veulent protéger leurs familles, qui font des funérailles pour leurs morts), paraissent difficilement conciliables à l'écran. On rencontre le même problème de cohérence sur la durée en ce qui concerne le personnage d'Adar et ses actions, et la façon dont Galadriel traite son ennemi-allié de circonstance : tout cela n'a de sens que dans le feu de l'action (et encore), mais dès lors qu'on y réfléchit un peu, ça ne tient pas la route. C'est lié au choix fondamental du scénario concernant Annatar/Sauron, qui ne doit pas être découvert avant tel moment par Celebrimbor. D'où cette scène qui m'a fait rire, où les Elfes découvrent, peu avant le siège, l'un des leurs tué aux abords de la cité, avec un message écrit sur son pauvre corps : "où est-il ?". Adar sait que Sauron est dans la ville, qu'il va assiéger pour cette raison, mais le scénario interdit qu'il désigne nommément Sauron, sinon les Elfes seraient au courant que le méchant est parmi eux : on a ainsi une situation assez comique et inouïe où la nécessité narrative rend impossible toute forme de raisonnement et chez les envahisseurs (qui devraient avoir envoyé le message "Livrez-nous Sauron ou on vous extermine !"), et chez les assiégés (à la rigueur, ça peut se comprendre puisqu'ils ont parmi eux un maître de l'illusion, qui a peut-être usé de son pouvoir pour masquer le fait que les orques ont campé à 2 kilomètres de la ville pendant un certain temps avant le siège - je préfère voir les choses ainsi). Pour revenir à Galadriel et Adar, l'idée est compréhensible et optimiste : il pourrait y avoir une paix en décidant de laisser les orques gagner le Mordor et y rester, et paf, Sauron surgit, qui détruit cette possibilité pacifique. Mais entendre ce discours alors qu'Adar vient de détruire la ville et que Galadriel elle-même se présente comme une pourfendeuse d'orques... cela n'est guère vraisemblable.
[espacement]J'ai trouvé les intervenants de l'émission sur BFMTV presque un peu gentils dans leurs jugements, même si Anne Besson a terminé, si mon souvenir est bon, par rappeler qu'il faudrait que le scénario s'améliore. Je suis d'accord avec certaines bonnes impressions : par exemple, celle de la vitalité de la scène du marché nain à Khazad-Dûm. Mais aussi gêné que les intervenants par rapport à l'impression de manque de figurants et de vide, et surpris par cette situation vu le budget de la série. En discutant sur un tout autre forum de cet aspect, j'ai utilisé l'image de la bataille climatérique... qui ressemble en réalité à une baston entre quelques dizaines de personnes venant de villages rivaux. C'était le cas dans la première saison, où l'enjeu de la bataille des Southlands (si mal nommées...) était le contrôle de quelques petits villages isolés. Mais voir cet aspect aussi dans le cadre de la bataille de l'Eregion m'a semblé surprenant : Adar évoquant des "légions" d'orques alors qu'il n'y a jamais à l'écran l'équivalent d'une seule légion romaine en termes d'effectifs, c'est assez cocasse. Les défenseurs de la ville eux-mêmes ne semblaient guère dépasser la centaine de soldats, et si l'on montrait des civils désemparés (tournoyant frénétiquement pendant des heures dans la ville alors qu'ils auraient pu se réfugier dans les hauteurs non visées par les trébuchets !), ils n'étaient jamais guère nombreux... d'où l'impression de ridicule et d'écart lors de la dernière scène de l'épisode, dans mon expérience : il ne reste que quelques dizaines de survivants de l'Eregion, à l'écran, mais ce n'est pas l'impression que donne la musique épique de Bear McCreary. De la même façon (cela a été souligné dans l'émission, je suis bien content de voir que je ne suis pas le seul à l'avoir perçu), dans la saison 1, Bear McCreary accompagnait de façon parfaitement épique le départ non pas d'une flotte, mais de trois navires numénóréens vers la Terre du milieu...
[séparation]
Si je devais résumer l'affaire, je dirais que pour quelqu'un comme moi, la série verse involontairement presque dans l'héroï-comique, vu l'écart qui est produit par rapport à mes attentes liées à une représentation, même contrariée et chimérique, de la Terre du Milieu à l'écran. Certains aspects échappent heureusement à l'affaire, mais c'est quand même relativement généralisé. L'impression est renforcée dans la mesure où il y a un changement complet de l'inspiration et de la "nature profonde" de l'opération, au-delà des références à Tolkien. J'en ai déjà parlé, ici ou sur un autre forum tolkienien, en ce qui concerne la manière de concevoir les personnages de Galadriel et Sauron. Elendil est celui qui échappe le plus à ce genre de détournement dans la série, à mes yeux.
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