30-10-2024, 10:33
Faute de temps, je n’ai pas grand-chose à partager avec vous pour l’instant sur le plan musical. Peut-être cependant me faudrait-il mentionner quelques compléments liés à deux compositeurs anglais dont je vous ai déjà parlés. En effet, si j’ai déjà évoqué la musique instrumentale d’Elgar et de Walton, je n’ai pas dit grand-chose de leur musique vocale, à l’exception du Songe de Gerontius pour l’un, ainsi que du Festin de Balthazar et du Te Deum du couronnement pour l’autre. Or Elgar, en particulier, a été un grand compositeur de musique vocale sacrée. Il a notamment écrit deux autres oratorios : The Apostles (Op. 49) et The Kingdom (Op. 51). Comme le Songe de Gerontius, ces deux pièces ont été composées pour le Festival triennal de musique de Birmingham. Dès la commande initiale, en 1898, Elgar avait songé à un oratorio inspiré par le Nouveau Testament, mais avait fini par adapter le poème de Newman, faute de disposer du temps nécessaire pour établir le texte et composer la musique en parallèle.
![[Image: 514CTZDJHTL._AC_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/514CTZDJHTL._AC_.jpg)
Si la première représentation de Gerontius avait été désastreuse, celles qui suivirent, à Londres, puis à Düsseldorf en traduction allemande, furent de franc succès. Le festival de Birmingham commanda donc un autre oratorio à Elgar. Celui-ci envisagea d’abord une œuvre qui couvre la totalité de l’action des Apôtres, depuis leur appel jusqu’à la Pentecôte, mais devant l’ampleur pris par son œuvre, décida de la diviser en deux : les Apôtres s’arrête après l’Ascension, tandis que le Royaume poursuit le récit avec la naissance de l’Église nouvelle jusqu'aux événements qui suivent immédiatement la Pentecôte. Ces deux œuvres virent le jour à Birmingham, en 1903 pour la première et en 1906 pour la seconde. J’ai pour ma part opté pour l’enregistrement en ont fait pour Chandos le Chœur et l’Orchestre symphoniques de Londres, dirigés par Richard Hickox, ce qui permet de mettre l’accent sur la continuité entre les deux oratorios (voir ici et là sur YouTube).
Pour moi, le plus intéressant dans les Apôtres est qu’Elgar s’intéresse avant tout aux réactions humaines des disciples du Christ plutôt qu’au contenu de la prédication de celui-ci. Ainsi, chaque élément des Béatitudes est-il commenté mezzo voce par Pierre, Jean, Judas ou Marie, chacun soulignant les points auxquels il est le plus sensible. Je soulignerais volontiers aussi le fait que Marie Madeleine se voit donner un rôle largement aussi important que celui des disciples masculins, et qu’Elgar intègre habilement sa décision d’aller à la rencontre de Jésus à l’épisode de la tempête sur le lac de Tibériade. La plus belle trouvaille, je trouve, reste toutefois de narrer en creux les épisodes de la Passion par le biais du personnage de Judas. Il s’intéresse d’abord à la motivation profonde de sa trahison, qu’Elgar ne rattache pas au lucre, explication assurément trop simple. Il lui attribue en effet un désir de faire advenir immédiatement le royaume céleste sur Terre, en voulant forcer Jésus à se tirer d’affaire après son arrestation en accomplissant un miracle qui serait vu de tous et qui ne pourrait être nié ou réfuté par les prêtres ou les Pharisiens. Le désespoir de Judas est d’autant plus prenant lorsqu’il réalise que Jésus a choisi de marcher au supplice, sans percevoir le moindre espoir par-delà la mort de celui-ci. L’action ne revient vers les autres disciples qu’après le suicide de Judas, placé au même moment que la mort de Jésus. L’action passe ensuite à la découverte du tombeau vide par la Vierge Marie et Marie Madeleine, puis au retour de Jésus parmi ses disciples et à la scène de l’Ascension. La musique d’Elgar excelle à rendre les émotions des disciples au contact de Jésus et brille par sa richesse orchestrale. L’entremêlement des prières et des chœurs angéliques de la fin est superbe. La seule réserve que je serais tenté d’émettre réside dans le choix d’avoir fait de Pierre, Judas et Jésus des voix de basse, ce qui n’aide pas à les différencier lorsqu’ils sont présents tous les trois, et nécessite donc d’avoir le livret à portée de main.
![[Image: 71qLIoDkftL._SL1000_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71qLIoDkftL._SL1000_.jpg)
Le Royaume permet de retrouver les Apôtres cloîtrés au Cénacle après le départ de Jésus, dans l’attente de la Pentecôte. Je trouve malheureusement cette première partie plombée par des paroles assez ineptes, qui feraient volontiers passer le chœur des disciples pour des victimes d’un gourou moderne (l’effet est encore plus patent avec la musique, je trouve) :
[citation=The Kingdom, Op. 51, 1re partie]Mary, Mary Magdalene, John and Peter Remember the words of the Lord Jesus.
The Disciples and the Holy Women Jesus, the Holy One.
John ‘Surely they are My people.’
The Disciples and the Holy Women So He was their Saviour.
Mary For while all things were in quiet silence, and that night was in the midst of her swift course, Thine almighty Word leaped down from heaven out of Thy royal throne.
The Disciples and the Holy Women The Light of the world.
Mary Magdalene The Dayspring from on high hath visited us, to guide our feet into the way of peace.
The Disciples and the Holy Women The Way, the Truth, and the Life.[/citation]
Cela reste malgré tout un bel oratorio dans l’ensemble, bien qu’un cran en retrait de Gerontius et des Apôtres. Le duo entre la Vierge Marie et Marie Madeleine dans la section « At the beautiful gate » est d’une grande sensibilité. Certains chœurs sont absolument splendides, à l’instar de « O ye priests », qui fait suite au choix de Matthias pour remplacer Judas parmi les Apôtres. L’épisode de la Pentecôte elle-même met remarquablement en musique la confusion et la joie des disciples, ainsi que la surprise qui frappe ceux qui sont témoins de la scène. Cela dit, le passage le plus émouvant reste sans doute la grande prière de la Vierge Marie, « The sun goeth down », qui intervient au moment où Pierre et Jean sont arrêtés par les prêtres et les Sadducéens. L’oratorio se clôt dans une atmosphère de gratitude et d’espoir que je trouve cette fois parfaitement rendue, avec une mise en musique parfaitement appropriée du Notre Père et une conclusion partagée entre Jean, Pierre et les autres disciples qui fait écho au passage introductif, mais qui réussit à toucher la note juste.
L’enregistrement du Royaume est accompagné par Sospiri (Op. 70) et Sursum Corda (Op. 11), une musique pour l’Offertoire. Je vous ai déjà parlé de la première. La seconde, composée pour cordes, cuivres et orgue, était destinée à un service de la cathédrale anglicane de Worcester auquel devait assister le duc d’York, le futur roi George V. Si je ne trouve pas qu’elle compte parmi les vrais chefs d’œuvre d’Elgar, elle donne un aperçu assez intéressant de sa musique d’église.
![[Image: 81Yx16YOziL._SL1400_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/81Yx16YOziL._SL1400_.jpg)
À ce propos, il me faut signaler l’enregistrement Sacred Choral Music, par la Chorale du St John’s College de Cambridge, dirigée par Christopher Robinson, avec Jonathan Vaughn à l’orgue. Elle comprend certaines des plus belles œuvres chorales d’Elgar, à commencer par Give unto the Lord (Psalm XXIX), Op. 74, ainsi que Great is the Lord (Psalm XLVIII), Op. 67, deux antiennes qui marient admirablement l’orgue et les chants. On y trouve aussi les trois antiennes de l’Op. 2 : « Ave, verum corpus », destinée à l’offertoire, ainsi qu’une mise en musique de l’Ave Maria et de l’Ave maris stella. Ces trois chants sont beaucoup plus méditatifs et furent à l’origine composés pour l’ordinaire de la messe catholique de l’église de St George de Worcester, dont Elgar fut organiste entre 1885 et 1889. Il en va de même de l’antienne O salutaris hostia, là encore destinée à l’offertoire ou à la communion. Du fait de la célébrité ultérieure d’Elgar, il me semble assez vraisemblable que ces pièces aient été assez largement diffusés et que Tolkien ait eu l’occasion de les entendre. L’atmosphère de l’antienne d’offertoire O hearken Thou (Op. 64) est similaire, mais sa construction est nettement plus complexe, ce qui n’est guère étonnant puisqu’elle fut composée pour le couronnement du roi George V.
Le diptyque Te Deum Laudamus et Benedictus (Op. 34), composé pour le Festival des trois chœurs, est en revanche beaucoup plus solennel, de caractère brillant pour le Te Deum, plus recueilli pour le Benedictus. Bien que ce soient indiscutablement de belles pièces chorales, ce n’est sans doute pas là le plus marquant des Te Deum du répertoire. Quant à Go, song of mine (Op. 57), une mise en musique d’un poème de Guido Cavalcanti, traduit par Dante Gabriel Rossetti, il s’agit de la seule pièce pour chœur a cappella de cet enregistrement. Ce n’est certes pas la moins expressive de ces pièces, et c’est sans doute celle dont je recommanderais le plus volontiers l’écoute après la mise en musique des Psaumes 39 et 48.
Pour finir, on trouve dans ce CD trois extraits d’oratorios, dont le mouvement d’ouverture de The Apostles, intitulé « The Spirit of the Lord is upon me », ainsi que deux autres tirés de The Light of Life (Op. 29), « Seek him that maketh the seven stars » et « Light of the World ». The Light of Life est le premier oratorio d’Elgar, composé pour le Festival de Worcester en 1896. Il relate l’histoire de l’aveugle guéri par Jésus telle qu’elle figure dans l’Évangile selon st. Jean. Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre la totalité de cet oratorio, mais les deux chœurs retenus ici sont de belles pièces, quoique je les trouve un peu moins élaborées sur le plan mélodique que les chœurs des Apôtres ou du Royaume. (Notons au passage que le motif musical de Jésus en tant que donneur de lumière qui figure dans cet oratorio est précisément repris dans l’ouverture des Apôtres, ce qui explique certainement pourquoi ces trois pièces ont été mises en regard).
![[Image: 51zolFJ-nYL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/51zolFJ-nYL.jpg)
J’ai également pris un petit complément similaire pour Walton, avec un CD d’Hyperion intitulé Coronation Te Deum and other choral music, par le chœur Polyphony et The Wallace Collection, dirigés par Stephen Layton, avec James Vivian à l’orgue. On y retrouve notamment une version pour chœur, cuivres et orgue du Te Deum du couronnement d’Elizabeth II : ma préférence reste à la version orchestrale, d’autant que je trouve l’orgue trop en retrait sur cet enregistrement (les autres pièces avec orgue du CD ne souffrent pas de ce souci, sans doute parce qu’elles ne comportaient pas la difficulté supplémentaire d’équilibrer cuivres et orgue). Le reste du CD est consacré à différentes pièces sacrées, notamment les trois versions connues de A Litany, l’antienne Set me a a seal upon thine heart, un Magnificat et Nunc Dimittis, ou Where does the uttered music go ?, une belle pièce chorale à la mémoire du compositeur Sir Henry Wood. Mentionnons encore une Missa brevis, quatre chants de Noël, ainsi que le Cantico del Sole, une mise en musique du Cantique des créatures de saint François d’Assise. La pièce la plus remarquable de cet ensemble est The Twelve, une antienne « pour la fête de n’importe quel Apôtre », sur un texte de W.H. Auden.
![[Image: 41-oo8ZS2vL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/41-oo8ZS2vL.jpg)
Je conclurais cette petite revue en revenant à la musique instrumentale afin d’évoquer un autre enregistrement du concerto pour violoncelle et orchestre de Walton. Comme l’œuvre m’avait vraiment plu, mais que j’avais regretté que l’enregistrement ne fasse pas suffisamment ressortir l’instrument solo, je me suis tourné vers une version plus récente du virtuose Jamie Walton (chez Signum Classics), que j’avais particulièrement apprécié pour son interprétation des Concertos pour violoncelle et orchestre de Saint-Saëns. Il est ici accompagné par l’Orchestre Philharmonia, dirigé par Alexander Briger. William Walton avait tardivement révisé la fin de son concerto, sur la suggestion du grand violoncelliste Gregor Piatigorsky, qui en avait donné la première. Toutefois, cette révision avait été achevée peu de temps après la mort de Piatigorsky et n’avait jusqu’alors jamais été enregistrée, peut-être parce qu’elle donne le premier rôle à l’orchestre dans le final et fait alors passer le soliste à l’arrière-plan. Au demeurant, Jamie Walton donne la version originale du troisième mouvement de ce concerto en bonus à la fin du CD. Son interprétation est remarquable et cette fois, la prise de son donne clairement le premier rôle au violoncelle, ce qui est très appréciable. Le concerto de Walton est suivi du premier Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, une de mes pièces favorites pour cet instrument. Là encore, Jamie Walton nous en donne une interprétation superlative.
E.
P.S. : Cette fois, j’ai pris le temps de mettre des liens vers YouTube pour tous les morceaux dont je parle.
![[Image: 514CTZDJHTL._AC_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/514CTZDJHTL._AC_.jpg)
Si la première représentation de Gerontius avait été désastreuse, celles qui suivirent, à Londres, puis à Düsseldorf en traduction allemande, furent de franc succès. Le festival de Birmingham commanda donc un autre oratorio à Elgar. Celui-ci envisagea d’abord une œuvre qui couvre la totalité de l’action des Apôtres, depuis leur appel jusqu’à la Pentecôte, mais devant l’ampleur pris par son œuvre, décida de la diviser en deux : les Apôtres s’arrête après l’Ascension, tandis que le Royaume poursuit le récit avec la naissance de l’Église nouvelle jusqu'aux événements qui suivent immédiatement la Pentecôte. Ces deux œuvres virent le jour à Birmingham, en 1903 pour la première et en 1906 pour la seconde. J’ai pour ma part opté pour l’enregistrement en ont fait pour Chandos le Chœur et l’Orchestre symphoniques de Londres, dirigés par Richard Hickox, ce qui permet de mettre l’accent sur la continuité entre les deux oratorios (voir ici et là sur YouTube).
Pour moi, le plus intéressant dans les Apôtres est qu’Elgar s’intéresse avant tout aux réactions humaines des disciples du Christ plutôt qu’au contenu de la prédication de celui-ci. Ainsi, chaque élément des Béatitudes est-il commenté mezzo voce par Pierre, Jean, Judas ou Marie, chacun soulignant les points auxquels il est le plus sensible. Je soulignerais volontiers aussi le fait que Marie Madeleine se voit donner un rôle largement aussi important que celui des disciples masculins, et qu’Elgar intègre habilement sa décision d’aller à la rencontre de Jésus à l’épisode de la tempête sur le lac de Tibériade. La plus belle trouvaille, je trouve, reste toutefois de narrer en creux les épisodes de la Passion par le biais du personnage de Judas. Il s’intéresse d’abord à la motivation profonde de sa trahison, qu’Elgar ne rattache pas au lucre, explication assurément trop simple. Il lui attribue en effet un désir de faire advenir immédiatement le royaume céleste sur Terre, en voulant forcer Jésus à se tirer d’affaire après son arrestation en accomplissant un miracle qui serait vu de tous et qui ne pourrait être nié ou réfuté par les prêtres ou les Pharisiens. Le désespoir de Judas est d’autant plus prenant lorsqu’il réalise que Jésus a choisi de marcher au supplice, sans percevoir le moindre espoir par-delà la mort de celui-ci. L’action ne revient vers les autres disciples qu’après le suicide de Judas, placé au même moment que la mort de Jésus. L’action passe ensuite à la découverte du tombeau vide par la Vierge Marie et Marie Madeleine, puis au retour de Jésus parmi ses disciples et à la scène de l’Ascension. La musique d’Elgar excelle à rendre les émotions des disciples au contact de Jésus et brille par sa richesse orchestrale. L’entremêlement des prières et des chœurs angéliques de la fin est superbe. La seule réserve que je serais tenté d’émettre réside dans le choix d’avoir fait de Pierre, Judas et Jésus des voix de basse, ce qui n’aide pas à les différencier lorsqu’ils sont présents tous les trois, et nécessite donc d’avoir le livret à portée de main.
![[Image: 71qLIoDkftL._SL1000_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/71qLIoDkftL._SL1000_.jpg)
Le Royaume permet de retrouver les Apôtres cloîtrés au Cénacle après le départ de Jésus, dans l’attente de la Pentecôte. Je trouve malheureusement cette première partie plombée par des paroles assez ineptes, qui feraient volontiers passer le chœur des disciples pour des victimes d’un gourou moderne (l’effet est encore plus patent avec la musique, je trouve) :
[citation=The Kingdom, Op. 51, 1re partie]Mary, Mary Magdalene, John and Peter Remember the words of the Lord Jesus.
The Disciples and the Holy Women Jesus, the Holy One.
John ‘Surely they are My people.’
The Disciples and the Holy Women So He was their Saviour.
Mary For while all things were in quiet silence, and that night was in the midst of her swift course, Thine almighty Word leaped down from heaven out of Thy royal throne.
The Disciples and the Holy Women The Light of the world.
Mary Magdalene The Dayspring from on high hath visited us, to guide our feet into the way of peace.
The Disciples and the Holy Women The Way, the Truth, and the Life.[/citation]
Cela reste malgré tout un bel oratorio dans l’ensemble, bien qu’un cran en retrait de Gerontius et des Apôtres. Le duo entre la Vierge Marie et Marie Madeleine dans la section « At the beautiful gate » est d’une grande sensibilité. Certains chœurs sont absolument splendides, à l’instar de « O ye priests », qui fait suite au choix de Matthias pour remplacer Judas parmi les Apôtres. L’épisode de la Pentecôte elle-même met remarquablement en musique la confusion et la joie des disciples, ainsi que la surprise qui frappe ceux qui sont témoins de la scène. Cela dit, le passage le plus émouvant reste sans doute la grande prière de la Vierge Marie, « The sun goeth down », qui intervient au moment où Pierre et Jean sont arrêtés par les prêtres et les Sadducéens. L’oratorio se clôt dans une atmosphère de gratitude et d’espoir que je trouve cette fois parfaitement rendue, avec une mise en musique parfaitement appropriée du Notre Père et une conclusion partagée entre Jean, Pierre et les autres disciples qui fait écho au passage introductif, mais qui réussit à toucher la note juste.
L’enregistrement du Royaume est accompagné par Sospiri (Op. 70) et Sursum Corda (Op. 11), une musique pour l’Offertoire. Je vous ai déjà parlé de la première. La seconde, composée pour cordes, cuivres et orgue, était destinée à un service de la cathédrale anglicane de Worcester auquel devait assister le duc d’York, le futur roi George V. Si je ne trouve pas qu’elle compte parmi les vrais chefs d’œuvre d’Elgar, elle donne un aperçu assez intéressant de sa musique d’église.
![[Image: 81Yx16YOziL._SL1400_.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/81Yx16YOziL._SL1400_.jpg)
À ce propos, il me faut signaler l’enregistrement Sacred Choral Music, par la Chorale du St John’s College de Cambridge, dirigée par Christopher Robinson, avec Jonathan Vaughn à l’orgue. Elle comprend certaines des plus belles œuvres chorales d’Elgar, à commencer par Give unto the Lord (Psalm XXIX), Op. 74, ainsi que Great is the Lord (Psalm XLVIII), Op. 67, deux antiennes qui marient admirablement l’orgue et les chants. On y trouve aussi les trois antiennes de l’Op. 2 : « Ave, verum corpus », destinée à l’offertoire, ainsi qu’une mise en musique de l’Ave Maria et de l’Ave maris stella. Ces trois chants sont beaucoup plus méditatifs et furent à l’origine composés pour l’ordinaire de la messe catholique de l’église de St George de Worcester, dont Elgar fut organiste entre 1885 et 1889. Il en va de même de l’antienne O salutaris hostia, là encore destinée à l’offertoire ou à la communion. Du fait de la célébrité ultérieure d’Elgar, il me semble assez vraisemblable que ces pièces aient été assez largement diffusés et que Tolkien ait eu l’occasion de les entendre. L’atmosphère de l’antienne d’offertoire O hearken Thou (Op. 64) est similaire, mais sa construction est nettement plus complexe, ce qui n’est guère étonnant puisqu’elle fut composée pour le couronnement du roi George V.
Le diptyque Te Deum Laudamus et Benedictus (Op. 34), composé pour le Festival des trois chœurs, est en revanche beaucoup plus solennel, de caractère brillant pour le Te Deum, plus recueilli pour le Benedictus. Bien que ce soient indiscutablement de belles pièces chorales, ce n’est sans doute pas là le plus marquant des Te Deum du répertoire. Quant à Go, song of mine (Op. 57), une mise en musique d’un poème de Guido Cavalcanti, traduit par Dante Gabriel Rossetti, il s’agit de la seule pièce pour chœur a cappella de cet enregistrement. Ce n’est certes pas la moins expressive de ces pièces, et c’est sans doute celle dont je recommanderais le plus volontiers l’écoute après la mise en musique des Psaumes 39 et 48.
Pour finir, on trouve dans ce CD trois extraits d’oratorios, dont le mouvement d’ouverture de The Apostles, intitulé « The Spirit of the Lord is upon me », ainsi que deux autres tirés de The Light of Life (Op. 29), « Seek him that maketh the seven stars » et « Light of the World ». The Light of Life est le premier oratorio d’Elgar, composé pour le Festival de Worcester en 1896. Il relate l’histoire de l’aveugle guéri par Jésus telle qu’elle figure dans l’Évangile selon st. Jean. Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre la totalité de cet oratorio, mais les deux chœurs retenus ici sont de belles pièces, quoique je les trouve un peu moins élaborées sur le plan mélodique que les chœurs des Apôtres ou du Royaume. (Notons au passage que le motif musical de Jésus en tant que donneur de lumière qui figure dans cet oratorio est précisément repris dans l’ouverture des Apôtres, ce qui explique certainement pourquoi ces trois pièces ont été mises en regard).
![[Image: 51zolFJ-nYL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/51zolFJ-nYL.jpg)
J’ai également pris un petit complément similaire pour Walton, avec un CD d’Hyperion intitulé Coronation Te Deum and other choral music, par le chœur Polyphony et The Wallace Collection, dirigés par Stephen Layton, avec James Vivian à l’orgue. On y retrouve notamment une version pour chœur, cuivres et orgue du Te Deum du couronnement d’Elizabeth II : ma préférence reste à la version orchestrale, d’autant que je trouve l’orgue trop en retrait sur cet enregistrement (les autres pièces avec orgue du CD ne souffrent pas de ce souci, sans doute parce qu’elles ne comportaient pas la difficulté supplémentaire d’équilibrer cuivres et orgue). Le reste du CD est consacré à différentes pièces sacrées, notamment les trois versions connues de A Litany, l’antienne Set me a a seal upon thine heart, un Magnificat et Nunc Dimittis, ou Where does the uttered music go ?, une belle pièce chorale à la mémoire du compositeur Sir Henry Wood. Mentionnons encore une Missa brevis, quatre chants de Noël, ainsi que le Cantico del Sole, une mise en musique du Cantique des créatures de saint François d’Assise. La pièce la plus remarquable de cet ensemble est The Twelve, une antienne « pour la fête de n’importe quel Apôtre », sur un texte de W.H. Auden.
![[Image: 41-oo8ZS2vL.jpg]](https://m.media-amazon.com/images/I/41-oo8ZS2vL.jpg)
Je conclurais cette petite revue en revenant à la musique instrumentale afin d’évoquer un autre enregistrement du concerto pour violoncelle et orchestre de Walton. Comme l’œuvre m’avait vraiment plu, mais que j’avais regretté que l’enregistrement ne fasse pas suffisamment ressortir l’instrument solo, je me suis tourné vers une version plus récente du virtuose Jamie Walton (chez Signum Classics), que j’avais particulièrement apprécié pour son interprétation des Concertos pour violoncelle et orchestre de Saint-Saëns. Il est ici accompagné par l’Orchestre Philharmonia, dirigé par Alexander Briger. William Walton avait tardivement révisé la fin de son concerto, sur la suggestion du grand violoncelliste Gregor Piatigorsky, qui en avait donné la première. Toutefois, cette révision avait été achevée peu de temps après la mort de Piatigorsky et n’avait jusqu’alors jamais été enregistrée, peut-être parce qu’elle donne le premier rôle à l’orchestre dans le final et fait alors passer le soliste à l’arrière-plan. Au demeurant, Jamie Walton donne la version originale du troisième mouvement de ce concerto en bonus à la fin du CD. Son interprétation est remarquable et cette fois, la prise de son donne clairement le premier rôle au violoncelle, ce qui est très appréciable. Le concerto de Walton est suivi du premier Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, une de mes pièces favorites pour cet instrument. Là encore, Jamie Walton nous en donne une interprétation superlative.
E.
P.S. : Cette fois, j’ai pris le temps de mettre des liens vers YouTube pour tous les morceaux dont je parle.

