Il y a quelques mois, la parution en octobre 2023 de l'édition en un volume du Seigneur des Anneaux avait reçu un accueil mitigé par les afficionados que nous sommes, car non seulement le très bel ouvrage possède quelques défauts que certains pourront juger rédhibitoires (certains seulement, puisque le livre a été un succès à l'occasion des fêtes de fin d'année), mais il arrivait après quelques rééditions elles aussi fautives.
A cette occasion, Hisweloke nous avait rappelé les difficultés du milieu de l'édition, rappelant avec prudence et sagesse qu'"il faut soutenir les éditeurs qu'on aime". Et assurément, combien nous aimons les Editions Christian Bourgois pour la grande opiniâtreté qu'il a fallu à cet éditeur pour acquérir un catalogue Tolkien aussi fourni, pour nos plus grand bonheurs de lecture et d'objet d'études ! Peu d'entre nous auraient atterri en ces lieux sans lui !
Cependant, le rappel par Hyarion d'une sobre mise au point de la part de Vincent Ferré en septembre 2023 laissait craindre que les difficultés rencontrées par Bourgois dans le suivi de la Collection Tolkien n'étaient pas uniquement conjoncturelles mais avaient aussi, peut-être, à voir avec un changement dans les rapports entre l'éditeur et V. Ferré lui-même.
Un an plus tard, alors que la présidence des Editions Christian Bourgois a tout récemment changé (racheté par Gallimard en septembre dernier), l'heure n'est plus aux craintes mais au profond malaise aussi bien qu'à l'amertume, ainsi qu'une communication récente notre directeur de collection préféré le révèle.
L'intégralité du communiqué et donc de la liste des points qui ont conduit Vincent à s'exprimer publiquement sont disponibles sur son site Pour Tolkien. Celui-ci, si discret, ne nous a pas habitués à de telles mises au point. Le numéro spécial édité par Géo y apparaît comme la goutte qui a fait déborder le vase d'une série de silences et mises à l'écart ("invisibilisation" de sa personne et de son travail) mais aussi, on l'apprend avec stupeur, de ce qui correspondrait à une non rémunération du travail accompli dans les dernières années. Et les craintes d'hier laissent place à la tristesse d'aujourd'hui, V. Ferré annonçant qu'une procédure judiciaire est en cours !... :
Peut-être que les dirigeants de notre si chère maison d'édition – et je suis sincère, car c'est son histoire, à laquelle chacune de nos propres histoires sont liées, qui l'emporte –, qui ont dès lors toute notre reconnaissance et notre gratitude pour leur volonté de maintenir la collection Tolkien vivante, peut-être que les dirigeants des Editions Christian Bourgois gagneraient à exercer eux-mêmes cette gratitude et cette reconnaissance à l'égard de celui qui a été un travailleur exceptionnel et infatigable pendant 20 ans (et qui continue de l'être, ainsi qu'il a été annoncé ces derniers jours ou que la 3e édition titanesquement révisée du Dictionnaire Tolkien le prouve) pour aider à faire advenir ce qui s'avère être, dans la galaxie des publications Tolkien, une véritable exception française.
[citation= Paul Ricœur, Parcours de la reconnaissance]N'est-ce pas dans mon identité authentique que je demande à être reconnu ? Et si, par bonheur, il m'arrive de l'être, ma gratitude ne va-t-elle pas à ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont reconnu mon identité en me reconnaissant ?
[…]
Être reconnu, si cela arrive jamais, serait pour chacun recevoir l'assurance plénière de son identité à la faveur de la reconnaissance par autrui de son empire de capacités.
[…]
Il se trouve que la langue française est une de celles où "gratitude" se dit aussi "reconnaissance". La gratitude allège le poids de l'obligation de rendre et oriente celle-ci vers une générosité égale à celle qui a suscité le don initial.[/citation]
S.
qui se rend compte, trop tard,
que Hyarion a réagi plus rapidement que lui,
mais je n'allais pas jeter cette belle citation de Ricœur ;-)
A cette occasion, Hisweloke nous avait rappelé les difficultés du milieu de l'édition, rappelant avec prudence et sagesse qu'"il faut soutenir les éditeurs qu'on aime". Et assurément, combien nous aimons les Editions Christian Bourgois pour la grande opiniâtreté qu'il a fallu à cet éditeur pour acquérir un catalogue Tolkien aussi fourni, pour nos plus grand bonheurs de lecture et d'objet d'études ! Peu d'entre nous auraient atterri en ces lieux sans lui !
Cependant, le rappel par Hyarion d'une sobre mise au point de la part de Vincent Ferré en septembre 2023 laissait craindre que les difficultés rencontrées par Bourgois dans le suivi de la Collection Tolkien n'étaient pas uniquement conjoncturelles mais avaient aussi, peut-être, à voir avec un changement dans les rapports entre l'éditeur et V. Ferré lui-même.
Un an plus tard, alors que la présidence des Editions Christian Bourgois a tout récemment changé (racheté par Gallimard en septembre dernier), l'heure n'est plus aux craintes mais au profond malaise aussi bien qu'à l'amertume, ainsi qu'une communication récente notre directeur de collection préféré le révèle.
L'intégralité du communiqué et donc de la liste des points qui ont conduit Vincent à s'exprimer publiquement sont disponibles sur son site Pour Tolkien. Celui-ci, si discret, ne nous a pas habitués à de telles mises au point. Le numéro spécial édité par Géo y apparaît comme la goutte qui a fait déborder le vase d'une série de silences et mises à l'écart ("invisibilisation" de sa personne et de son travail) mais aussi, on l'apprend avec stupeur, de ce qui correspondrait à une non rémunération du travail accompli dans les dernières années. Et les craintes d'hier laissent place à la tristesse d'aujourd'hui, V. Ferré annonçant qu'une procédure judiciaire est en cours !... :
Vincent Ferré (communiqué du 4/11/2024) Wrote:La réécriture de cette aventure éditoriale se fait par l’invisibilisation du nom de Vincent Ferré, et l’appropriation de ses contributions, effectuées pendant vingt années au service d’une collection qu’il dirigeait, qui ont permis une augmentation spectaculaire du chiffre d’affaires, en particulier ces dernières années.Comment a-t-on pu en arriver là ?
Vincent Ferré a assuré ces fonctions – de directeur de collection, de concepteur d’ouvrages, de traducteur – de manière continue à la demande de Christian et Dominique Bourgois, puis des actionnaires de la société Bourgois éditeur (2019-2022), avant que ces derniers décident, quelques mois avant la vente de l’entreprise, de cesser brusquement d’exécuter les contrats les liant et de l’évincer purement et simplement – refusant de lui payer plusieurs années de travail.
Vincent Ferré a donc été contraint de saisir les tribunaux afin de faire valoir ses droits : une procédure judiciaire est en cours. Cette interview à Géo lui apparait comme une nouvelle provocation, et lui impose de sortir de la réserve à laquelle il s’est tenu jusque-là.
Peut-être que les dirigeants de notre si chère maison d'édition – et je suis sincère, car c'est son histoire, à laquelle chacune de nos propres histoires sont liées, qui l'emporte –, qui ont dès lors toute notre reconnaissance et notre gratitude pour leur volonté de maintenir la collection Tolkien vivante, peut-être que les dirigeants des Editions Christian Bourgois gagneraient à exercer eux-mêmes cette gratitude et cette reconnaissance à l'égard de celui qui a été un travailleur exceptionnel et infatigable pendant 20 ans (et qui continue de l'être, ainsi qu'il a été annoncé ces derniers jours ou que la 3e édition titanesquement révisée du Dictionnaire Tolkien le prouve) pour aider à faire advenir ce qui s'avère être, dans la galaxie des publications Tolkien, une véritable exception française.
[citation= Paul Ricœur, Parcours de la reconnaissance]N'est-ce pas dans mon identité authentique que je demande à être reconnu ? Et si, par bonheur, il m'arrive de l'être, ma gratitude ne va-t-elle pas à ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont reconnu mon identité en me reconnaissant ?
[…]
Être reconnu, si cela arrive jamais, serait pour chacun recevoir l'assurance plénière de son identité à la faveur de la reconnaissance par autrui de son empire de capacités.
[…]
Il se trouve que la langue française est une de celles où "gratitude" se dit aussi "reconnaissance". La gratitude allège le poids de l'obligation de rendre et oriente celle-ci vers une générosité égale à celle qui a suscité le don initial.[/citation]
S.
qui se rend compte, trop tard,
que Hyarion a réagi plus rapidement que lui,
mais je n'allais pas jeter cette belle citation de Ricœur ;-)

