En 2022, j’ai suivi un MOOC gratuit sur le site du Campus des Bernardins, intitulé « Caravage, la tension et la grâce » par Mélina de Courcy (diplômée de l’École du Louvre dans la spécialité peinture française et professeure d’Histoire de l’Art au Collège des Bernardins).
Le Martyre de saint Matthieu a fait l’objet d’un cours, dont voici quelques extraits (j’espère que c’est légal de les publier, c’était gratuit et ouvert à tous !).
- La toile du martyre est celle qui offre la lecture la moins facile et les solutions les plus surprenantes. Caravage élimine tout cadre défini, et conçoit une composition pyramidale au premier plan. Une pyramide inversée vient la compléter, provoquant un éclatement.
Il intègre ensuite des personnages qu'il dispose en cercle, s'écartant de la scène comme des rayons partant d'un même centre. Pour exprimer toute l'horreur de l'acte, il reproduit la gamme entière des émotions humaines, à la fois dans l'expression des visages, les postures et les gestes des mains, pour lesquels il s'inspire de ses tableaux antérieurs.
- Les écrits de Jaques de Voragine racontent qu'en Éthiopie le roi Hirtacus voulait épouser Iphigénie, vierge consacrée à Dieu, et qu'il espérait recevoir l'aide de Matthieu, lequel avait expliqué au contraire pendant la messe pourquoi ce mariage était impossible. Le roi perdit la tête et s'en alla, tandis que la messe continuait. A la fin, il envoya son bourreau qui planta son épée dans le dos de Matthieu et le tua. Il fut consacré martyr. A cette nouvelle les fidèles coururent vers le palais pour l'incendier, mais ils furent retenus par les prêtres et les diacres.
- Les moines et les diacres qui tentent de réprimer le lynchage du roi, seraient identifiables avec les deux personnages de l'arrière plan, dont le dernier est considéré comme un autoportrait de Caravage. À la Renaissance, se représenter dans une oeuvre religieuse était un témoignage de sa foi.
- Le sicaire n'est pas représenté de dos, il fait face à la victime gisant à terre. Pourquoi cette posture ? En regardant de près, on remarque que le sicaire est une transformation de l'Adam de la chapelle Sixtine de Michel Ange. Le peintre transforme Adam en le plaçant debout.
Dès lors, le sicaire devient une figure de l'arrogance et de la superbe, contrairement à Adam au moment de la création. Caravage s’inscrit d’emblée dans la lignée des grands modèles.
- Dans la toile du Martyre comme dans celle de la Vocation, le langage des mains est remarquable. Le sicaire tente de bloquer la main de Matthieu pour l’empêcher de saisir la palme du martyre tendue par l’ange. Comme s’il voulait empêcher que ce meurtre fasse de Matthieu un martyr.
- Le Caravage signe avec le Martyre de saint Matthieu son premier tableau d'histoire.
L'obscurité de l'arrière plan donne du relief aux personnages, dont les formes sculpturales sont projetées en avant. Il utilise le potentiel dramatique du ténébrisme pour focaliser l'attention sur le meurtre, tandis qu'à gauche, des éclats de lumière frappent au hasard une main, un front, un nez ou une joue. La forme plastique en est ainsi fragmentée. Il en résulte une impression visuelle de chaos renforcée par l'offense morale du crime. C’est ainsi que la forme rejoint le contenu. Dans cette ronde des expressions et des sentiments, le peintre laisse la possibilité au spectateur de participer à la scène par un espace vide au premier plan, afin qu'il éprouve à son tour pitié, effroi, dégoût, tristesse ou peur. Il répond ainsi en tous points aux préceptes de la réforme catholique en matière d’iconographie religieuse.
J’avoue que toute seule, j’aurai été bien incapable de voir dans le tableau le quart de ce que Mélina de Courcy explique. Chacun son métier !
Surtout, j’espère que ces explications répondront à quelques-unes de vos questions et en suggéreront peut-être d’autres.
Le Martyre de saint Matthieu a fait l’objet d’un cours, dont voici quelques extraits (j’espère que c’est légal de les publier, c’était gratuit et ouvert à tous !).
- La toile du martyre est celle qui offre la lecture la moins facile et les solutions les plus surprenantes. Caravage élimine tout cadre défini, et conçoit une composition pyramidale au premier plan. Une pyramide inversée vient la compléter, provoquant un éclatement.
Il intègre ensuite des personnages qu'il dispose en cercle, s'écartant de la scène comme des rayons partant d'un même centre. Pour exprimer toute l'horreur de l'acte, il reproduit la gamme entière des émotions humaines, à la fois dans l'expression des visages, les postures et les gestes des mains, pour lesquels il s'inspire de ses tableaux antérieurs.
- Les écrits de Jaques de Voragine racontent qu'en Éthiopie le roi Hirtacus voulait épouser Iphigénie, vierge consacrée à Dieu, et qu'il espérait recevoir l'aide de Matthieu, lequel avait expliqué au contraire pendant la messe pourquoi ce mariage était impossible. Le roi perdit la tête et s'en alla, tandis que la messe continuait. A la fin, il envoya son bourreau qui planta son épée dans le dos de Matthieu et le tua. Il fut consacré martyr. A cette nouvelle les fidèles coururent vers le palais pour l'incendier, mais ils furent retenus par les prêtres et les diacres.
- Les moines et les diacres qui tentent de réprimer le lynchage du roi, seraient identifiables avec les deux personnages de l'arrière plan, dont le dernier est considéré comme un autoportrait de Caravage. À la Renaissance, se représenter dans une oeuvre religieuse était un témoignage de sa foi.
- Le sicaire n'est pas représenté de dos, il fait face à la victime gisant à terre. Pourquoi cette posture ? En regardant de près, on remarque que le sicaire est une transformation de l'Adam de la chapelle Sixtine de Michel Ange. Le peintre transforme Adam en le plaçant debout.
Dès lors, le sicaire devient une figure de l'arrogance et de la superbe, contrairement à Adam au moment de la création. Caravage s’inscrit d’emblée dans la lignée des grands modèles.
- Dans la toile du Martyre comme dans celle de la Vocation, le langage des mains est remarquable. Le sicaire tente de bloquer la main de Matthieu pour l’empêcher de saisir la palme du martyre tendue par l’ange. Comme s’il voulait empêcher que ce meurtre fasse de Matthieu un martyr.
- Le Caravage signe avec le Martyre de saint Matthieu son premier tableau d'histoire.
L'obscurité de l'arrière plan donne du relief aux personnages, dont les formes sculpturales sont projetées en avant. Il utilise le potentiel dramatique du ténébrisme pour focaliser l'attention sur le meurtre, tandis qu'à gauche, des éclats de lumière frappent au hasard une main, un front, un nez ou une joue. La forme plastique en est ainsi fragmentée. Il en résulte une impression visuelle de chaos renforcée par l'offense morale du crime. C’est ainsi que la forme rejoint le contenu. Dans cette ronde des expressions et des sentiments, le peintre laisse la possibilité au spectateur de participer à la scène par un espace vide au premier plan, afin qu'il éprouve à son tour pitié, effroi, dégoût, tristesse ou peur. Il répond ainsi en tous points aux préceptes de la réforme catholique en matière d’iconographie religieuse.
J’avoue que toute seule, j’aurai été bien incapable de voir dans le tableau le quart de ce que Mélina de Courcy explique. Chacun son métier !
Surtout, j’espère que ces explications répondront à quelques-unes de vos questions et en suggéreront peut-être d’autres.

