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Expositions temporaires & musées
Chère Eva, Ouf j'ai profité de l'heure du déjeuner pour répondre plus à Mélina qu"à toi Smile .

Je ne doute pas des qualités des cours que Mélina de Courcy dispense aux Bernardins, [small]étant moi aussi diplômé supérieur de l'Ecole du Louvre, promotion 1990, j'enseigne pour ma part à Paris I Sorbonne, à Paris X Nanterre, à l'Ecole du Louvre, à l'Institut national du Patrimoine et à l'Institut national d'Histoire de l'Art, sans compter les formations dans les directions régionales des affaires culturelles à destination des conservateurs en régions. Ce n'est pas de la fausse modestie, juste un fait qui m'autorise, en tant qu’historien d'art depuis 35 ans à parler de ce que je connais et en avoir discuté avec des conservateurs de musées pointus sur le sujet du Caravage[/small].

Eva (citant Mélina) Wrote:"Les moines et les diacres qui tentent de réprimer le lynchage du roi, seraient identifiables avec les deux personnages de l'arrière plan".
Cela ne figure pas dans la commande ni dans La Légende dorée de J. de Voragine et ce n'est qu'une supputation.

Eva (citant Mélina) Wrote:"À la Renaissance, se représenter dans une œuvre religieuse était un témoignage de sa foi".

L'autoportrait du donateur priant au Moyen-âge n'est pas du tout la même chose que celui de l'extrême fin de la Renaissance, ou plutôt le début de l'époque classique ou baroque (fin 16ème - 18ème siècle) qui relève plus des débuts modernes de la selfie Smile . Mélina devrait réviser ses fiches !

Eva (citant Mélina) Wrote:"le sicaire est une transformation de l'Adam de la chapelle Sixtine de Michel Ange"

Non, trois fois non :-). D'une part, le terme"Sicaire" est inadapté puisqu'il ne désigne pas un soldat du roi d’Éthiopie mais un tueur à gage, un bandit Thrace dans l'antiquité, armé d'une lame courte et courbée, ce qui n'est pas le cas dans le Martyr de Mathieu où celui que l'on croit bourreau est éthiopien, en vêtement de baptême avec une longue lame droite non ensanglantée. L'iconologie est alors scrupuleusement respectée et les cardinaux y veillaient sévèrement.
Et d'autre part, rien à voir avec l'Adam de la chapelle Sixtine qui a la jambe gauche et le bras droit repliés, et qui n'est pas du tout dans la même posture, même copié à la verticale à 90°. Ca n'est ni le même corps, ni la même attitude, ni la même musculature. Je ne sais où Mélina est allée chercher ça.
Le seul emprunt que Caravage fait à Michel-Ange est dans l'autre tableau (la "Vocation de saint-Mathieu") où la main tendue du Christ, molle et nonchalante est une copie inversée de celle d'Adam au plafond central de la chapelle Sixtine (allégorie caravagesque de Jésus comme un nouvel Adam cf. en note l'histoire du Bois de la Croix*).
Le personnage central du baptisé, confondu avec un bourreau, n'est pas - au grand jamais - ni "arrogant" ni "superbe". Il est au contraire surpris, atterré, affligé, peut-être en colère devant ce meurtre (qui sait, simple hypothèse, il n'a peut-être pas eu le temps d'être baptisé et retient Mathieu pour recevoir son sacrement mais il est trop tard).

Eva (citant Mélina) Wrote:"Le sicaire tente de bloquer la main de Matthieu pour l’empêcher de saisir la palme du martyre tendue par l’ange. Comme s’il voulait empêcher que ce meurtre fasse de Matthieu un martyr."

Idem, "Sicaire" est inadapté et par quelle folie un jeune peintre (29 ans) recevant sa première grande commande du Saint-Siège aurait-il représenté une tentative de faire échouer un martyr et l'empêcher de recevoir la palme? Non, ce serait absurde et n'aurait jamais été admis par le collège des cardinaux qui validaient les tableaux.

Eva (citant Mélina) Wrote:"Le Caravage signe avec le Martyre de saint Matthieu son premier tableau d'histoire.
L'obscurité de l'arrière plan donne du relief aux personnages, [...] possibilité au spectateur de participer à la scène [...] préceptes de la contre -]réforme catholique en matière d’iconographie religieuse."

Sa "Fuite en Egypte" ou l' "Extase de Saint-François" tableaux religieux et d'histoire, datent de 1594, cinq ans avant la commande du Cardinal Contarelli, "Marthe et Madeleine", "Saint-Jean Baptiste au désert", Sainte Catherine", la "Vocation de Saint-Pierre", les deux versions du "Sacrifice d'Isaac", le "David et Goliath" datent de 1597-98 , un an avant la première version refusée du "Saint-Mathieu et l'Ange" (1599), deux ans avant la commande finale de la chapelle Contarelli (1599-1600). Là encore, Mélina devrait réviser ses fiches Il aurait mieux fallu écrire que c'était ses premières commandes officielles de grand format et qu'il les réalisa sur toile plutôt qu'à fresque. Je n'ai jamais assisté aux cours des Bernardins mais j'espère que c'est un peu plus soutenu !

Silmo

[small]ps : * plusieurs légendes existent et ont été représentées dans les arts à propos du "Bois de la Croix" (cf. surtout les fresques d'Arezzo par Piero della Francesca), la plus célèbre étant celle d'un arbre poussé sur la tombe du Premier homme, Adam, arbre ayant vécu 5500 ans jusqu'à Salomon lorsque la reine de Saba s'en servit pour traverser un fleuve lors de sa visite à Jérusalem, tronc qui servit à fabriquer la croix du Christ, redécouverte par Sainte-Hélène, mère de Constantin, en 326, qui l'emmena à Constantinople où, découpée en morceaux, fut distribuée en reliques dans tout l'occident. Plus de détails (nombreux) ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vraie_Croix[/small]
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