Yyr Wrote:...c'est l'apport décisif de Sosryko, il montre qu'une grande partie de la critique tolkienienne confond le thème de la Machine avec l'[emphase]« éco-anxiété »[/emphase] actuelle, en réduisant la Machine à ses conséquences environnementales [emphase]« sans saisir la dimension psychologique et spirituelle [intrinsèque] de la critique [par Tolkien] de la puissance (magique ou technique) »[/emphase]. Le plus grave en effet, pour Tolkien, n'est pas la dévastation des arbres et des rivières, mais [emphase]« comme tu le sais, [dit-il à Christopher] de faire de nouveaux Sauron, et de lentement transformer en Orques les Hommes et les Elfes » (L66)[/emphase] — la Lettre n°66 éd. 2023 restitue le terme cinglant du [emphase]« règne des Orques [Orcdom] »[/emphase] à cet égard, pour décrire (avec Sosryko) [emphase]« notre état psychologique [qui] tend à ressembler à celui de Frodo au Mordor »[/emphase]. Telle est la [emphase]« maladie mentale mondiale que seule une minuscule minorité perçoit » (L75)[/emphase].
On pourra rapprocher (si ce n'est déjà fait) la notion de [emphase]« règne des Orques [Orcdom] »[/emphase] avec ce qui est écrit dans la lettre 194a où Tolkien se plaint notamment, en 1956, du [emphase]« libéralisme dépourvu de religion »[/emphase] et d'un [emphase]« gouvernement socialiste »[/emphase] (travailliste) qui lui prendrait son argent, parlant à cette aune d'une [emphase]« marée montante de l'« orquerie » »[/emphase] ([emphase]“rising tide of ‘orquerie’”[/emphase]). On notera que les Orques ont un côté très pratique : par delà bien et mal, juste et injuste, on peut leur mettre sur le dos, au fond... tout ce que l'on n'aime pas, généralement chez les autres et dans son environnement plus ou moins immédiat (ce qui peut aussi bien inclure, mentalement, le monde entier). ^^' Et c'est d'ailleurs plutôt ainsi que beaucoup de lecteurs (et plus tard spectateurs) l'ont compris, en faisant volontiers de même, pour le meilleur et pour le pire. Mais comme j'ai déjà pu l'écrire ailleurs il y a quelques mois, si je n'aime pas l'usage politique ou politico-religieux que pouvait faire J. R. R. Tolkien de ses propres notions, personnages et concepts, au moins était-il légitime, sur le fond comme sur la forme, pour en faire ce que bon lui semblait. Je suis, par ailleurs, d'accord avec notre ami Sosryko en ce qui concerne l'erreur récurrente consistant à confondre le thème tolkienien de la Machine avec l'« éco-anxiété » contemporaine, confusion qui est effectivement bien trop réductrice quant au thème en question.
Amicalement,
B.

