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Revue de presse
Signalé le 21 décembre dernier par notre ami Vincent (Ferré), sur le réseau d'Elon M., un article de l'historien médiéviste Florian Besson (du laboratoire Framespa de l'Université Toulouse II Jean-Jaurès, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici précédemment) évoque les relations parfois très dures entre, d'une part, les universitaires et, d'autre part, ce que j'appelle le fanariat et que d'autres appellent les « fandoms ». Comme l'indique le titre de l'article, il n'est pas question de ce que j'appelle la « Planète Tolkien », mais ce que l'on pourrait appeler la « Planète Kaamelott » : « “La médiévaliste woke qui n'a rien compris à ce que fait Astier” : quand le fandom de Kaamelott s'en prend à une universitaire au nom du réalisme historique ».

Voici le résumé de l'article, paru dans la revue universitaire Questions de communication et mis en ligne le 3 décembre dernier :
[emphase]« Après avoir critiqué le film Kaamelott : premier volet (2021), Justine Breton, universitaire spécialiste des réinventions contemporaines du mythe arthurien, se trouve ciblée par une intense vague de cyberviolences sur les réseaux sociaux, largement portée par des fans de la série Kaamelott. Cet article montre comment les stratégies rhétoriques des harceleurs recoupent et prolongent des motifs diégétiques développés au fil de la série, en sorte que le harcèlement participe pleinement de l'identité de fan. On reviendra enfin sur l'enjeu du « réalisme historique », pour en montrer à la fois la charge paradoxale et la puissance identitaire dès lors qu'il s’agit de se battre ou, en l'occurrence, d’agresser pour défendre des prénotions sur l'époque médiévale. »[/emphase]

L'article lui-même est consultable à cette adresse :
https://journals.openedition.org/questio...tion/36822

Personnellement, j'avoue n'avoir jamais été très réceptif à Kaamelott, que ce soit à la télévision ou au cinéma, car tout simplement, et depuis le début, ma vision de l'univers fictionnel arthurien ne se retrouve pas dans ce que fait Alexandre Astier, notamment en matière humoristique : même si je suis conscient du travail important dudit Astier notamment en matière d'adaptation, le résultat est, disons, trop « français décalé (supposé tel) » par rapport à ma propre vision des choses, y compris en matière d'humour, même « décalé à la française ». Globalement, et sans entrer dans les détails, s'agissant des adaptations de l'univers arthurien à l'écran, pour ce qui me concerne et même si je reste ouvert, en dehors de Monty Python and the Holy Grail de Terry Gilliam et Terry Jones, et surtout en dehors d'Excalibur de John Boorman, point de salut. Bref, en soi, Kaamelott est un sujet qui m'intéresse peu.

Cependant, en signalant l'article en question sur X (ex-Twitter), Vincent a ainsi commenté : « je mesure ma chance avec le fandom de Tolkien & P. Jackson... »

Et de fait, cela m'a fait penser à la question de ce qui caractérise « humainement » la « Planète Tolkien »...

Je me souviens qu'en novembre 2020, lors de la soutenance de sa thèse sur la réception fanique de l'œuvre de J. R. R. Tolkien aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, des années 1950 aux années 1990 (jusqu'à la généralisation d'Internet), interrogée par un de ses jurés (Christian Le Bart), sur la question du genre et sur le caractère très masculin de l'univers de Tolkien, notre amie Forfirith, tout en admettant que la fiction tolkienienne est très masculine et parle peu des femmes bien que qu'elle contienne des figures féminines marquantes, avait répondu que les communautés de fans tolkieniens sont assez mixtes, sans être paritaires mais avec une ordre de grandeur de la répartition estimable à 60 % de masculin et 40 % de féminin... ce qui n'est certes pas toujours le cas dans le détail, Forfi ayant rappelé que la FÉE en France, en son temps, était assez masculine, ce qu'elle mentionne du reste dans sa thèse de doctorat.
C'est une donnée sans doute importante que le caractère plus ou moins mixte du lectorat tolkienien en général, et du fanariat (ou « fandom ») tolkienien en particulier, caractéristique de relative mixité présente semble-t-il dès les origines, avec une présence de femmes que Forfi a révélée dans sa thèse comme étant plus importante dans la composition des premières communautés faniques tolkieniennes aux États-Unis et au Royaume-Uni, par rapport au fanariat de science-fiction dont elles sont issues. J'ai plutôt l'impression que c'est une caractéristique qui reste d'actualité, y compris en France, même si une étude de la réception fanique de l'œuvre de Tolkien au XXIe siècle reste sans doute à faire pour le confirmer, en particulier à l'heure des rézosocios et de leurs effets pervers en matière de violence des réactions de groupe en ligne et de biais cognitifs enfermant les communautés dans leurs référentiels identitaires.

On pourrait ajouter, par rapport à ce que l'article de Florian Besson met notamment en évidence, une autre donnée importante qui est sans doute la présence, semble-t-il assez significative, d'un tropisme « intellectuel » au sein du fanariat tolkienien, ce dernier dès lors étant de facto plutôt peu enclin à critiquer par essence les regards universitaires sur l'objet du « culte ». Toujours est-il que la mixité de la réception fanique tolkienophile doit, entre autres, sans doute aider à ce que l'on évite, du moins en général, et du moins en France, les situations de tension que l'on a constaté dans le cas de Justine Breton malheureusement confrontée à la misogynie (entre autres méphitiques travers) de certains fans de Kaamelott et d'Astier...

Ceci dit, je ne prétendrai pas avoir réfléchi plus que cela à ces questions, mais pour qui serait intéressé, il y a sans doute là matière à articles et thèses.

Peace and Love,

B.
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