24-01-2025, 09:18
À noter en passant :
[citation=Minutes 6'18-20'']I don't believe in absolute evil but I do believe in absolute good[/citation]
Bien établie par l'Ainulindalë, l'Athrabeth et ailleurs, tout spécialement dans la thématique du Marrissement (cf. « Estel Eruhínion » in Pour la gloire de ce monde, p.233-236), cette pensée n'est pas seulement théologique, elle est aussi philosophique [small](*)[/small]. Au début en écoutant cette interview bien courte, je me disais qu'il y avait peu de choses, et qu'elle n'était pas constructive (l'interviewer et l'interviewé n'étant pas sur la même longueur d'onde) mais en fait, en quelques mots, Tolkien arrive à resituer sa pensée ...
(*) Pensée réaliste (aristotélico-thomiste) :
[citation=Roger Verneaux, Problèmes et mystères du mal, Nouvelles éditions latines,1983, p.46-49]Admettons donc que tout être est bon, plus ou moins, à la mesure de son être. Qu'est donc le mal ? Une chose est sûre dès maintenant, c'est que le le mal n'est pas un être, mais un manque d'être. Détaillons un peu cette idée.
D'abord il est clair que le mal est essentiellement relatif à un sujet qui le subit, qui en est affecté, qui le porte, pour ainsi dire, ou le supporte. Sans doute il y a pour l'esprit humain une tentation permanente de substantifier le mal, car le mot même est un substantif. Mais on ne doit pas être dupe de la forme grammaticale. [...] Le mal [...] n'existe pas en soi, mais toujours et nécessairement en quelque chose [...] à titre de pur manque ou de négativité.
De là il suit qu'il n'y a pas, qu'il ne peut y avoir de mal absolu, ou en d'autres termes que le Mal n'existe pas. L'on doit prendre garde ici de ne pas être dupe d'une fausse symétrie en le mal et le bien. Il y a un Bien absolu, Dieu, auquel tout bien particulier participe. Mais il ne peut y avoir de Mal absolu d'où dérivent tous les maux particuliers.
C'est cependant une idée bien vieille et très vivace dans l'humanité, qu'un tel dualisme. [...]
Ainsi le mal est tout relatif parce qu'il est tout négatif. mais il y a sur ce point une nuance importante à noter. La simple absence d'une perfection [...] n'est pas un mal [...]. Ainsi pour une créature, d'être contingente et finie, c'est une sérieuse imperfection ; pourtant [...] ce n'est pas un mal à proprement parler, car une créature ne peut pas être [...] Dieu.
Ce qui constitue le mal, ce n'est donc pas l'absence pure et simple d'une perfection, c'est le manque, la privation d'une perfection que le sujet devrait avoir par nature. Ainsi la cécité est un mal pour un homme, non pour une pierre [...].[/citation]
[citation=Minutes 6'18-20'']I don't believe in absolute evil but I do believe in absolute good[/citation]
Bien établie par l'Ainulindalë, l'Athrabeth et ailleurs, tout spécialement dans la thématique du Marrissement (cf. « Estel Eruhínion » in Pour la gloire de ce monde, p.233-236), cette pensée n'est pas seulement théologique, elle est aussi philosophique [small](*)[/small]. Au début en écoutant cette interview bien courte, je me disais qu'il y avait peu de choses, et qu'elle n'était pas constructive (l'interviewer et l'interviewé n'étant pas sur la même longueur d'onde) mais en fait, en quelques mots, Tolkien arrive à resituer sa pensée ...
(*) Pensée réaliste (aristotélico-thomiste) :
[citation=Roger Verneaux, Problèmes et mystères du mal, Nouvelles éditions latines,1983, p.46-49]Admettons donc que tout être est bon, plus ou moins, à la mesure de son être. Qu'est donc le mal ? Une chose est sûre dès maintenant, c'est que le le mal n'est pas un être, mais un manque d'être. Détaillons un peu cette idée.
D'abord il est clair que le mal est essentiellement relatif à un sujet qui le subit, qui en est affecté, qui le porte, pour ainsi dire, ou le supporte. Sans doute il y a pour l'esprit humain une tentation permanente de substantifier le mal, car le mot même est un substantif. Mais on ne doit pas être dupe de la forme grammaticale. [...] Le mal [...] n'existe pas en soi, mais toujours et nécessairement en quelque chose [...] à titre de pur manque ou de négativité.
De là il suit qu'il n'y a pas, qu'il ne peut y avoir de mal absolu, ou en d'autres termes que le Mal n'existe pas. L'on doit prendre garde ici de ne pas être dupe d'une fausse symétrie en le mal et le bien. Il y a un Bien absolu, Dieu, auquel tout bien particulier participe. Mais il ne peut y avoir de Mal absolu d'où dérivent tous les maux particuliers.
C'est cependant une idée bien vieille et très vivace dans l'humanité, qu'un tel dualisme. [...]
Ainsi le mal est tout relatif parce qu'il est tout négatif. mais il y a sur ce point une nuance importante à noter. La simple absence d'une perfection [...] n'est pas un mal [...]. Ainsi pour une créature, d'être contingente et finie, c'est une sérieuse imperfection ; pourtant [...] ce n'est pas un mal à proprement parler, car une créature ne peut pas être [...] Dieu.
Ce qui constitue le mal, ce n'est donc pas l'absence pure et simple d'une perfection, c'est le manque, la privation d'une perfection que le sujet devrait avoir par nature. Ainsi la cécité est un mal pour un homme, non pour une pierre [...].[/citation]

