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Tolkien, auteur catholique ?
#55
[small]Qu'il peut être long et laborieux de réagir à des messages... Je comprends de plus en plus que nous soyons peu nombreux dans ce cas... Pour ma part, je comptais m'acquitter de ma tâche ces temps-ci, et notamment le week-end dernier, mais après des réponses au nouveau venu Menelvagor, il y a eu divers soucis, la journée de dimanche a été difficile (finalement autant que la même journée l'année dernière), et par là-dessus je suis encore tombé malade ces jours-ci (j'en ai marre...). Bref, j'arrive quand même au bout, au moins pour ce fuseau et un autre...[/small]

Réponses à plusieurs intervenants en un seul message (tant pis pour ceux qui préfèrent le saucissonnage)...

[séparation]

Yyr Wrote:Dans ce message, Hyarion fait bien de rapporter cette confrontation ainsi médiatisée : [emphase]« Le Seigneur des anneaux, et par extension la mythologie de Tolkien, est une œuvre catéchétique, avance pour sa part l'essayiste espagnol Diego Blanco Albarova [versus] C'est certes une histoire profondément spirituelle et compatible avec le catholicisme, mais elle ne s'y réduit pas. »[/emphase]

De part et d'autre c'est se tirer une balle dans le pied entrer dans une impasse.
Surtout pour la première compréhension, c'est évident, c'est une pure sottise.
Mais aussi pour la seconde même s'il n'y a pas de sottise mais une confusion : c'est le débat que j'ai initié au début de ce fuseau.

Je ne m'attarde pas sur la première compréhension.
[...]

[édit : correction d'un trop-plein d'émotions :)]

De façon générale s'agissant de ton message, tu as bien fait de corriger. Il vaut toujours mieux maîtriser ses émotions lorsque l'on juge l'opinion d'autrui : nous avons tous ainsi fauté en ces lieux, à un moment ou à un autre, au moins s'agissant des participants les plus prolixes (dont je suppose faire partie). D'un autre côté, et je l'ai toujours pensé, la franchise a quelque-chose d'utile, en ce qu'elle évite de perdre du temps à se questionner sur ce que autrui pense vraiment. Et là, tout de même, je m'interroge, même si la situation n'est pas nouvelle, loin s'en faut : si toute autre compréhension ou interprétation que celle que tu proposes n'est que sottise et/ou confusion, peut-il y avoir, au fond, une place véritable pour un débat ? C'est une question de principe... Je ne trouve pas du tout sérieuse, moi non plus, la thèse de Diego Blanco Albarova, mais la position nuancée de Leo Carruthers ne me parait pas pour autant mériter d'être jugée seulement « confuse ». Je comprends ton souci de rechercher la clarté et d'éviter les impasses, mais il y a quelque-chose de paradoxal à mettre notamment en avant le mystère, comme tu le fais, et vouloir en même temps comme le figer dans le marbre, en quelque sorte, tout en affirmant que tout autre discours ne serait au mieux que confusion. L'aporie de la foi chrétienne, à cette aune, peut toujours avoir bon dos, me semble-t-il... alors qu'elle pourrait aussi bien, elle aussi, apparaitre comme une impasse in fine...

Yyr Wrote:Mais quant à la seconde [compréhension], je la résumerai en disant qu'ici on comprend le catholicisme comme étant un cas particulier du spirituel, et c'est vrai sous un certain rapport, mais un rapport externe au catholicisme. Sous le rapport chrétien (pour Tolkien entre autres) c'est le contraire : plus quelque chose sera chrétienne, plus elle sera universelle — et c'est justement parce que cette œuvre est chrétienne qu'elle peut être lue et aimée par autant de monde différent (tout comme c'est parce qu'elle ne peut l'être parfaitement — seul le Christ est parfaitement chrétien — que tous ne réussissent pas à la lire et à l'aimer ... y compris chez les Chrétiens [small]— ma grand-mère, très chrétienne, a lu le Seigneur des Anneaux pour me fait plaisir et, en souriant, m'a dit à la fin « tout ça pour un petit anneau ! »[/small]). Autrement dit, la question que l'on se pose ici est déjà déterminée par une aporie qui est celle de la foi chrétienne elle-même : alors que, de l'extérieur, elle n'est qu'un cas particulier de tout, de l'intérieur, elle récapitule le tout (il n'y a pas plus universel que le Christ Leo ;)).

Il n'y a pas plus universel que le Christ... d'un point de vue chrétien, soit, sans doute, mais est-ce le seul qui compte sur le principe ? Je ne sais pas ce qui a été dit lors du récent colloque lorsque des points de vue n'étant pas forcément chrétiens, ou supposés tels, ont été autorisés à s'exprimer, mais que penser de ce « certain rapport » dont tu parles, de ce « rapport externe au catholicisme » ? Est-il, au fond, seulement légitime dans le cadre des présentes discussions et compte tenu de ce que tu dis ? Et si oui, éventuellement, jusqu'à quel point ? Note que je suis content que ma citation de l'article du Monde confrontant les points de vue de Blanco Albarova et Carruthers t'ait paru pertinente, et que je trouve tes précisions utiles, mais j'avoue que ta démarche me rappelle un peu le paradigme du cardinal Newman s'agissant de l'histoire du christianisme, conçue comme l'histoire d'une longue explicitation de la foi à travers les âges (et les hérésies supposées, condamnées comme telles au fur et à mesure). Ce n'est pas inintéressant, loin s'en faut, mais il y a toujours cette dimension potentiellement excluante, même en se réclamant de la démonstration (maintenant ou plus tard), face à laquelle la question même du débat peut finir par se poser. Ce n'est pas là chose nouvelle en ces lieux, certes.

Yyr Wrote:[espacement]
Yyr Wrote:Autrement dit, la question que l'on se pose ici est déjà déterminée par une aporie qui est celle de la foi chrétienne elle-même

Et donc (c'est en lien avec la conférence du 24 avril des Bernardins) on aborde un mystère.
L'œuvre tolkienienne participant de ce mystère, on ne peut certainement pas croire que l'on va tout éclaircir dans son rapport avec la foi.
Même si cela ne nous exonère pas de chercher à éclaircir ce qui peut l'être.

Tout ce qui peut contribuer à faire en sorte que l'œuvre ne soit pas rébarbativement décrite en forme de serrure (pour reprendre la formule de de Julien Gracq, déjà mentionnée ailleurs par le passé) sera toujours bon à prendre.

Yyr Wrote:En outre, et en lien avec ce mystère. Ma présentation aux Bernardins aborde la problématique de « l'auteur chrétien » (entre autres) à partir de la compréhension de la dimension chrétienne comme âme (au sens aristotélicien) de l'œuvre tolkienienne :

[citation]Cela ne signifie pas que le Conte soit chrétien dans sa narration (l’histoire qu’il retrace n’est pas l’Histoire Sainte), mais dans son principe ou dans son âme : la qualité chrétienne est au principe de ce que le Conte réalise.

Lorsque ces correspondants de Tolkien lui parlent du « caractère sain et sacré » de son œuvre comme celui d'« un monde dans lequel on dirait qu’une sorte de foi se trouve partout sans avoir de source visible, comme une lumière projetée par une lampe invisible », on ne saurait en effet mieux dire les choses. Car l’âme est ce qu’on ne peut voir, ce dont on ne peut avoir une expérience sensible, et qui est cependant ce par quoi nous sommes vivants et capables d’aimer : l'âme est un principe d'opérations.[/citation]

L'âme en effet est un mystère. Et l'on peut toujours en expliquer certains points, mais jamais entièrement. On ne peut pas mesurer le principe même que constitue l'âme ; on ne peut qu'en percevoir les effets. En outre, le principe est chrétien, c'est-à-dire (pour faire court), qu'il est amour (c'est ce que j'ai montré avec la polarité entre art et amour). Or l'amour (i.e. du bien) aussi est un mystère. Même au seul niveau sensible (aimer un éclair au chocolat par exemple :)) : cette émotion n'est pas connaissable directement ; on ne la connaît que par ses effets, que sont toutes les autres émotions (à commencer par le désir, émotion ressentie en l'absence du bien aimé, et le plaisir, émotion ressentie en présence du bien aimé). Le visible (l'effet) est le signe de l'invisible (le principe).

[...]

Je ne sais pas trop quoi penser du fait d'attribuer une âme à une œuvre de l'esprit, du moins au-delà d'un certain point : hors de toute spéculation disons spirituelle, il y a ce qu'un artiste a voulu mettre dans une œuvre et ce que le public peut y voir ensuite...

J'ai déjà souligné ailleurs en ces lieux, par le passé, le problème que peut poser l'emploi du mot « âme » : à mon sens, l'âme peut se concevoir comme monde de représentations intimes, non matériel, propre à chacun, fait d'images et de mots, un monde intime d'idées, d'émotions, de perceptions, que nous avons tous, mais dont on ne peut pourtant pas prouver l'existence (soit incidemment ce qui peut-être pourrait correspondre, plus ou moins, à la fonction intellective chez l'être humain, parmi d'autres fonctions de l'âme selon Aristote). Or si l'on entend borner, limiter le sens du mot « âme » à une matrice religieuse du terme, à mon humble avis, on ne pourra toucher à l'universel qu'en trompe-l'œil... Mais honnêtement, je ne sais pas s'il est bon d'entrer à nouveau dans des débats potentiellement clivants, car je les sens toujours propices à l'éveil « diabolique » de certaines passions tristes (passions auxquelles, entre autres, la foi religieuse ne saurait être étrangère, malgré toutes les bonnes intentions du monde). Pour ma part, je me suis juré de ne pas retomber là-dedans, et je m'y tiendrais, mais je pense qu'il serait bon de ne pas borner sujets et notions à une conception religieuse (qui se voudrait universelle, particulièrement dans le cas du catholicisme comme son nom l'indique, mais qui ne peut l'être, même avec l'aporie de la foi en guise de « passe-partout », si j'ose dire, et pour continuer à filer la métaphore « serrurière ») sous prétexte de vouloir préciser lesdits sujets et principes perçus autrement comme vagues. Si mystère il y a, disons qu'il peut être appréhendé de manière ouverte, et en restant humbles face à celui-ci (à l'instar de Carruthers, me semble-t-il), car la tentation d'instrumentaliser ledit mystère peut être forte... Du moins est-ce mon avis.

Yyr Wrote:Mais, rassurons bien tout le monde (et c'est à nouveau la question de l'universalité de la foi et de celle de l'œuvre tolkienienne) : Tolkien n'est pas Dieu. C'est pourquoi (indépendamment de la liberté) le lecteur de Tolkien non chrétien ne devient pas forcément chrétien, tout comme le chrétien qui n'aime pas Tolkien n'est pas nécessairement un mauvais chrétien.

Ne me reconnaissant, je l'avoue, dans aucune de ces options, qui me dépassent un peu (j'ai déjà exprimé ailleurs ce que je pensais des limites de la dichotomie croyants/non-croyants, bien trop simpliste face à la singularité de chaque parcours spirituel, même en se limitant à la « grande famille » des chrétiens), j'avoue que dès lors je ne sais pas si je peux me sentir rassuré... ^^'
Mis à part cela, en dehors d'éventuels cas particuliers de « fanariat tolkienolâtre aggravé » (religieux ou non religieux), à peu près tout le monde, me semble-t-il, peut raisonnablement convenir que Tolkien n'est pas Dieu. Par contre, on peut raisonnablement supposer que Tolkien peut être perçu par certains comme étant, plus ou moins, un « agent vers Dieu », moyennant un certain [emphase]« enrobage de sucre »[/emphase] littéraire (cf. la lettre de J. R. R. Tolkien à G. S. Rigby de décembre 1965). Ce qui nous ramène sans doute à la question de l'intention, déjà abordée précédemment dans le présent fuseau.

[séparation]

sosryko Wrote:
Yyr Wrote:tous ne réussissent pas à la lire et à l'aimer ... y compris chez les Chrétiens — ma grand-mère, très chrétienne, a lu Le Seigneur des Anneaux pour me fait plaisir et, en souriant, m'a dit à la fin « tout ça pour un petit anneau ! »)

Il me semble qu'en réalité, si elle n'a pas aimé Le Seigneur des Anneaux, ta grand-mère avait pourtant tout compris. Son jugement ne fait d'ailleurs probablement que nous dévoiler une parole de Tom Bombadil dans sa mystérieuse conversation avec Gandalf... ;-)

Pour ma part, si nous avons bien souvent parlé de la foi dès ma prime jeunesse, j'aurai aimé pouvoir discuter avec ma grand-mère, très pieuse, de la religiosité chrétienne telle qu'elle transparaît, vis-à-vis notamment d'un sujet comme Bernadette Soubirous, les apparitions de Lourdes, et le film The Song of Bernadette de Henry King, dans la part de la correspondance de Tolkien restée non publiée jusqu'en 2023 alors que cela aurait pu être rendu public bien plus tôt. N'en déplaise aux adeptes exclusifs de la transhistoricité de la foi chrétienne, il est désormais trop tard (ou quasiment) pour appréhender directement la religiosité du passé à travers des témoins directs, que ce soit des générations proches de celles de Tolkien ou les générations de ses enfants, soit tout ceux qui ont connu pleinement une époque, dans leur vie d'adulte, ayant précédé l'accélération de la sécularisation occidentale à partir des années 1960.

En ce qui concerne le Seigneur des Anneaux, je n'aurai jamais proposé à ma grand-mère de le lire : d'une part parce que ce n'était pas une grande lectrice de romans, et ensuite parce que le rapport au christianisme y est si peu direct que cela ne l'aurait pas intéressée. Lire directement les Évangiles ou la Bible plus généralement, ou bien un livre sur Jésus, ou sur Padre Pio, Bernadette Soubirous ou Thérèse de Lisieux, oui. Lire de la fiction chrétienne avec de la fantasy comme [emphase]« enrobage de sucre »[/emphase], non.

Quitte à opter pour de la fiction, c'est avec des récits évoquant directement les origines du christianisme que je pouvais partager des choses avec ma grand-mère, au-delà de la littérature : je me souviens notamment d'un (re)visionnage avec elle, un soir devant la télé, du fameux film Ben-Hur de William Wyler, d'après le roman de Lewis Wallace, visionnage lors duquel vous vibrions avec les émotions des personnages jusqu'à l'édifiante conclusion, objectivement plus belle que dans le roman. Mais s'agissant du Seigneur des Anneaux (le roman, évidemment), qu'aurait bien pu en penser ma grand-mère ? Probablement la même chose que la tienne, Jérôme : « tout ça pour un anneau de rien du tout » ! Oui, tout ça pour un gadget de nécromancien... Ceci dit, pour aller dans le sens de Sosryko, on peut sans doute faire un lien entre ce que représente par principe l'Anneau Unique comme tentation du pouvoir et ce que me disait souvent ma grand-mère face à certains abus marquant régulièrement l'actualité : « il n'y a rien de plus sale que la politique ! »

[séparation]

Silmo Wrote:Quel doux plaisir de voir citer Lucrèce :-)

L'Hymne à Vénus, par lequel s'ouvre le premier livre de De rerum natura, a inspiré à un de ses traducteurs, Émile Teulon (1793-1877), ses vers publiés en 1855 (in De la Nature des choses, fragments traduits en vers français) :

[emphase]O Vénus, volupté des hommes et des Dieux,
O mère des Romains, sous le ciel radieux,
Sur la plaine des mers, de vaisseaux sillonnée,
Sur la terre, de fruits et de moissons ornée,
Tous les êtres par toi sont conçus, enfantés :
Toi seule ouvres leurs yeux aux célestes clartés.
Déesse, à ton aspect, les éléments s'apaisent,
Le nuage s'enfuit, les aquilons se taisent ;
L'océan te sourit, ô Reine des amours !
Le sol produit des fleurs comme aux suaves jours.
De feux étincelants le soleil se décore,
Et la voûte azurée est plus sereine encore.
Dès que le doux printemps ramène les zéphirs,
Ils parfument les airs de leurs féconds soupirs.
Les oiseaux par leurs chants annoncent ta venue ;
Le troupeau qui bondit à travers l'étendue,
Foule les prés joyeux, traverse les torrents.
A peine elle entrevoit tes charmes enivrants,
La nature te suit, tout entière entraînée
Vers toi par les penchants qui font sa destinée.
Au sein des vastes mers, dans les fleuves profonds,
Dans la verte campagne, à la cime des monts,
Tous les êtres, épris d'ineffables tendresses,
En flots brûlants d'amour épanchent leurs caresses.
[...][/emphase]

Précisons que Lucrèce ne niait pas l'existence des dieux, mais retirait ceux-ci du monde des mortels dont ils ne se soucient pas, d'où une interprétation nécessairement symbolique des mythes pour y donner du sens.

Silmo Wrote:Quant à la fresque de Tommaso Laureti Siciliano, c'est un bien triste thème iconoclaste. [...]

Le thème est effectivement triste, mais au-delà de l'aspect iconoclaste, qui n'est que partiel — une représentation visuelle est ici supposée « triompher » symboliquement sur un autre —, il me parait surtout être question de la prétention des chrétiens de l'époque (ici catholiques) à être seuls du côté de la « Vérité », voire à s'élever même au-dessus de toute autre croyance, si ce n'est au-dessus de la vérité elle-même : exemple éloquent de manifestation de l'hybris ou hubris, cette notion de démesure héritée des anciens Grecs déjà bien des fois évoquée en ces lieux, avec cette fresque ici une injustice faite particulièrement à Hermès/Mercure, dieu du voyage, du commerce et des négociants (et certes aussi des voleurs), conducteur des morts (psychopompe), messager de Zeus/Jupiter... Je pense en particulier à l'histoire de Philémon et Baucis, dans les Métamorphoses d'Ovide (Livre VIII), où Jupiter et Mercure récompensent pour leur hospitalité deux vieux époux fidèles et pieux, finalement changés en arbres dont les troncs restent voisins.

Silmo Wrote:[...] Ce qui fait penser à Paul IV, ancien grand inquisiteur, qui s'est contenté de faire repeindre les nudités du Jugement Dernier de Michel-Ange par un de ses élèves, Daniele da Volterra, Il Braghettone (le caleçonneur) :(. Le maitre avait refusé de rhabiller ses personnages, argumentant que la nudité faisait partie de l'humanité du Christ. Le conseiller du pape, Bagio de Cesena, en fut outré et protesta avec véhémence. Par vengeance selon Vasari, Michel-Ange l'a portraituré dans sa fresque, parmi les condamnés aux enfers, en Minos juge des morts, avec des oreilles d'âne et un serpent lui mordant les génitoires (en bas à droite du Jugement dernier).
Fort heureusement les musées du Vatican n'ont pas massacré ainsi leurs antiques se contentant de rajouter des feuilles de vigne aux marbres les plus impudiques (en les châtrant mais en conservant dans les réserves tous les attributs cassés/castrés au burin). :rolleyes:

Pour avoir une idée de l'aspect original des figures de Michel-Ange initialement représentées nues dans la scène de la fresque du Jugement Dernier, il existe, pour mémoire, une copie réputée très fidèle de l'œuvre réalisée par Marcello Venusti en 1549, conservée au musée de Capodimonte à Naples, et dans laquelle, outre les nus non-consurés, ont été rajoutés la colombe du Saint-Esprit et la figure de Dieu telle que Michel-Ange a pu la représenter sur le plafond de la chapelle Sixtine. Un tableau reproduisant cette copie de la fresque non-censurée, réalisé une vingtaine d'années plus tard (1570) par le peintre français Robert Le Voyer, est conservée et exposée au musée Fabre de Montpellier :
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:...Robert.jpg

En matière d'histoire de l'art et d'histoire tout court, il y aurait par ailleurs des choses à dire, entre autres, sur la pruderie liée à l'usage du périzonium pour représenter la scène de la Crucifixion du Christ, usage incompatible avec la réalité historique du crucifiement de Jésus, qui était nu lors de son supplice... d'où la réplique du Seigneur Jésus-Christ à Don Camillo dans une scène où Fernandel interprète (avec son légendaire accent marseillais) le célèbre curé italien se trouvant en fâcheuse posture, après qu'il se soit fait dérober ses vêtements pendant qu'il se baignait dans les fluviales eaux du Pô lors d'une journée caniculaire.

[Image: 1748553102_fernandel_-_don_camillo_monse...uve_po.jpg]
[emphase]Don Camillo : J'ai honte, Seigneur, de me présenter devant vous en caleçon... mais ils m'ont tout volé Seigneur !
Jésus-Christ : Quand ils m'ont mis en croix, j'étais plus nu que toi...
Don Camillo : Ah oui... les habitudes ont changé ![/emphase]

La scène est extraite du film Don Camillo Monseigneur de Carmine Gallone (1961), qui n'est pas le meilleur de la série, commencée environ dix ans plus tôt (avec Le Petit Monde de don Camillo de Julien Duvivier, sorti en 1952), mais qui se laisse tout de même regarder.

Au sujet des représentations artistiques de la Crucifixion à travers les siècles, je renvoie notamment à l'ouvrage Cruxifixion - la crucifixion dans l'art, un sujet planétaire de François Boespflug et Emanuela Fogliadini (Bayard, 2019).

[séparation]

Peut-être que ce message paraitra « trop ceci » ou « pas assez cela » : disons que je fais ce que je peux.

Amicalement à toutes et tous,

B.


[small][EDIT: correction de fautes et rajout d'un lien hypertexte au début du message][/small]
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