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Et vous, qu'écoutez-vous ?
A trois jours des concerts Tolkien aux Bernardins, ne parlerions-nous pas encore un peu de musique en ces lieux ? J'aurais sans doute pu évoquer Dutilleux, Hindemith, Glazounov, Albinoni ou Palestrina, mais le temps me manque. Je mentionnerai donc un seul CD, mais qui le double avantage de grandement contribuer à la féminisation de ma collection et de concerner pas moins de cinq compositrices françaises, du XVIIIe au XXe siècle : Hélène de Montgeroult (1764-1836), Cécile Chaminade (1857-1944), Mélanie "Mel" Bonis (1858-1937), Armande de Polignac (1876-1962) et Blanche Selva (1884-1942).

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Il s'agit d'un enregistrement en direct de pièces pour piano par Laurent Martin, grand concertiste à qui l'on doit la redécouverte de bien d'autres joyaux du Romantisme français, publié par le label Ligia Digital en 2019 (et disponible ici sur YouTube). Dans le détail, Laurent Martin commence avec quatre études de Montgeroult (n° 38, 62, 101 et 110) tirées de son Cours complet pour l'enseignement du forte piano, publié en 1816. Ce sont des pièces d'un grand classicisme, mais empreintes d'une sensibilité remarquable, dont la première et la quatrième m'ont irrésistiblement évoqué certains mouvements lents des sonates pour piano de Beethoven. Viennent ensuite trois morceaux de Chaminade, la Lisonjera (op. 50), Automne, la deuxième pièce des Six études de concert (op. 35) et Les Sylvains (op. 60). Des trois, Automne me semble être la plus virtuose, mais ce sont les Sylvains que je préfère. Est-ce le titre ? Je trouve que ce morceau a une grâce elfique où percent tour à tour gaieté et nostalgie.

Les Six préludes de Polignac, écrits vers 1900, sont des pièces brèves de belle facture, mais c'est surtout son Nocturne, composé en 1907, qui révèle l'originalité de son inspiration. Deux pièces de Selva figurent au programme de ce CD, Cloches dans la brume (Cloches d'Ardèche) et Cloches au soleil (Cloches d'Italie), toutes deux écrites en 1904. Elles portent bien leur titre. La première est d'une grande mélancolie, tandis que la seconde évoque à merveille la joie d'un printemps méridional. Laurent Martin conclut ce panorama avec trois agréables miniatures de Bonis, Gai printemps (op. 11) et Églogue (op. 12), toutes deux tirées de Cinq pièces musicales, ainsi que la Romance sans parole en sol bémol majeur (op. 56).

Bref, ce CD est une parfaite occasion de faire la connaissance de cinq représentantes majeures de l'école française de piano, qui n'a pas grand-chose à envier à la tradition allemande. Bien qu'il s'agisse d'un enregistrement de concert, la prise de son est excellente et le livret fourmille d'informations intéressantes sur ces compositrices encore trop méconnues. Je salue au passage l'effort musicologique de l'interprète et de ceux qui l'ont aidé : si l'œuvre de Bonis recommence timidement à être appréciée à sa juste valeur depuis les années 1990, le renouveau d'intérêt pour les grandes pianistes qu'étaient Montgeroult et Chaminade est nettement plus récent. Quant à Polignac, bien qu'elle ait laissé une œuvre considérable derrière elle, il s'agit apparemment du seul enregistrement dont elle bénéficie jusqu'à présent. Pour Selva, c'est même pire, puisqu'une grande partie de ses compositions semble à jamais perdue.

E.
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