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Revue de presse
Silmo Wrote:Le Canada et la Grande Louisiane sont abandonnés par la France après la Guerre de Sept Ans (impossible de se battre sur deux fronts), mais la France rachète son ancien territoire à l'Espagne en 1800 (traité de San-Idelfonso). En 1803, Napoléon revend ce qui équivaut au tiers des USA actuels (traité de Washington) pour un montant ridicule de 80 000 000 de francs (15 000 000 de dollars). Une misère pour une zone si immense. Pas plus futé que Louis XV.

En 1803, le montant n'était pas si ridicule que cela si l'on songe au PIB des jeunes États-Unis d'Amérique de l'époque, la Louisiane ayant en fait alors été vendue à crédit, sauf erreur de ma part... mais ce n'était certes pas une somme énorme pour la vente d'un territoire de cette ampleur, vente qui fut décisive dans le développement de la puissance des États-Unis.

L'ambition de Napoléon Bonaparte, futur empereur Napoléon Ier et alors encore Premier consul, était initialement, pour reprendre les mots de l'historienne Cécile Vidal dans un bref article en ligne de 2021, de « restaurer l'empire français d'Ancien Régime aux Amériques », après son échec en Égypte pour prendre le contrôle de la route des Indes face à l'impérialisme britannique. Il ne s'agissait pas seulement de ce que tu appelles la Grande Louisiane, cher François, mais aussi des Caraïbes, et en particulier de l'île de Saint-Domingue, lieu d'une colonie française dont le contrôle était indispensable pour assurer, entre autres, une continuité de liaison maritime entre la Louisiane et la France métropolitaine. La colonie en question, gouvernée alors par Toussaint Louverture, échappait depuis quelque temps aux autorités françaises, et c'est l'échec de la reprise en main de Saint-Domingue par la France qui conditionna la suite des événements, un échec qui ne se fit pas au profit de Toussaint Louverture (lequel, capturé, mourut déporté en France en cette même année 1803) et fut causé dans une large mesure par une dévastatrice épidémie de fièvre jaune.
Bref, une fois actée l'impossibilité de reprendre Saint-Domingue, c'est par pur pragmatisme que Bonaparte se résolût à faire de la Louisiane, une fois de plus, une monnaie d'échange, en se disant qu'il valait mieux la vendre aux jeunes États-Unis pour les renforcer face à leur ancienne puissance coloniale anglaise (revancharde, comme elle le prouvera lors de la guerre anglo-américaine de 1812), plutôt que de laisser le champ libre aux Britanniques/Anglais dans cet autre coin de la planète. Voila pourquoi, entre autres, la France de Bonaparte et les États-Unis du francophile Thomas Jefferson purent s'entendre, aux dépends de la « perfide Albion ».

On notera que le calcul des Russes et des Américains sera semblable en 1867 concernant la vente de l'Alaska : déjà affaiblie par les conséquences de la guerre de Crimée perdue face à l'Angleterre de Victoria Ire alliée à la France de Napoléon III, la Russie du tsar Alexandre II s'entendit avec les États-Unis pour faire en sorte que l'Alaska échappe aux Britanniques contrôlant le Canada (tandis que les Français finissaient d'évacuer militairement le Mexique, mais c'est une autre histoire).

Loin de toute vision téléologique des événements historiques, notons simplement que tous ces choix stratégiques de dirigeants étatiques, quel que soit la part de pragmatisme qui les ont orientés, sont autant de coups de poker diplomatiques, coups de poker qui caractérisent assez fortement, entre autres facteurs, l'expansion territoriale des États-Unis, ainsi que l'évoque Raphaël Lahlou dans un vieil article en ligne de 2002 consacré au « rêve américain et caraïbe de Bonaparte ».

Pour en revenir au sujet de départ, évoqué précédemment dans mon message du 30 mars :

Silmo Wrote:...le catholicisme de Vance est dans la minorité.

À mon humble avis, ce n'est pas parce que le catholicisme, auquel s'est converti J. D. Vance, est minoritaire aux États-Unis, que l'influence d'un politicien idéologue comme Vance ne peut pas être significative, compte tenu du poste qu'il occupe désormais, et auquel il donne plus de visibilité que d'habitude : comme tu le sais, quelqu'un de notoirement moins idéologue que lui, un certain Donald J. « FakeNews » Trump, a déjà trouvé un moyen, lors de son premier mandat présidentiel, de remettre en cause la jurisprudence liée au fameux arrêt Roe v. Wade de 1973 en matière de droit à l'IVG. Je doute que Vance renonce à aller plus loin s'il devait avoir, un jour, la possibilité d'imposer ses idées politico-religieuses, quand bien même notamment les conservateurs religieux protestants (de toutes sortes) ne voudraient pas forcément le suivre sur tous les sujets, notamment sur le terrain spécifique de l'« intégralisme » promu au sein d'une minorité conservatrice catholique. Et la tolkienophilie affichée du personnage, même si elle n'est peut-être avant tout qu'un affichage, dans la mesure où Vance n'insiste pas non plus énormément là-dessus a priori, ne me parait pas non plus un fait totalement anodin, notamment s'agissant de l'avenir de la réception de l'œuvre d'un écrivain comme Tolkien.

Amicalement,

B.
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