Hyarion Wrote:Curieuse tentation de « rétrogradation » (?) – sinon de « déconstruction » (!?) –, a fortiori dans un contexte ici de commentaires sur l'œuvre de Tolkien où les majuscules plus ou moins théologiques abondent par ailleurs... À cette aune, il faudrait aller au bout de la logique et donc ne plus accorder de valeur religieuse « supérieure », ou même seulement particulière, au christianisme de Tolkien dans le cadre de l'étude de son œuvre... et considérer dès lors tous les auteurs de récits mythiques – récits tous mis strictement sur un pied d'égalité quant à leur « vérité » (Évangiles compris) –, comme étant de « simples » mythographes au sens où ils releveraient « seulement » d'une catégorie particulière d'auteurs de fiction. On sortirait certes dès lors d'un « entre-deux » pourtant cher, notamment, aux dominicains exégètes de la Bible : serait-ce ton souhait ? ;-)
Je défends précisément le contraire, il me semblait que c'était évident. Je ne mets précisément pas sur un pied d'égalité ce qui découle d'une religion (ou d'une mythologie... pour l'heure, je ne vais pas établir de distinguo précis sur ce point-là) traditionnelle et ce qui relève de l'élaboration artistique, où l'auteur invente et sait qu'il invente*. Spécialement quand le but de l'invention est la glorification du souverain en place. Pour le coup, il me semble y avoir plus de points communs entre l'Enéide (ou tout au moins cette partie de l'Enéide, car je veux bien admettre que Virgile n'a pas forcément inventé Enée) et la Franciade qu'entre l'Enéide et l'Odyssée.
Après, chacun met les majuscules qu'il veut. J'essaie d'en mettre le moins possible. Et de fait, si je devais évoquer l'œuvre de Tolkien dans cette lignée, il va de soit que je parlerais de sa « mythologie » entre guillemets, à moins qu'il soit évident que je n'emploie pas ce terme dans son acception usuelle.
E.
* Précisons : il me semble difficile de nier que chaque auteur a pu broder sur les mythes existants, rajouter tel ou tel épisode adventice pour une foule de raisons diverses (allusion à tel patron, volonté de relier de manière cohérente deux épisodes connus de la vie d'un personnage mythologique, etc.) Cela reste assez différent de l'invention complète d'une épopée, où la quasi-totalité des personnages n'a aucune existence préalable en dehors du texte.

