26-04-2025, 11:02
Merci infiniment pour ce très beau compte-rendu Sosryko :)
[small]Et pour ta générosité car, dans cette affaire, tu as énormément œuvré, bien davantage que la conférence le laisse voir. Mais sois heureux, cela porte déjà des fruits :).[/small]
J'ai bien aimé, dans la conférence du père Armogathe, son invitation à réfléchir (à la suite de Sosryko qui le soulignait à Cerisy en 2012) sur le distinguo entre CS Lewis et JRR Tolkien : le premier davantage symbolique, le second davantage analogique. Non pas dans un sens strict car tout artiste est nécessairement symbolique. Mais dans la mesure où le premier est davantage « allégorique » au sens où les images du monde secondaire font signe de façon plus univoque vers les réalités du monde primaire, à l'inverse du second, dont les images sont moins directives, moins déterminées : au sens où elles se font véhicule, précisément, et non simple transposition. À ce sujet, certains ont attiré l'attention sur la différence entre un auteur protestant et un auteur catholique. Pour ma part, j'y vois plutôt la marque d'un esprit plus philosophique chez l'un et plus artistique chez l'autre (c'est le propre de la raison de rechercher la vérité par l'univocité et la précision des termes, celui de l'art de la rechercher par la sensibilité et l'émotion des images).
J'ai été enchanté par la lecture et relecture du Réveil (Relèvement) en Ithilien par Sosryko. Je ne sais plus si c'était avec Beruthiel ou avec Étienne (un autre auditeur), nous nous faisions la réflexion : prendre le temps de lire, prendre le temps de digérer, de se sustenter d'un texte ! Je n'avais encore jamais entendu toute la profondeur de ce cri du cœur de Sam : [emphase]« Est-ce que toutes les choses tristes vont se révéler fausses ? Qu’est-il arrivé au monde ? »[/emphase] On ne saurait mieux exprimer ce que veut dire le mot Rédemption (en veillant à ne pas séparer cette parole de l'émotion et de la joie). Cf. l'émotion vécue par Tolkien suite à la guérison du petit garçon de retour de Lourdes (« Lettre n°89, à Christopher Tolkien (1944) », Lettres, p.148 = Letters, p.100 = expLetters, p.142).
[small]Incidemment, quand je lis à la suite : [emphase]« puis il rit, et ce son était comme de la musique, ou de l’eau dans un pays asséché »[/emphase], je ne puis m'empêcher de reconnaître un lien avec : [emphase]« Je tends les mains vers toi, me voici devant toi comme une terre assoiffée »[/emphase] (Psaume 142 (hébr. 143) v. 6). Non pas que ce lien soit univoque. De toute façon, la question n'est pas tant la coïncidence des images que de ce qu'elles signifient : en dernière analyse (comme pour tout le reste, dirait Tolkien) notre mortalité. C'est-à-dire nos limites, nos blessures, et notre besoin d'être secourus, complétés ... sauvés. Le point est, sous un certain aspect, entièrement humain, sous un autre aspect, entièrement chrétien, et ces deux aspects sont véridiques (& c'est bien pourquoi la foi chrétienne est celle de l'Incarnation). Ainsi le lien quoique non explicite n'en est-il pas moins certain.[/small]
Ce sera justement mon sujet lors du colloque [small](dont le traitement te doit beaucoup, tu le sais, Sosryko)[/small], celui du rapport entre imagination et rédemption chez Tolkien, c'est-à-dire entre art et salut, et donc entre ce qui est très humain et ce qui est très chrétien. J'aime beaucoup la question du paradoxe religieux chez Tolkien (paradoxe d'une œuvre chrétienne privée de références chrétiennes pour le dire brièvement) tant elle nous invite à réfléchir. Dans cette interview de 1962, Tolkien donne trois raisons à l'absence d'explicite chrétienne à son œuvre : [emphase]« There is no religion in the book for reasons which are partly aesthetic, partly auctorial, and partly ... the history »[/emphase]. Contrairement à ce qui est souvent mis en avant par la critique (et ce qui du reste l'était souvent aussi par Tolkien lui-même), la raison chronologique n'est pas première. Les deux premières sont relatives à la façon dont Tolkien conçoit l'art. Et d'une, et c'est ce que JR Armogathe et Sosryko ont abordé dans cette conférence, [emphase]« l'élément religieux est absorbé dans l'histoire et dans le symbolisme »[/emphase] (« Lettre n°142, à Robert Murray (1953) », Lettres, p.246 = Letters, p.172 = expLetters, p.257). Et de deux, et c'est ce que j'aborderai dans ma conférence lors du colloque, l'auteur n'est que subcréateur. [small]La dimension chronologique, elle, fera l'objet d'un autre travail, il faut nous en laisser pour les 20 prochaines années ;).[/small]
[small]Et pour ta générosité car, dans cette affaire, tu as énormément œuvré, bien davantage que la conférence le laisse voir. Mais sois heureux, cela porte déjà des fruits :).[/small]
J'ai bien aimé, dans la conférence du père Armogathe, son invitation à réfléchir (à la suite de Sosryko qui le soulignait à Cerisy en 2012) sur le distinguo entre CS Lewis et JRR Tolkien : le premier davantage symbolique, le second davantage analogique. Non pas dans un sens strict car tout artiste est nécessairement symbolique. Mais dans la mesure où le premier est davantage « allégorique » au sens où les images du monde secondaire font signe de façon plus univoque vers les réalités du monde primaire, à l'inverse du second, dont les images sont moins directives, moins déterminées : au sens où elles se font véhicule, précisément, et non simple transposition. À ce sujet, certains ont attiré l'attention sur la différence entre un auteur protestant et un auteur catholique. Pour ma part, j'y vois plutôt la marque d'un esprit plus philosophique chez l'un et plus artistique chez l'autre (c'est le propre de la raison de rechercher la vérité par l'univocité et la précision des termes, celui de l'art de la rechercher par la sensibilité et l'émotion des images).
J'ai été enchanté par la lecture et relecture du Réveil (Relèvement) en Ithilien par Sosryko. Je ne sais plus si c'était avec Beruthiel ou avec Étienne (un autre auditeur), nous nous faisions la réflexion : prendre le temps de lire, prendre le temps de digérer, de se sustenter d'un texte ! Je n'avais encore jamais entendu toute la profondeur de ce cri du cœur de Sam : [emphase]« Est-ce que toutes les choses tristes vont se révéler fausses ? Qu’est-il arrivé au monde ? »[/emphase] On ne saurait mieux exprimer ce que veut dire le mot Rédemption (en veillant à ne pas séparer cette parole de l'émotion et de la joie). Cf. l'émotion vécue par Tolkien suite à la guérison du petit garçon de retour de Lourdes (« Lettre n°89, à Christopher Tolkien (1944) », Lettres, p.148 = Letters, p.100 = expLetters, p.142).
[small]Incidemment, quand je lis à la suite : [emphase]« puis il rit, et ce son était comme de la musique, ou de l’eau dans un pays asséché »[/emphase], je ne puis m'empêcher de reconnaître un lien avec : [emphase]« Je tends les mains vers toi, me voici devant toi comme une terre assoiffée »[/emphase] (Psaume 142 (hébr. 143) v. 6). Non pas que ce lien soit univoque. De toute façon, la question n'est pas tant la coïncidence des images que de ce qu'elles signifient : en dernière analyse (comme pour tout le reste, dirait Tolkien) notre mortalité. C'est-à-dire nos limites, nos blessures, et notre besoin d'être secourus, complétés ... sauvés. Le point est, sous un certain aspect, entièrement humain, sous un autre aspect, entièrement chrétien, et ces deux aspects sont véridiques (& c'est bien pourquoi la foi chrétienne est celle de l'Incarnation). Ainsi le lien quoique non explicite n'en est-il pas moins certain.[/small]
Ce sera justement mon sujet lors du colloque [small](dont le traitement te doit beaucoup, tu le sais, Sosryko)[/small], celui du rapport entre imagination et rédemption chez Tolkien, c'est-à-dire entre art et salut, et donc entre ce qui est très humain et ce qui est très chrétien. J'aime beaucoup la question du paradoxe religieux chez Tolkien (paradoxe d'une œuvre chrétienne privée de références chrétiennes pour le dire brièvement) tant elle nous invite à réfléchir. Dans cette interview de 1962, Tolkien donne trois raisons à l'absence d'explicite chrétienne à son œuvre : [emphase]« There is no religion in the book for reasons which are partly aesthetic, partly auctorial, and partly ... the history »[/emphase]. Contrairement à ce qui est souvent mis en avant par la critique (et ce qui du reste l'était souvent aussi par Tolkien lui-même), la raison chronologique n'est pas première. Les deux premières sont relatives à la façon dont Tolkien conçoit l'art. Et d'une, et c'est ce que JR Armogathe et Sosryko ont abordé dans cette conférence, [emphase]« l'élément religieux est absorbé dans l'histoire et dans le symbolisme »[/emphase] (« Lettre n°142, à Robert Murray (1953) », Lettres, p.246 = Letters, p.172 = expLetters, p.257). Et de deux, et c'est ce que j'aborderai dans ma conférence lors du colloque, l'auteur n'est que subcréateur. [small]La dimension chronologique, elle, fera l'objet d'un autre travail, il faut nous en laisser pour les 20 prochaines années ;).[/small]

