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Et vous, qu'écoutez-vous ?
J'avais complété mon évocation de Fauré en parlant de ses mélodies. Il me semble qu'il faudrait en faire autant pour Franck. Or justement, il existe un splendide double CD regroupant l'intégrale des mélodies et des duos composés par Franck, interprétés par le baryton Tassis Christoyannis, accompagné par la soprano Véronique Gens pour les duos (celle-ci interprète aussi une version alternative de la mélodie « S'il est un charmant gazon », mise en musique du poème « Nouvelle Chanson sur un vieil air », qui figure dans le recueil les Rayons et les Ombres de Victor Hugo) et par le pianiste Jeff Cohen pour l'ensemble des pièces. Ce petit coffret qui est tout simplement intitulé Complete Songs and Duets (et qui est disponible ici sur YouTube) est édité (encore !) par le Palazzetto Bru Zane, accompagné par un livret d'une exceptionnelle richesse.

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Il est véritablement difficile de lister mes préférences, car sur le plan musical, toutes ces mélodies sont des réussites, de la première, « L'Emir de Bengador », adaptation du poème du même nom, publié dans le recueil Mélodies poétiques de Joseph Méry, que Franck composa alors qu'il avait une vingtaine d'années, jusqu'à la dernière, « La Procession », mise en musique d'un poème tiré du recueil Histoires poétiques d'Auguste Brizeux, publiée l'année qui précéda la mort de Franck. Toutes cependant n'ont pas la même valeur littéraire. L'une des plus émouvantes, je trouve, est « Le Vase brisé », troisième poème du recueil La Vie intérieure (première partie de Stances et poèmes) de Sully Prudhomme. Dans un autre style, mais tout aussi réussi, « Ninon » est une sérénade extraite de la comédie A quoi rêvent les jeunes filles (qui appartient à l'ensemble Un spectacle dans un fauteuil) d'Alfred de Musset.

Parmi les mélodies qu'il faut absolument mentionner se trouvent encore « Lied », mise en musique d'un poème tiré de Lacrymae rerum de Lucien Paté, ainsi que « Le Sylphe », sur un poème d'Alexandre Dumas initialement paru dans la revue de poésie la Psyché, seule mélodie requérant un accompagnement de violoncelle et piano (le violoncelliste est Enrico Graziani). Notons encore « Passez, passez toujours ! », vingt-cinquième poème (dépourvu de titre) des Rayons et les Ombres, d'autant plus intéressant qu'il a aussi été mis en musique par Saint-Saëns, lequel a ensuite orchestré sa propre mélodie. Les deux approches sont diamétralement opposées : l'éternité de l'instant présent pour Franck, renforcé par l'emploi des deux derniers quatrains en guise de refrain, la fuite inexorable des années chez Saint-Saëns. J'aime particulièrement la version orchestrale de Saint-Saëns, dont l'accompagnement est tout en transparence. Et cela ne gâche rien que l'enregistrement dont je dispose soit interprété... par Tassis Christoyannis, décidément remarquable dans ce répertoire.

Les duos de Franck sont de facture plus simple, manifestement destinés à l'interprétation par des artistes amateurs dans un cadre privé. Toutefois, « La Chanson du vannier » vaut largement le détour. Elle met en musique des vers d'André Theuriet qui proviennent de son livre de poésie le Chemin des bois. Enfin, il y a une douceur et un amour touchant dans « La Vierge à la crèche », poème qui provient du recueil Les Amoureuses d'Alphonse Daudet.

E.

P.S. : Demain, on change de style, d'époque et de continent. J'ai un coffret de Leonard Bernstein à écouter.
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