20-05-2025, 12:18
En outre, et en lien avec ce mystère. Ma présentation aux Bernardins aborde la problématique de « l'auteur chrétien » (entre autres) à partir de la compréhension de la dimension chrétienne comme âme (au sens aristotélicien) de l'œuvre tolkienienne :
[citation]Cela ne signifie pas que le Conte soit chrétien dans sa narration (l’histoire qu’il retrace n’est pas l’Histoire Sainte), mais dans son principe ou dans son âme : la qualité chrétienne est au principe de ce que le Conte réalise.
Lorsque ces correspondants de Tolkien lui parlent du « caractère sain et sacré » de son œuvre comme celui d'« un monde dans lequel on dirait qu’une sorte de foi se trouve partout sans avoir de source visible, comme une lumière projetée par une lampe invisible », on ne saurait en effet mieux dire les choses. Car l’âme est ce qu’on ne peut voir, ce dont on ne peut avoir une expérience sensible, et qui est cependant ce par quoi nous sommes vivants et capables d’aimer : l'âme est un principe d'opérations.[/citation]
L'âme en effet est un mystère. Et l'on peut toujours en expliquer certains points, mais jamais entièrement. On ne peut pas mesurer le principe même que constitue l'âme ; on ne peut qu'en percevoir les effets. En outre, le principe est chrétien, c'est-à-dire (pour faire court), qu'il est amour (c'est ce que j'ai montré avec la polarité entre art et amour). Or l'amour (i.e. du bien) aussi est un mystère. Même au seul niveau sensible (aimer un éclair au chocolat par exemple :)) : cette émotion n'est pas connaissable directement ; on ne la connaît que par ses effets, que sont toutes les autres émotions (à commencer par le désir, émotion ressentie en l'absence du bien aimé, et le plaisir, émotion ressentie en présence du bien aimé). Le visible (l'effet) est le signe de l'invisible (le principe).
J'ajoute (c'est encore une mise en abyme) que, lors de ce colloque, le principe chrétien de l'œuvre tolkienienne a été perçu à travers ses effets entre autres par l'amitié et la communion (et d'autres émotions) qui se sont déployées [small]— tandis que plusieurs témoignaient de conversions à cause de Tolkien (Guglielmo venait me rapporter, à la fin de mon intervention, comment il avait vu plusieurs auditeurs de conférences sur Tolkien en Russie demander le baptême et, aussitôt à côté de lui, un ami levait la main pour se désigner lui-même : c'était son cas — c'est mon ami et je l'ignorais ;)) : bref la conversion de Lewis n'est pas une exception ...[/small]
Mais, rassurons bien tout le monde (et c'est à nouveau la question de l'universalité de la foi et de celle de l'œuvre tolkienienne) : Tolkien n'est pas Dieu. C'est pourquoi (indépendamment de la liberté) le lecteur de Tolkien non chrétien ne devient pas forcément chrétien, tout comme le chrétien qui n'aime pas Tolkien n'est pas nécessairement un mauvais chrétien.
[citation]Cela ne signifie pas que le Conte soit chrétien dans sa narration (l’histoire qu’il retrace n’est pas l’Histoire Sainte), mais dans son principe ou dans son âme : la qualité chrétienne est au principe de ce que le Conte réalise.
Lorsque ces correspondants de Tolkien lui parlent du « caractère sain et sacré » de son œuvre comme celui d'« un monde dans lequel on dirait qu’une sorte de foi se trouve partout sans avoir de source visible, comme une lumière projetée par une lampe invisible », on ne saurait en effet mieux dire les choses. Car l’âme est ce qu’on ne peut voir, ce dont on ne peut avoir une expérience sensible, et qui est cependant ce par quoi nous sommes vivants et capables d’aimer : l'âme est un principe d'opérations.[/citation]
L'âme en effet est un mystère. Et l'on peut toujours en expliquer certains points, mais jamais entièrement. On ne peut pas mesurer le principe même que constitue l'âme ; on ne peut qu'en percevoir les effets. En outre, le principe est chrétien, c'est-à-dire (pour faire court), qu'il est amour (c'est ce que j'ai montré avec la polarité entre art et amour). Or l'amour (i.e. du bien) aussi est un mystère. Même au seul niveau sensible (aimer un éclair au chocolat par exemple :)) : cette émotion n'est pas connaissable directement ; on ne la connaît que par ses effets, que sont toutes les autres émotions (à commencer par le désir, émotion ressentie en l'absence du bien aimé, et le plaisir, émotion ressentie en présence du bien aimé). Le visible (l'effet) est le signe de l'invisible (le principe).
J'ajoute (c'est encore une mise en abyme) que, lors de ce colloque, le principe chrétien de l'œuvre tolkienienne a été perçu à travers ses effets entre autres par l'amitié et la communion (et d'autres émotions) qui se sont déployées [small]— tandis que plusieurs témoignaient de conversions à cause de Tolkien (Guglielmo venait me rapporter, à la fin de mon intervention, comment il avait vu plusieurs auditeurs de conférences sur Tolkien en Russie demander le baptême et, aussitôt à côté de lui, un ami levait la main pour se désigner lui-même : c'était son cas — c'est mon ami et je l'ignorais ;)) : bref la conversion de Lewis n'est pas une exception ...[/small]
Mais, rassurons bien tout le monde (et c'est à nouveau la question de l'universalité de la foi et de celle de l'œuvre tolkienienne) : Tolkien n'est pas Dieu. C'est pourquoi (indépendamment de la liberté) le lecteur de Tolkien non chrétien ne devient pas forcément chrétien, tout comme le chrétien qui n'aime pas Tolkien n'est pas nécessairement un mauvais chrétien.

