Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Ordinaire de la messe en quenya
#6
Pour le point 1, je pense qu'il y a incompréhension à la base. La variante byzantine, qui correspond au texte liturgique orthodoxe, se traduit très précisément par « paix et bonne volonté envers les hommes » (i.e., tous les hommes, sans distinction), tandis que l'alexandrine se traduit suivant l'ancienne version française « paix aux hommes de bonne volonté » (cf. lat. bonae voluntátis, au génitif). La variante « paix aux hommes qu'Il aime » n'a aucun fondement dans les textes et n'est qu'une édulcoration de la version latine. (Et je m'aperçois que j'ai interverti version byzantine et alexandrine dans mon explication sur Tolkiendil... ça n'arrange rien.)

Pour répondre aux questions subséquentes :
  • Est-on sûr que la phrase n'était pas complète dans l'esprit de Tolkien ?
    Nous ne sommes évidemment sûrs de rien, puisque le texte n'est pas même glosé, mais c'est l'opinion des éditeurs. L'hésitation de Tolkien à ce point précis est parfaitement naturelle. De plus, le mot sívë, que remplace rainë dans la version finale est ailleurs glosé « paix » et rien de plus (cf. VT 44, p. 34-35). Aucun de ces deux termes n'est jamais lié à la volonté ou à toute notion en lien avec ce terme dans les textes publiés de Tolkien. Enfin, il n'existe à ma connaissance (très limitée, certes), aucune base textuelle où les deux concepts seraient mélangés dans quelque tradition textuelle chrétienne que ce soit. Soit la prière demande à Dieu sa paix et sa bienveillance pour tous les hommes, soit elle demande la paix pour ceux qui la méritent, selon le texte grec auquel on se réfère. (J'avoue ne pas connaître le sens précis des versions coptes, éthiopiennes ou syriaques, cela dit.)[/*]
  • Faut-il rendre le syntagme « bonne volonté » tel quel ?
    J'avoue ne pas voir quelles raisons justifieraient qu'il faille s'éloigner des textes primitifs pour extrapoler quelque chose qui n'y figure pas. (Mais je suis ouvert à tout argument dans ce sens. Cela dit, si l'on invoque l'actuelle traduction française, il faudrait alors la comparer a minima avec toutes les traductions catholiques modernes dans les principales langues européennes. Les traductions françaises ont une fâcheuse tendance à s'éloigner du texte.)[/*]
  • Faut-il employer mána ?
    Ce terme est attesté comme nom signifiant « bénédiction », pas comme adjectif. Il existe assurément l'adj. manna, mais il signifie « béni » et il n'est attesté que dans l'Ave Maria, où il est remplacé par aistana. Il existe aussi manaitë, mais il n'est pas traduit et doit exprimer l'aptitude, l'habitude de faire, conformément à tous les adjectifs en -itë. Reste donc l'adjectif primitif *manrā, qui donne... mára (cf. PE 17, p. 162) et se confond donc avec son homonyme dérivant de MAG... ce qui m'arrange bien. Wink[/*]
  • Quid de la syntaxe ?
    En l'occurrence, la syntaxe du type « paix sur les hommes et bonne volonté », qui est absolument étrangère au français, est en revanche très caractéristique du latin. Et c'est précisément celle qu'adopte Tolkien dans sa traduction du Sub Tuum : alcarin Vendë ar manaquenta, soit « Vierge glorieuse et bénie », mais littéralement « glorieuse Vierge et bénie ». Et en plus, ça m'évite de modifier le texte de Tolkien de quelque manière que ce soit, ce qui m'aurait gêné.[/*]

Quoi qu'il en soit, je peux réfléchir à une traduction de bonae voluntátis (suivant la version alexandrine, donc), mais ce sera nettement plus complexe à construire que simplement i failë hínin « aux hommes justes ».

E.
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)