Je suis d'accord avec l'essentiel de ce qu'Yyr dit ici. Je pense d'ailleurs que la totalité de son argumentaire s'applique particulièrement bien à Tolkien et l'œuvre littéraire de ce dernier (au moins dans l'état d'achèvement qu'elle avait atteint à partir du SdA), comme en témoigne notamment sa correspondance.
C'est là, malgré tout, un idéal. Qui peut affirmer toujours agir chrétiennement ? Combien se disent (et se pensent sans doute sincèrement) chrétiens tout en agissant la majorité du temps à rebours des enseignements de l'Evangile, ou tout au moins sans fixer leur règle d'action dessus ? Si d'ailleurs on prend au sérieux les Actes des Apôtres et les lettres de Paul, existe-t-il d'autres chrétiens que dans les communautés -- monastiques ou non -- où tous les biens sont mis en commun (et combien de ces communautés sont-elles exemptes de dérives, au demeurant) ? Et sans aller aussi loin, il est manifeste qu'il existe bien des chrétiens convaincus qui agiront en non-chrétiens dans certaines circonstances, pour différentes raisons.
Ma constatation précédente me semble encore plus évidente en matière d'art. Même si l'on exclut du compte les artistes qui vivaient à une période où s'afficher comme chrétien était une nécessité sociale, il existe bien des artistes qui étaient des chrétiens convaincus et engagés, mais dont l'œuvre ne le reflète guère (excepté leur correspondance, peut-être, si on considère qu'il s'agit là d'art). Je prendrais volontiers comme exemple Vincent d'Indy (1851-1931), qui était un catholique engagé (au point de verser dans l'antijudaïsme, bien qu'il ne se soit pas montré antisémite et ait enseigné à de nombreux élèves juifs) et un pédagogue généreux et attentionné. Pourtant, sa seule œuvre chrétienne que je lui connaisse est le drame sacré La Légende de Saint-Christophe, qui vient au milieu de beaucoup d'œuvres d'inspiration folklorique ou mythologique (l'opéra Fervaal, d'inspiration celte, les variations symphoniques Istar, d'après un poème assyrien, etc.) Autant dire qu'il a nettement moins composé de musique religieuse chrétienne qu'un Camille Saint-Saëns, lequel s'avouait très clairement athée, bien qu'admirateur du rôle social du christianisme et des traditions religieuses chrétiennes.
Je pourrais aussi citer Balzac ou Eliade, si l'on préfère évoquer les écrivains. (Mais rentrer dans le détail pour l'un ou pour l'autre me demanderait beaucoup plus de temps que ce dont je dispose aujourd'hui.)
E.
Yyr Wrote:Car la qualité chrétienne est encore moins que tout autre qualité divisible. On ne peut être chrétien à moitié. Par définition, est chrétien celui qui l’est entièrement : il doit être ou bien chaud ou bien froid. La qualité chrétienne n’est pas diluable, elle ne peut être tiède sous peine de ne plus être ce qu’elle est (cf. Ap 3,14-16). Le chrétien ne peut être chrétien d’un côté et agir non chrétiennement de l’autre. C’est tout un. Il ne peut avoir la foi sans les œuvres ni les œuvres sans la foi (cf. Col 3,17 ; Jc 2,14-26).
C'est là, malgré tout, un idéal. Qui peut affirmer toujours agir chrétiennement ? Combien se disent (et se pensent sans doute sincèrement) chrétiens tout en agissant la majorité du temps à rebours des enseignements de l'Evangile, ou tout au moins sans fixer leur règle d'action dessus ? Si d'ailleurs on prend au sérieux les Actes des Apôtres et les lettres de Paul, existe-t-il d'autres chrétiens que dans les communautés -- monastiques ou non -- où tous les biens sont mis en commun (et combien de ces communautés sont-elles exemptes de dérives, au demeurant) ? Et sans aller aussi loin, il est manifeste qu'il existe bien des chrétiens convaincus qui agiront en non-chrétiens dans certaines circonstances, pour différentes raisons.
Yyr Wrote:Si donc, par essence, la qualité chrétienne est indivisible et que la foi ne va pas sans les œuvres ni les œuvres sans la foi, alors nécessairement un chrétien œuvre en chrétien, œuvre chrétiennement, réalise des œuvres chrétiennes — un chrétien auteur ne peut pas ne pas être un auteur chrétien. Nous dirons donc : combien plus, pour un artiste chrétien, l’œuvre étant du même tenant que l’artiste d’une part, la qualité chrétienne n’étant pas divisible d’autre part, son œuvre est chrétienne par une double nécessité.
Ma constatation précédente me semble encore plus évidente en matière d'art. Même si l'on exclut du compte les artistes qui vivaient à une période où s'afficher comme chrétien était une nécessité sociale, il existe bien des artistes qui étaient des chrétiens convaincus et engagés, mais dont l'œuvre ne le reflète guère (excepté leur correspondance, peut-être, si on considère qu'il s'agit là d'art). Je prendrais volontiers comme exemple Vincent d'Indy (1851-1931), qui était un catholique engagé (au point de verser dans l'antijudaïsme, bien qu'il ne se soit pas montré antisémite et ait enseigné à de nombreux élèves juifs) et un pédagogue généreux et attentionné. Pourtant, sa seule œuvre chrétienne que je lui connaisse est le drame sacré La Légende de Saint-Christophe, qui vient au milieu de beaucoup d'œuvres d'inspiration folklorique ou mythologique (l'opéra Fervaal, d'inspiration celte, les variations symphoniques Istar, d'après un poème assyrien, etc.) Autant dire qu'il a nettement moins composé de musique religieuse chrétienne qu'un Camille Saint-Saëns, lequel s'avouait très clairement athée, bien qu'admirateur du rôle social du christianisme et des traditions religieuses chrétiennes.
Je pourrais aussi citer Balzac ou Eliade, si l'on préfère évoquer les écrivains. (Mais rentrer dans le détail pour l'un ou pour l'autre me demanderait beaucoup plus de temps que ce dont je dispose aujourd'hui.)
E.

