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Tolkien, auteur catholique ?
#66
Très rapidement...

[séparation]

Yyr Wrote:Vous savez que vous n'êtes pas fair-play, tous les deux [Elendil et Hyarion] — car je suis nul en musique et vous le savez ;)

J'avoue, pour ma part, que ce que je n'ai pas du tout trouvé fair-play, de votre part à tous les deux, c'est d'avoir été silencieux presque tout le week-end avant d'enchaîner tout-à-coup les messages essentiellement le lundi, de telle sorte que l'on ne puisse pas y répondre rapidement sans empiéter sur de précieuses heures de sommeil en semaine... ;-)

Pour ce qui est de la musique, il est vrai qu'Elendil et moi-même avons un avantage d'emblée, mais ne sommes-nous pas là pour partager nos connaissances de toute façon ? ^^

[séparation]

Elendil Wrote:Quant à Berlioz, je ne connais pas assez sa biographie pour être en mesure de dire s'il était réellement agnostique ou s'il était croyant, mais détaché des institutions religieuses de son temps. Au demeurant, Berlioz est un cas de figure un peu différent, car une bonne partie de ses œuvres religieuses sont des commandes, ce qui n'est le cas ni de Saint-Saëns, ni de Fauré. De plus, ce sont des pièces qui font la part belle à la théâtralité plutôt qu'au recueillement. A ce titre, il se rapproche plus de cet autre athée qu'était Verdi, dont le Requiem a été qualifié -- et sans doute à juste titre -- d'opéra religieux. (Je ne dis pas que le grandiose doive nécessairement être exclu de l'église, mais plutôt que la comparaison avec d'Indy aurait été moins pertinente. Au demeurant, je considère le Credo de la Messe solennelle comme l'un des plus réussis du répertoire.)

Dès le premier chapitre de ses Mémoires, Hector Berlioz évoque ainsi le souvenir particulièrement marquant de sa première communion, qu'il fit avec sa sœur aînée Nanci (Hector étant en fait l'aîné d'une famille de six enfants) :

[citation=Hector Berlioz (1803-1869), Mémoires (de Hector Berlioz) comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, en Russie et en Angleterre, I (p. 33-34 de l'édition de la maison Symétrie, Lyon, 2010, rééd. 2014.)] Je n'ai pas besoin de dire que je fus élevé dans la foi catholique, apostolique et romaine. Cette religion charmante, depuis qu'elle ne brûle plus personne, a fait mon bonheur pendant sept années entières ; et, bien que nous soyons brouillés ensemble depuis longtemps, j'en ai toujours conservé un souvenir fort tendre. Elle m'est si sympathique, d'ailleurs, que si j'avais eu le malheur de naître au sein d'un de ces schismes éclos sous la lourde incubation de Luther ou de Calvin, à coup sûr, au premier instant de sens poétique et de loisir, je me fusse hâté d'en faire abjuration solennelle pour embrasser la belle romaine de tout mon cœur. Je fis ma première communion le même jour que ma sœur aînée, et dans le couvent d'Ursulines où elle était pensionnaire. Cette circonstance singulière donna à ce premier acte religieux un caractère de douceur que je me rappelle avec attendrissement. L'aumônier du couvent me vint chercher à six heures du matin. C'était au printemps, le soleil souriait, la brise se jouait dans les peupliers murmurants ; je ne sais quel arôme délicieux remplissait l'atmosphère. Je franchis tout ému le seuil de la sainte maison. Admis dans la chapelle, au milieu des jeunes amies de ma sœur, vêtues de blanc, j'attendis en priant avec elles l'instant de l’auguste cérémonie. Le prêtre s'avança, et, la messe commencée, j'étais tout à Dieu. Mais je fus désagréablement affecté quand, avec cette partialité discourtoise que certains hommes conservent pour leur sexe jusqu'au pied des autels, le prêtre m'invita à me présenter à la sainte table avant ces charmantes jeunes filles qui, je le sentais, auraient dû m'y précéder. Je m'approchai cependant, rougissant de cet honneur immérité. Alors, au moment où je recevais l'hostie consacrée, un chœur de voix virginales, entonnant un hymne à l'Eucharistie, me remplit d'un trouble à la fois mystique et passionné que je ne savais comment dérober à l'attention des assistants. Je crus voir le ciel s’ouvrir, le ciel de l'amour et des chastes délices, un ciel plus pur et plus beau mille fois que celui dont on m’avait tant parlé. Ô merveilleuse puissance de l’expression vraie, incomparable beauté de la mélodie du cœur ! Cet air, si naïvement adapté à de saintes paroles et chanté dans une cérémonie religieuse, était celui de la romance de Nina : « Quand le bien-aimé reviendra. » Je l'ai reconnu dix ans après.(*) Quelle extase de ma jeune âme ! cher d'Aleyrac ! Et le peuple oublieux des musiciens se souvient à peine de ton nom, à cette heure !
Ce fut ma première impression musicale.
Je devins ainsi saint tout d'un coup, mais saint au point d'entendre la messe tous les jours, de communier chaque dimanche, et d’aller au tribunal de la pénitence pour dire au directeur de ma conscience : « Mon père, je n'ai rien fait. » ....— « Eh bien, mon enfant, répondait le digne homme, il faut continuer. » Je n'ai que trop bien suivi ce conseil pendant plusieurs années.

[small](*) : il s'agissait d'un air extrait de Nina ou la Folle par amour (1786), opéra de Nicolas Dalayrac ou d'Alayrac. (note de votre serviteur)[/small][/citation]

Plus tard, on peut dire que la religion de Berlioz devint la musique elle-même, celle-ci et l'amour constituant selon lui [emphase]« les deux ailes de l'âme »[/emphase]. Il ne renia jamais sa culture catholique, mais s'agissant de son scepticisme vis-à-vis du paradigme chrétien, j'en ai en fait déjà parlé dans le long message que j'ai consacré à Berlioz dans le fuseau dédié à la musique, et je me permets donc d'y renvoyer, ne serait-ce que pour m'éviter de veiller trop tard ce soir... ^^' ... :
ce message

[séparation]

Amicalement,

B.
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