![[Image: 1749506031_canaletto_giovanni_antonio_-_...mitage.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1749506031_canaletto_giovanni_antonio_-_reception_of_the_french_ambassador_in_venice_-_hermitage.jpg)
[small]Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768).
L'Arrivée de l'Ambassadeur français au palais ducal (ou à Venise), 1726-1727.
Huile sur toile, 181 x 259 cm.
Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage (encore un tableau que l'on n'est pas près de revoir en Europe occidentale...).[/small]
Comme on le faisait remarquer ce lundi matin sur la radio France Musique, nous célébrons cette année les 300 ans de la publication, vers la fin de l'année 1725, de Il cimento dell'armonia e dell'inventione (L'Épreuve de l'Harmonie et de l'Invention), un ensemble de douze concertos écrits par le compositeur vénitien Antonio Vivaldi (1678-1741) pour violon soliste, cordes et basse continue, les quatre premiers de ces concertos étant particulièrement connus sous le nom Le quattro stagioni (les Quatre Saisons). C'est aux Pays-Bas, à Amsterdam, que la publication a eu lieu, par la maison d'impression et d'édition de Michel-Charles Le Cène, gendre et successeur d'Estienne Roger (tous deux issus de familles de huguenots français exilés à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes) : à partir de 1711, Vivaldi avait en effet trouvé là, en Hollande, un moyen de diffusion internationale de son œuvre plus efficace et moderne par rapport aux anciennes imprimeries et maisons d'édition de sa Venise natale, Cité des Doges où il vécut et travailla toutefois durant la majeure partie de sa vie, avant un ultime voyage un peu énigmatique à Vienne où il mourut à l'âge de 63 ans. Les concertos des Quatre Saisons connurent un succès européen du vivant de leur auteur, ayant notamment été interprétés à Londres, ainsi qu'à Paris au début de l'année 1728 au Concert Spirituel.
Virtuose du violon, Vivaldi a porté au plus haut niveau le concerto pour instrumentiste soliste, sans du reste se limiter à son propre instrument de prédilection. De fait, comme l'a écrit Riccardo Allorto pour l'entrée dédiée au musicien dans le Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres dirigé par Marc Honegger (Bordas, rééd. 1979, volume 2, p. 1160), [emphase]« Vivaldi doit sa célébrité à ses concertos, si différents des concertos de Torelli, Corelli ou Albinoni. On comprend d'ailleurs mieux les innovations qu'il a introduites dans sa musique instrumentale si l'on confronte ses œuvres avec celles de ses prédécesseurs : autant ces dernières apparaissent aimables, légères, charmantes, spirituelles, autant celles-ci sont dramatiques et riches de contrastes. La forme du concerto est définitivement fixée selon le schéma tripartite Allegro-Adagio-Allegro issu de la symphonie d'opéra ; les proportions s'équilibrent autour du mouvement lent central. Vivaldi accroît la différence expressive entre les trois mouvements : il marque des oppositions dynamiques, joue du clair-obscur et introduit dans sa mélodie des éléments lyriques suggestifs. »[/emphase] Avec ses concertos des Quatre Saisons (opus 8, n°1 à 4, RV 269 en mi majeur « Le Printemps », RV 315 en sol mineur « L'Été », RV 293 en fa majeur « L'Automne », et RV 297 en fa mineur « L'Hiver »), Vivaldi a composé ce qui est généralement considéré aujourd'hui comme un hymne universel à la Nature, accompagné de sonnets évoquant chacune des saisons (le texte de ces sonnets est consultable dans l'article dédié de la Wikipédia francophone).
La célébrité de ces quatre concertos, acquise durant le siècle dernier, doit beaucoup d'une part à la redécouverte et reconnaissance de l'ensemble de l'œuvre musicale de Vivaldi, longtemps oubliée après sa mort, et d'autre part aux très nombreuses interprétations desdits concertos enregistrées pour le disque à partir de la seconde moitié du XXe siècle. De fait, il existe aujourd'hui tant de versions enregistrées des Quatre Saisons, que l'on ne peut avoir que l'embarras du choix en matière d'interprétations de référence, d'autant plus que l'œuvre a connu des modes au fil des décennies, notamment celle d'un style d'exécution « nerveux », voire « violent », popularisé depuis les années 1990-2000. On pourra se faire une idée de la variété d'interprétations plus ou moins récentes (de 1992 à 2024) en écoutant l'émission de France Musique « La Tribune des critiques de disques », consacrée aux dites Quatre Saisons et diffusée à la radio le 4 mai dernier :
https://www.radiofrance.fr/francemusique...ne-7991796
À titre personnel, et sans que cela soit du reste bien original sans doute, la découverte des Quatre Saisons est un de mes premiers souvenirs musicaux, dans le domaine de la musique dite « classique », à travers l'écoute, quand j'étais enfant, d'un disque vinyle de la discothèque de ma mère, dans le courant des années 1980 (l'écoute ayant d'ailleurs déjà pu commencer pour moi in utero... ^^' ...). Le disque en question, que j'ai encore, avait été édité chez Philips dans une collection de vinyles à destination du grand public, dédiée à la musique classique dans les années 1970, et intitulée tout simplement « Invitation à la Musique ».
![[Image: 1749487753_vinyl_lp_vivaldi_quatre-saiso...39-002.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1749487753_vinyl_lp_vivaldi_quatre-saisons_szeryng_1969_-_invitation-a-la-musique_philips_6539-002.jpg)
L'interprétation des Quatre Saisons sur ce disque est un peu oubliée aujourd'hui : il s'agit de celle de Henryk Szeryng jouant du violon et dirigeant l'English Chamber Orchestra en 1969. Violoniste polonais juif naturalisé mexicain, Henryk Szeryng (1918-1988) était un virtuose, [emphase]« un musicien discret et profond »[/emphase] ayant [emphase]« traversé le XXe siècle avec une constance remarquable, celle du service rendu à la musique, préférant toujours l'honnêteté du geste et la sobriété du style »[/emphase], ainsi que l'a rappelé assez récemment Aurélie Moreau, sur France Musique, dans son émission « Stars du classique » consacrée au musicien et diffusée à la radio le 14 avril dernier. De fait, Szeryng se distingue par son style d'interprétation, à la fois rigoureux et précis, mais aussi élégant et accessible. C'était l'idéal pour découvrir les Quatre Saisons en néophyte quand j'étais plus jeune.
Cela ne surprendra personne, je pense, que la version de Szeryng reste ma version de référence, héritée de ma mère qui adorait le violon, mais cette version a depuis été largement éclipsée par quantité d'autres interprétations enregistrées dans les décennies suivantes, avec un renouvellement ayant suivi des modes que j'ai évoquées plus haut. De fait, la retrouver en CD n'est pas forcément évident de nos jours, mais elle a cependant bien été rééditée dans ce format chez Philips Classics, notamment au tournant du siècle en Allemagne dans une collection intitulée “Klassik für Millionen”, en ajoutant à l'enregistrement des Quatre Saisons de 1969 deux interprétations plus tardives (1976), toujours par Henryk Szeryng et l'English Chamber Orchestra de deux autres concertos de Vivaldi, extraits d'un autre série de concertos, L'estro armonico (L'invention harmonique) opus 3, éditée à Amsterdam en 1711 (le Concerto n°6 en la mineur pour violon RV 356 et le Concerto n°9 en ré majeur pour violon RV 230, ce dernier ayant par ailleurs fait l'objet d'une transcription en ré majeur pour clavecin par J.-S. Bach [BWV 972]).
![[Image: 1749487839_cd_philips_classics_vivaldi_q...221528.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1749487839_cd_philips_classics_vivaldi_quatre-saisons_vier-jahreszeiten_szeryng_1969_-_klassik-fur-millionen_432-215-2_028943221528.jpg)
Quelques extraits, parmi mes mouvements de concertos des Quatre Saisons préférés [small](en ce qui concerne le troisième mouvement du concerto de « L'Automne », je trouve l'association de la musique avec un thème cynégétique assez contre-intuitive, du moins pour un esprit comme le mien peu porté sur la chasse)[/small] :
- <b>Antonio Vivaldi (1678-1741), Le quattro stagioni (les Quatre Saisons), op. 8 (Concertos n°1 à 4, pour violon soliste, cordes et basse continue)</b>, Henryk Szeryng (violon et direction), English Chamber Orchestra :
- <b>Concerto n° 1 en mi majeur, op. 8, RV 269, “La primavera” (« Le Printemps »)</b> - 1. Allegro :
https://www.youtube.com/watch?v=yR_rneDtWGo
- <b>Concerto n° 3 en fa majeur, op. 8, RV 293, “L'autunno” (« L'Automne »)</b> - 3. Allegro (“La caccia”) :
https://www.youtube.com/watch?v=JAw1E_I4y-Y
- <b>Concerto n° 4 en fa mineur, op. 8, RV 297, “L'inverno” (« L'Hiver »)</b> - 1. Allegro non molto :
https://www.youtube.com/watch?v=shpMGqtyEU0 [/*]
Parmi les centaines de concertos composés par Antonio Vivaldi, et pas seulement pour le violon soliste, quels autres que ceux des Quatre Saisons me paraissent mériter une attention particulière ? Je recommande notamment l'écoute de Concertos pour flûte, cordes et basse continue parmi ceux réunis dans son opus 10 édité à Amsterdam en 1728, et en particulier par exemple le Concerto n°3 en ré majeur RV 428 “Il gardellino” (« Le chardonneret »), très évocateur du chant de l'oiseau associé. Ma version de référence est celle du grand flûtiste Jean-Pierre Rampal (1922-2000) avec l'ensemble I Solisti Veneti dirigé par Claudio Scimone, enregistrée en 1982 et qui notamment figure dans une compilation double CD, de chez Sony Classical, dédiée aux “Great Flute Concertos” de Vivaldi, J.-S. Bach, Telemann et Mozart interprétés par Rampal en soliste (avec notamment les deux concertos de Mozart pour flûte et orchestre ainsi que son magnifique et célèbre Concerto pour flûte, harpe et orchestre, joué par Rampal et la harpiste Marielle Nordmann, concertos de Mozart dont j'avais déjà parlé ici dans un précédent message en janvier 2024).
![[Image: 1749492774_2cd_sony_classical_rampal_gre...8184-2.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1749492774_2cd_sony_classical_rampal_great_flute_concertos_bach_mozart_telemann_vivaldi_sm2k-48184_07464-48184-2.jpg)
- <b>Antonio Vivaldi, Concerto pour flûte, cordes et basse continue en ré majeur, op. 10, n°3, RV 428 “Il gardellino” (« Chardonneret »)</b> - I. Allegro, Jean-Pierre Rampal (flûte traversière), I Solisti Veneti, dir. Claudio Scimone :
https://www.youtube.com/watch?v=hl7v_lJCNdQ [/*]
Si l'on souhaite se faire une idée de la variété des concertos de Vivaldi pour divers instruments, solistes, en duo ou plus nombreux, avec ensemble de cordes (et éventuellement basse continue), il y a beaucoup de possibilités, mais à choisir, je recommande le travail, fait surtout dans les années 1980, de l'ensemble The English Concert, sur instruments originaux et dirigé du clavecin ou de l'orgue par Trevor Pinnock. Une compilation de divers enregistrements d'interprétations de concertos par cette formation a été édité en CD en 2011, par Deutsche Grammophon dans sa « Collection du millénaire », avec au programme divers concertos pour mandolines, flûte, hautbois et violon... et notamment le Concerto en sol majeur pour deux mandolines, cordes et basse continue RV 532, qui fait partie des très nombreuses œuvres de Vivaldi qui ne furent pas éditées et publiées de son vivant.
![[Image: 1749501406_cd_dg_vivaldi_concertos_diver...053049.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1749501406_cd_dg_vivaldi_concertos_divers_pinnock_028948053049.jpg)
- <b>Antonio Vivaldi, Concerto pour deux mandolines, cordes et basse continue en sol majeur, RV 532</b> - 2. Andante, John Tyler et Robin Jeffrey (mandolines), The English Concert, dir. Trevor Pinnock :
https://www.youtube.com/watch?v=1B0wDhwc-AQ [/*]
Il existe un ensemble de concertos de Vivaldi connu sous le nom de “Concerti di Parigi” (« Concertos de Paris »), du fait qu'ils sont conservés à Paris depuis le XVIIIe siècle (aujourd'hui à la BnF). Il s'agit d'une douzaine de concertos pour cordes et basse continue qui sont en fait un assemblage habile d'œuvres déjà composées « à l'avance » et de musique inédite spécialement écrite pour un commanditaire à qui cet ensemble d'œuvres vivaldiennes fut ainsi livré. On pense que ce commanditaire des “Concerti di Parigi” était probablement l'ambassadeur de France à Venise, Jacques-Vincent Languet, comte de Gergy, connu comme mécène de diverses œuvres de Vivaldi, et dont le peintre Canaletto a immortalisé dans un tableau (reproduit plus haut) l'entrée publique comme ambassadeur dans la Cité des Doges en 1726. Vivaldi était à la fois capable de travailler très rapidement, en tenant compte des goûts particuliers de ses commanditaires vénitiens ou étrangers, tout en étant un gestionnaire avisé de sa production artistique, ce dont semble témoigner ces « Concertos de Paris ». Au milieu de concertos plus anciens et déjà prêts, il a inclus deux concertos nouveaux, un peu plus longs que les autres, écrits dans un langage un peu plus moderne et marqués par des éléments stylistiques français, se distinguant ainsi comme un hommage spécifique au commanditaire : il s'agit des Concerti II et V sur les douze, soit le Concerto II en mi mineur, RV 133, dont le dernier mouvement offre un rare exemple de menuet en rondeau déguisé en Allegro à l'italienne, et le Concerto V en do majeur, RV 114, notamment commençant avec une « entrée française ».
Ces “Concerti di Parigi” ont fait l'objet en Italie d'une interprétation, sur instruments originaux, enregistrée à Florence avec l'ensemble Modo Antiquo dirigé par Federico Maria Sardelli en 1999, édité en CD la même année puis réédité en 2019 chez Tactus. Je recommande cette version.
![[Image: 1749504818_cd_tactus_vivaldi_concerti_di...107135.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1749504818_cd_tactus_vivaldi_concerti_di_parigi_sardelli_8007194107135.jpg)
- <b>Antonio Vivaldi , “Concerti di Parigi” (« Concertos de Paris »), concertos pour cordes et basse continue</b>, Modo Antiquo, dir. Federico Maria Sardelli :
- <b>Concerto II en mi mineur, RV 133</b> - III. Allegro :
https://www.youtube.com/watch?v=JAnGSc8A9-M
- <b>Concerto V en do majeur, RV 114</b> - I-II. Allegro-Adagio :
https://www.youtube.com/watch?v=yVL-bRX2qdU [/*]
Enfin, bien que cela ait déjà été évoqué ici précédemment, en particulier par Cédric, comment ne pas évoquer l'exercice encore assez récent de recomposition des Quatre Saisons de Vivaldi par Max Richter en 2012 ? Musicien et compositeur germano-britannique né en 1966, Richter a réalisé un travail remarquable, qui se révèle à la fois fidèle à Vivaldi et apportant à cette musique, si connue, un souffle nouveau et très contemporain, sans que cela dépasse pour autant l'œuvre originale par ailleurs, ce qui, du reste, n'était sans doute pas le but.
L'album CD intitulé Recomposed by Max Richter : Vivaldi, the Four Seasons, sorti donc en 2012 chez Deutsche Grammophon (DG), a été réalisé avec Daniel Hope au violon, le Konzerthaus Kammerorchester Berlin dirigé par André de Ridder, et Max Richter lui-même au synthétiseur Moog. Une deuxième édition du même album, incluant Electronic Soundscapes By Max Richter, est sorti en 2014, ainsi qu'une troisième édition la même année, Recomposed: Vivaldi, the Four Seasons - Remixes, avec en sus des remixes et un DVD : c'est l'édition chez Deutsche Grammophon que je connais et qui est dans ma discothèque (plus récemment, en 2022 est sorti The New Four Seasons Vivaldi Recomposed, toujours chez DG, mais j'avoue que je ne sais pas ce que ça change).
![[Image: 1749505937_cd_dvd_dg_recomposed-by_max_r...2776-1.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1749505937_cd_dvd_dg_recomposed-by_max_richter_2012_vivaldi_quatre-saisons_four-seasons_00289-479-2776-1.jpg)
Voici quelques extraits de l'album de 2012 réédité en 2014, correspondant aux mouvements originaux des Quatre Saisons précédemment évoqués :
- <b>Max Richter (né en 1966), d'après Antonio Vivaldi, Recomposed by Max Richter : Vivaldi, the Four Seasons</b>, Daniel Hope (violon), Max Richter (synthétiseur Moog), Konzerthaus Kammerorchester Berlin, dir. André de Ridder :
- “Spring 1” (2012) :
https://www.youtube.com/watch?v=41IOkVjy3MM
- “Autumn 3” (2012) :
https://www.youtube.com/watch?v=FRx1JXp2bJo
- “Winter 1” (2012) :
https://www.youtube.com/watch?v=LtI1PKFasME
[/*]
Et voila... c'est assez pour cette fois-ci... Je voulais également parler non seulement de Jean-Sébastien Bach, mais aussi de François Couperin (dont Tolkien a dû au moins entendre parler...), de Jean-Philippe Rameau et de Domenico Scarlatti : comme d'habitude, j'ai voulu trop en faire en une seule fois. Le XVIIIe siècle en musique, c'est vaste, même en se concentrant sur la première moitié ! Et puis, il y a tout le reste, y compris Weber que je n'oublie pas, entre autres... Bref, pour la suite, on verra (un peu) plus tard, dès que possible.
Bonne nuit à toutes et à tous.
Amicalement,
B.
[small][EDIT: correction de fautes diverses...][/small]

