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Revue de presse
Voila déjà plusieurs semaines que je n'arrive pas à aborder à nouveau l'actualité ici, tant ce qui, de près ou de loin, pourrait concerner Tolkien et sa réception parait si dérisoire au milieu de tout le reste, sachant que l'ensemble général de ladite actualité me semble être ce que Jeff Goldblum, dans un certain film de Spielberg, qualifie de [emphase]“big pile of shit”[/emphase] ([emphase]« gros tas de m**de »[/emphase])...

[Image: 1753912584_that_is_one_big_pile_of_shit_...g_1993.jpg]

Hélas, il n'est pas là question d'un innocent tas de crottes de dinosaure de fiction, mais d'autrement plus coupables déjections humaines émanant de cerveaux humains, sécrétées comme toujours par la bêtise et les passions tristes...

Ce qui me désole, me désespère, m'écœure même le plus, me dégoûte en fait totalement, dans le contexte de la période que nous traversons, c'est le méphitique retour en Occident de l'antisémitisme décomplexé. Depuis le commencement, le 7 octobre 2023, d'un nouvel épisode particulièrement atroce de l'interminable conflit israélo-palestinien, le phénomène a pris une dimension virale qui m'a tout de suite interpellé et qui n'a fait que toujours plus me donner la nausée depuis. Je ne parlerai pas du conflit lui-même, connu depuis des décennies, mais des réactions qu'ils suscitent, qui ressemblent beaucoup à celles du passé, mais qui sont amplifiées par la surmédiatisation dudit conflit et la caisse de résonance des opinions que constituent aujourd'hui les fameux rézosocios. Comme je fréquente quelques-uns de ces derniers (un peu plus que je ne devrais ces temps-ci, sans doute...), y compris le réseau d'Elon M., X (ex-Twitter) que le réseau alternatif Bluesky n'a finalement pas du tout réussi à remplacer (contrairement à ce que certains espéraient, « à gauche »), je ne peux que le constater : les réactions au sujet d'Israël/Palestine sont devenues continuelles, extrêmement violentes, sempiternellement manichéennes, de tous les côtés, avec des opinions modérées devenues de plus en plus rares et marginalisées, en mettant de côté l'indifférence des gens qui ne s'en mêlent pas. Bien entendu, tout cela est exploité politiquement : en France, les députés et militants mélenchonistes et « écologistes », dans toute leur médiocrité, pratiquent un électoralisme nauséabond en instrumentalisant la cause palestinienne vis-à-vis de leur clientèle communautariste supposée très réceptive à la question, tandis que les élus et militants nationalistes (lepénistes et zemmouristes), eux, en profitent pour essayer de faire oublier le passif raciste et antisémite de leur camp (un passif qui n'est pas du passé) et apparaitre, tout d'un coup, comme des défendeurs des Français juifs, en réaction aux outrances de la « gauche radicale » mélenchoniste alliée aux pseudo-antiracistes « décoloniaux » et « antisionistes ». Tout cela pue, inévitablement, d'autant plus que les comportements agressifs antisémites ne se limitent plus au virtuel du cyberespace, loin s'en faut...

Les médias traditionnels ont aussi une part de responsabilité dans ce qui se passe : tout comme certains universitaires par ailleurs (de manière peut-être encore plus agaçante, s'agissant de ces derniers, tant leur « gauchisme/antifascisme » vertueux appuyé sur le sempiternel argument d'autorité – académique – peut être pénible, même quand on n'est pas de droite, ni anti-intellectuel), les journalistes et éditorialistes se laissent eux-aussi, trop souvent ces temps-ci, embarquer dans le déluge des réactions émotionnelles et totalement biaisées. Je pourrais parler de la presse et des médias conservateurs, de droite ou d'extrême-droite, et de leurs travers habituels, mais parlons pour l'heure plutôt de la presse et des médias se voulant de gauche, lesquels sont parfois très perméables à la propagande « antisioniste » qui nazifie Israël et fait du mot « génocide » un slogan pro-palestinien. C'est notoirement le cas s'agissant du journal Le Monde, qui se veut généralement toujours le « quotidien de référence » et non un journal d'opinion, mais qui apparait en fait totalement orienté dans un sens pro-palestinien sur ce sujet particulier.
Du côté de la presse revendiquée « de gauche », ces derniers jours en juillet, L'Humanité, qui fut (à une lointaine époque) le journal de Jean Jaurès, a consacré notamment sa une du 29 juillet au chef d'une organisation armée « révolutionnaire » libanaise ayant revendiqué plusieurs attentats en France, ce chef de groupe terroriste « antisioniste », venant d'être libéré et renvoyé au Liban après avoir été très longtemps détenu en France où il avait été jugé et condamné pour complicité d'assassinat terroriste : à l'occasion d'un « entretien exclusif », L'Huma présente ce personnage, notoirement antisémite mais nimbé d'une sorte d'« aura communiste », comme un « militant » vertueux de la cause palestinienne et comme un « résistant ». C'est franchement indécent. À peu près au même moment (la veille), sur le réseau d'Elon M., le même journal L'Humanité s'est demandé si le Royaume-Uni allait avoir « enfin un vrai parti de gauche » avec un nouveau parti lancé notamment par Jeremy Corbyn, l'ex-chef du Labour qui y avait laissé se développer l'antisémitisme avant d'être poussé vers la sortie (pas que pour cette raison mais notamment pour celle-là, amplement justifiée à mon avis). Le toujours détestable Mélenchon est évidemment très content pour son grand copain Corbyn, et il l'a fait savoir sur X en saluant l'émergence d'une « Angleterre insoumise ». Bref, c'est nul... mais heureusement en tout cas que le numéro spécial de L'Humanité magazine consacré à Tolkien n'est pas sorti cet été : dans le contexte actuel, j'aurai peut-être eu du mal à le commenter aussi sereinement que j'ai pu le faire en ces lieux en août 2023...

Il y a quelques jours, pour citer un autre cas toujours à gauche, Daniel Schneidermann, le fondateur du média en ligne Arrêt sur images (@si) – qu'il ne dirige plus mais au sein duquel il reste actif –, en voulant réagir à chaud à une récente (et à mes yeux scandaleuse) affaire d'expulsion d'adolescents français juifs d'un avion espagnol (simplement parce qu'ils auraient brièvement chanté en hébreu en rentrant d'une colonie de vacances), a déclaré sur X, le 25 juillet, que l'hébreu était aujourd'hui selon lui « un langue revenue de l'enfer, devenue langue d'affameurs, d'assoiffeurs, de massacreurs, de barbares », allant ainsi jusqu'à associer consubstantiellement la haine à une langue, et à ainsi essentialiser cette langue comme le ferait quelque essayiste identitaire maurrassien... C'est tout de même grave d'en arriver à tenir des propos pareils quand on se veut journaliste, qui plus est spécialisé dans la critique des narrations médiatiques. Devant le tollé qu'il n'a pas manqué de susciter, Schneidermann a assez vite effacé son tweet, mais il a tenu ensuite à se justifier dans une de ses chroniques mise en ligne sur le site d'@si, de manière alambiquée et fort peu convaincante à mon sens. Mais bref, ce n'est là qu'un énième exemple des plus récents de toute une tendance à la dérive généralisée, politique, médiatique...

Or à l'arrivée, la principale conséquence que je vois, pour ce qui concerne généralement l'Occident et donc notamment la France, c'est donc l'expression de plus en plus visible et débridée, que cela soit ou non sous couvert d'« antisionisme », de ce stade anal de la pensée qu'est l'antisémitisme, avec cette particularité que s'y mêle, pour le dire vite, non seulement l'antisémitisme racial cher aux nationalistes du siècle dernier mais aussi le vieil antijudaïsme héritée de périodes plus anciennes (et auquel semble d'abord se rattacher l'antisémitisme d'un type comme Mélenchon, par exemple, au-delà de l'opportunité électoraliste d'instrumentaliser la cause palestinienne). Sans cela, comment pourrait-on expliquer qu'après le traumatisme absolu de la Shoah au XXe siècle, nous en soyons arrivés là au premier quart du siècle suivant ? Cela va faire soixante ans, cette année, qu'à travers la déclaration du concile Vatican II Nostra Ætate, l'Église catholique a écarté officiellement la vieille thèse chrétienne du « peuple déicide » appliquée aux Juifs depuis la Passion du Christ. Seulement soixante ans, pourrait-on dire... et pour certains, il faudrait que les Juifs continuent à être, d'une manière ou d'une autre, coupables de toute éternité vis-à-vis de toute l'humanité : c'est si commode pour une pensée simple, primaire...

Sur X, le réseau d'Elon M., les polémiques sont légions, les harcèlements réguliers vis-à-vis des profils qui ne craignent pas de s'y exprimer franchement, et toutes les opinions circulent librement, y compris donc les plus extrêmes : « de droite » de type nationaliste ou libertarien (tendance droitière assez clairement sur-représentée), mais aussi « de gauche » de type trotsko-débile « antisioniste » mélenchonien ou pseudo-écolo, sans oublier les communautaristes religieux de tout poil (qui ont heureusement face à eux des opposants courageux, notamment contre l'islam politique). Soit dit en passant, j'ai pu repérer parfois quelques profils récurrents se réclamant plus ou moins de « l'univers de Tolkien », sans surprise plus souvent situés à droite qu'à gauche lorsqu'ils sont politisés (une tendance déjà observée avant que Twitter ne soit racheté par Musk). Mais au milieu de toute cette agitation facilement épuisante, il y a tout de même des intervenants intéressants, mesurés, dépourvus de dogmatisme, partageant de stimulantes suggestions de lectures ou relectures d'ouvrages, et qui tiennent des propos que l'on aimerait parfois voir davantage exprimés dans les médias traditionnels...

Je me permets, à cette aune, de recopier ici un texte tout récent d'Emmanuel Ruimy, un intervenant assez suivi sur X, à propos notamment de ce qui se cache de très ancien derrière l'emploi ad nauseam du mot « génocide » par la propagande « antisioniste » d'aujourd'hui.

[citation=Emmanuel Ruimy, message sur X (ex-Twitter), 29 juillet 2025, 12:01.]Il fut un temps où l'on accusait les Juifs d'avoir tué Dieu. Dans l'Europe chrétienne, l'accusation de déicide, celle d'avoir crucifié le Christ, formalisée dès le concile de Nicée, puis relayée par Jean Chrysostome, Luther et des myriades de sermons médiévaux, ne désignait pas tant un crime historique qu'un péché ontologique et matriciel. Les Juifs, dans cette théologie, n'étaient pas des égarés mais les ennemis structurels de toute l'Humanité.

Le monde moderne, sécularisé, a relégué Dieu, mais non l'idée du mal radical. Comme l'a vu Hannah Arendt, les sociétés post-religieuses ont gardé les mécanismes de l'exclusion sacrale, désormais sous des habits profanes. Là où le déicide fut le crime suprême de l'ordre théologique, le génocide l'est devenu dans l'ordre moral et politique. Ce déplacement du sacrilège vers le crime contre l'humanité éclaire toutes les narrations antisionistes contemporaines : l'accusation de génocide portée contre les Juifs, ou l'État des Juifs, rejoue, à peine travestie, l'antique procès en culpabilité métaphysique. Le parricide divin est devenu infanticide humanitaire. Hier, peuple déicide ; aujourd’hui, peuple génocidaire.

Jean-François Lyotard notait que la modernité est hantée par la Shoah, érigée en abîme fondateur de l'imaginaire moral occidental. Accuser Israël de génocide, c'est donc inverser ce repère cardinal : faire du rescapé un bourreau, du survivant l'agent de l’extermination. C'est abolir la dette morale, renverser le stigmate, refermer le cycle.

Ce qui frappe surtout, c'est l'unicité de cette mise en accusation. Aucun autre conflit contemporain n'est aussi systématiquement qualifié de “génocide”. Ni la Chine au Xinjiang, malgré l'internement de plus d'un million de Ouïghours et les stérilisations forcées ; ni la Turquie contre les Kurdes, malgré des décennies de répression sanglante ; ni la Syrie, où le régime Assad a massacré des centaines de milliers de civils, parfois par gaz ; ni la Russie en Ukraine, avec ses déportations d'enfants et ses bombardements de civils ; ni l'Éthiopie, où la guerre au Tigré a fait jusqu'à 600 000 morts dans l'indifférence ; ni le Yémen, ni le Myanmar, ni le Soudan. Aucun de ces drames n'a suscité, dans les rues occidentales, un tel acharnement sémantique. Pourquoi ?

Parce qu'Israël est jugé moins pour ce qu'il fait que pour ce qu'il est, ou plutôt pour ce qu'il incarne. Comme le Juif dans la chrétienté médiévale, l'État juif est perçu comme une anomalie ontologique. Le mot “génocide”, ici, n’est pas un diagnostic : c'est une excommunication. Il ne dit pas : “vous avez commis un crime”, mais : “vous êtes le Mal”. L'histoire ne bégaie pas, elle recycle juste ses anathèmes.

Critiquer la guerre, ses abus, ses violences, est un droit, parfois un devoir. Dénoncer la souffrance des civils, exiger la libération des otages, appeler à un cessez-le-feu : tout cela relève d’une conscience démocratique légitime. La guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023 et ses tragiques répliques à Gaza doivent cesser. Mais accuser Israël de génocide trahit autre chose qu'une indignation morale sélective : cela révèle une fixation quasi-théologique.

Sinon, comment expliquer que cet État minuscule, à peine plus grand que la Bretagne, seule souveraineté juive au monde, concentrant moins de 0,1% de la population humaine, cristallise davantage d'accusations de génocide que des régimes totalitaires auteurs de massacres de masse, de purges ethniques et de répressions systématiques, pourtant largement établis et documentés ?

Car c'est là que réside le danger : dans la mutation du langage en liturgie. Comme l'écrivait Camus, « mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ». Lorsque “génocide” devient une incantation, il ne nomme plus un crime, il en fabrique un. Il ne dénonce plus la violence : il en devient l'instrument symbolique.[/citation]

On peut se demander si l'on est vraiment passé d'un parricide divin à un infanticide humanitaire, dans la mesure où l'ancienne accusation de déicide relevait déjà d'une transformation des Juifs en infanticides à travers le développement de l'iconographie mariale avec l'Enfant Jésus, comme l'a pertinemment souligné une commentatrice de ce message sur X, mais à ce détail près, je trouve ce texte d'Emmanuel Ruimy très juste.

Je voulais initialement parler d'autre chose, à savoir de l'exposition consacré à Tolkien en Italie, qui est toujours d'actualité... quitte à devoir parler, cette fois-ci à ce propos, davantage de la droite que de la gauche... mais il faut croire qu'il fallait que je vide un peu « mon sac » avant, s'agissant du contexte occidental plus général de notre temps et sur un sujet qui, au fond, ne me parait pas totalement étranger à l'étude de Tolkien, sachant notamment l'avis qu'il a pu exprimer au moins sur l'antisémitisme des années 1930 (et sur les Hébreux aussi, plus tard, mais c'est une autre histoire). Je tâcherai de revenir donc, en tout cas, parler de l'expo italienne prochainement ici, et plus particulièrement donc de sa dimension politique, dimension plus précisément documentée maintenant qu'à l'époque où elle a commencé à être présentée.

Amicalement,

B.

[small][EDIT: correction de fautes diverses...][/small]
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