Hyarion Wrote:C'est une lecture qui remonte à loin, me concernant : paru en français d'abord sous le titre Les Mangeurs de Mort en 1982, ce roman de Michael Crichton fut un temps réédité sous le titre Le 13e guerrier, avec l'affiche du film de McTiernan en couverture (chez Pocket) et c'est dans cette réédition de 1999 que je l'avais lu (traduction de l'anglais américain par Lisa Rosenbaum). Le film, que j'avais vu d'abord, est très bon, et avec le recul je crois que l'on a probablement un peu exagéré en extrapolant sur une version initiale du montage, plus longue et supposée plus riche, mais qui n'a peut-être finalement jamais existée...
Pour ce qui est du style du roman... eh bien, disons que c'est du Crichton, donc abordable et plutôt efficace. L'auteur, qui aimait jouer avec la science à travers sa fiction, s'est livré là à une sorte d'exercice de style pour écrire [emphase]« ce roman sous forme de monographie érudite »[/emphase], avec des notes de bas de page (dont au moins une mentionnant William Morris) et des références bibliographiques pour donner une image de crédibilité universitaire, mais au point que Crichton lui-même a pu finir, avec le temps, par ne plus bien distinguer la part de réel et sa part d'invention, comme il le raconte dans une note en postface de 1992, le roman datant de 1976
Je confirme, il y a bien une note où Crichton affirme que la phrase de la Völsunga Saga [emphase]« There is a desert of dread in the uttermost part of the world »[/emphase], traduite et adaptée par W. Morris, est une extrapolation de ce dernier et ne figure pas dans le texte original. Je ne suis pas allé voir si c'était vrai, puisque Crichton avait admis dans sa postface qu'une bonne partie des références contenues dans les notes du roman étaient parfaitement fictionnelles. Pour l'anecdote, la bibliographie générale qui conclut le roman liste aussi le Necronomicon d'Abdul Azhared (éd. de H.P. Lovecraft, Providence, R.I., 1934).
De fait, le roman lui-même est bien construit et le style adopté par Crichton est tout à fait réjouissant, de même que la « germanisation » progressive du narrateur. Je ne suis pas convaincu par certains choix historiques (comme le fait de faire régner « Rothgar » sur les Wendes -- i.e. les Gauts -- plutôt que sur les Danes, alors que c'est assurément un des faits historiques les mieux établis de Beowulf), mais assurément l'évhémérisation du récit de Beowulf est particulièrement bien menée. Il est amusant de constater que Tolkien a quant à lui opéré le choix exactement inverse en rédigeant Sellic Spell.
Quant au film, cela fait au moins vingt ans que je ne l'ai pas vu, sinon plus, mais il doit être franchement fidèle au roman, car en lisant le texte, des scènes entières du film me sont revenues, tout à fait conformes au récit de Crichton. Faudra que je le revois à l'occasion.
E.
[small]P.S. : En ce moment, je suis plutôt du côté d'Earthsea... et je ne compte pas voir les adaptations qui en ont été faites.
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