Hyarion Wrote:J'avoue qu'il m'est assez désagréable à présent de sempiternellement constater tout ce qui me sépare de lui (ici, j'avoue même que sa critique violente de l'hellénisme a quelque-chose d'insultant, à mes yeux), même si son œuvre littéraire continue de m'intéresser.
Le reste mériterait un long développement que ma main droite ne peut actuellement soutenir. Néanmoins, je trouve intéressant les auteurs avec lesquelles on accuse de nettes différences tout en étant forcé de convenir qu'on apprécie beaucoup une large part de leur œuvre. Cela peut susciter d'intéressantes réflexions, me semble-t-il, à condition de ne pas ressasser sans cesse les mêmes éléments et de ne pas s'arrêter (au moins publiquement) qu'aux différences.
Sur le sujet de l'hellénisme, je ne dirais pas « insultant », mais il me semble que Tolkien exagère là, ou fait preuve d'un provincialisme certain. Je soupçonne que la vue extrêmement méliorative des Grecs (notamment au détriment des peuples germaniques), qui avait encore cours à son époque, spécialement dans les milieux érudits comme Oxford, a pu jouer par réaction. La position très inférieure de la femme par rapport à l'homme dans la société hellénique aussi, surtout si Tolkien la comparait, même implicitement, à la position de la femme dans les sociétés germaniques. A ce sujet, tu écris :
Hyarion Wrote:Même s'il y avait bien séparation entre les sphères masculine et féminine de la vie sociale, on a cherché le fameux gynécée... et on ne l'a pas trouvé. Les historiens ont depuis mieux mis en évidence le rôle des femmes de l'Antiquité grecque dans bien des domaines, [emphase]« que ce soit la maternité, l'éducation et les soins à la personne, la vie marchande, culturelle, intellectuelle et religieuse des cités, la guerre, l'évergétisme, la transmission des statuts civiques et la gestion économique des maisons »[/emphase], pour reprendre ici l'énumération de l'historienne helléniste Aurélie Damet (in Les Grecques. Destins de femmes en Grèce antique, Paris, Tallandier, coll. « Texto » 2024). Bien entendu, le vieux constat de sociétés grecques aux structures patriarcales reste d'actualité : oui, en Grèce ancienne, les femmes n'étaient pas citoyennes, elles étaient généralement sous la tutelle des hommes, impliquées dans les domaines économiques et religieux, essentielles pour la reproduction du corps civil, mais limitées vis-à-vis de la vie intellectuelle et encore plus s'agissant de la vie institutionnelle et politique. Cependant, pourquoi faudrait-il juger, même aujourd'hui, l'attitude des Grecs envers les femmes particulièrement révoltante, et considérer lesdits Grecs comme un [emphase]« peuple très méchant »[/emphase] ?
Je veux bien que les fouilles archéologiques aient eu du mal à identifier précisément une pièce ou une suite royale qui soit indiscutablement un gynécée, mais de là à dire que cela n'aurait pas existé, on risquerait de tomber dans l'hypercritique, compte tenu de la fréquence à laquelle le gynécée est mentionné dans les textes anciens et de la manière dont les auteurs en parlent. Admettons aussi que tout n'ait pas été noir pour les femmes dans la société grecque classique ; toutefois, il serait judicieux de souligner que bon nombre de sociétés de la même période avaient une approche nettement plus libérale vis-à-vis des femmes (tout en restant des sociétés très patriarcales selon les standards qui sont les nôtres). Pour ne citer que Rome, les femmes y avaient le statut de citoyennes (sans le droit de vote, mais cela leur permettait au moins d'agir en justice), devaient (au moins symboliquement) consentir au mariage pour que celui-ci soit valide, pouvaient être propriétaires (à condition d'être sui iuris), pouvaient hériter, etc. Autant de choses impensables pour les cités grecques, selon tous les textes de lois et commentaires qui nous sont parvenus.
Ce qui n'empêche certainement pas Tolkien d'exagérer de ce point de vue-là, voire d'idéaliser la société germanique de l'époque, quand nos premiers témoignages un tant soit peu fiables sont facilement postérieurs de 800 ans à la période grecque à laquelle il semble se référer. Et s'il a pu se passer pas mal de choses dans ce laps de temps dans le bassin méditerranéen, il serait quelque peu naïf, me semble-t-il, de supposer que les sociétés germaniques sont restées entièrement stables pendant ce temps. De fait, pour les rares domaines quelques peu documentés (organisation politico-militaire, principalement), il y a des preuves que la société germanique a pas mal évolué en réaction à l'Empire romain.
E.

