Là n'était pas le sujet premier, mais je reviens sur le gynécée. Il est évident qu'il ne faudrait pas confondre cela avec le harem musulman, moins encore avec les représentations fantasmées qui imbibent un certain imaginaire occidental depuis la vague orientaliste du XIXe siècle (sinon avant). Il est tout aussi évident qu'imaginer un appartement réservé aux femmes dans les modestes demeures des citoyens pauvres ou de la classe moyenne en Grèce antique serait aberrant, car c'est tout simplement impossible. De même, les femmes n'étaient pas strictement cloîtrées chez les Grecs, puisque certaines d'entre elles étaient forcées de sortir de leur demeure pour des raisons économiques et que même celles des citoyens riches pouvaient le faire (notamment pour les cérémonies religieuses, mais certainement dans bien d'autres circonstances, au moins avec l'assentiment de leur mari ou tuteur). De même, on a un certain nombre d'exemples de femmes recevant des hommes au sein de leurs appartements, même pour la Grèce archaïque (je pense notamment au fait que Télémaque rencontre Hélène lors de sa visite à Ménélas dans l'Odyssée). Il est certainement évident aussi que les femmes, dans la plupart des cas, avaient accès à l'ensemble de la maisonnée (il fallait bien qu'elles puissent coordonner les activités domestiques, si même elles ne les accomplissaient pas elles-mêmes), du moins tant qu'aucun étranger n'était présent.
Néanmoins, il serait déjà absurde de considérer les Cyniques comme représentatifs de la société grecque de l'époque (rien que leur nom indique à quel point ils s'éloignaient des conventions habituelles de la vie sociale). Par ailleurs, je persiste à affirmer qu'il serait stupide de nier sans autre forme de procès les assez nombreuses mentions du gynécée dans la littérature grecque, chez Homère comme chez les Classiques (et même après la conquête romaine, semble-t-il, voir notamment γυναικεῖος et γυναικωνῖτις) ou les nombreuses représentations picturales de l'époque. Les fouilles archéologiques sont certes un élément très important des recherches, mais l'attitude voulant aboutir à des conclusions uniquement fondées sur l'archéologie est aussi riche en erreurs que celle qui ne prend en compte que la littérature au détriment de l'archéologie.
Et même l'archéologie montre que l'architecture des maisons riches était structurée de manière à pouvoir surveiller les mouvements des gens qui s'y trouvaient (ce qui doit pouvoir s'appliquer aux faits et gestes des esclaves comme à ceux des femmes... ou des invités) et que la présence d'un andron, parfois précédé d'un vestibule et systématiquement suivi d'appartements privés implique la possibilité de reléguer les femmes dans le « gynécée » au moins pendant le temps de recevoir des invités (masculins) ; cf. Lisa Nevett, « Greek houses as a source of evidence for social relations », British School at Athens Studies, 15, 2007, p. 5-10, et Lloyd Llewellyn-Jones, « House and veil in ancient Greece », ibid., p. 251-258, par ex.
Je constate au demeurant que ce sujet semble nettement moins abordé dans les études francophones et que Pauline Schmitt Pantel, qui a visiblement des opinions très tranchées à ce sujet (ce qui ne remet évidemment pas en cause son expertise de la matière grecque), semble avoir considérablement influencé les recherches ultérieures (incidemment, Aurélie Damet, lorsqu'elle parle de « divers travaux en prouvent l'inexistence [celle du gynécée] » ne cite aucune source : mauvaise pratique à mes yeux).
E.
Néanmoins, il serait déjà absurde de considérer les Cyniques comme représentatifs de la société grecque de l'époque (rien que leur nom indique à quel point ils s'éloignaient des conventions habituelles de la vie sociale). Par ailleurs, je persiste à affirmer qu'il serait stupide de nier sans autre forme de procès les assez nombreuses mentions du gynécée dans la littérature grecque, chez Homère comme chez les Classiques (et même après la conquête romaine, semble-t-il, voir notamment γυναικεῖος et γυναικωνῖτις) ou les nombreuses représentations picturales de l'époque. Les fouilles archéologiques sont certes un élément très important des recherches, mais l'attitude voulant aboutir à des conclusions uniquement fondées sur l'archéologie est aussi riche en erreurs que celle qui ne prend en compte que la littérature au détriment de l'archéologie.
Et même l'archéologie montre que l'architecture des maisons riches était structurée de manière à pouvoir surveiller les mouvements des gens qui s'y trouvaient (ce qui doit pouvoir s'appliquer aux faits et gestes des esclaves comme à ceux des femmes... ou des invités) et que la présence d'un andron, parfois précédé d'un vestibule et systématiquement suivi d'appartements privés implique la possibilité de reléguer les femmes dans le « gynécée » au moins pendant le temps de recevoir des invités (masculins) ; cf. Lisa Nevett, « Greek houses as a source of evidence for social relations », British School at Athens Studies, 15, 2007, p. 5-10, et Lloyd Llewellyn-Jones, « House and veil in ancient Greece », ibid., p. 251-258, par ex.
Je constate au demeurant que ce sujet semble nettement moins abordé dans les études francophones et que Pauline Schmitt Pantel, qui a visiblement des opinions très tranchées à ce sujet (ce qui ne remet évidemment pas en cause son expertise de la matière grecque), semble avoir considérablement influencé les recherches ultérieures (incidemment, Aurélie Damet, lorsqu'elle parle de « divers travaux en prouvent l'inexistence [celle du gynécée] » ne cite aucune source : mauvaise pratique à mes yeux).
E.

