[small]Demain lundi, Nicolas Sarkozy est convoqué par le Parquet national financier pour connaître sa date d'incarcération. Depuis sa condamnation dans l'affaire du financement libyen, l'ex-président a plein de défenseurs, qui disent ne pas comprendre « cette justice si sévère » : leurs discours sentent fort soit l'entre-soi politico-médiatique, soit le populisme ordinaire des réseaux sociaux, et dans les deux cas de la part de gens qui, le plus souvent, ignorent tout de la procédure, du procès et du jugement lui-même. Certains voudraient que ce soit les révélateurs de l'affaire, Edwy Plenel & Co, qui aillent en prison à la place de Sarkozy (je n'aime pas Plenel, sa prétendue « pureté de gauche » et sa complaisance malsaine envers les islamistes, mais c'est une autre histoire), et on ose aller jusqu'à comparer cette condamnation à l'Affaire Dreyfus et le destin dudit Sarkozy à celui d'Edmond Dantès : c'est minable et écœurant, surtout de la part, parfois, de personnalités, comme Finkielkraut, pour lesquelles j'ai pu conserver par ailleurs quelque estime intellectuelle. On a argué le manque de preuves pour affirmer en hurlant « l'innocence » de Sarkozy, mais le délit financier est par nature volatil, et l'association de malfaiteurs me parait, comme aux juges, au moins bien constituée vis-à-vis du terrorisme d'État (celui de la dictature libyenne de l'époque). La délinquance en col blanc ne mérite aucun traitement de faveur, a fortiori à ce niveau de responsabilité publique et politique. Sur le principe, je ne me réjouis pas en soi qu'un homme aille en prison (la privation de liberté est toujours un sujet grave), mais seulement qu'il y ait, malgré tout, un peu de Justice vis-à-vis de gens « haut placés » qui sont trop souvent persuadés de facto d'être au-dessus des lois, tout en étant prompts à réclamer la plus grande sévérité pour les délits et crimes de droit commun. On dit dans la presse que Sarkozy pourrait ne pas rester plus d'un mois en prison : eh bien, une seule nuit me suffira !
Mais basta, même s'il fallait que ça sorte... Revenons à nos moutons tolkieniens.[/small]
[séparation]
![[Image: 1760278615_catholic_herald_6661_sept-oct...newman.jpg]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1760278615_catholic_herald_6661_sept-oct_2025_newman.jpg)
Il y a quelques jours, le 9 octobre dernier, le magazine mensuel confessionnel londonien The Catholic Herald, dont le dernier numéro de septembre/octobre 2025 fait figurer le cardinal Newman en couverture (voir la reproduction ci-dessus), a mis en ligne sur son site un texte de Simon Tolkien, un des plus connus des petit-enfants de J. R. R. Tolkien, dans lequel celui-ci évoque « la vie sans Dieu », c'est-à-dire sa propre perte de la foi catholique dans laquelle il a été élevé, et l'influence que son rapport familial et personnel à la religion a pu exercer sur son travail de romancier, lorsqu'il a choisi de travailler sur le sujet de la guerre civile espagnole. Le petit-fils de l'auteur du Seigneur des Anneaux évoque notamment deux petites cartes de prière rondes, réalisées par son grand-père et qu'il a conservées, comme j'ai moi-même gardé, plus modestement, un vieux chapelet hérité de ma grand-mère maternelle, dont je ne me sers pas mais qui a tendance à me suivre partout...
![[Image: 1760278648_pater_noster_ave_maria_prayer...olkien.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1760278648_pater_noster_ave_maria_prayer_cards_written_by_jrr_tolkien.png)
À cette aune, ce que Simon T. écrit sur la prière faite avec son grand-père, quand il était enfant, me rappelle naturellement mes propres souvenirs avec ma grand-mère. Ce qu'il écrit s'agissant de sa mère en fin de vie est également émouvant.
[citation=Simon Tolkien, “Life without God: grandson of JRR Tolkien on how losing his own faith shaped his novels on Catholicism” (« Une vie sans Dieu : le petit-fils de JRR Tolkien explique comment la perte de sa foi a influencé ses romans sur le catholicisme »), site web du Catholic Herald thecatholicherald.com, 9 octobre 2025, traduction de votre serviteur avec l'aide de Gogol et DeepL]J'ai été élevé dans la foi catholique. Je me souviens avoir prié chaque soir avec mon grand-père, J. R. R. Tolkien, lorsque j'allais séjourner chez lui et ma grand-mère à Bournemouth, et avoir ressenti la certitude de sa foi. Je possède encore deux cartes de prière rondes, de la taille d'une pièce de monnaie, sur lesquelles il a inscrit le Pater Noster et l'Ave Maria en minuscules lettres, suivant géométriquement la courbe d'un cercle décroissant : une véritable œuvre d'art.
Ma mère, Faith, était également très croyante. Vers la fin de sa vie, après six années de lente descente dans les ténèbres de la démence, elle m'a dit : « J'ai la foi. C'est mon nom. Je crois que Dieu veille sur moi. » Sa certitude m'a apporté un immense réconfort. C'est toujours le cas aujourd'hui, mais je ne pouvais pas la partager. À l'adolescence, ou peut-être même avant, j'ai perdu cette étincelle et je ne l'ai jamais retrouvée.
Paradoxalement, le fait d'avoir fréquenté la Downside School, où j'étais malheureux, n'a rien arrangé. Les moines de l'école étaient pragmatiques et ceux de l'abbaye étaient distants. La religion me semblait étrangement absente et n'avait aucune influence sur ma lutte acharnée pour rester à flot. Au fond, je pense que je regrettais surtout cette perte de foi parce que je savais qu'elle attristait ma mère – même si elle ne me l'a jamais reproché, contrairement au père de George Eliot. Je possède encore des cahiers d'exercices dans lesquels elle a soigneusement écrit des prières et des passages bibliques pour moi, exprimant son espoir pour la personne que je deviendrais. Je vivais avec le sentiment d’avoir échoué envers elle, sentiment que je dissimulais souvent derrière de l’irritation.
En 2017, l'année du décès de ma mère, j'ai commencé à travailler sur un roman sur la guerre civile espagnole, qui s'est développé au cours des sept années suivantes pour devenir un portrait en deux volumes des années 1930 se déroulant à New York, en Angleterre et en Espagne : The Palace at the End of the Sea et The Room of Lost Steps. Je savais dès le départ que le catholicisme allait être un élément important de l'histoire en raison du rôle central que l'Église jouait dans la politique et la société espagnoles à cette époque, mais j'ai également constaté, au fur et à mesure que je développais le récit, que la religion devenait partie intégrante de l'intrigue dans son ensemble. J'ai pris conscience que ma propre expérience alimentait les thèmes fictionnels que j'essayais d'explorer.
[...]
Dans ces deux romans, j'ai tenté de dépeindre l'Église des années 1930 sous ses différents aspects et, en m'appuyant sur ma propre expérience, d'explorer différentes réactions face à la croyance à travers le prisme des relations familiales. [...][/citation]
Le texte intégral en anglais est accessible à cette adresse :
https://thecatholicherald.com/article/a-...d-or-state
La partie du texte que je n'ai pas cité ici correspond au contenu des romans de Simon Tolkien. Ce qu'il écrit notamment concernant l'Église catholique d'Espagne dans le contexte précédant la guerre civile, une Église qui est [emphase]« immensément riche et s'identifie à la classe dirigeante — l'armée et les grands propriétaires terriens qui possèdent 99 % des terres — tandis que les classes ouvrières vivent au bord de la famine »[/emphase], en contraste par ailleurs avec la situation de l'Église au Mexique, renvoie sur le fond à ce que j'ai pu écrire précédemment dans le présent fuseau, à propos de la guerre civile espagnole, du franquisme, et de la place du catholicisme dans ce contexte dramatique. À travers son travail romanesque, Simon T. touche du doigt, semble-t-il, la question du catholicisme perçu parfois encore aujourd'hui comme étant « au-dessus » des contingences politiques et sociales, alors qu'il ne saurait pourtant être question d'« apolitisme » dès lors que l'on parle de l'Église catholique en Occident. Il est un peu dommage qu'il n'aborde pas précisément la question de l'opinion de son grand-père sur tout cela, mais le fait qu'il ait eu envie d'écrire là-dessus est, en tout cas, très intéressant, a fortiori vis-à-vis de son propre vécu, familial et spirituel.
Peace and Love,
B.
[small]P.S. : parmi les “related articles” dont les liens apparaissent au bas du texte de Simon Tolkien sur le site du Catholic Herald, on trouve un article du 10 octobre par un certain Chris Yates, intitulé “The satanic flavour of AI: don't let children be cognitively cuckolded” (« La saveur satanique de l'I.A. : ne laissez pas les enfants être trompés cognitivement »), et dans lequel l'auteur écrit notamment qu'il serait bon que l'Église catholique brandisse [emphase]« la bannière de l'Homme contre la Silicon Valley »[/emphase], en appelant chrétiens, musulmans, juifs et adeptes d'autres religions à une [emphase]« croisade œcuménique multiconfessionnelle »[/emphase] contre l'I.A. à la [emphase]« saveur satanique »[/emphase] et servant [emphase]« Mammon »[/emphase], en se réclamant (sans surprise) de Jacques Ellul et Simone Weil (Yates semble avoir oublié J. R. R. Tolkien : quelle négligence coupable), et avec pour cri de guerre [emphase]« Rien n'est moins instructif qu'une machine »[/emphase] ([emphase]“Nothing is less instructive than a machine.”[/emphase]). Enseigner aux enfants ce qu'est l'I.A., ce que sont ses limites et les dangers que son usage peut comporter : je pense que l'on peut tous convenir que cela est sage et indispensable... mais nul besoin pour cela de dire aux enfants que l'I.A. serait une des manifestations du Diable (ou du « Sheitan », puisque Yates appelle à un œcuménisme anti-Technique), sauf à vouloir, vis-à-vis de jeunes esprits, privilégier la superstition (religieuse) par rapport à la connaissance (qui peut être compatible avec la spiritualité). Bon courage, en tout cas, aux « croisés » de notre temps, si persuadés de savoir où se situe le Mal : à mon humble avis, le réel et ses enjeux seront toujours plus complexes qu'ils ne le croient.[/small]
[small][EDIT: correction de fautes et coquilles diverses...][/small]
Mais basta, même s'il fallait que ça sorte... Revenons à nos moutons tolkieniens.[/small]
[séparation]
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Il y a quelques jours, le 9 octobre dernier, le magazine mensuel confessionnel londonien The Catholic Herald, dont le dernier numéro de septembre/octobre 2025 fait figurer le cardinal Newman en couverture (voir la reproduction ci-dessus), a mis en ligne sur son site un texte de Simon Tolkien, un des plus connus des petit-enfants de J. R. R. Tolkien, dans lequel celui-ci évoque « la vie sans Dieu », c'est-à-dire sa propre perte de la foi catholique dans laquelle il a été élevé, et l'influence que son rapport familial et personnel à la religion a pu exercer sur son travail de romancier, lorsqu'il a choisi de travailler sur le sujet de la guerre civile espagnole. Le petit-fils de l'auteur du Seigneur des Anneaux évoque notamment deux petites cartes de prière rondes, réalisées par son grand-père et qu'il a conservées, comme j'ai moi-même gardé, plus modestement, un vieux chapelet hérité de ma grand-mère maternelle, dont je ne me sers pas mais qui a tendance à me suivre partout...
![[Image: 1760278648_pater_noster_ave_maria_prayer...olkien.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1760278648_pater_noster_ave_maria_prayer_cards_written_by_jrr_tolkien.png)
À cette aune, ce que Simon T. écrit sur la prière faite avec son grand-père, quand il était enfant, me rappelle naturellement mes propres souvenirs avec ma grand-mère. Ce qu'il écrit s'agissant de sa mère en fin de vie est également émouvant.
[citation=Simon Tolkien, “Life without God: grandson of JRR Tolkien on how losing his own faith shaped his novels on Catholicism” (« Une vie sans Dieu : le petit-fils de JRR Tolkien explique comment la perte de sa foi a influencé ses romans sur le catholicisme »), site web du Catholic Herald thecatholicherald.com, 9 octobre 2025, traduction de votre serviteur avec l'aide de Gogol et DeepL]J'ai été élevé dans la foi catholique. Je me souviens avoir prié chaque soir avec mon grand-père, J. R. R. Tolkien, lorsque j'allais séjourner chez lui et ma grand-mère à Bournemouth, et avoir ressenti la certitude de sa foi. Je possède encore deux cartes de prière rondes, de la taille d'une pièce de monnaie, sur lesquelles il a inscrit le Pater Noster et l'Ave Maria en minuscules lettres, suivant géométriquement la courbe d'un cercle décroissant : une véritable œuvre d'art.
Ma mère, Faith, était également très croyante. Vers la fin de sa vie, après six années de lente descente dans les ténèbres de la démence, elle m'a dit : « J'ai la foi. C'est mon nom. Je crois que Dieu veille sur moi. » Sa certitude m'a apporté un immense réconfort. C'est toujours le cas aujourd'hui, mais je ne pouvais pas la partager. À l'adolescence, ou peut-être même avant, j'ai perdu cette étincelle et je ne l'ai jamais retrouvée.
Paradoxalement, le fait d'avoir fréquenté la Downside School, où j'étais malheureux, n'a rien arrangé. Les moines de l'école étaient pragmatiques et ceux de l'abbaye étaient distants. La religion me semblait étrangement absente et n'avait aucune influence sur ma lutte acharnée pour rester à flot. Au fond, je pense que je regrettais surtout cette perte de foi parce que je savais qu'elle attristait ma mère – même si elle ne me l'a jamais reproché, contrairement au père de George Eliot. Je possède encore des cahiers d'exercices dans lesquels elle a soigneusement écrit des prières et des passages bibliques pour moi, exprimant son espoir pour la personne que je deviendrais. Je vivais avec le sentiment d’avoir échoué envers elle, sentiment que je dissimulais souvent derrière de l’irritation.
En 2017, l'année du décès de ma mère, j'ai commencé à travailler sur un roman sur la guerre civile espagnole, qui s'est développé au cours des sept années suivantes pour devenir un portrait en deux volumes des années 1930 se déroulant à New York, en Angleterre et en Espagne : The Palace at the End of the Sea et The Room of Lost Steps. Je savais dès le départ que le catholicisme allait être un élément important de l'histoire en raison du rôle central que l'Église jouait dans la politique et la société espagnoles à cette époque, mais j'ai également constaté, au fur et à mesure que je développais le récit, que la religion devenait partie intégrante de l'intrigue dans son ensemble. J'ai pris conscience que ma propre expérience alimentait les thèmes fictionnels que j'essayais d'explorer.
[...]
Dans ces deux romans, j'ai tenté de dépeindre l'Église des années 1930 sous ses différents aspects et, en m'appuyant sur ma propre expérience, d'explorer différentes réactions face à la croyance à travers le prisme des relations familiales. [...][/citation]
Le texte intégral en anglais est accessible à cette adresse :
https://thecatholicherald.com/article/a-...d-or-state
La partie du texte que je n'ai pas cité ici correspond au contenu des romans de Simon Tolkien. Ce qu'il écrit notamment concernant l'Église catholique d'Espagne dans le contexte précédant la guerre civile, une Église qui est [emphase]« immensément riche et s'identifie à la classe dirigeante — l'armée et les grands propriétaires terriens qui possèdent 99 % des terres — tandis que les classes ouvrières vivent au bord de la famine »[/emphase], en contraste par ailleurs avec la situation de l'Église au Mexique, renvoie sur le fond à ce que j'ai pu écrire précédemment dans le présent fuseau, à propos de la guerre civile espagnole, du franquisme, et de la place du catholicisme dans ce contexte dramatique. À travers son travail romanesque, Simon T. touche du doigt, semble-t-il, la question du catholicisme perçu parfois encore aujourd'hui comme étant « au-dessus » des contingences politiques et sociales, alors qu'il ne saurait pourtant être question d'« apolitisme » dès lors que l'on parle de l'Église catholique en Occident. Il est un peu dommage qu'il n'aborde pas précisément la question de l'opinion de son grand-père sur tout cela, mais le fait qu'il ait eu envie d'écrire là-dessus est, en tout cas, très intéressant, a fortiori vis-à-vis de son propre vécu, familial et spirituel.
Peace and Love,
B.
[small]P.S. : parmi les “related articles” dont les liens apparaissent au bas du texte de Simon Tolkien sur le site du Catholic Herald, on trouve un article du 10 octobre par un certain Chris Yates, intitulé “The satanic flavour of AI: don't let children be cognitively cuckolded” (« La saveur satanique de l'I.A. : ne laissez pas les enfants être trompés cognitivement »), et dans lequel l'auteur écrit notamment qu'il serait bon que l'Église catholique brandisse [emphase]« la bannière de l'Homme contre la Silicon Valley »[/emphase], en appelant chrétiens, musulmans, juifs et adeptes d'autres religions à une [emphase]« croisade œcuménique multiconfessionnelle »[/emphase] contre l'I.A. à la [emphase]« saveur satanique »[/emphase] et servant [emphase]« Mammon »[/emphase], en se réclamant (sans surprise) de Jacques Ellul et Simone Weil (Yates semble avoir oublié J. R. R. Tolkien : quelle négligence coupable), et avec pour cri de guerre [emphase]« Rien n'est moins instructif qu'une machine »[/emphase] ([emphase]“Nothing is less instructive than a machine.”[/emphase]). Enseigner aux enfants ce qu'est l'I.A., ce que sont ses limites et les dangers que son usage peut comporter : je pense que l'on peut tous convenir que cela est sage et indispensable... mais nul besoin pour cela de dire aux enfants que l'I.A. serait une des manifestations du Diable (ou du « Sheitan », puisque Yates appelle à un œcuménisme anti-Technique), sauf à vouloir, vis-à-vis de jeunes esprits, privilégier la superstition (religieuse) par rapport à la connaissance (qui peut être compatible avec la spiritualité). Bon courage, en tout cas, aux « croisés » de notre temps, si persuadés de savoir où se situe le Mal : à mon humble avis, le réel et ses enjeux seront toujours plus complexes qu'ils ne le croient.[/small]
[small][EDIT: correction de fautes et coquilles diverses...][/small]

