Menelvagor Wrote:Hyarion Wrote:Pensez-vous vraiment qu'un engouement passionné soit mauvais? Je pose cette question honnêtement ne prétendant pas avoir de réponse tranchée sur le sujet.Yyr Wrote:En réalité, ce qui me dépasse, ce n'est pas la pensée de Flieger elle-même, mais sa réception : toutes les réponses aux sujets que j'évoque ne réfutent ses écueils qu'en se fendant au préalable de mille louanges délirantes à son égard.
Au delà du cas de Verlyn Flieger (dont je persiste à penser qu'elle a été une chercheuse aux travaux stimulants dans leur ensemble), en matière de « louanges délirantes » par milliers, ne serait-ce pas là un signe de toute une tendance propre à la « planète Tolkien » que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ici ou ailleurs, par exemple concernant une autre grande figure révérée du milieu, à savoir Tom Shippey ?B.
M
Disons que, comme je l'avais écrit à Elendil dans un autre fuseau en juin 2020, lors d'un échange discursif (et un peu âpre, à l'époque... ;-) ...) à propos de Shippey, l'attachement à un sujet a aussi ses excès. J'ai toujours regretté que cette question ait tendance à être un peu tabou, comme dans un angle mort, alors qu'il me paraît sain de se la poser, au moins de temps en temps, au lieu de se sentir notamment presque obligé de toujours boire les paroles de spécialistes passionnés, sans doute grands dans leur spécialité, mais limités par cette spécialité même, a fortiori si celle-ci s'accompagne des partis pris et biais propres à la passion personnelle.
Prendre un sujet au sérieux, l'œuvre de Tolkien par exemple, c'est très bien, mais à condition de ne pas se prendre soi-même au sérieux, y compris notamment sous prétexte de se sentir légitime dans ses centres d'intérêts et ses passions. Combien de fois, à cette aune, ai-je pu me demander si une certaine formule attribuée à Georges Clémenceau ([emphase]« La guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires »[/emphase]) pouvait être adaptée, mutatis mutandis, au milieu tolkienien (« L'étude de Tolkien est une chose trop sérieuse pour être abandonnée à ses seuls spécialistes, qui plus est passionnés ») ?
La passion est comme la foi religieuse : ce n'est pas un problème en soi, mais cela peut le devenir si l'on ramène tout à elle. Car dans ce cas-là, à qui s'adresse-t-on sinon seulement à un tout petit milieu, voire parfois seulement à soi-même, tout en prétendant s'occuper d'un sujet supposément mériter une audience plus large ?
Comme en toute chose, il vaut mieux éviter la démesure. Du moins est-ce mon point de vue.
Yyr Wrote:Je ne sais pas si c'est propre à la planète Tolkien mais je suis d'accord que cela ne se limite pas à Flieger en effet.
Ce n'est pas propre à la planète Tolkien : j'ai pu observer des choses similaires ailleurs, avec le même schéma de la poignée de spécialistes dont on se devrait de toujours boire les paroles, au nom de la passion supposée commune.
À noter que nous n'avons pas parlé de Christopher Tolkien, et de la déférence parfois très excessive dont il a pu faire l'objet de son vivant (certains semblant même le considérer comme « le Fils du Père » avec une ferveur me dépassant complètement), mais cela nous renvoie aussi à d'humaines – trop humaines ? (clin d'œil nietzschéen) – histoires de loyauté, ainsi qu'à un autre sujet, celui de Tolkien et de ses éditeurs, que j'avais longuement évoqué l'année dernière (en prenant des gants...), à l'occasion d'un colloque international sur ledit sujet, dans un autre fuseau :
ce message
Amicalement,
B.
P.S. : loin de moins l'idée de condamner ou négliger la passion, je le précise au cas où. La passion peut être un très puissant moteur pour penser puis agir, pour ainsi accomplir des choses qui, sans cette passion, resteraient à l'état de projets virtuels dans le ciel des idées. Je m'en rend bien compte à travers ce que j'essaie moi-même de créer... Mais tout est une question de mesure.

