05-01-2026, 11:12
Merci pour cette présentation de Magnard, plus complète que je n'aurais pu espérer l'écrire. Je n'ai pour ainsi dire rien à rajouter, si ce n'est qu'il existe une autre intégrale de ses symphonies, avec l'Orchestre symphonique de la BBC écossaise et à nouveau sous la baguette d'un chef d'orchestre français, Jean-Yves Ossonce (voir de ce côté-là). Les deux versions sont assez complémentaires, me semble-t-il. J'aurais peut-être quelques petites choses à dire sur la musique de chambre de Magnard, hautement recommandable, mais il faudrait que je parvienne à me procurer un ou deux CD supplémentaires. Malheureusement, les enregistrements ne sont pas légion et ils sont relativement difficiles à trouver.
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J'aurais sans doute aussi quelques petits compléments à mentionner s'agissant de Nielsen, car j'ai pu constater que sa musique de chambre valait elle aussi le détour. Quant à Grieg, je serais presque tenté de dire que c'est un peu court (je plaisante !, c'était un très bonne synthèse). En tout cas, il y a deux ou trois trucs qui mériteraient d'être signaler. Quant à Richard Strauss, il faudrait que je trouve le temps d'évoquer ses splendides lieder. Mais tout cela devra attendre, je suis trop en retard sur mes travaux tolkieniens actuels.
Je souhaite en tout cas dire qu'une quête personnelle a enfin trouvé son aboutissement. On peut dire que la Symphonie fantastique de Berlioz est un chef d'œuvre absolu, qui mérite amplement sa place au panthéon du genre. Pour autant, je n'irais pas dire que Berlioz est un symphoniste accompli, surtout si l'on ne considère pas Harold en Italie comme une symphonie à part entière (je serais tenté de parler de poème symphonique, l'un des plus aboutis du genre). Berlioz était sans doute trop génial, trop excentrique, pour rentrer pleinement dans le moule symphonique. Qui sont donc les grands symphonistes français, l'équivalent des Haydn, des Brahms ou des Mendelssohn ? Je ne retiendrai pas les grands compositeurs français qui n'ont consacré qu'une œuvre au genre : la Symphonie en ut de Bizet est une splendeur, c'est acquis, celle de Dukas est tout aussi superbe, celle en ré mineur de Franck s'écoute et se réécoute avec bonheur, et j'en dirais autant de celle en si bémol majeur de Chausson (lequel en laissa une à l'état d'ébauche à sa mort dans un accident de vélo).
Magnard alors ? Peut-être, mais des quatre, je retiens surtout les deux dernières, comme Hyarion. La quatrième est d'une profondeur particulièrement poignante, mais aussi d'une complexité mélodique qui la rend assez difficile d'accès au premier abord. Je qualifierais sans doute toujours Saint-Saëns de plus grand compositeur français : comme Berlioz, il est capable de traits de génie inoubliables, et il a surtout été d'une fécondité remarquable durant sa longue vie, s'illustrant dans quasiment tous les genres musicaux (et composant même la première vraie musique de film : celle de L'Assassinat du duc de Guise, par André Calmette, en 1908). Si Saint-Saëns est considéré comme un compositeur conservatiste à la fin de sa vie, ignorant les innovations de Debussy (auquel il survit), de Stravinsky ou de Ravel, on a tendance à oublier qu'il a lui-même été considéré comme faisant partie de l'avant-garde durant sa jeunesse. Cependant, Saint-Saëns est-il un vrai symphoniste ? Il est vrai qu'il a composé cinq symphonies, dont deux sans numéro d'opus (et qu'on peut ignorer sans remord), mais il semble s'être satisfait de l'énorme succès de sa Symphonie n° 3 « avec orgue » (en ut mineur, op. 78), créée en 1886. Il a cinquante et un ans, il ne reviendra pas au genre, alors que sa carrière durera encore trente-cinq ans. Ajoutons à cela sa symphonie n° 2 (en la mineur, op. 55), œuvre injustement négligée, que j'apprécie beaucoup. C'est un peu court, quand même.
On aurait pourtant tort de dire que la symphonie n'est pas un genre français, car il existe malgré tout des compositeurs qui en ont fait leur cheval de bataille, malgré des conditions matérielles très peu propices à ce genre à Paris au XIXe siècle (cela mériterait une longue digression). J'ai déjà évoqué Louise Farrenc, qui parviendra, privilège presque unique, à faire jouer ses symphonies par la très prestigieuse Société des Concerts du Conservatoire, laquelle se dédiait presque exclusivement aux oeuvres symphoniques des « illustres morts » : Mozart, Haydn, Beethoven... Le seul autre à bénéficier d'une telle facilité sera Georges Onslow (1784-1853), bien français malgré son nom de famille -- d'origine anglaise -- qui laisse un catalogue de quatre symphonies. De belles œuvres, mais sans doute moins mémorables que sa musique de chambre. Il faudrait aussi évoquer Albert Roussel (1869-1937), auteur lui aussi de quatre symphonies d'une harmonie raffinée, mais qui hélas me semblent pâtir d'un petit manque de génie mélodique pour être plus mémorables. (Pour l'anecdote, les trois ont en commun d'avoir des ressources indépendantes, qui leur permettent de ne pas vivre de leurs compositions : Farrenc a épousé un éditeur de musique et est professeur de piano au Conservatoire, Onslow et Roussel appartiennent à la grande bourgeoisie provinciale.) Quant à Arthur Honegger (1892-1955), qui est Suisse, bien qu'il ait passé l'essentiel de sa carrière à Paris, je suis obligé de dire que j'admire volontiers son oeuvre, mais que je ne l'apprécie pas tant que cela. Trop moderne pour moi, sans doute, et pas dans un style qui me plaise vraiment (contrairement à Prokofiev ou surtout Chostakovitch).
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Bref, il aurait sans doute fallu un Franco-Allemand pour me satisfaire pleinement... et il y en a un. Il se nomme Louis Théodore Gouvy. Né en 1819 à Sarrebruck dans une famille francophone de maîtres de forge, il est de nationalité allemande, contrairement à ses deux frères aînés et n'obtiendra donc pas le droit d'étudier au Conservatoire de Paris. Il n'obtiendra la nationalité française qu'en 1851. Apprécié par les cercles musicaux français, dont Berlioz, il reste malgré tout ignoré du grand public, qui se passionne essentiellement pour l'opéra et le ballet, alors que lui compose essentiellement de la musique symphonique et de la musique de chambre, deux genres considérés comme plutôt allemands à l'époque. Il recevra d'ailleurs ses plus grands succès au Gewandhaus de Leipzig, où il sera de loin le compositeur « étranger » le plus joué (et où il décèdera en 1898). Bref, Gouvy a composé six symphonies, plus une Symphonie brève et une Sinfonietta pour grand orchestre non numérotées (sans parler d'une seconde sinfonietta restée inédite et d'une symphonie perdue). Toutes sont splendides... et très peu jouées. J'espère avoir l'occasion de reparler de Gouvy, ma première découverte d'importance cette année. Il est aussi l'auteur d'une importante collection de musique de chambre très appréciée de son temps, mais que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter. D'ici-là, je recommande très volontiers l'intégrale de ses symphonies, enregistrées par l'Orchestre symphonique de la radio allemande de Saarbrück, sous la direction de Jacques Mercier (l'essentiel est ici sur YouTube, mais l'on trouvera la Sinfonietta par ici et la Symphonie brève par là).
E.
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J'aurais sans doute aussi quelques petits compléments à mentionner s'agissant de Nielsen, car j'ai pu constater que sa musique de chambre valait elle aussi le détour. Quant à Grieg, je serais presque tenté de dire que c'est un peu court (je plaisante !, c'était un très bonne synthèse). En tout cas, il y a deux ou trois trucs qui mériteraient d'être signaler. Quant à Richard Strauss, il faudrait que je trouve le temps d'évoquer ses splendides lieder. Mais tout cela devra attendre, je suis trop en retard sur mes travaux tolkieniens actuels.
Je souhaite en tout cas dire qu'une quête personnelle a enfin trouvé son aboutissement. On peut dire que la Symphonie fantastique de Berlioz est un chef d'œuvre absolu, qui mérite amplement sa place au panthéon du genre. Pour autant, je n'irais pas dire que Berlioz est un symphoniste accompli, surtout si l'on ne considère pas Harold en Italie comme une symphonie à part entière (je serais tenté de parler de poème symphonique, l'un des plus aboutis du genre). Berlioz était sans doute trop génial, trop excentrique, pour rentrer pleinement dans le moule symphonique. Qui sont donc les grands symphonistes français, l'équivalent des Haydn, des Brahms ou des Mendelssohn ? Je ne retiendrai pas les grands compositeurs français qui n'ont consacré qu'une œuvre au genre : la Symphonie en ut de Bizet est une splendeur, c'est acquis, celle de Dukas est tout aussi superbe, celle en ré mineur de Franck s'écoute et se réécoute avec bonheur, et j'en dirais autant de celle en si bémol majeur de Chausson (lequel en laissa une à l'état d'ébauche à sa mort dans un accident de vélo).
Magnard alors ? Peut-être, mais des quatre, je retiens surtout les deux dernières, comme Hyarion. La quatrième est d'une profondeur particulièrement poignante, mais aussi d'une complexité mélodique qui la rend assez difficile d'accès au premier abord. Je qualifierais sans doute toujours Saint-Saëns de plus grand compositeur français : comme Berlioz, il est capable de traits de génie inoubliables, et il a surtout été d'une fécondité remarquable durant sa longue vie, s'illustrant dans quasiment tous les genres musicaux (et composant même la première vraie musique de film : celle de L'Assassinat du duc de Guise, par André Calmette, en 1908). Si Saint-Saëns est considéré comme un compositeur conservatiste à la fin de sa vie, ignorant les innovations de Debussy (auquel il survit), de Stravinsky ou de Ravel, on a tendance à oublier qu'il a lui-même été considéré comme faisant partie de l'avant-garde durant sa jeunesse. Cependant, Saint-Saëns est-il un vrai symphoniste ? Il est vrai qu'il a composé cinq symphonies, dont deux sans numéro d'opus (et qu'on peut ignorer sans remord), mais il semble s'être satisfait de l'énorme succès de sa Symphonie n° 3 « avec orgue » (en ut mineur, op. 78), créée en 1886. Il a cinquante et un ans, il ne reviendra pas au genre, alors que sa carrière durera encore trente-cinq ans. Ajoutons à cela sa symphonie n° 2 (en la mineur, op. 55), œuvre injustement négligée, que j'apprécie beaucoup. C'est un peu court, quand même.
On aurait pourtant tort de dire que la symphonie n'est pas un genre français, car il existe malgré tout des compositeurs qui en ont fait leur cheval de bataille, malgré des conditions matérielles très peu propices à ce genre à Paris au XIXe siècle (cela mériterait une longue digression). J'ai déjà évoqué Louise Farrenc, qui parviendra, privilège presque unique, à faire jouer ses symphonies par la très prestigieuse Société des Concerts du Conservatoire, laquelle se dédiait presque exclusivement aux oeuvres symphoniques des « illustres morts » : Mozart, Haydn, Beethoven... Le seul autre à bénéficier d'une telle facilité sera Georges Onslow (1784-1853), bien français malgré son nom de famille -- d'origine anglaise -- qui laisse un catalogue de quatre symphonies. De belles œuvres, mais sans doute moins mémorables que sa musique de chambre. Il faudrait aussi évoquer Albert Roussel (1869-1937), auteur lui aussi de quatre symphonies d'une harmonie raffinée, mais qui hélas me semblent pâtir d'un petit manque de génie mélodique pour être plus mémorables. (Pour l'anecdote, les trois ont en commun d'avoir des ressources indépendantes, qui leur permettent de ne pas vivre de leurs compositions : Farrenc a épousé un éditeur de musique et est professeur de piano au Conservatoire, Onslow et Roussel appartiennent à la grande bourgeoisie provinciale.) Quant à Arthur Honegger (1892-1955), qui est Suisse, bien qu'il ait passé l'essentiel de sa carrière à Paris, je suis obligé de dire que j'admire volontiers son oeuvre, mais que je ne l'apprécie pas tant que cela. Trop moderne pour moi, sans doute, et pas dans un style qui me plaise vraiment (contrairement à Prokofiev ou surtout Chostakovitch).
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Bref, il aurait sans doute fallu un Franco-Allemand pour me satisfaire pleinement... et il y en a un. Il se nomme Louis Théodore Gouvy. Né en 1819 à Sarrebruck dans une famille francophone de maîtres de forge, il est de nationalité allemande, contrairement à ses deux frères aînés et n'obtiendra donc pas le droit d'étudier au Conservatoire de Paris. Il n'obtiendra la nationalité française qu'en 1851. Apprécié par les cercles musicaux français, dont Berlioz, il reste malgré tout ignoré du grand public, qui se passionne essentiellement pour l'opéra et le ballet, alors que lui compose essentiellement de la musique symphonique et de la musique de chambre, deux genres considérés comme plutôt allemands à l'époque. Il recevra d'ailleurs ses plus grands succès au Gewandhaus de Leipzig, où il sera de loin le compositeur « étranger » le plus joué (et où il décèdera en 1898). Bref, Gouvy a composé six symphonies, plus une Symphonie brève et une Sinfonietta pour grand orchestre non numérotées (sans parler d'une seconde sinfonietta restée inédite et d'une symphonie perdue). Toutes sont splendides... et très peu jouées. J'espère avoir l'occasion de reparler de Gouvy, ma première découverte d'importance cette année. Il est aussi l'auteur d'une importante collection de musique de chambre très appréciée de son temps, mais que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter. D'ici-là, je recommande très volontiers l'intégrale de ses symphonies, enregistrées par l'Orchestre symphonique de la radio allemande de Saarbrück, sous la direction de Jacques Mercier (l'essentiel est ici sur YouTube, mais l'on trouvera la Sinfonietta par ici et la Symphonie brève par là).
E.

