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George R.R. Martin - Le Trône de fer
#75
Pour mémoire, Anne Besson est une spécialiste des ensembles romanesques, particulièrement en science-fiction, fantasy et littérature de jeunesse. Depuis quelque temps, elle a souvent été sollicitée par la presse à propos de Game of Thrones, comme spécialiste de la fantasy en général et de sa réception : l'entretien mis en ligne hier soir sur le site du journal Le Monde que j'ai mentionné ne saurait donc, sur le fond, sortir de nulle part, aussi succinct puisse-t-il paraître. :-) Pour mémoire encore, j'avais déjà reproduit il y a un an, presque jour pour jour, sur le présent fil, un autre entretien accordé par elle : ce message
Il se trouve en outre qu'Anne Besson a écrit un article sur le même sujet qui a été tout récemment publié dans le Magazine Littéraire de ce mois-ci (n°542 daté d'avril 2014). Je me permets d'en reproduire ici quelques extraits :

Dans un article du "Magazine Littéraire" d'avril 2014, Anne Besson Wrote:Un Moyen Âge de synthèse

La réception publique et journalistique de la série adaptée du cycle romanesque de George R. R. Martin loue un réalisme historique en contraste avec les productions de fantasy antérieures, celles de Tolkien et de ses successeurs. Elle se concentre sur l'identification des épisodes historiques repérables, minorant l'importance pourtant loin d'être négligeable du surnaturel. L'univers de l'écrivain, inspiré de l'Europe des XIVe et XVe siècles, lourdes armures de métal et sanglantes guerres civiles (guerre de Cent Ans sur le continent, guerre des Deux-Roses bien sûr en Angleterre, où chacun s'accorde à lire la source principale de l'intrigue centrale d'A Game of Thrones), boueux et sombre, amoral et impitoyable, semble spontanément donner une image des réalités passées. Il faut plutôt y voir un nouvel imaginaire historique, un mythe contemporain du Moyen Âge. Tout en s'inscrivant dans le courant medfan (« médiéval-fantastique »), George R. R. Martin l'a renouvelé par une recette très simple. En mélangeant fantasy épique et roman historique, on obtient sa gritty fantasy, au réalisme âpre et sans concessions. Certes, le romancier reconnaît l'influence de Tolkien sur sa conception d'un univers secondaire complet et cohérent, mais il dénonce les clichés du Moyen Âge de convention qui résulte aujourd'hui de l'accumulation de fictions sur le même modèle, et pointe en particulier l'invraisemblance des situations par excès d'idéalisme. Sa vision de la réalité médiévale, autrement plus horrifiée, il la tire cette fois d'un autre genre littéraire, qui postule davantage sur la crédibilité mais n'est pas moins fictif : le roman historique. Si son Moyen Âge apparaît plus réaliste parce que plus noir, il va en fait nettement plus loin dans ce sens : l'époque demeure une image construite, le négatif d'autres images.
[...]
George R. R. Martin porte sur le Moyen Âge le regard d'un homme d'aujourd'hui - ainsi sa représentation des femmes prend-elle sens avant tout dans le cadre des débats sur le gender et sur le féminisme (ou non) des littératures de genre. Le succès de son œuvre, c'est-à-dire surtout le succès de la série télévisée, s'inscrit lui aussi dans le contexte immédiatement contemporain d'une culture populaire du syncrétisme et du recyclage. [...]

Amicalement, :-)

Hyarion.
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