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Finalité dans le Conte d'Arda
#12
L'ouvrage de Monod peut donner lieu à un commentaire, en guise de lien avec la suite.

[small]Au cas où le passage donné par Sosryko demande une explication s'agissant du [emphase]« postulat d'objectivité [...] consubstantiel à la science »[/emphase] :
Le postulat d'objectivité est établi au XVIIe siècle. Il implique déjà que par objectivité on entende ce qui est indépendant des qualités du sujet. Il implique ensuite trois objectivités bien précises :
- une objectivité rationnelle i.e. la raison en question doit être mathématique ;
- une objectivité expérimentale i.e. l'expérience doit être instrumentale ;
- une objectivité sociale i.e. l'autorité scientifique est contrôlée par la communauté des savants (premières revues scientifiques).[/small]

En le parcourant très rapidement, je vois que Monod a placé au début de son ouvrage deux citations parfaitement congruentes :

[citation=Démocrite.]Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité.[/citation]

[citation=Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.]A cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore. Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.[/citation]

Soit le diptyque tout-à-fait caractéristique de la Modernité : d'un côté la science (moderne) associée au hasard et à la nécessité (ce qui est juste, dès lors que la science ne fonctionne qu'avec les causes matérielles et efficientes), de l'autre l'individu, le sujet. Le sujet est le point de départ de la philosophie depuis Kant. Dans le cadre plus déterminé de l'existentialisme, la question première sera celle du le sens de l'existence, ici avec Camus : « la vie vaut-elle la peine d'être vécue ? » (et cette question, certainement, commande toutes les autres). La réponse de Camus : notre condition humaine est absurde et vaine ; car nous avons en nous un désir d'absolu (de finalité !) mais ce désir, le monde ne peut le combler, il est vain. Il reste cependant pour Camus (et Monod) un sens à notre existence : celui-ci réside dans notre lutte. Dans ce cadre, la réalité est considérée en moi-même et pour moi-même, le désir du cœur de l'homme est défini par rapport au manque. Et, à défaut de satisfaire ce désir, l'homme trouvera une satisfaction dans la lutte, dans l'efficience.

Comparons avec Aristote. Le point de départ du stagirite est la réalité telle qu'elle se donne, l'émerveillement, l'étonnement devant la réalité. La question première du Philosophe est : « qu'est-ce que c'est ? ». C'est cette question qui gouverne sa réflexion, par exemple, dans les Parties des Animaux, commenté plus haut. Pour savoir ce qu'est une chose, il faut la prendre non à partir du manque mais à partir de sa perfection, de son unité, de sa globalité, et donc de sa finalité, qui est cause des causes, comme vu plus haut. Dans ce cadre, la réalité est considérée en elle-même et pour elle-même, le désir est défini à partir de son accomplissement. Et la satisfaction de ce désir est donné par la cause finale.

C'est toute la rupture opérée par la Modernité en philosophie, symboliquement depuis Descartes, en pratique avec Kant : on passe de la considération de la réalité en elle-même à la philosophie du sujet — une révolution copernicienne parmi d'autres : désormais, en philosophie, le Monde tourne autour su sujet !

On peut comprendre ainsi que la finalité soit plus difficile à concevoir de nos jours : la science qui nous reste est expérimentale et, par principe et par méthode, elle exclue les causes finales ; la philosophie qui nous reste est subjectiviste et ne connaît que les fins que nous nous donnons, pas celles qui nous sont éventuellement données.

Il reste que, à notre époque encore, il est possible pour un savant du même poids (et du même domaine) que Monod, de ne pas conclure au hasard :

[citation=Jérôme Lejeune, Table des Matières (inédit)]Pourtant certains refusent et professent qu’il faut refuser. Ils décrètent d’un coup que rien au monde n’a de sens. Tout ce fatras d’étoiles, d’êtres ou d'événements n’est qu’un hasard heureux ou autre nécessité.

En refusant la faille ils débouchent sur l’incongru, disant que le monde est absurde.

Je n’en crois rien.

Regardez, il est beau[/citation]

Et tel est le lien avec la dernière partie de cette introduction.
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