Elendil Wrote:[...] il faut concevoir Camus comme hors du champ de la modernité (et je pense que c'est assez juste de le mettre à part, de fait), car pour lui, il est manifeste que la lutte, telle qu'il la conçoit, n'est pas efficiente, mais vaine. Vaine, mais non dépourvue de valeur, car sa valeur découle de la confrontation entre la volonté de l'homme et l'univers qui l'entoure. Somme toute, Camus aurait sans doute apprécié les paroles attribuées à Brythwold :
Hige sceal þe heardra, heorte þe cenre,
mod sceal þe mare, þe ure mægen lytlað.
Tout le monde ne connait pas le vieil anglais, cher Elendil, ni ne lit (même ici) dans le texte La Bataille de Maldon. ^^ Je me permets de traduire plus ou moins librement les paroles en question : [emphase]« Nos cœurs doivent être d'autant plus ardents, notre courage d'autant plus grand et nos esprits d'autant plus vaillants, que notre force diminue »[/emphase]
Cela me rappelle, là encore, la précédente discussion dans l'autre fuseau autour de Mythopoeia, ici précisément à propos du courage.
« Il n'y a pas d'espoir, donc je me bats d'autant plus » : cela correspond bien, en effet, au courage camusien face à l'absurde, à cet engagement libre face à la mort certaine. La grandeur n'est pas dans la victoire finale, mais dans la persistance lucide, malgré l'absurdité.
Cette citation a aussi quelque-chose d'ironique, quand on songe à l'intérêt que portait Tolkien au poème dont elle est extraite, et à la valeur qu'il accordait au courage païen sans pouvoir, cependant, l'appréhender autrement que comme « incomplet » vis-à-vis de l'espérance chrétienne.
Amicalement,
B.

