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Finalité dans le Conte d'Arda
#20
Merci pour tes réponses, Yyr. :-)

Yyr Wrote:
Hyarion Wrote:Le savant que tu évoques n'est pas du tout ma tasse de thé [...]

Le meilleur de tous :).
[small]J'en suis fan comme Linus de Beethoven.
À la question : « de quelle couleur était le premier homme ? » le généticien répondait : « il était couleur d'homme » :).[/small]

Lejeune n'était pas raciste : à la bonne heure. Mais comme je l'ai laissé entendre dans mon propos, c'est sur d'autres sujets que ses opinions posent gravement problème et ne constituent assurément pas une référence à mes yeux.
Pour maintenir au mieux la sérénité des échanges, je n'en dirais toutefois pas plus. :-)

Yyr Wrote:
Hyarion Wrote:[...] mais je lui reconnais un certain style à travers ta citation. Pour essayer d'y répondre sur le fond, il me semble qu'il vaudrait mieux admettre que la beauté ne prouve pas la finalité : pourquoi la première impliquerait-elle la seconde ? L'argument, ici esthétique, me parait circulaire. On peut certes considérer la beauté comme étant l'harmonie des parties en vue d'une fin : c'est le point de vue finaliste. Mais on peut aussi considérer que la beauté que nous percevons est une construction perceptive de notre cerveau, sélectionnée de façon évolutive. Lejeune, d'une manière qui peut rappeler Tolkien, oppose ceux qui voient du hasard (« rien n'a de sens ») à ceux qui voient de la beauté, soit sans doute implicitement plutôt ceux qui « ont la foi ». Nous retrouvons dès lors, à mon sens, un faux dilemme, puisque l'on peut aussi être émerveillé par la beauté du monde tout en l'appréhendant sans finalité transcendante : l'émerveillement n'est pas l'apanage du finalisme.

À aucun moment il n'est question de « preuves ». Ici comme ailleurs, nous sommes bien d'accord, et tu ne fais que (légitimement) reformuler le désaccord entre les deux thèses. Mais le finalisme ajoute ceci : comment expliquer comme facteur d'évolution aveugle ce qui est inutile en soi ? On en revient, pour la beauté comme pour les mythes et les croyances, à la concession de Monod (qui n'est tout de même pas un mécaniste frileux), et à la solution bancale qui consiste à adopter le mécanisme en théorie mais pas en pratique. Aussi étonnant que ce soit, il me semble que Monod n'ait pas songé à argumenter là-dessus de la façon suivante : à savoir que nous tenons bien ensemble la connaissance théorique de la rotation de la Terre autour du Soleil d'un côté et l'expérience pratique de son lever et de son coucher de l'autre. Mais cela suffit-il ? ...

Tu écris : « comment expliquer comme facteur d'évolution aveugle ce qui est inutile en soi ? » S'agissant de la beauté, on peut la considérer comme utile évolutivement : en matière de sélection sexuelle, à travers des traits jugés harmonieux, des qualités « charmantes » telles que les couleurs vives et/ou le chant mélodieux chez les oiseaux, la perception de ce que nous appelons la beauté n'apparait-elle pas adaptative ? Par ailleurs, nos capacités perceptives ont évolué pour des raisons pratiques (survie, reproduction), mais elles ont pu ensuite être réutilisées pour des activités, artistiques par exemple, pour lesquelles lesdites capacités n'avaient pas forcément été sélectionnées au départ.

Quant à tenir « bien ensemble la connaissance théorique de la rotation de la Terre autour du Soleil d'un côté et l'expérience pratique de son lever et de son coucher de l'autre », cela peut suffire effectivement aux mécanistes, car ce n'est pas tant une question de contradiction entre théorie et pratique, que de distinction à faire entre science et métaphysique se situant sur des plans différents. Rappelons qu'un choix méthodologique de la science n'empêche pas les individus, y compris scientifiques, d'avoir des aspirations au sens, à la beauté, à la transcendance dans leur vie personnelle.

Yyr Wrote:
Hyarion Wrote:Ce que je comprends moins, si je puis simplement me permettre d'en faire à nouveau la remarque (je l'avais déjà fait dans la discussion précédente), c'est la raison pour laquelle tu ranges systématiquement toute position non-finaliste dans la case « mécanisme matérialiste ». Il me semble qu'il existe un tiers-espace philosophique, que j'avais évoqué ailleurs notamment à travers mon analyse personnelle d'une image de Robert Fludd, et que ce tiers-espace mérite considération, sans être réductible à des dilemmes qui, eux, me paraissent faux — sans que je méprise pas pour autant ceux qui accordent de l'importance aux dits dilemmes, pour peu qu'ils ne cherchent pas à les imposer comme un paradigme « imparable ».

La case peut tout à fait être étendue avec ensuite des distinctions à faire. Le fait est que le débat scientifique actuel, ou plutôt le paradigme scientifique actuel (au sens défini par T. S. Kuhn, de la structure des révolutions scientifiques), est au mécanisme.


Certes, mais c'est précisément les distinctions à faire que je voudrais voir reconnues, et sans forcément un enfermement dans une case, même étendue, relevant d'un faux dilemme. Le tiers-espace dont j'ai parlé ne me parait pas être réductible au mécanisme matérialiste.

Yyr Wrote:
Hyarion Wrote:En ce qui concerne Albert Camus, [il] dit que le monde est absurde, c'est-à-dire dépourvu de sens intrinsèque, de finalité objective.

Je le connais moins que toi mais j'avais plutôt tendance à comprendre sa réinterprétation du mythe de Sisyphe comme : c'est non pas le monde mais la condition de l'homme qui est absurde (ce sont les figures du Don Juan, du Conquérant et du Comédien, qui tous courent après un désir réel mais que le monde ne leur permet pas d'assouvir).

J'ai été peut-être un peu trop synthétique dans mon propos sur ce point. Revenons donc au texte. Au fil de sa réflexion dans le Mythe de Sisyphe, Camus dit bien que le monde est absurde, avant de considérer que, dit ainsi, c'est aller trop vite : [emphase]« Ce monde n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on en peut dire. »[/emphase] Camus parle notamment d'un [emphase]« monde qui déçoit »[/emphase], mais aussi du [emphase]« silence déraisonnable du monde »[/emphase]. Il dit aussi : [emphase]« Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu'il m'est impossible pour le moment de le connaître. Que signifie pour moi signification hors de ma condition ? »[/emphase] Le sentiment d'absurde apparait comme ce qui définit le rapport entre la condition humaine et le monde... en « co-responsabilité », si j'ose dire : [emphase]« L'absurde dépend autant de l'homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l'un à l'autre comme la haine seule peut river les êtres. C'est tout ce que je puis discerner clairement dans cet univers sans mesure où mon aventure se poursuit. »[/emphase] C'est à cette aune que Camus maintient un courage moral, une création de sens, une éthique de la solidarité, sans donc postuler de finalité cosmique objective.

[small]J'ai encore veillé trop longtemps pour répondre et les paupières sont lourdes...[/small]

Bonne nuit à tout le monde !

Amicalement,

B.
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