L'article du journal La Croix cité précédemment par notre ami JR/Isengar est de Stéphane Bataillon et s'intitule « Pourquoi Léon XIV cite-t-il « Le Seigneur des anneaux » de Tolkien dans son encyclique « Magnifica humanitas » ? ». Il est spécifiquement dédié à cet aspect, parmi d'autres articles du même journal consacrés à l'encyclique en question, notamment une chronique de Mikael Corre, envoyé spécial permanent de La Croix au Vatican, intitulée « « Magnifica humanitas » : quand le pape vient présenter lui-même son encyclique ».
Corre a notamment remarqué, comme d'autres, que la date de Magnifica humanitas coïncide avec celle de Rerum Novarum, il y a cent trente-cinq ans (15 mai 1891), un élément parmi d'autres confirmant que le pape actuel se situe dans le sillage de son lointain prédécesseur Léon XIII et de la doctrine sociale de l'Église catholique qu'il a initié (d'autres encycliques d'autres papes ayant auparavant déjà célébré un anniversaire de l'encyclique Rerum Novarum).
Du côté de Bataillon, quelques vieux poncifs journalistiques sont au rendez-vous, puisqu'il parle du SdA comme étant le [emphase]« roman fondateur de l'heroic fantasy[/emphase] [sic][emphase] »[/emphase] et une [emphase]« trilogie[/emphase] [re-sic][emphase] »[/emphase]... Sur le fond, il écrit notamment ceci :
[citation=Stéphane Bataillon, « Pourquoi Léon XIV cite-t-il « Le Seigneur des anneaux » de Tolkien dans son encyclique « Magnifica humanitas » ? », La Croix (en ligne), 25 mai 2026]L'encyclique présente Tolkien comme un « auteur catholique du XXe siècle ». Il aurait sûrement refusé l'étiquette, étant attaché à l'idée que chacun puisse faire de ses histoires les siennes, gardant sa foi dans le domaine privé. Il est néanmoins pétri d'une foi catholique profonde, transmise par sa mère, proche du cardinal Newman. C'est d'ailleurs lui qui poussa son grand ami et écrivain, C. S. Lewis, à se convertir au christianisme.
Les œuvres de Tolkien ne sont pas des œuvres d'apologétique, destinées à l'évangélisation dans une forme de combat culturel. Tolkien prendra soin de rendre ces résonances avec la religion plus subtiles et profondes, les conciliant avec son imaginaire unique. C'est que le grand professeur de vieil anglais à l'université d'Oxford qu'il était, formé à l'étude et à la traduction des mythes tel Beowulf, et participant, en 1957, à la traduction de la Bible de Jérusalem, voulait donner à ses récits une portée proprement universelle. [...][/citation]
Je ne savais pas que la mère de Tolkien était « proche » du cardinal Newman, mort à Edgbaston le 11 août 1890, soit un certain nombre d'années avant qu'elle songe seulement à se convertir au catholicisme...
Bataillon rappelle ensuite des éléments désormais bien connus quant à certains usages politiques de Tolkien, auxquels l'encyclique réagit par un autre usage :
[citation=Stéphane Bataillon, op. cit.][...] Paradoxalement, c'est du côté de la droite libertarienne américaine et des magnats des technologies les plus avancées de la Silicon Valley, alliés de Donald Trump, que l'imaginaire tolkien [sic] est souvent convoqué. Le Seigneur des anneaux sert alors l'exaltation d'un imaginaire médiéval chevaleresque, glorifiant la puissance et l'héroïsme brut, voire brutal, pour la défense d'un royaume face aux périls venus de l'extérieur.
Sous couvert d'un combat manichéen du bien contre le mal, il instaure un camp du « bien » contre un Antéchrist extérieur. Ce dernier est incarné chez Tolkien, mais avec beaucoup plus de nuances et de questionnements existentiels, par le terrible Sauron, seigneur sombre et Maia (équivalent des anges chez Tolkien) corrompu, qui désire s'emparer d'un anneau magique et unique « pour les gouverner tous ».
L'un des fonds portés par le vice-président J. D. Vance, dont Tolkien est l'écrivain préféré, se nomme ainsi Narya Capital (l'un des trois anneaux elfiques du Seigneur des anneaux). Peter Thiel, cofondateur de PayPal et Palantir, transhumaniste assumé, est associé à de nombreuses entreprises dont les noms sont puisés dans le vocable tolkien : Mithril Capital Management (le mithril est une terre rare de la Terre du Milieu), Valar Ventures (du nom des divinités Valar présentes dans le roman Le Silmarillion), ou encore Lembas LLC (nom d'un pain elfique)...
Peter Thiel, qui se présente comme un catholique converti, était passé par Rome en mars dernier pour tenter d'imposer son discours libertarien : face à un Antéchrist incarné selon lui par un « État profond » mondialisé aux desseins fantasmés, rétif au progrès et tout particulièrement à l'intelligence artificielle. Cette « peur de l'IA » servirait à garder les populations soumises.
Selon Thiel, l'accélération technologique serait le seul moyen de se libérer de cette « bête » et d'édifier le royaume de Dieu sur Terre. Il a même qualifié le philosophe suédois Nick Bostrom, spécialiste des risques liés à l'IA et fondateur de l'Institut pour l'avenir de l'humanité (FHI) de l'université d'Oxford, celle où Tolkien fut professeur, de « légionnaire de l'Antéchrist ». Des arguments qui ont été très fermement rejetés par de nombreux observateurs catholiques.
Prenant le temps de réfléchir sur ces emplois de l'IA face à notre liberté, l'encyclique est une nouvelle réponse, fine et argumentée, face à ce type d'idéologie, mêlant politique, références spirituelles, technologie et, surtout, maximisation des profits.
En faisant de la citation de Gandalf l'introduction aux remèdes proposés face à la déshumanisation de notre société, Magnifica humanitas retourne l'utilisation de la référence au Seigneur des anneaux dans un but positif, ouvert et libre, bien plus proche des intentions de son auteur, grand pacifiste, et de la plupart de ses millions de lecteurs sur la planète. [...][/citation]
Suivent un peu plus loin, via le SdA, quelques généralités sur les « bons contes » (mais qu'est-ce qu'un « bon » et supposément un « mauvais » conte ?) et sur la fantasy – ou du moins sur un certain type de fantasy – amenant à une conclusion spirituelle :
[citation=Stéphane Bataillon, op. cit.][...] Comme dans tous les bons contes, Le Seigneur des anneaux - et nombre d'autres romans de fantasy très appréciés de la jeunesse - met en scène différents protagonistes, se rencontrant, luttant, s'aimant comme autant de parts de nous-mêmes, dans un but d'unification de la personne, proche du concept de dimension intégrale chrétienne. Des quêtes initiatiques non pas contre les autres, mais pour apprendre à vivre avec eux, et avec soi. Le genre puise ainsi dans les motifs et l'imaginaire médiévaux, souvent avec une chronologie, une langue et des lieux inventés, comme chez Tolkien, pour exposer la clarté des émotions et les intentions de héros bien campés et tournés vers leur idéal.
C'est le mouvement et l'évolution de l'intrigue, souvent une quête magique, qui permettent « d'aller vers soi », de surmonter ses tourments intimes et de dépasser ses intérêts initiaux pour participer au bien du collectif. Face aux illusions dangereuses de contrôle et de toute-puissance promises par l'IA, la mention de cette citation de Tolkien est une exhortation subtile à reprendre en main la trace de nos chemins d'action afin de vivre, d'agir et d'aimer ensemble dans un monde en perpétuelle révolution. Une fraternité que l'encyclique nous invite à cultiver pour devenir des « tisseurs d'espérance en regardant vers l'avenir ». [/citation]
Je me permets, à présent et au passage, de réagir au message de notre ami Jean :
S'il s'agit d'une forme de consécration intellectuelle, d'un point de vue catholique, il me semble que, paradoxalement, elle n'aurait probablement pas eu lieu ainsi sans la réception de Tolkien telle qu'elle s'est produite, la notoriété mondiale de Tolkien devant beaucoup plus aux films de Peter Jackson, aux jeux de plateau et jeux vidéo, et plus généralemennt à la culture de masse qu'à la théologie catholique et aux milieux intellectuels associés, même si c'était cependant bien du côté des cercles catholiques de son temps que J. R. R. Tolkien lui-même escomptait initialement une réception privilégiée de son œuvre. Que le Vatican finisse, de nos jours, par voir un intérêt à tirer parti de la notoriété « pop-culturelle » d'un auteur catholique par ailleurs exploitée en Occident par diverses tendances, en particulier conservatrices ou réactionnaires, peut dès lors apparaître comme peu surprenant, du moins de mon point de vue.
La revue Le Grand Continent, que j'ai déjà eu l'occasion de signaler en ces lieux, propose en ligne une version du texte intégral de l'encyclique commentée par Jean-Benoît Poulle, vaticaniste de la revue et doctorant en histoire à la Sorbonne (sujet de thèse : La Réforme catholique chez les membres des cours souveraines parisiennes dans la première moitié du XVIIe siècle [1600-1661]) :
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/2...-leon-xiv/
Poulle commente donc ainsi le paragraphe 213 où se trouve la citation :
[citation=Jean-Benoît Poulle, commentaire du paragraphe 213 de l'encyclique Magnifica humanitas de Léon XIV, Le Grand Continent (en ligne), 25 mai 2026]L'œuvre du catholique fervent qu'était Tolkien est en effet discrètement mais constamment émaillée de leçons spirituelles ; sa popularité dans les sphères catholiques occidentales ne fait d'ailleurs que croître. La citation se trouve ici dans la bouche du mage Gandalf, meneur de la lutte contre les forces des Ténèbres. Elle révèle une imprégnation profondément augustinienne, avec la parabole du bon grain et de l'ivraie en arrière-plan (Gandalf est un augustinien qui s'ignore !) : la tâche qui s’offre à la conscience droite n'est pas tant d'éradiquer le mal une fois pour toutes, ce qui serait hors de ses forces, mais de maintenir à sa propre mesure le mal à distance de soi. Il y a peut-être là aussi une tentative d'arracher Tolkien à l'instrumentalisation qu'en font les Lumières sombres, grandes amatrices d'heroic fantasy.[/citation]
On retrouve ici l'usage approximatif, décidément récurrent, du terme « heroic fantasy »...
Pour mémoire, les « Lumières sombres » ou Dark Enlightenment (par opposition aux Lumières du XVIIIe siècle) sont l'autre nom donné à la pensée néoréactionnaire américaine, tendance idéologique née sur Internet, ayant le vent en poupe avec Trump de retour au pouvoir aux États-Unis, et dont l'un des théoriciens est Curtis Yarvin soutenu financièrement par Peter Thiel. Cette tendance néoréactionnaire prône notamment la destruction de la démocratie, l'établissement d'une monarchie, la direction de l'État comme une entreprise, le rétablissement des inégalités entre hommes et femmes, l'affirmation des différences entre patrimoines génétiques... toutes choses évoquées dans l'ouvrage d'Arnaud Miranda paru en début d'année chez Gallimard sous le titre Les Lumières sombres: Comprendre la pensée néoréactionnaire. Ledit Miranda a accordé un entretien au Grand Continent la veille de la parution de l'ouvrage en question, entretien dans lequel il évoque notamment les allusions au Seigneur des Anneaux fréquentes dans les textes de Yarvin, ainsi que la place du christianisme, importante dans l'ensemble des tendances qui ont porté Trump au pouvoir mais non-essentielle dans le cas particulier de la néoréaction (sauf chez Thiel) au sein de ces tendances :
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/2...s-miranda/
En ce qui concerne la popularité de l'œuvre de Tolkien que Poulle estime croissante dans les sphères catholiques occidentales, disons qu'il est sans doute symboliquement intéressant que Tolkien soit cité dans une encyclique, mais que je ne doute pas que certains catholiques soient et/ou seront tentés d'insister (éventuellement parfois très lourdement) sur la légitimité de la papauté à le faire : souhaitons dès lors, pour la qualité diverse de sa réception, que l'œuvre dudit Tolkien ne devienne pas, à la longue, un pauvre [emphase]« enrobage de sucre »[/emphase] littéraire (pour reprendre l'expression de Tolkien lui-même) pour apologètes adeptes de faux-dilemmes tels que celui énoncé par Léon XIV dès le début de son encyclique : [emphase]« La MAGNIFIQUE HUMANITÉ créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l'humanité habitent ensemble »[/emphase]. Pourquoi devrait-on choisir entre Babel/Babylone et Jérusalem ? Et pourquoi l'œuvre de Tolkien devrait-elle servir à promouvoir ce choix qui n'en est pas forcément un ? Personnellement, devoir choisir entre orgueil prométhéen et soumission théologique ne m'intéresse pas. Gandalf lui-même ne choisit pas entre Babel et Jérusalem, disant simplement : « Fais ce qui est en ton pouvoir, ici et maintenant, pour ceux qui viendront après. » Ce qui revient donc aussi à « savoir quoi faire du temps imparti » (imparti... peu importe par qui ou par quoi), autre réflexion bien connue attribuée à Gandalf. Cela peut aussi bien servir à une critique catholique de la technique qu'à une éthique laïque de la responsabilité ou à un courage tragique sans espérance métaphysique.
Le Grand Continent propose également sur son site, depuis lundi dernier, un entretien accordé à Gilles Gressani, directeur de la revue, par le jésuite italien Antonio Spadaro, qui fut conseiller du défunt pape François :
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/2...humanitas/
Spadaro répond notamment ceci à une question à propos de la réception de Magnifica humanitas :
[citation=Entretien avec Antonio Spadaro (extrait), Le Grand Continent (en ligne), 25 mai 2026]Gilles Gressani : Y a-t-il des risques liés à une mauvaise interprétation de ce texte ?
Antonio Spadaro : Je vois deux écueils possibles. D'une part, que les catholiques lisent le texte comme un manuel de réponses et non comme ce qu'il est : une invitation au discernement. D'autre part, que les laïcs le rejettent comme une ingérence confessionnelle. C’est la raison pour laquelle Léon XIV a été très attentif au registre utilisé. L'encyclique s'adresse explicitement « à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté » avec la formule johannique de Pacem in terris. Les principes qu'elle propose — dignité inaliénable, bien commun, justice sociale, subsidiarité — ne sont pas confessionnels : ils sont l'héritage d'une tradition de pensée qui dialogue avec la raison. En citant Arendt, Guardini, Platon, Frankl, et même Tolkien, le texte construit un langage commun. Le fondement théologique est là et il est solide — l'Incarnation comme critère anthropologique —, mais la structure argumentative est accessible à quiconque prend au sérieux la question de savoir ce que signifie être humain.[/citation]
Je reconnais bien là l'habileté jésuitique consistant ici à, d'une part, avoir l'honnêteté de reconnaître que le fondement théologique de l'encyclique est [emphase]« l'Incarnation comme critère anthropologique »[/emphase], ce qui constitue déjà un fondement intellectuel discutable, et d'autre part, à dire ensuite que les principes de dignité, bien commun, subsidiarité, ne seraient [emphase]« pas confessionnels »[/emphase] et apparaîtraient ainsi associables à une argumentation [emphase]« accessible à quiconque prend au sérieux la question de savoir ce que signifie être humain »[/emphase], ce qui constitue, me semble-t-il, un argument classique du droit naturel thomiste, à savoir que la raison conduirait naturellement aux mêmes conclusions que la foi religieuse. Nous retrouvons ici le problème, déjà plusieurs fois longuement évoqué ailleurs en ces lieux, que pose la prétention universelle du finalisme, le droit naturel thomiste présentant comme universellement rationnel ce qui relève en réalité d'une tradition métaphysique particulière. Rappelons donc que l'on peut tout-à-fait prendre au sérieux la question de savoir ce que signifie être humain sans présupposés métaphysiques, et que l'on peut concevoir la dignité humaine, la justice, le bien commun sans finalisme cosmique.
Lorsque Spadaro mentionne que le pape actuel cite [emphase]« même Tolkien »[/emphase], il semble attribuer à l'auteur du SdA un statut encore plus particulier que celui des autres auteurs cités qu'il mentionne, celui d'une référence occidentale « universelle » en contexte culturel mondialisé, mais peut-être avec une dimension plus particulièrement « populaire » ou « pop-culturelle » que les autres n'ont pas... et qui se trouve renvoyer à un auteur de confession catholique : d'un point de vue jésuitique, disons que « ça tombe bien ».
Pour en revenir à la question de l'humanité à l'heure de l'IA, j'avoue avoir du mal à saisir ce que Jean entend exactement par « mutation anthropologique telle qu'il n'en arrive qu'une par millénaire » : est-il question d'une grille de lecture théologique de l'histoire ou d'anthropologie historique au-delà d'une métaphysique particulière ? S'il faut identifier des mutations anthropologiques sans recourir à la Révélation, à l'Incarnation, ou à toute autre référence religieuse, je pense au Néolithique, à l'urbanisation antique, à l'histoire de l'écriture, à l'histoire de l'imprimerie, à la révolution industrielle... En ce sens, l'IA peut sans doute aussi relever d'une mutation de ce genre, mais je ne saurais dire si elle est précisément millénaire...
Toujours est-il que, dans son encyclique, Léon XIV n'appelle pas à renoncer à l'IA et ne la condamne pas en soi, souhaitant qu'elle soit au service de la dignité humaine. En cela, il y a de la modernité dans cette réponse à l'innovation, et ce n'est pas un mal. C'est en tout cas une position dont il faut saluer le caractère équilibré... et qui est bien différente de l'appel d'un certain Chris Yates à une « croisade œcuménique multiconfessionnelle » contre l'IA, appel publié sur le site du Catholic Herald en octobre dernier et dont j'avais alors succinctement parlé, dans le post-scriptum d'un précédent message dans le présent fuseau.
Après Musk, après Meloni, après J. D. Vance – lequel s'est d'ailleurs permis publiquement, il y a quelques semaines, de donner stupidement des leçons de théologie catholique à Léon XIV (ce dernier ne cachant pas, dès avant son élection en conclave, son évidente absence de proximité intellectuelle et spirituelle avec Trump et ledit Vance) –, le pape actuel a fait l'objet d'un portrait par Kiro, paru dans le Canard enchaîné du 20 août dernier. On pourra remarquer que contrairement à d'autres portraits du même dessinateur que j'ai pu mentionner dans le présent fuseau, celui de Léon XIV ne relève pas vraiment du portrait-charge, ce qui est sans doute le propre des personnalités qui ne méritent pas de critique virulente, ce qui reste assez rare pour un gouvernant ici-bas – ce qu'est aussi le pape, à la fois chef religieux et chef d'État.
![[Image: 1780062467_leon_xiv_par_kiro_-_canard_en...ut2025.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1780062467_leon_xiv_par_kiro_-_canard_enchaine_5467_20aout2025.png)
[small]Léon XIV, par Kiro (Le Canard enchaîné n°5467, 20 août 2025).[/small]
J'avoue, mon cher JR, ne pas voir pourquoi le traducteur français de l'encyclique, et donc de la citation de Tolkien par le pape, aurait été mal inspiré : sans vouloir entrer dans des détails qui rallongeraient mon présent message déjà assez long, il me semble que notamment par endroits la traduction de Francis Ledoux se trouve être plus littérale que celle de Daniel Lauzon, ce qui peut in fine plutôt être un avantage lorsqu'il est question de citer un auteur a fortiori dans un texte dont l'objet premier n'est pas la littérature. Le choix du traducteur de l'encyclique peut par ailleurs être vu comme un indice de persistance de la version de Ledoux comme référence, renvoyant peut-être à une question de génération.
Amicalement,
B.
[small][EDIT: ajout de liens hypertextes et correction de fautes diverses][/small]
Corre a notamment remarqué, comme d'autres, que la date de Magnifica humanitas coïncide avec celle de Rerum Novarum, il y a cent trente-cinq ans (15 mai 1891), un élément parmi d'autres confirmant que le pape actuel se situe dans le sillage de son lointain prédécesseur Léon XIII et de la doctrine sociale de l'Église catholique qu'il a initié (d'autres encycliques d'autres papes ayant auparavant déjà célébré un anniversaire de l'encyclique Rerum Novarum).
Du côté de Bataillon, quelques vieux poncifs journalistiques sont au rendez-vous, puisqu'il parle du SdA comme étant le [emphase]« roman fondateur de l'heroic fantasy[/emphase] [sic][emphase] »[/emphase] et une [emphase]« trilogie[/emphase] [re-sic][emphase] »[/emphase]... Sur le fond, il écrit notamment ceci :
[citation=Stéphane Bataillon, « Pourquoi Léon XIV cite-t-il « Le Seigneur des anneaux » de Tolkien dans son encyclique « Magnifica humanitas » ? », La Croix (en ligne), 25 mai 2026]L'encyclique présente Tolkien comme un « auteur catholique du XXe siècle ». Il aurait sûrement refusé l'étiquette, étant attaché à l'idée que chacun puisse faire de ses histoires les siennes, gardant sa foi dans le domaine privé. Il est néanmoins pétri d'une foi catholique profonde, transmise par sa mère, proche du cardinal Newman. C'est d'ailleurs lui qui poussa son grand ami et écrivain, C. S. Lewis, à se convertir au christianisme.
Les œuvres de Tolkien ne sont pas des œuvres d'apologétique, destinées à l'évangélisation dans une forme de combat culturel. Tolkien prendra soin de rendre ces résonances avec la religion plus subtiles et profondes, les conciliant avec son imaginaire unique. C'est que le grand professeur de vieil anglais à l'université d'Oxford qu'il était, formé à l'étude et à la traduction des mythes tel Beowulf, et participant, en 1957, à la traduction de la Bible de Jérusalem, voulait donner à ses récits une portée proprement universelle. [...][/citation]
Je ne savais pas que la mère de Tolkien était « proche » du cardinal Newman, mort à Edgbaston le 11 août 1890, soit un certain nombre d'années avant qu'elle songe seulement à se convertir au catholicisme...
Bataillon rappelle ensuite des éléments désormais bien connus quant à certains usages politiques de Tolkien, auxquels l'encyclique réagit par un autre usage :
[citation=Stéphane Bataillon, op. cit.][...] Paradoxalement, c'est du côté de la droite libertarienne américaine et des magnats des technologies les plus avancées de la Silicon Valley, alliés de Donald Trump, que l'imaginaire tolkien [sic] est souvent convoqué. Le Seigneur des anneaux sert alors l'exaltation d'un imaginaire médiéval chevaleresque, glorifiant la puissance et l'héroïsme brut, voire brutal, pour la défense d'un royaume face aux périls venus de l'extérieur.
Sous couvert d'un combat manichéen du bien contre le mal, il instaure un camp du « bien » contre un Antéchrist extérieur. Ce dernier est incarné chez Tolkien, mais avec beaucoup plus de nuances et de questionnements existentiels, par le terrible Sauron, seigneur sombre et Maia (équivalent des anges chez Tolkien) corrompu, qui désire s'emparer d'un anneau magique et unique « pour les gouverner tous ».
L'un des fonds portés par le vice-président J. D. Vance, dont Tolkien est l'écrivain préféré, se nomme ainsi Narya Capital (l'un des trois anneaux elfiques du Seigneur des anneaux). Peter Thiel, cofondateur de PayPal et Palantir, transhumaniste assumé, est associé à de nombreuses entreprises dont les noms sont puisés dans le vocable tolkien : Mithril Capital Management (le mithril est une terre rare de la Terre du Milieu), Valar Ventures (du nom des divinités Valar présentes dans le roman Le Silmarillion), ou encore Lembas LLC (nom d'un pain elfique)...
Peter Thiel, qui se présente comme un catholique converti, était passé par Rome en mars dernier pour tenter d'imposer son discours libertarien : face à un Antéchrist incarné selon lui par un « État profond » mondialisé aux desseins fantasmés, rétif au progrès et tout particulièrement à l'intelligence artificielle. Cette « peur de l'IA » servirait à garder les populations soumises.
Selon Thiel, l'accélération technologique serait le seul moyen de se libérer de cette « bête » et d'édifier le royaume de Dieu sur Terre. Il a même qualifié le philosophe suédois Nick Bostrom, spécialiste des risques liés à l'IA et fondateur de l'Institut pour l'avenir de l'humanité (FHI) de l'université d'Oxford, celle où Tolkien fut professeur, de « légionnaire de l'Antéchrist ». Des arguments qui ont été très fermement rejetés par de nombreux observateurs catholiques.
Prenant le temps de réfléchir sur ces emplois de l'IA face à notre liberté, l'encyclique est une nouvelle réponse, fine et argumentée, face à ce type d'idéologie, mêlant politique, références spirituelles, technologie et, surtout, maximisation des profits.
En faisant de la citation de Gandalf l'introduction aux remèdes proposés face à la déshumanisation de notre société, Magnifica humanitas retourne l'utilisation de la référence au Seigneur des anneaux dans un but positif, ouvert et libre, bien plus proche des intentions de son auteur, grand pacifiste, et de la plupart de ses millions de lecteurs sur la planète. [...][/citation]
Suivent un peu plus loin, via le SdA, quelques généralités sur les « bons contes » (mais qu'est-ce qu'un « bon » et supposément un « mauvais » conte ?) et sur la fantasy – ou du moins sur un certain type de fantasy – amenant à une conclusion spirituelle :
[citation=Stéphane Bataillon, op. cit.][...] Comme dans tous les bons contes, Le Seigneur des anneaux - et nombre d'autres romans de fantasy très appréciés de la jeunesse - met en scène différents protagonistes, se rencontrant, luttant, s'aimant comme autant de parts de nous-mêmes, dans un but d'unification de la personne, proche du concept de dimension intégrale chrétienne. Des quêtes initiatiques non pas contre les autres, mais pour apprendre à vivre avec eux, et avec soi. Le genre puise ainsi dans les motifs et l'imaginaire médiévaux, souvent avec une chronologie, une langue et des lieux inventés, comme chez Tolkien, pour exposer la clarté des émotions et les intentions de héros bien campés et tournés vers leur idéal.
C'est le mouvement et l'évolution de l'intrigue, souvent une quête magique, qui permettent « d'aller vers soi », de surmonter ses tourments intimes et de dépasser ses intérêts initiaux pour participer au bien du collectif. Face aux illusions dangereuses de contrôle et de toute-puissance promises par l'IA, la mention de cette citation de Tolkien est une exhortation subtile à reprendre en main la trace de nos chemins d'action afin de vivre, d'agir et d'aimer ensemble dans un monde en perpétuelle révolution. Une fraternité que l'encyclique nous invite à cultiver pour devenir des « tisseurs d'espérance en regardant vers l'avenir ». [/citation]
Je me permets, à présent et au passage, de réagir au message de notre ami Jean :
jean Wrote:[...] En tout cas c'est une forme de consécration. En 1980 le SdA était considéré comme de la sous littérature pour ados attardés jouant à des jeux de plateau. Que de chemin parcouru pour que le Pape en personne considère que le SdA est devenu une référence intelligible par tout le monde.
Au-delà de l’intérêt majeur de ‘Magnifique humanité’ sur une mutation anthropologique telle qu’il n’en arrive qu’une par millénaire, je suis assez ému de cette consécration intellectuelle de Tolkien à laquelle j’ai tenté de contribuer durant 40 ans avec mes petits moyens
S'il s'agit d'une forme de consécration intellectuelle, d'un point de vue catholique, il me semble que, paradoxalement, elle n'aurait probablement pas eu lieu ainsi sans la réception de Tolkien telle qu'elle s'est produite, la notoriété mondiale de Tolkien devant beaucoup plus aux films de Peter Jackson, aux jeux de plateau et jeux vidéo, et plus généralemennt à la culture de masse qu'à la théologie catholique et aux milieux intellectuels associés, même si c'était cependant bien du côté des cercles catholiques de son temps que J. R. R. Tolkien lui-même escomptait initialement une réception privilégiée de son œuvre. Que le Vatican finisse, de nos jours, par voir un intérêt à tirer parti de la notoriété « pop-culturelle » d'un auteur catholique par ailleurs exploitée en Occident par diverses tendances, en particulier conservatrices ou réactionnaires, peut dès lors apparaître comme peu surprenant, du moins de mon point de vue.
La revue Le Grand Continent, que j'ai déjà eu l'occasion de signaler en ces lieux, propose en ligne une version du texte intégral de l'encyclique commentée par Jean-Benoît Poulle, vaticaniste de la revue et doctorant en histoire à la Sorbonne (sujet de thèse : La Réforme catholique chez les membres des cours souveraines parisiennes dans la première moitié du XVIIe siècle [1600-1661]) :
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/2...-leon-xiv/
Poulle commente donc ainsi le paragraphe 213 où se trouve la citation :
[citation=Jean-Benoît Poulle, commentaire du paragraphe 213 de l'encyclique Magnifica humanitas de Léon XIV, Le Grand Continent (en ligne), 25 mai 2026]L'œuvre du catholique fervent qu'était Tolkien est en effet discrètement mais constamment émaillée de leçons spirituelles ; sa popularité dans les sphères catholiques occidentales ne fait d'ailleurs que croître. La citation se trouve ici dans la bouche du mage Gandalf, meneur de la lutte contre les forces des Ténèbres. Elle révèle une imprégnation profondément augustinienne, avec la parabole du bon grain et de l'ivraie en arrière-plan (Gandalf est un augustinien qui s'ignore !) : la tâche qui s’offre à la conscience droite n'est pas tant d'éradiquer le mal une fois pour toutes, ce qui serait hors de ses forces, mais de maintenir à sa propre mesure le mal à distance de soi. Il y a peut-être là aussi une tentative d'arracher Tolkien à l'instrumentalisation qu'en font les Lumières sombres, grandes amatrices d'heroic fantasy.[/citation]
On retrouve ici l'usage approximatif, décidément récurrent, du terme « heroic fantasy »...
Pour mémoire, les « Lumières sombres » ou Dark Enlightenment (par opposition aux Lumières du XVIIIe siècle) sont l'autre nom donné à la pensée néoréactionnaire américaine, tendance idéologique née sur Internet, ayant le vent en poupe avec Trump de retour au pouvoir aux États-Unis, et dont l'un des théoriciens est Curtis Yarvin soutenu financièrement par Peter Thiel. Cette tendance néoréactionnaire prône notamment la destruction de la démocratie, l'établissement d'une monarchie, la direction de l'État comme une entreprise, le rétablissement des inégalités entre hommes et femmes, l'affirmation des différences entre patrimoines génétiques... toutes choses évoquées dans l'ouvrage d'Arnaud Miranda paru en début d'année chez Gallimard sous le titre Les Lumières sombres: Comprendre la pensée néoréactionnaire. Ledit Miranda a accordé un entretien au Grand Continent la veille de la parution de l'ouvrage en question, entretien dans lequel il évoque notamment les allusions au Seigneur des Anneaux fréquentes dans les textes de Yarvin, ainsi que la place du christianisme, importante dans l'ensemble des tendances qui ont porté Trump au pouvoir mais non-essentielle dans le cas particulier de la néoréaction (sauf chez Thiel) au sein de ces tendances :
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/2...s-miranda/
En ce qui concerne la popularité de l'œuvre de Tolkien que Poulle estime croissante dans les sphères catholiques occidentales, disons qu'il est sans doute symboliquement intéressant que Tolkien soit cité dans une encyclique, mais que je ne doute pas que certains catholiques soient et/ou seront tentés d'insister (éventuellement parfois très lourdement) sur la légitimité de la papauté à le faire : souhaitons dès lors, pour la qualité diverse de sa réception, que l'œuvre dudit Tolkien ne devienne pas, à la longue, un pauvre [emphase]« enrobage de sucre »[/emphase] littéraire (pour reprendre l'expression de Tolkien lui-même) pour apologètes adeptes de faux-dilemmes tels que celui énoncé par Léon XIV dès le début de son encyclique : [emphase]« La MAGNIFIQUE HUMANITÉ créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l'humanité habitent ensemble »[/emphase]. Pourquoi devrait-on choisir entre Babel/Babylone et Jérusalem ? Et pourquoi l'œuvre de Tolkien devrait-elle servir à promouvoir ce choix qui n'en est pas forcément un ? Personnellement, devoir choisir entre orgueil prométhéen et soumission théologique ne m'intéresse pas. Gandalf lui-même ne choisit pas entre Babel et Jérusalem, disant simplement : « Fais ce qui est en ton pouvoir, ici et maintenant, pour ceux qui viendront après. » Ce qui revient donc aussi à « savoir quoi faire du temps imparti » (imparti... peu importe par qui ou par quoi), autre réflexion bien connue attribuée à Gandalf. Cela peut aussi bien servir à une critique catholique de la technique qu'à une éthique laïque de la responsabilité ou à un courage tragique sans espérance métaphysique.
Le Grand Continent propose également sur son site, depuis lundi dernier, un entretien accordé à Gilles Gressani, directeur de la revue, par le jésuite italien Antonio Spadaro, qui fut conseiller du défunt pape François :
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/2...humanitas/
Spadaro répond notamment ceci à une question à propos de la réception de Magnifica humanitas :
[citation=Entretien avec Antonio Spadaro (extrait), Le Grand Continent (en ligne), 25 mai 2026]Gilles Gressani : Y a-t-il des risques liés à une mauvaise interprétation de ce texte ?
Antonio Spadaro : Je vois deux écueils possibles. D'une part, que les catholiques lisent le texte comme un manuel de réponses et non comme ce qu'il est : une invitation au discernement. D'autre part, que les laïcs le rejettent comme une ingérence confessionnelle. C’est la raison pour laquelle Léon XIV a été très attentif au registre utilisé. L'encyclique s'adresse explicitement « à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté » avec la formule johannique de Pacem in terris. Les principes qu'elle propose — dignité inaliénable, bien commun, justice sociale, subsidiarité — ne sont pas confessionnels : ils sont l'héritage d'une tradition de pensée qui dialogue avec la raison. En citant Arendt, Guardini, Platon, Frankl, et même Tolkien, le texte construit un langage commun. Le fondement théologique est là et il est solide — l'Incarnation comme critère anthropologique —, mais la structure argumentative est accessible à quiconque prend au sérieux la question de savoir ce que signifie être humain.[/citation]
Je reconnais bien là l'habileté jésuitique consistant ici à, d'une part, avoir l'honnêteté de reconnaître que le fondement théologique de l'encyclique est [emphase]« l'Incarnation comme critère anthropologique »[/emphase], ce qui constitue déjà un fondement intellectuel discutable, et d'autre part, à dire ensuite que les principes de dignité, bien commun, subsidiarité, ne seraient [emphase]« pas confessionnels »[/emphase] et apparaîtraient ainsi associables à une argumentation [emphase]« accessible à quiconque prend au sérieux la question de savoir ce que signifie être humain »[/emphase], ce qui constitue, me semble-t-il, un argument classique du droit naturel thomiste, à savoir que la raison conduirait naturellement aux mêmes conclusions que la foi religieuse. Nous retrouvons ici le problème, déjà plusieurs fois longuement évoqué ailleurs en ces lieux, que pose la prétention universelle du finalisme, le droit naturel thomiste présentant comme universellement rationnel ce qui relève en réalité d'une tradition métaphysique particulière. Rappelons donc que l'on peut tout-à-fait prendre au sérieux la question de savoir ce que signifie être humain sans présupposés métaphysiques, et que l'on peut concevoir la dignité humaine, la justice, le bien commun sans finalisme cosmique.
Lorsque Spadaro mentionne que le pape actuel cite [emphase]« même Tolkien »[/emphase], il semble attribuer à l'auteur du SdA un statut encore plus particulier que celui des autres auteurs cités qu'il mentionne, celui d'une référence occidentale « universelle » en contexte culturel mondialisé, mais peut-être avec une dimension plus particulièrement « populaire » ou « pop-culturelle » que les autres n'ont pas... et qui se trouve renvoyer à un auteur de confession catholique : d'un point de vue jésuitique, disons que « ça tombe bien ».
Pour en revenir à la question de l'humanité à l'heure de l'IA, j'avoue avoir du mal à saisir ce que Jean entend exactement par « mutation anthropologique telle qu'il n'en arrive qu'une par millénaire » : est-il question d'une grille de lecture théologique de l'histoire ou d'anthropologie historique au-delà d'une métaphysique particulière ? S'il faut identifier des mutations anthropologiques sans recourir à la Révélation, à l'Incarnation, ou à toute autre référence religieuse, je pense au Néolithique, à l'urbanisation antique, à l'histoire de l'écriture, à l'histoire de l'imprimerie, à la révolution industrielle... En ce sens, l'IA peut sans doute aussi relever d'une mutation de ce genre, mais je ne saurais dire si elle est précisément millénaire...
Toujours est-il que, dans son encyclique, Léon XIV n'appelle pas à renoncer à l'IA et ne la condamne pas en soi, souhaitant qu'elle soit au service de la dignité humaine. En cela, il y a de la modernité dans cette réponse à l'innovation, et ce n'est pas un mal. C'est en tout cas une position dont il faut saluer le caractère équilibré... et qui est bien différente de l'appel d'un certain Chris Yates à une « croisade œcuménique multiconfessionnelle » contre l'IA, appel publié sur le site du Catholic Herald en octobre dernier et dont j'avais alors succinctement parlé, dans le post-scriptum d'un précédent message dans le présent fuseau.
Après Musk, après Meloni, après J. D. Vance – lequel s'est d'ailleurs permis publiquement, il y a quelques semaines, de donner stupidement des leçons de théologie catholique à Léon XIV (ce dernier ne cachant pas, dès avant son élection en conclave, son évidente absence de proximité intellectuelle et spirituelle avec Trump et ledit Vance) –, le pape actuel a fait l'objet d'un portrait par Kiro, paru dans le Canard enchaîné du 20 août dernier. On pourra remarquer que contrairement à d'autres portraits du même dessinateur que j'ai pu mentionner dans le présent fuseau, celui de Léon XIV ne relève pas vraiment du portrait-charge, ce qui est sans doute le propre des personnalités qui ne méritent pas de critique virulente, ce qui reste assez rare pour un gouvernant ici-bas – ce qu'est aussi le pape, à la fois chef religieux et chef d'État.
![[Image: 1780062467_leon_xiv_par_kiro_-_canard_en...ut2025.png]](https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1780062467_leon_xiv_par_kiro_-_canard_enchaine_5467_20aout2025.png)
[small]Léon XIV, par Kiro (Le Canard enchaîné n°5467, 20 août 2025).[/small]
ISENGAR Wrote:Pour ceux que le texte intéresse, vous pouvez la consulter (in french*) directement par ici : https://static.bayard.io/la-croix.com/cu...on-XIV.pdf
Le texte intégral en anglais : https://ewtn.co.uk/wp-content/uploads/20...nglish.pdf
*Malheureusement, le traducteur a été mal inspiré de reprendre la traduction de Ledoux pour ce passage.
La version de Daniel est celle-ci :
[citation=SdA, V, 9 "le Dernier débat"]Il existe d’autres maux, qui viendront peut-être ; car Sauron n’est lui-même qu’un serviteur ou un émissaire. Il ne nous appartient pas, cependant, de régler toutes les fortunes du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années où nous sommes placés, d’extirper le mal dans les champs que nous connaissons, afin que ceux qui vivront après aient une terre saine à cultiver.[/citation]
J'avoue, mon cher JR, ne pas voir pourquoi le traducteur français de l'encyclique, et donc de la citation de Tolkien par le pape, aurait été mal inspiré : sans vouloir entrer dans des détails qui rallongeraient mon présent message déjà assez long, il me semble que notamment par endroits la traduction de Francis Ledoux se trouve être plus littérale que celle de Daniel Lauzon, ce qui peut in fine plutôt être un avantage lorsqu'il est question de citer un auteur a fortiori dans un texte dont l'objet premier n'est pas la littérature. Le choix du traducteur de l'encyclique peut par ailleurs être vu comme un indice de persistance de la version de Ledoux comme référence, renvoyant peut-être à une question de génération.
Amicalement,
B.
[small][EDIT: ajout de liens hypertextes et correction de fautes diverses][/small]

