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Tolkien, auteur catholique ?
#69
L'évocation récente du maître ouvrage de Yannick Imbert m'en a fait relire quelques passages.
Il y en a un qui convient admirablement à la présente discussion.
Yannick situe ici la pensée du Cardinal John Henry Newman :

[colonne][gauche=Yannick Imbert, From Imagination to Faërie, 2022, p. 14-15]Hence, literature is in essence the “Life and Remains” of the natural man, in both his innocence and guilt. Therefore, human literature could only be related to the spiritual condition of man. That, in turn, implies that a literature could not be in essence “Christian.” This conclusion is a consequence of Newman’s deep sense of human sin. It is impossible, he argues, to have a sinless literature written by sinful men. In very much the same way, Tolkien was convinced that “there cannot be any ‘story’ without a fall—all stories are ultimately about the fall—at least not for human minds as we know them and have them.” [small](*)[/small] An important conclusion for Newman is that literature itself is not Christian but can be written by Christians; indeed, “by ‘Catholic Literature’ is not to be understood a literature which treats exclusively or primarily of Catholic matters … but it includes all subjects of literature whatever, treated as a Catholic would treat them, and as he only can treat them.” [small](**)[/small] This is probably what Tolkien tried to achieve when he set up the task of writing and developing his own “fairy stories.” Certainly, his assertion that The Lord of the Rings is a Catholic work can be read in this light.

[small](*) Letters, p. 147.

(**) Newman, Idea of a University, p. 296[/small][/gauche][droite=ma traduction]Ainsi, la littérature a pour essence « la Vie & les Vestiges » de la nature humaine, à la fois dans son innocence et sa culpabilité. C'est pourquoi la littérature humaine ne peut qu'être reliée à la condition spirituelle de l'homme. Ceci, à son tour, implique qu'une littérature ne peut être « chrétienne » dans son essence. Cette conclusion découle du sens très profond qu'a Newman du péché dans l'homme. Il est impossible, argumente-t-il, d'avoir une littérature sans péché écrite par des hommes pécheurs. D'une façon analogue, Tolkien était convaincu qu'« il ne peut y avoir d'“histoire” sans chute — toutes les histoires traitent en définitive de la chute —, du moins pour des esprits humains tels que nous les connaissons et les possédons. » Une conclusion importante pour Newman est que la littérature elle-même n'est pas chrétienne mais peut être écrite par des chrétiens. En effet, « par “littérature catholique” il ne s'agit pas d'entendre une littérature qui traite exclusivement ou principalement de sujets catholiques, mais qui, incluant tous les sujets de la littérature, quels qu'ils soient, les traite comme un catholique pourrait les traiter, et comme lui seul pourrait les traiter ». C'est probablement ce que Tolkien essaya de réaliser en s'attelant à écrire et développer ses propres « contes de fées ». Assurément, son assertion d'après laquelle Le Seigneur des Anneaux est une œuvre catholique peut être lue sous cet angle.[/droite][/colonne]
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