Beruthiel Wrote:Petite question : dans le film, il est question d’une menace du « peuple de la mer », qui s'avère être les Achéens eux-même. Cette notion de peuple de la mer est-elle présente dans l’Odyssée ?
En quelque sorte, oui : avec les habitant de Schérie, que le poème appelle "les Phéaciens, hommes aux navires fameux / navigateurs de renom, aux longues rames" (Φαίηκες δολιχήρετμοι, ναυσίκλυτοι ἄνδρες = Phaíekes dolicherethmoi, nausiklutoi andres), Odys. VIII, v.369)
Si j'en crois ce que j'ai lu ici, l'absence des Phéaciens permet à Nolan de qualifier les Achéens de Peuple de la Mer sans produire de confusion. Cette expression, "Peuples de la mer", est issu de la désignation, en Égypte antique, des peuples venus de la Méditerranée s'installer sur les rives orientales. Dans la Bible, on identifie les Philistins à un de ces peuples (qui aurait été repoussé par Ramsès III et se serait installé dans le sud de Canaan). Parmi les noms de peuples de la mer trouvés en Égypte, un terme ressemble aux Achéens d'Homère. Mais tous ces mouvements ne furent pas nécessairement tous originellement des expéditions guerrières ; on y a vu aussi des migrations suite à des événements climatiques ayant provoqué l'effondrement de sociétés.
Quoiqu'il en soit, l'Odyssée en contient peut-être une vague trace : au IIIe chant, Ménélas subit une tempête après avoir quitté Troie, qui le contraint à accoster en Égypte, qu'il pille...
[citation=<i>Odyssée</i>, III, trad. par Eugène Bareste (1843)][...] alors Jupiter à la voix retentissante résolut de lui rendre son voyage triste et malheureux. Aussitôt il suscite des vents impétueux qui soulèvent des vagues immenses semblables a des montagnes ; puis il disperse les vaisseaux de Ménélas et en envoie une partie vers la Crète où habitent les Cydoniens, sur les rives du Jardanus. Vers l'extrémité de Gortyne surgit, de la mer ténébreuse, une roche élevée à la surface lisse et unie là le Notus pousse les flots puissants à la gauche du promontoire de Pheste ; là une si petite pierre arrête de si grandes vagues. C'est sur cette plage qu'arriva une partie de la flotte. Les hommes n'échappèrent qu'avec peine au trépas ; mais les navires, poussés par les eaux, se brisèrent contre les rochers, et cinq vaisseaux à la proue azurée furent seuls portés vers l'Égypte par les vents et par les ondes.
[300] Tandis que Ménélas, amassant de l'or et des richesses en abondance, errait avec ses navires parmi des hommes au langage étranger, [...][/citation]
S.

