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Ce soir, c'est trilogie
Mairon Wrote:... je reste dubitatif sur le côte odysséen et adaptatif de l'affaire.

Il y a de quoi, c'est le moins que l'on puisse dire, même si le film est intéressant.

J'ai pris connaissance, hier mardi, de la critique de L'Odyssée de Nolan par la traductrice du poème d'Homère que j'ai évoqué précédemment, Emily Wilson, critique mise en ligne sur le site de la London Review of Books :
https://www.lrb.co.uk/the-paper/v48/n14/...icated-man

Dans la mesure où Nolan lui-même a dit, en promouvant son film, que la traduction moderne de Wilson l'avait inspiré, j'avoue que je ne m'attendais pas à ce que la traductrice en question descende le long métrage comme l'a fait dans sa critique... mais c'est intéressant, surtout par rapport à toutes les polémiques existantes autour du film.

Parmi les reproches qu'elle fait (je ne vais pas tout citer), Wilson considère que le casting inclusif de Nolan, qui a tant fait parler en amont et encore après la sortie du film, n'est pas assez mis en valeur pour qu'elle le considère comme « progressiste » – considération qui me parait discutable quoique sans surprise. Mais elle critique notamment aussi – et je la rejoins évidemment là-dessus – l'absence de sexualité dans le récit de Nolan par rapport à ce que raconte Homère, en particulier s'agissant des rapports (dans tous les sens du terme) d'Ulysse avec Circé et Calypso. De façon générale, qu'il s'agisse des personnages féminins, de la personnalité d'Ulysse, de la représentation des dieux de l'Olympe, du scénario dans son ensemble, pour ne citer que cela, Wilson souligne, avec pertinence selon moi, le décalage entre la vision de Nolan et ce que contient vraiment le poème d'Homère, même si la traductrice est bien consciente qu'il s'agit d'un film avec ce que cela suppose de liberté artistique. Sans forcément adhérer à tout ce qu'elle dit dans cette critique, je suis souvent d'accord avec ses remarques quant à la question de l'adaptation, et son propos, argumenté, est tout cas bien différent de celui d'autres critiques, y compris universitaires, aux avis autrement dithyrambiques concernant ce film... jusqu'à parfois le considérer, sans nuance, comme un modèle de fidélité au poème d'Homère, ce qui me parait franchement grotesque.

Pour finir, je me permets de citer un passage de cette critique d'Emily Wilson qui fera peut-être sourire certains des habitués de ces lieux :
[attention : risque de « divulgâchage » pour qui n'aurait pas vu le film.]

[colonne][gauche=Emily Wilson, “An Uncomplicated Man”, <i>London Review of Books</i> (site web), critique mise en ligne le 27 juillet 2026]Nolan’s spectacle threatens to drown out his story just as the towering waves of the wine-dark sea – more grey than purple – threaten to overwhelm his hero’s ship. In looks, this Odyssey is often reminiscent of other 21st-century screen ‘epics’, not least Peter Jackson’s Lord of the Rings trilogy. The visit to the Land of the Dead reminded me of the excursions beyond the Wall in Game of Thrones. At the end of the film, a character sets out to ‘sail beyond the sunset’ and I almost expected everyone to break into Elvish. The film has none of the stylish sparseness of Uberto Pasolini’s The Return (2024), starring a scarred, desperate, mostly naked Ralph Fiennes, conflicted about his homecoming to a convincingly unhappy Juliet [sic] Binoche. Lacking the budget for gods or special effects, that film invited us to wonder what remains of The Odyssey and its hero when stripped down to the sinews and the hungry heart. Nolan gives us an all-inclusive buffet.
[...][/gauche][droite=Traduction rapide avec DeepL.com]Le spectacle mis en scène par Nolan menace d’étouffer son récit, tout comme les vagues gigantesques de la mer couleur de vin – plus grise que violette – menacent de submerger le navire de son héros. Visuellement, cette Odyssée rappelle souvent d’autres « épopées » cinématographiques du XXIe siècle, notamment la trilogie du Seigneur des anneaux de Peter Jackson. La visite au Pays des Morts m’a rappelé les expéditions au-delà du Mur dans Game of Thrones. À la fin du film, un personnage part « naviguer au-delà du coucher de soleil » et je m’attendais presque à ce que tout le monde se mette à parler elfique. Le film n’a rien de la sobriété stylisée de The Return, le Retour d'Ulysse (2024) d’Uberto Pasolini, mettant en scène un Ralph Fiennes balafré, désespéré et presque nu, tiraillé par son retour au bercail auprès d’une Juliette Binoche convaincante dans son malheur. Dépourvu du budget nécessaire pour des dieux ou des effets spéciaux, ce film nous invitait à nous demander ce qu’il restait de L’Odyssée et de son héros une fois réduit à ses tendons et à son cœur affamé. Nolan, lui, nous offre un buffet à volonté.
[...][/droite][/colonne]

Voilà encore une occasion pour moi, au passage et comme l'année dernière, de recommander aussi le film d'Uberto Pasolini. ;-)

Amicalement à tous,

B.


P.S.: on notera que Wilson, à la fin de sa critique, se réjouit tout de même (et c'est effectivement positif) que le succès public du film de Nolan ait entraîné une recrudescence des ventes de traductions (y compris bien sûr la sienne) de L'Odyssée d'Homère... ce qui constitue un phénomène de librairie semblable à ce qui s'est passé pour Tolkien, et les traductions de son œuvre, dès l'époque du succès de la première trilogie de PJ...

[small][EDIT: corrections de fautes diverses...][/small]
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