Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
[Parution] Tolkien et la Grande Guerre
#16
J'ai vu le dernier épisode de "Apocalypse, la 1ère Guerre mondiale", diffusé avant-hier, mardi soir, et qui a été suivi par un débat puis par "Apocalypse, Hitler", la précédente série documentaire de 2011, déjà vue à l'époque.

J'avais déjà trouvé pertinent le regard nuancé que porte l'historien Jacques Frémeaux sur cette série, ainsi que je l'ai écrit dans mon précédent message. J'ai pris connaissance depuis du point de vue d'un autre historien, Laurent Véray, spécialiste de l'histoire du cinéma et de la période 1914-1918, point de vue également publié sur le site de Télérama, et là encore, je trouve sa critique de la série globalement pertinente sur le fond, même si je ne suis pas forcément d'accord avec tous les arguments avancés et que le ton employé me parait un peu vif : http://television.telerama.fr/television...110388.php

Bref, mon avis sur "Apocalypse, la 1ère Guerre mondiale" n'a pas fondamentalement changé, mais il faut croire, tout simplement, que je ne fais pas vraiment partie du public-cible de ce genre de programme. En effet, j'ai probablement visionné et lu trop de choses sur le sujet traité pour ne pas avoir un regard distancié vis-à-vis de l'entreprise. Pour autant, je ne trouve pas qu'elle manque d'intérêt, en particulier s'agissant des archives filmées, visiblement rares pour certaines, qui ont été restaurées pour l'occasion, ce qui est toujours une bonne chose sur le principe (même si j'ai lu que Laurent Véray conteste fortement le fait que l'on puisse ici parler de restauration). Mais si intérêt il y a par certains aspects, l'ensemble reste marqué par un storytelling et un simplisme qui en font plus un divertissement destiné à édifier le public avec un message pacifiste qu'un documentaire historique destiné à informer de la complexité du monde comme il va, hier comme aujourd'hui.
Que des jeunes entre 16 et 25 ans (je crois assez bien connaître, pour ma part, les jeunes en âge d'être au lycée) puissent apprécier le travail de montage propre à Costelle et Clarke, avec colorisation et bruitages associés, c'est bien sûr tout-à-fait concevable, mais on est plutôt là avant tout dans l'appréciation d'un programme télévisé, lequel en soi ne peut être évidemment, au mieux, qu'un point de départ vers des démarches plus consistantes en matière d'étude de l'histoire (même sans être un chercheur) y compris s'agissant des films originaux tournés au début du XXe siècle. Personnellement, je ne crois pas que le cerveau de ceux que l'on appelle les jeunes soit si particulier qu'il faille se sentir obligé de leur proposer forcément du pré-mâché colorisé pour qu'ils ouvrent les yeux sur la réalité du passé telle que nous pouvons (modestement) l'appréhender aujourd'hui... à moins que l'on ne considère que le "jeune" du début du XXIe siècle, parce qu'il aurait tendance à être dépendant de son smartphone ou que-sais-je, serait par nature devenu incapable de comprendre un film tourné en noir et blanc un siècle plus tôt... Le monde est compliqué, et le fait est que les films n'ont pas toujours été tournés en couleurs : se faire une idée juste du passé est un exercice par nature difficile, qui suppose un travail intellectuel, même si la technique peut certes toujours nous aider à nous représenter les choses plus clairement (avec la restauration de films anciens, mais aussi avec la reconstitution numérique d'un édifice ou d'une cité disparus ou transformés au fil des siècles, par exemple). C'est en tout cas notamment le travail des enseignants (et des adultes en général, dans l'absolu) que de "développer chez les jeunes un jugement critique, une attitude active de compréhension face aux images", pour reprendre les mots de Laurent Véray. Qu'une série comme "Apocalypse" puisse donc être une porte d'entrée vers l'histoire contemporaine pour un jeune public, pourquoi pas, bien sûr, mais je persiste à trouver son propos, fusse-t-il globalement informatif par ailleurs, relevant trop du registre sensationnaliste et émotionnel, au risque de me répéter.
Vouloir montrer le rouge du sang versé pour que l'on se rende mieux compte (s'il en était besoin) que la guerre blesse et tue ; occuper presque tout l'espace sonore avec des bruits de bottes, le fracas des armes et des roulements de tambour dans un but immersif quand ce ne devrait pourtant pas être nécessaire de le faire presque continuellement (à moins d'être fasciné par les sons guerriers, voire au-delà, par le phénomène de la guerre) ; donner par le commentaire un signification à certaines images que celles-ci n'ont pas forcément, au nom d'un certain sens du storytelling (plusieurs occurences) ; mélanger des sources cinématographiques très diverses, "unifiées" par la colorisation, sans que celles-ci aient forcément en soi un rapport direct entre elles même si le montage commenté peut en donner l'illusion ; expédier la révolution russe en quelques mots en simplifiant à l'extrême le contexte y afférent (par exemple, Lénine présenté comme une sorte de crétin sanguinaire au service de Ludendorff : même sans avoir d'estime pour Lénine, la caricature ne peut que me sauter aux yeux) ; faire du traité de Versailles quasiment la seule cause du deuxième conflit mondial (il y a assurément eu d'autres causes) ; et j'en oublie : quand je parle de sensationnalisme, de registre émotionnel et de simplisme, je parle de tout cela... pour ne mentionner ici que quelques remarques en vrac.

Comme je l'ai écrit plus haut, après cette évocation de la Première Guerre Mondiale, France 2 a rediffusé "Apocalypse, Hitler", et le constat reste le même pour ma part, d'autant plus que l'on sent bien, dans ce cas-là, que Costelle et Clarke ont tenu à présenter les choses de telle manière que le jeune public, après avoir vu la série, ne puisse qu'éprouver de la terreur à l'égard d'Adolf Hitler et du nazisme. Le revisionnage de cette série documentaire sur Hitler, bien sûr tout-à-fait regardable en soi, m'a permis de me rendre davantage compte que je ne fais pas vraiment partie du public visé par ce type de programme, ainsi que je l'ai écrit plus haut. Si ce genre de film peut aider à faire comprendre aux jeunes générations que la guerre et le nazisme sont de mauvaises choses, tant mieux, évidemment. Mais à mon avis, l'intérêt du propos s'arrête plutôt là et ne s'adresse donc guère a priori à des personnes comme moi et d'autres, qui n'ont pas besoin qu'on leur explique que la guerre c'est mal, que le nazisme pue et que Hitler était une ordure : personnellement, j'en suis convaincu depuis longtemps, et pas seulement parce que j'ai plus ou moins découvert la méchanceté des nazis avec Indiana Jones et la Dernière Croisade quand j'étais gamin(*).
Reste donc toutefois, s'agissant de l'ensemble de ces films titrés "Apocalypse", le travail de restauration et de montage d'archives qui, lui, colorisation ou pas, me parait être intéressant pour tous, y compris pour ceux qui prétendraient s'y connaître mieux que d'autres sur ces périodes de l'histoire contemporaine (personnellement, j'apprends tous les jours)...

Ainsi que je l'ai déjà écrit, j'ai fait de longues études d'histoire, mais par ailleurs, j'ai eu l'occasion de m'intéresser plus personnellement un temps à la période de la Première Guerre Mondiale, à l'occasion de recherches généalogiques effectuées quand j'étais encore lycéen et au début de mes études supérieures. Ces recherches ont été l'occasion pour moi, il y a maintenant un certain nombre d'années, de me renseigner notamment sur le parcours de deux de mes arrières-grands-pères, qui étaient à peu près de la même génération puisqu'ils avaient 36 et 37 ans en 1914 et qui ont été mobilisés dans l'armée française du début à la fin de la Grande Guerre, l'un uniquement sur le front occidental français et l'autre au moins un temps sur le front balkanique (ou front de Macédoine). Tous deux ont survécu, bien qu'ayant risqué leur vie à un moment ou à un autre. Le plus âgé est revenu du front avec une bronchite chronique, probablement due aux gaz de combat, et en ayant été profondément marqué par cette guerre (il est mort à 53 ans). Le plus jeune, que l'on envoyé dans les Balkans et qui avait sauvé la vie d'un de ses camarades (originaire du même coin que lui) sur le front, a vécu plus longtemps, jusqu'à la Deuxième Guerre, mais en n'ayant pas eu à connaître, à quelques mois près, l'invasion par l'armée allemande de sa région (située en zone dite "libre"), invasion qu'il redoutait en tant qu'ancien combattant de 14-18. J'ai eu accès aux archives recensant toutes les affectations de mes arrières-grand-pères au sein de l'armée durant leur mobilisation, et il faudrait sans doute que j'aille à Vincennes pour connaître plus de détails, mais peut-être que le centenaire de 14-18 sera l'occasion d'une mise en ligne de certaines archives militaires qui m'éviterait le déplacement (je vais bientôt avoir seulement l'âge du Christ sur la Croix, donc ce n'est pas si vieux, mais j'ai connu les salles de consultation d'archives, départementales et nationales, du temps où il fallait obligatoirement travailler avec stylo et papier en ayant les archives originales devant soi sur la table, sans numérisation ni ordinateur d'aucune sorte).

Bref, tout cela pour dire que lorsque l'on me parle de la Première Guerre Mondiale, s'il s'agit de se situer sur un plan émotionnel, je pense d'abord à mes aïeux, puis plus généralement à l'ensemble des combattants qui ont supporté cette guerre sur tous les fronts (même s'il faut avoir conscience que les vécus n'ont évidemment pas tous été identiques). Le vécu militaire de J. R. R. Tolkien, dans ce contexte, n'a pas dans mon esprit de statut particulier vis-à-vis de l'histoire de la Grande Guerre, sauf naturellement en ce qui concerne le rapport que l'on peut pertinemment établir entre ce vécu et les écrits de Tolkien. C'est peut-être pour cela que je peux avoir du mal à comprendre ce conditionnement dont a parlé Silmo, même s'agissant de la bataille de la Somme... Que l'expérience de Tolkien puisse être un point de départ vers une prise de connaissance plus poussée de la Grande Guerre en raison du fait que Tolkien représente une figure familière, ainsi que l'écrit Druss, je le conçois fort bien, naturellement, mais que Tolkien puisse occuper une place si importante chez certaines personnes au point que tout soit ramené à lui, y compris un conflit qui dépasse largement l'écrivain, j'avoue avoir déjà un peu plus de mal à le comprendre sur le principe... Ceci dit, à chacun sa sensibilité, et j'ai déjà eu l'occasion de laisser entendre ici que je ne suis pas du genre à établir de hiérarchie en la matière. :-)

J'ai récupéré, comme prévu, un exemplaire du livre de John Garth le week-end dernier. J'espère trouver le temps de le lire prochainement.

Amicalement à tous, :-)

Hyarion.

(*)[small]: je me souviens encore très bien que c'est en découvrant l'histoire de ce film de Steven Spielberg, évoquée dans la presse jeunesse à l'époque de la sortie du long métrage dans les salles de cinéma en France (octobre 1989), que j'ai commencé à me demander qui étaient ces si méchants nazis qu'affrontent Indiana Jones et son père dans ce film par ailleurs excellent. J'ai un peu plus tard beaucoup appris sur Hitler et sa clique en lisant notamment le premier des huit volumes de la version française d'une histoire internationale de La Deuxième Guerre Mondiale dirigée par André Beaufre (Librairie Jules Tallandier, 1967-1969) qui figurait dans la bibliothèque de mes grands-parents.[/small]
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)