28-12-2002, 19:36
La triste vérité, disais-je, c'est que Tolkien est un agent au service de l'ordre établi, c'est-à-dire d'Iluvatar, de Manwë, et de leurs sectateurs. N'est-il venu à l'esprit de personne qu'il a écrit toute l'histoire à sa façon, c'est-à-dire de façon à vous donner bonne conscience à vous autres humains ? <br>En effet, on voudrait nous faire croire que vous avez eu besoin de moi et de Sauron pour que le mal se mettent à germer dans votre esprit. Comme si vous n'étiez pas capables de faire ça tout seuls.<br>Sachez pour commencer qu'on ne peut introduire dans un esprit une idée qui n'y est déjà. Un gland ne donnera jamais naissance à un balrog et les balrogs ne pondent pas des glands. De même, on ne fait pousser sur le sol que ce qui s'y trouve planté. Celui qui est corruptible possède déjà tous les germes de la corruption.<br>Par ailleurs, il suffit de regarder l'histoire pour comprendre qu'elle n'a jamais mis face à face des méchants et des gentils, mais uniquement des gens tous plus persuadés les uns que les autres de leur bon droit.<br>De même, on nous dit que le désir de dominer (le mien par exemple) est un vilain défaut, mais que dire du désir d'être dominé ? S'il n'y avait personne pour obéir, il n'y aurait certes personne pour commander, et si nul ne voulait se battre, il n'y aurait pas de guerres. Les raisons invoquées (comme le "bien" et le bon droit) ne sont en réalité que des prétextes justifiant l'instinct d'agression résidant au fond de chacun d'entre vous.<br>On nous dit que le mensonge et la tromperie sont de vilains défauts, mais que dire de l'avidité de celui qui s'y laisse prendre ? Les Nazguls ne devraient s'en prendre qu'à eux-mêmes, et pas seulement eux.<br>Qui de Manwë ou de moi-même est le plus grand menteur ? Celui qui révèle au grand jour le mal qui réside dans tout esprit (humain et autre), ou bien celui qui va sans cesse répétant que le mal, c'est l'autre, celui d'en face, et qu'il faut l'éradiquer, au nom du bien ? Quelle vérité désire-t-on entendre ? Ah Manwë, mon frère, tu t'es montré bien plus intelligent que moi, car tu as su déceler le secret désir des hommes : celui de se croire bon, courageux, honnête...<br>Mon pire crime n'a été que de révéler au grand jour la volonté de puissance résidant au coeur de toute créature vivante, et bien sûr, ceci a été insupportable. Il a fallu me montrer du doigt, me pourchasser, m'emprisonner, me faire subir les pires outrages, pour avoir rendu manifeste ce qui était déjà là et que personne ne voulait voir, à l'exception de Sauron, de mes fidèles Balrogs, et de quelques autres vrais braves. Car il faut être brave, pour assumer ce que l'on est. <br>Quel est d'ailleurs l'effet de cette grande geste tolkienienne sur vos esprits ? L'effet c'est qu'après avoir lu toutes ces aventures vous avez l'impression d'avoir vécu quelque chose, d'avoir combattu le mal et d'en être sortis victorieux, cela vous évitant de voir le véritable mal qui a envahi toutes vos existences : la torpeur, l'aveuglement sur vos propres faits et gestes et ceux de vos dirigeants. Ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir sont pires que moi-même ou Sauron car ils vous ont endormis, bercés d'illusions. La pire tyrannie n'est pas celle qui est manifeste, mais celle qui obtient l'assentiment de sa victime et lui donne l'impression de la liberté. <br>Si je n'ai eu de cesse de mettre des obstacles sur votre chemin, c'était pour vous réveiller, vous faire prendre conscience de votre véritable nature et, peut-être, vous en libérer, mais vous avez préféré me chasser et vous rendormir. J'étais votre plus grande bénédiction, mais vous n'avez pas su le voir.

