10-03-2006, 18:33
Bonjour à tous! <p>Comme ça fait très longtemps que je ne suis pas passé vous voir et que je n'ai pas le temps hélas de débattre sur le légendaire (mais je ne désespère pas de revenir un jour... :-)), je me suis dit que cette petite fantaisie "pseudo-borgésienne" si je puis dire, qui m'est venue au détour d'une page blanche aucunement prévue à cet effet, un de ces soirs où l'on cherche tout pour éviter le travail que l'on doit faire... :-), je me suis dit, donc, qu'elle pourrait peut-être vous amuser! Avant de venir plus souvent (cet été?) vous croiser virtuellement, je me contente de ce petit bonjour maglorien! :-) Salut les anciens! (et les nouveaux aussi) <br>à bientôt,<p>Cirdan <p><p><br>Fragment de la "Noldolantë"<p><p> A la lourde chaleur de l'été qui berçait d'un rythme très lent la prospère Minas Tirith, on trouvait ici un contrepoint de fraîcheur et de pénombre. Les longues fenêtres aux volets entr'ouverts laissaient deviner, dehors, la lumière éblouissante d'un après-midi sec et étouffant. Le directeur de la bibliothèque écoutait avec une attention extrêmement soutenue les propos d'un homme d'une soixantaine d'année, moins grand que lui mais beaucoup plus trapu. <br> Plutôt bâti, en fait, à la manière d'un gardien de la citadelle qu'en l'idée commune que l'on se faisait d'un éminent spécialiste de la poésie en Haut-Elfique, Gundor de Pelargir était reconnu comme le seul Atani du royaume à pouvoir utiliser le quenya à sa guise comme d'une langue vivante maternelle. Ses vastes connaissances linguistiques l'avait amené à devenir le professeur attitré de la famille royale, mais l'âge avançant, il avait demandé au roi de retourner dans sa ville natale, ce qui fut accepté, bien qu'à contrecur étant donné l'apport sans égal de cet homme à la vie culturelle d' une citadelle embourbée depuis la chute de Sauron dans une sufisance inquiétante. <br> Le directeur de la bibliothèque savait donc pertinemment que si Gundor était revenu après plus de quatre ans d'absence à Minas Tirith, cela ne pouvait être sans lien avec la fracassante découverte, l'année passée, de nombreux manuscrits de tout premier ordre dans la forêt bordant la mer de Rhûn. <br> La découverte en était due à une troupe de voyageurs gondoriens, qui s'étaient éloignés par un soir d'ivresse de l'auberge naine située entre la forêt et l'extrémité nord-ouest de la mer intérieure. Leurs errances nocturnes dans les bois luxuriants les amenèrent à y dormir. Mais le lendemain, tandis qu'ils rebroussaient chemin, l'un d'entre eux, peu habile à s'orienter s'égara et pris une direction opposée. Deux jours durant, il marcha vers le nord en se nourrissant de racines et de baies. C'est au soir du deuxième jour qu'il découvrit une hutte délabrée. Ce ne fut que bien plus tard qu'il parvint à retrouver (par un hasard miraculeux compte tenu de son inexpérience certaine de la grande forêt) l'auberge des Naugrim. Dans son sac se trouvaient des manuscrits parfaitement lisibles de vers narratifs en Haut Elfique. <br> La découverte était sans précédent : un manuscrit de la Noldolantë de la main de son auteur datant probablement de l'arrivée d'Eorl en Calendardhon. Jusqu'ici les vers magloriens les plus tardifs remontaient à la fin du Premier Age, juste avant la disparition des dernières traces de lauteur dans les terres orientales ; ils constituaient de courts poèmes méditatifs sur le Grand Thème et l'inaccessibilité des Enfants d'Iluvatar au sentiment d'appartenance à celui-ci. Maglor y mettait en avant l'idée que les règles harmoniques d'Eru, indépendamment de l'action de Morgoth défiaient la conception elfique de la beauté ce qui, par voie de conséquences, remettait en cause cette dernière. <br> Mais les nouveaux manuscrits rompaient une tradition critique en ce qu'ils démontraient que Maglor n'avait encore pas quitté son Hroa à la fin du Troisième Age et surtout qu'il était revenu sur son grand poème épique dont la dernière version connue jusqu'alors remontait à Dagor Bragollach. La présente situation redéfinissait le grand poème inachevé de la culture noldorine en une immense architecture qui s'ouvrait dans la nuit d'Aman et s'achevait à la mort de Maedros. <p> Gundor de Pelargir sortit des feuilles de son sac écrites en Occidentalien. "Voici ma traduction
donc
de la nouvelle version de l'ouverture. Il me semble primordial que la population gondorienne puisse avoir un aperçu dans notre langue de la poésie de Maglor dans l'achèvement suprême de la Noldolantë. Bien sûr, mes propres vers, la qualité inférieure de lOccidentalien, tout cela constitue des facteurs atténuant très largement la valeur originale du poème; mais... malgré tout... il y a beaucoup de notre propre histoire dans celle des Noldor. Et les mots de Maglor, vont au coeur de ce drame que Minas Tirith, dans une tendance parfaitement compréhensible mais dangereuse, cherche à oublier dans la lumière estivale." Toute une longue minute, il se tut. On entendait des enfants jouant en saspergeant deau auprès d'une fontaine qui faisait le croisement de deux ruelles en contrebas.<br> Assez abruptement, lhomme éleva une voix douce, consciente et triste: <p><br>"De la perte sans nom, celle d'une lumière; <br>De l'heure où ma parole, en écho à une autre,<br>A répété des mots de douleurs à venir;<br>De la sûre froideur qui gouvernait mon bras<br>Quand la lame il saisit pour parler à ses frères;<br>Nienna, fasse que, malgré les dissonances, <br>Ma voix, sans s'effacer, puisse en conter la nuit. <p>O Noldor... Je ne puis écrire que notre Chute,<br>Car aux jours de la joie, étions-nous Noldor? <br>Le coeur a oublié ce que le fëa garde,<br>Et loeil du souvenir se trouble et se révulse.<p>Des rires résonnant un doux soir sur Tirion;<br>Du léger vent de vie qui berçait la colline;<br>Des ruisseaux, scintillants de couleurs ineffables,<br>Qui couraient vers les pieds de hauts pics bienveillants<br>- tes neiges, Pelori, perdent leur pureté<br>Dans mes mots abîmés, fils dun ailleurs déchu! - ;<br>De tout cela
rien quun souvenir absurde
<p>Je ne puis rappeler la vérité trop dense.<br>Toi, dont la larme a lavé le plus noir charbon,<br>Accompagne mon chant, Nienna, maintenant,<br>Car il me faut entrer dans cette longue nuit."<p><br> - Mais il s'agit d'une véritable réécriture! s'écria le bibliothécaire, stupéfait.<br> - En effet, appuya Gundor, comme vous pouvez le remarquer, la fureur poétique inhérente au style de Maglor, est parfaitement absente de l'ouverture de cette version. On la retrouve bien, ne vous inquiétez pas! et ce, dès avant le second chant, mais elle semble s'être déplacée... vers un nouvel objet de rancoeur que je vous laisserai découvrir à la lecture
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