21-11-2004, 19:28
Je préfère ouvrir un nouveau fuseau : ce message était initialement prévu pour la suite de Tasarinan, mais je m’aperçois qu’il le déborde largement.
Cela donne l’occasion de préciser encore un peu plus les sources iconographiques de Tolkien.
H. Carpenter, dans sa biographie sur J.R.R. Tolkien, indique à deux reprises que Tolkien aimait les illustrations d’Arthur Rackham pour ses arbres : [emphase]« Ce que [Tolkien] dessinait le mieux, c’étaient ses arbres bien-aimés, et comme Arthur Rackham (dont il admirait l’œuvre) il pouvait donner à une branche ou à une racine tordue une sorte de vie menaçante tout en restant fidèle à la nature »[/emphase] (ch. IV, § 6 ; Pocket, p. 180-181).
Il précise même que l’idée du Vieil Homme Saule enfermant Tom Bombadil à l’intérieur de son tronc [emphase]« lui fut probablement donnée par les dessins d’arbres d’Arthur Rackham »[/emphase] (ch. IV, § 6 ; Pocket, p. 179).
Arthur Rackham (1867-1939) fut un illustrateur anglais prolifique. Parmi les nombreux contes qu’il a illustrés, on trouve Le Vent dans les Saules, Alice, Peter Pan in Kensington Gardens, Les contes de ma Mère l’Oie, L’anneau du Nibelung, A Midsummer Night's Dream, Handersen, Grimm, etc.
Voici donc quelques liens vers des illustrations d’Arthur Rackham, prolongeant notamment le motif de l’arbre.
I. Illustrations susceptibles d’avoir influencé le Vieil Homme Saule
Trees and Fairies : C’est, à mon avis, l’illustration la plus significative, car le Vieil Arbre a une figure humaine menaçante, et il enveloppe dans le lacis de ses racines plusieurs créatures. Peut-être est-ce celle-ci dont il est question dans la biographie de Carpenter.
Autre image de racines au milieu desquelles se trouvent diverses créatures, même si on n’a pas ici l’idée de menace.
Girl & Sprite among Tree Roots : Les racines tordues évoquées par Carpenter sont particulièrement visibles ici (mais on pourrait multiplier les liens).
Cela me rappelle l’illustration de John Howe du Vieil Homme Saule
Spirits Trapped by Evil : L’enchevêtrement des racines est inquiétant ; la présence de l’araignée peut également faire penser à Mirkwood.
Girls in Forest : Ces deux jeunes filles ne sont pas emprisonnées dans les racines, mais le cadre me fait penser à l’illustration peinte par Tolkien lui-même représentant le Vieil Homme Saule (parue dans le Calendrier 1973, et figurant dans Peintures et aquarelles de J.R.R. Tolkien, n° 21).
II. La fille de la Rivière
Je me demande si on ne pouvait pas poursuivre le rapprochement, à partir des Aventures de Tom Bombadil, entre Tolkien et Rackham.
L’œuvre de Rackham aborde à plusieurs reprises le thème de la jeune fille au bord de l’eau, voire celui de l’ondine. La jolie Baie d’Or, fille de la Rivière, pourrait avoir le visage des héroïnes de Rackham.
On rencontrerait ainsi chez Rackham l’illustration de deux scènes successives du poème tolkienien.
Directement issues des Nibelungen, ces trois ondines ont un côté mutin : ring6 ; ring60 ; ring61.
On a le motif de la jeune fille, dont la chevelure rejoint le flot de la rivière et les racines de l’arbre.
Mais Baie d’Or est une « jolie donzelle » blonde qui préfère nager seule pour aguicher les vieux messieurs ;-)
Parfois, elle s’endort sur la rive « cheveux défaits, assise parmi les ajoncs » : Titania Asleep.
Tom peut alors l’attraper et la serrer fort ! ;-) : Undine.
Rackham aurait aussi pu l'illustrer dans le Seigneur des Anneaux : Undine in the Wind
[citation=SdA, I, 8 ; éd. du Centenaire, p. 158](...) ils se retournèrent et virent Baie d’Or. (...) Comme ils la regardaient, elle lança un clair appel et, la main levée, elle se détoura, et disparut derrière la colline.[/citation]
III. Autres rapprochements.
Au cours de mon voyage en "rackhamie", d’autres images ont éveillé des résonances tolkieniennes :
J’ai eu l’impression de découvrir Nienor-Níniel, apeurée et perdue dans la Forêt de Brethil : ring39
Glaurung, défait par Túrin : ring44
Mais on croise aussi ce cher vieux Smaug, tel que Tolkien et John Howe à sa suite ont pu le représenter : ring41
J’ignore si Tolkien possédait les ouvrages de Rackham où figurent les illustrations citées. Parler d’une influence directe serait exagéré, compte tenu du peu d’informations dont on dispose.
Toutefois, les Letters mentionnent Arthur Rackham à deux reprises, à chaque fois sur le mode de la comparaison : dans les lettres 202 et 235, Rackham est préféré respectivement à Disney et à Blyton (p. 261, 312). Il est l'alternative privilégiée.
Il semble donc que Rackham soit pour Tolkien une référence régulière, pour aider ses interlocuteurs à discerner les contours de la Terre du Milieu.
Sébastien
Cela donne l’occasion de préciser encore un peu plus les sources iconographiques de Tolkien.
H. Carpenter, dans sa biographie sur J.R.R. Tolkien, indique à deux reprises que Tolkien aimait les illustrations d’Arthur Rackham pour ses arbres : [emphase]« Ce que [Tolkien] dessinait le mieux, c’étaient ses arbres bien-aimés, et comme Arthur Rackham (dont il admirait l’œuvre) il pouvait donner à une branche ou à une racine tordue une sorte de vie menaçante tout en restant fidèle à la nature »[/emphase] (ch. IV, § 6 ; Pocket, p. 180-181).
Il précise même que l’idée du Vieil Homme Saule enfermant Tom Bombadil à l’intérieur de son tronc [emphase]« lui fut probablement donnée par les dessins d’arbres d’Arthur Rackham »[/emphase] (ch. IV, § 6 ; Pocket, p. 179).
Arthur Rackham (1867-1939) fut un illustrateur anglais prolifique. Parmi les nombreux contes qu’il a illustrés, on trouve Le Vent dans les Saules, Alice, Peter Pan in Kensington Gardens, Les contes de ma Mère l’Oie, L’anneau du Nibelung, A Midsummer Night's Dream, Handersen, Grimm, etc.
Voici donc quelques liens vers des illustrations d’Arthur Rackham, prolongeant notamment le motif de l’arbre.
I. Illustrations susceptibles d’avoir influencé le Vieil Homme Saule
Trees and Fairies : C’est, à mon avis, l’illustration la plus significative, car le Vieil Arbre a une figure humaine menaçante, et il enveloppe dans le lacis de ses racines plusieurs créatures. Peut-être est-ce celle-ci dont il est question dans la biographie de Carpenter.
Autre image de racines au milieu desquelles se trouvent diverses créatures, même si on n’a pas ici l’idée de menace.
Girl & Sprite among Tree Roots : Les racines tordues évoquées par Carpenter sont particulièrement visibles ici (mais on pourrait multiplier les liens).
Cela me rappelle l’illustration de John Howe du Vieil Homme Saule
Spirits Trapped by Evil : L’enchevêtrement des racines est inquiétant ; la présence de l’araignée peut également faire penser à Mirkwood.
Girls in Forest : Ces deux jeunes filles ne sont pas emprisonnées dans les racines, mais le cadre me fait penser à l’illustration peinte par Tolkien lui-même représentant le Vieil Homme Saule (parue dans le Calendrier 1973, et figurant dans Peintures et aquarelles de J.R.R. Tolkien, n° 21).
II. La fille de la Rivière
Je me demande si on ne pouvait pas poursuivre le rapprochement, à partir des Aventures de Tom Bombadil, entre Tolkien et Rackham.
L’œuvre de Rackham aborde à plusieurs reprises le thème de la jeune fille au bord de l’eau, voire celui de l’ondine. La jolie Baie d’Or, fille de la Rivière, pourrait avoir le visage des héroïnes de Rackham.
On rencontrerait ainsi chez Rackham l’illustration de deux scènes successives du poème tolkienien.
Directement issues des Nibelungen, ces trois ondines ont un côté mutin : ring6 ; ring60 ; ring61.
On a le motif de la jeune fille, dont la chevelure rejoint le flot de la rivière et les racines de l’arbre.
Mais Baie d’Or est une « jolie donzelle » blonde qui préfère nager seule pour aguicher les vieux messieurs ;-)
Parfois, elle s’endort sur la rive « cheveux défaits, assise parmi les ajoncs » : Titania Asleep.
Tom peut alors l’attraper et la serrer fort ! ;-) : Undine.
Rackham aurait aussi pu l'illustrer dans le Seigneur des Anneaux : Undine in the Wind
[citation=SdA, I, 8 ; éd. du Centenaire, p. 158](...) ils se retournèrent et virent Baie d’Or. (...) Comme ils la regardaient, elle lança un clair appel et, la main levée, elle se détoura, et disparut derrière la colline.[/citation]
III. Autres rapprochements.
Au cours de mon voyage en "rackhamie", d’autres images ont éveillé des résonances tolkieniennes :
J’ai eu l’impression de découvrir Nienor-Níniel, apeurée et perdue dans la Forêt de Brethil : ring39
Glaurung, défait par Túrin : ring44
Mais on croise aussi ce cher vieux Smaug, tel que Tolkien et John Howe à sa suite ont pu le représenter : ring41
J’ignore si Tolkien possédait les ouvrages de Rackham où figurent les illustrations citées. Parler d’une influence directe serait exagéré, compte tenu du peu d’informations dont on dispose.
Toutefois, les Letters mentionnent Arthur Rackham à deux reprises, à chaque fois sur le mode de la comparaison : dans les lettres 202 et 235, Rackham est préféré respectivement à Disney et à Blyton (p. 261, 312). Il est l'alternative privilégiée.
Il semble donc que Rackham soit pour Tolkien une référence régulière, pour aider ses interlocuteurs à discerner les contours de la Terre du Milieu.
Sébastien

