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		<title><![CDATA[Forums - Autour de Tolkien...]]></title>
		<link>https://www.jrrvf.com/mybb/</link>
		<description><![CDATA[Forums - https://www.jrrvf.com/mybb]]></description>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 01:54:56 +0000</pubDate>
		<generator>MyBB</generator>
		<item>
			<title><![CDATA[Le Triomphe de la Fantasy (France.tv)]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5094</link>
			<pubDate>Fri, 05 Dec 2025 19:29:51 +0100</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5094</guid>
			<description><![CDATA[<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1764957997_triomphe_de_la_fantasy_-_france-tv_2025.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1764957997_triomphe_de_la_fantasy_-_france-tv_2025.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
France Télévisions va proposer ce mois-ci (décembre 2025) un documentaire de 90 minutes, intitulé « Le Triomphe de la Fantasy », à destination d'un public généraliste, présentant le genre dans toutes ses dimensions médiatiques (littérature, arts graphiques, musique, cinéma, séries, jeux de rôle, jeux vidéos). <br />
<br />
William Morris, Robert E. Howard et bien sûr J. R. R. Tolkien figurent, paraît-il, en bonne place pour ce qui est d'évoquer la création du genre sous sa forme moderne. <br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">A priori</span>, le documentaire devrait être disponible sur France.tv, la plate-forme de France Télévisions, dès le 19 décembre prochain, puis diffusé à la télé en “prime time”, d'abord le 31 décembre sur la chaîne France 5, puis ultérieurement à d'autres dates. <br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Peace and Love</span>, <br />
<br />
B.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1764957997_triomphe_de_la_fantasy_-_france-tv_2025.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1764957997_triomphe_de_la_fantasy_-_france-tv_2025.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
France Télévisions va proposer ce mois-ci (décembre 2025) un documentaire de 90 minutes, intitulé « Le Triomphe de la Fantasy », à destination d'un public généraliste, présentant le genre dans toutes ses dimensions médiatiques (littérature, arts graphiques, musique, cinéma, séries, jeux de rôle, jeux vidéos). <br />
<br />
William Morris, Robert E. Howard et bien sûr J. R. R. Tolkien figurent, paraît-il, en bonne place pour ce qui est d'évoquer la création du genre sous sa forme moderne. <br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">A priori</span>, le documentaire devrait être disponible sur France.tv, la plate-forme de France Télévisions, dès le 19 décembre prochain, puis diffusé à la télé en “prime time”, d'abord le 31 décembre sur la chaîne France 5, puis ultérieurement à d'autres dates. <br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Peace and Love</span>, <br />
<br />
B.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Agatha Christie - Hercule Poirot]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5092</link>
			<pubDate>Sun, 23 Nov 2025 04:31:19 +0100</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5092</guid>
			<description><![CDATA[Il était déjà probable que ce soit le cas, mais un livre faisant partie d'une <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=3193&amp;pid=89184#pid89184" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">vente aux enchères</a> cet automne pourrait peut-être finir par le confirmer : J. R. R. Tolkien a sans doute pu lire au moins une des enquêtes d'Hercule Poirot écrites par Agatha Christie. <br />
<br />
Comme je l'ai donc évoqué dans le <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=3193&amp;pid=89184#pid89184" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau</a> de la revue de presse, a été tout récemment mis en vente un bel exemplaire, que j'ai particulièrement remarqué, de la première édition d'un roman portant une mention comme ayant été offert par Edith Tolkien à son mari en décembre 1959, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Chat et les Pigeons</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Cat Among the Pigeons</span>), une enquête d'Hercule Poirot dont je recommande la lecture et qu'Oronzo Cilli pourra (peut-être) désormais faire figurer parmi les romans d'Agatha Christie que J. R. R. Tolkien a probablement lu (jusqu'à maintenant, Cilli n'avait pu référencer que le roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">À l'hôtel Bertram</span> [<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">At Bertram's Hotel</span>, 1965], mettant en scène Miss Marple). <br />
<br />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1763868339_agatha_christie_-_le_chat_et_les_pigeons_-_masque_2011.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1763868339_agatha_christie_-_le_chat_et_...e_2011.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
Je recommande la lecture du roman, paru en 1959 et traduit en français dès 1960, mais aussi le visionnage de l'adaptation qui en a été proposé en 2008, dans le cadre la fameuse et excellente série télévisée <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Hercule Poirot</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Agatha Christie's Poirot</span>) avec David Suchet dans le rôle du détective (saison 11, épisode 2) : ladite adaptation prend des libertés avec le roman, mais plutôt pour le meilleur à mon sens, car elle fait notamment intelligemment apparaître Poirot dès le début de l'histoire plutôt que seulement dans la dernière partie de l'intrigue, qui se passe dans un pensionnat britannique pour jeunes filles « de bonne famille » nommé Meadowbank. <br />
<br />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1763867613_poirot_suchet_-_cat_among_pigeons.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1763867613_poirot_suchet_-_cat_among_pigeons.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
Pour l'anecdote, cette enquête de Poirot a la particularité de laisser entendre que le célèbre détective belge, qui pourtant partage avec Tolkien un mélange de pruderie victorienne et de piété catholique, serait un connaisseur en matière de genoux féminins : <br />
<br />
[colonne][gauche=Agatha Christie, &lt;i&gt;Cat Among the Pigeons&lt;/i&gt;, 1959, rééd. Londres, HarperCollins Publishers, 2002, chap. 23, p. 312. ][...]<br />
‘I did ask,’ said Hercule Poirot, in a thoughtful voice, ‘as to whether anyone had noticed Shaista's knees. Knees are a very good indication of age. The knees of a woman of twenty-three or twenty-four can never really be mistaken for the knees of a girl of fourteen or fifteen. Nobody, alas, had noticed her knees.<br />
[...]’[/gauche][droite=Agatha Christie, &lt;i&gt;Le Chat et les Pigeons&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Cat Among the Pigeons&lt;/i&gt;, 1959), traduction révisée de Jean-Marc Mendel (légèrement modifiée par votre serviteur), Paris, Librairie des Champs-Élysées, 1960, rééd. éditions du Masque, 2011, chap. 23, p. 291.][...]<br />
 » J'ai demandé, poursuivit Hercule Poirot d'une voix pensive, si quelqu'un avait remarqué les genoux de Shaista. Les genoux donnent une très bonne indication de l'âge réel. Ceux d'une femme de vingt-trois ou vingt-quatre ans ne peuvent être confondus avec ceux d'une adolescente de quinze. Malheureusement, personne n'a prêté attention à ses genoux. <br />
[...][/droite][/colonne]<br />
<br />
Il se trouve que dans l'adaptation du roman en téléfilm pour la série, Poirot se renseigne discrètement lui-même sur ce point, par un coup d'œil attentif sous un pupitre, en prétextant de ramasser un objet qu'il a fait tomber par terre, durant l'interrogatoire de la suspecte en question, en jupe longue mais pouvant laisser voir ses genoux en étant assise. <br />
<br />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1763868033_hercule_poirot_serie-tv_s11-e02_le-chat-et-les-pigeons_2008.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1763868033_hercule_poirot_serie-tv_s11-e...s_2008.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
C'est une curiosité amusante, pour qui connait l'univers généralement très policé, voire guindé, celui de la « bonne société » britannique, dans lequel évolue les enquêteurs mis en scène par Agatha Christie. <br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Peace and Love</span>,<br />
<br />
B. <br />
<br />
<br />
P.S. (23/11/2025, 10h50) : des doutes ont été émis concernant l'authenticité de lots de la vente aux enchères évoquée en préambule et comme je l'ai écrit <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=3193&amp;pid=89187#pid89187" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">ailleurs</a>, ce serait dommage, d'un point de vue documentaire (le seul qui m'intéresse), que l'exemplaire du roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Cat Among the Pigeons</span> soit finalement aussi concerné, mais bon... que cela n'empêche pas de parler ici d'Agatha Christie et de son Poirot, le prétexte de cette vente en valant bien un autre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Il était déjà probable que ce soit le cas, mais un livre faisant partie d'une <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=3193&amp;pid=89184#pid89184" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">vente aux enchères</a> cet automne pourrait peut-être finir par le confirmer : J. R. R. Tolkien a sans doute pu lire au moins une des enquêtes d'Hercule Poirot écrites par Agatha Christie. <br />
<br />
Comme je l'ai donc évoqué dans le <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=3193&amp;pid=89184#pid89184" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau</a> de la revue de presse, a été tout récemment mis en vente un bel exemplaire, que j'ai particulièrement remarqué, de la première édition d'un roman portant une mention comme ayant été offert par Edith Tolkien à son mari en décembre 1959, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Chat et les Pigeons</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Cat Among the Pigeons</span>), une enquête d'Hercule Poirot dont je recommande la lecture et qu'Oronzo Cilli pourra (peut-être) désormais faire figurer parmi les romans d'Agatha Christie que J. R. R. Tolkien a probablement lu (jusqu'à maintenant, Cilli n'avait pu référencer que le roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">À l'hôtel Bertram</span> [<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">At Bertram's Hotel</span>, 1965], mettant en scène Miss Marple). <br />
<br />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1763868339_agatha_christie_-_le_chat_et_les_pigeons_-_masque_2011.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1763868339_agatha_christie_-_le_chat_et_...e_2011.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
Je recommande la lecture du roman, paru en 1959 et traduit en français dès 1960, mais aussi le visionnage de l'adaptation qui en a été proposé en 2008, dans le cadre la fameuse et excellente série télévisée <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Hercule Poirot</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Agatha Christie's Poirot</span>) avec David Suchet dans le rôle du détective (saison 11, épisode 2) : ladite adaptation prend des libertés avec le roman, mais plutôt pour le meilleur à mon sens, car elle fait notamment intelligemment apparaître Poirot dès le début de l'histoire plutôt que seulement dans la dernière partie de l'intrigue, qui se passe dans un pensionnat britannique pour jeunes filles « de bonne famille » nommé Meadowbank. <br />
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<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1763867613_poirot_suchet_-_cat_among_pigeons.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1763867613_poirot_suchet_-_cat_among_pigeons.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
Pour l'anecdote, cette enquête de Poirot a la particularité de laisser entendre que le célèbre détective belge, qui pourtant partage avec Tolkien un mélange de pruderie victorienne et de piété catholique, serait un connaisseur en matière de genoux féminins : <br />
<br />
[colonne][gauche=Agatha Christie, &lt;i&gt;Cat Among the Pigeons&lt;/i&gt;, 1959, rééd. Londres, HarperCollins Publishers, 2002, chap. 23, p. 312. ][...]<br />
‘I did ask,’ said Hercule Poirot, in a thoughtful voice, ‘as to whether anyone had noticed Shaista's knees. Knees are a very good indication of age. The knees of a woman of twenty-three or twenty-four can never really be mistaken for the knees of a girl of fourteen or fifteen. Nobody, alas, had noticed her knees.<br />
[...]’[/gauche][droite=Agatha Christie, &lt;i&gt;Le Chat et les Pigeons&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Cat Among the Pigeons&lt;/i&gt;, 1959), traduction révisée de Jean-Marc Mendel (légèrement modifiée par votre serviteur), Paris, Librairie des Champs-Élysées, 1960, rééd. éditions du Masque, 2011, chap. 23, p. 291.][...]<br />
 » J'ai demandé, poursuivit Hercule Poirot d'une voix pensive, si quelqu'un avait remarqué les genoux de Shaista. Les genoux donnent une très bonne indication de l'âge réel. Ceux d'une femme de vingt-trois ou vingt-quatre ans ne peuvent être confondus avec ceux d'une adolescente de quinze. Malheureusement, personne n'a prêté attention à ses genoux. <br />
[...][/droite][/colonne]<br />
<br />
Il se trouve que dans l'adaptation du roman en téléfilm pour la série, Poirot se renseigne discrètement lui-même sur ce point, par un coup d'œil attentif sous un pupitre, en prétextant de ramasser un objet qu'il a fait tomber par terre, durant l'interrogatoire de la suspecte en question, en jupe longue mais pouvant laisser voir ses genoux en étant assise. <br />
<br />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1763868033_hercule_poirot_serie-tv_s11-e02_le-chat-et-les-pigeons_2008.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1763868033_hercule_poirot_serie-tv_s11-e...s_2008.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
C'est une curiosité amusante, pour qui connait l'univers généralement très policé, voire guindé, celui de la « bonne société » britannique, dans lequel évolue les enquêteurs mis en scène par Agatha Christie. <br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Peace and Love</span>,<br />
<br />
B. <br />
<br />
<br />
P.S. (23/11/2025, 10h50) : des doutes ont été émis concernant l'authenticité de lots de la vente aux enchères évoquée en préambule et comme je l'ai écrit <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=3193&amp;pid=89187#pid89187" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">ailleurs</a>, ce serait dommage, d'un point de vue documentaire (le seul qui m'intéresse), que l'exemplaire du roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Cat Among the Pigeons</span> soit finalement aussi concerné, mais bon... que cela n'empêche pas de parler ici d'Agatha Christie et de son Poirot, le prétexte de cette vente en valant bien un autre.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[A. A. Milne - Winnie l'ourson]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5081</link>
			<pubDate>Sun, 22 Jun 2025 21:17:56 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5081</guid>
			<description><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1750619481_ernest_h_shepard_illustration_winnie_the_pooh_and_piglet_in_the_golden_evening.jpg" width="45%"&gt;<br />
[small]Ernest H. Shepard (1879-1976).<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">“Pooh and Piglet walked home thoughtfully together in the golden evening, and for a long time they were silent”</span>.<br />
Œuvre originale signée illustrant <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Winnie-the-Pooh</span> de A. A. Milne (1926).<br />
Crayon et encre sur carton d'illustration, 80 x 135 mm.<br />
Collection privée.[/small]<br />
<br />
[séparation]<br />
<br />
[colonne][gauche=Alan Alexander Milne (1882-1956), &lt;i&gt;Winnie-the-Pooh&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Winnie l'ourson&lt;/i&gt;), 1926, Chapitre 10.]Later on, [...] Pooh and Piglet walked home thoughtfully together in the golden evening, and for a long time they were silent. <br />
“When you wake up in the morning, Pooh,” said Piglet at last, “what's the first thing you say to yourself?”<br />
“What's for breakfast?” said Pooh. “What do you say, Piglet?”<br />
“I say, I wonder what's going to happen exciting <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">today?</span>” said Piglet.<br />
Pooh nodded thoughtfully.<br />
“It's the same thing,” he said.[/gauche][droite=Traduction de votre serviteur.]Plus tard, [...] Winnie et Porcinet rentrèrent à la maison, pensifs ensemble, dans le soir doré, et restèrent longtemps silencieux. <br />
« Quand tu te réveilles le matin, Winnie, dit enfin Porcinet, quelle est la première chose que tu te dis ? »<br />
« Qu'est-ce qu'il y a au petit déjeuner ? » dit Winnie. « Et toi, que te dis-tu, Porcinet ? »<br />
« Je me demande ce qui va se passer d'excitant <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">aujourd'hui ?</span> » répondit Porcinet.<br />
Winnie hocha pensivement la tête.<br />
« C'est la même chose », dit-il.[/droite][/colonne]<br />
<br />
[séparation]<br />
<br />
Bonne soirée à toutes et à tous,<br />
<br />
B.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1750619481_ernest_h_shepard_illustration_winnie_the_pooh_and_piglet_in_the_golden_evening.jpg" width="45%"&gt;<br />
[small]Ernest H. Shepard (1879-1976).<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">“Pooh and Piglet walked home thoughtfully together in the golden evening, and for a long time they were silent”</span>.<br />
Œuvre originale signée illustrant <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Winnie-the-Pooh</span> de A. A. Milne (1926).<br />
Crayon et encre sur carton d'illustration, 80 x 135 mm.<br />
Collection privée.[/small]<br />
<br />
[séparation]<br />
<br />
[colonne][gauche=Alan Alexander Milne (1882-1956), &lt;i&gt;Winnie-the-Pooh&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Winnie l'ourson&lt;/i&gt;), 1926, Chapitre 10.]Later on, [...] Pooh and Piglet walked home thoughtfully together in the golden evening, and for a long time they were silent. <br />
“When you wake up in the morning, Pooh,” said Piglet at last, “what's the first thing you say to yourself?”<br />
“What's for breakfast?” said Pooh. “What do you say, Piglet?”<br />
“I say, I wonder what's going to happen exciting <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">today?</span>” said Piglet.<br />
Pooh nodded thoughtfully.<br />
“It's the same thing,” he said.[/gauche][droite=Traduction de votre serviteur.]Plus tard, [...] Winnie et Porcinet rentrèrent à la maison, pensifs ensemble, dans le soir doré, et restèrent longtemps silencieux. <br />
« Quand tu te réveilles le matin, Winnie, dit enfin Porcinet, quelle est la première chose que tu te dis ? »<br />
« Qu'est-ce qu'il y a au petit déjeuner ? » dit Winnie. « Et toi, que te dis-tu, Porcinet ? »<br />
« Je me demande ce qui va se passer d'excitant <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">aujourd'hui ?</span> » répondit Porcinet.<br />
Winnie hocha pensivement la tête.<br />
« C'est la même chose », dit-il.[/droite][/colonne]<br />
<br />
[séparation]<br />
<br />
Bonne soirée à toutes et à tous,<br />
<br />
B.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Aux Sources de la Fantasy (ARTE)]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5040</link>
			<pubDate>Tue, 28 Feb 2023 23:59:40 +0100</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5040</guid>
			<description><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1677624472_aux_sources_de_la_fantasy_-_arte_-_dec_2022.jpg"  width="457" /&gt;<br />
<br />
Il est déjà bien tard pour en parler en ces lieux, mais puisque personne ne l'a encore fait et qu'il reste encore quelques jours...<br />
<br />
En décembre dernier, la chaîne ARTE a diffusé une série documentaire avec John Howe (JH), « <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023182/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Aux Sources de la Fantasy</a> », une série créée par Yannis et Alexis Metzinger, écrite et réalisée par Stephan Roelants, dans le sillage d'autres séries documentaires avec JH dont la thématique était généralement tolkienienne, si je me souviens bien. <br />
<br />
Cette fois-ci, il s'agissait d'aller au-delà (ou autour) de Tolkien pour aborder d'autres auteurs identifiées comme étant aux sources de la fantasy : les frères Grimm, William Morris, H. P. Lovecraft, et Robert E. Howard, qui ont tous fait l'objet d'un épisode spécifique de la série documentaire.<br />
<br />
Voici des liens vers les quatre volets de cette série visibles en ligne sur Arte.tv (il ne reste plus que très peu de temps pour voir celui sur les frères Grimm... mais chaque volet dure seulement 26 ou 27 minutes environ) :<br />
<ul class="mycode_list"><li>&lt;b&gt;Les contes de Grimm&lt;/b&gt; (avec la participation de Terry Gilliam et Katinka Metzner) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-001-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-001...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 4 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 3 mars 2023) ;<br />
</li>
<li>&lt;b&gt;William Morris&lt;/b&gt; (avec la participation de Robin Hobb et Philippa Bennett) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-002-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-002...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 11 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 10 mars 2023) ;<br />
</li>
<li>&lt;b&gt;H. P. Lovecraft&lt;/b&gt; (avec la participation de Mike Mignola et S. T. Joshi) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-003-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-003...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 18 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 17 mars 2023) ;<br />
</li>
<li>&lt;b&gt;Robert E. Howard&lt;/b&gt; (avec la participation de Barry Windsor-Smith et Patrice [Louinet]) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-004-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-004...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 25 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 24 mars 2023).<br />
</li>
</ul>
<br />
À noter éventuellement, au passage, que s'agissant du troisième volet consacré à William Morris, on peut y voir une mise en scène dessinée (soignée) d'un &lt;i&gt;romance&lt;/i&gt; de Morris méconnu, &lt;i&gt;Le Lac aux Îles Enchantées&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Water of the Wondrous Isles&lt;/i&gt;), auquel j'ai consacré un article pour la revue &lt;i&gt;Fantasy Art and Studies&lt;/i&gt; en 2018 (n°4, p. 11-21 : <a href="https://fr.calameo.com/read/0049974318461ba0e43ec" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://fr.calameo.com/read/0049974318461ba0e43ec</a> ).<br />
<br />
Des bonus pour chaque volet de la série documentaire ont été proposés, dans le sillage des diffusions, par Alexis Metzinger via son compte sur Twitter : <a href="https://twitter.com/AlexisMetzinger" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://twitter.com/AlexisMetzinger</a><br />
<br />
&lt;i&gt;Peace and love&lt;/i&gt;,<br />
<br />
B.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1677624472_aux_sources_de_la_fantasy_-_arte_-_dec_2022.jpg"  width="457" /&gt;<br />
<br />
Il est déjà bien tard pour en parler en ces lieux, mais puisque personne ne l'a encore fait et qu'il reste encore quelques jours...<br />
<br />
En décembre dernier, la chaîne ARTE a diffusé une série documentaire avec John Howe (JH), « <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023182/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Aux Sources de la Fantasy</a> », une série créée par Yannis et Alexis Metzinger, écrite et réalisée par Stephan Roelants, dans le sillage d'autres séries documentaires avec JH dont la thématique était généralement tolkienienne, si je me souviens bien. <br />
<br />
Cette fois-ci, il s'agissait d'aller au-delà (ou autour) de Tolkien pour aborder d'autres auteurs identifiées comme étant aux sources de la fantasy : les frères Grimm, William Morris, H. P. Lovecraft, et Robert E. Howard, qui ont tous fait l'objet d'un épisode spécifique de la série documentaire.<br />
<br />
Voici des liens vers les quatre volets de cette série visibles en ligne sur Arte.tv (il ne reste plus que très peu de temps pour voir celui sur les frères Grimm... mais chaque volet dure seulement 26 ou 27 minutes environ) :<br />
<ul class="mycode_list"><li>&lt;b&gt;Les contes de Grimm&lt;/b&gt; (avec la participation de Terry Gilliam et Katinka Metzner) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-001-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-001...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 4 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 3 mars 2023) ;<br />
</li>
<li>&lt;b&gt;William Morris&lt;/b&gt; (avec la participation de Robin Hobb et Philippa Bennett) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-002-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-002...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 11 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 10 mars 2023) ;<br />
</li>
<li>&lt;b&gt;H. P. Lovecraft&lt;/b&gt; (avec la participation de Mike Mignola et S. T. Joshi) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-003-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-003...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 18 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 17 mars 2023) ;<br />
</li>
<li>&lt;b&gt;Robert E. Howard&lt;/b&gt; (avec la participation de Barry Windsor-Smith et Patrice [Louinet]) : <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/098408-004-A/aux-sources-de-la-fantasy/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.arte.tv/fr/videos/098408-004...a-fantasy/</a> (diffusé sur ARTE le 25 décembre 2022 ; disponible jusqu'au 24 mars 2023).<br />
</li>
</ul>
<br />
À noter éventuellement, au passage, que s'agissant du troisième volet consacré à William Morris, on peut y voir une mise en scène dessinée (soignée) d'un &lt;i&gt;romance&lt;/i&gt; de Morris méconnu, &lt;i&gt;Le Lac aux Îles Enchantées&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Water of the Wondrous Isles&lt;/i&gt;), auquel j'ai consacré un article pour la revue &lt;i&gt;Fantasy Art and Studies&lt;/i&gt; en 2018 (n°4, p. 11-21 : <a href="https://fr.calameo.com/read/0049974318461ba0e43ec" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://fr.calameo.com/read/0049974318461ba0e43ec</a> ).<br />
<br />
Des bonus pour chaque volet de la série documentaire ont été proposés, dans le sillage des diffusions, par Alexis Metzinger via son compte sur Twitter : <a href="https://twitter.com/AlexisMetzinger" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://twitter.com/AlexisMetzinger</a><br />
<br />
&lt;i&gt;Peace and love&lt;/i&gt;,<br />
<br />
B.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Roland C. Wagner]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5010</link>
			<pubDate>Tue, 24 Aug 2021 20:52:25 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=436">Elendil</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=5010</guid>
			<description><![CDATA[J'ai un peu l'impression d'être le seul ici à évoquer Roland C. Wagner, alors même qu'il s'agit finalement d'un auteur quelque peu tolkienien, vu qu'il fut le premier à traduire l'épilogue posthume du SdA dans le <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">DRAGON Magazine</span> n° 9 en 1993, soit seulement un an après sa parution initiale dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Sauron Defeated</span>. J'avais <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4904&amp;pid=82981#pid82981" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">jadis</a> recommandé son grand roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Rêves de gloire</span> à Hyarion, mais j'ignore s'il l'a lu et ce qu'il en a pensé.<br />
<br />
Par bien des côtés, Roland C. Wagner était l'antithèse de Tolkien, mais il partageait avec lui ce qu'on pourrait nommer une forme d'élan démiurgique, puisque plus de la moitié des nombreux romans qu'il a écrits se déroule dans un même univers, à diverses époques. Bref, c'est un auteur que j'apprécie beaucoup et mon principal regret est qu'il soit mort trop tôt pour compléter la série qui constitue probablement son chef d’œuvre : <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">les Futurs Mystères de Paris</span>.<br />
<br />
Pour l'heure, je viens de compléter ma lecture des deux premiers tomes de l'intégrale raisonnée de ses œuvres de jeunesse, parue il y a quelques années aux Moutons électriques. La lecture du plus noir des romans qui la composent, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">les Derniers Jours de mai</span> m'a fait pensé, je l'avoue, à <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=1208&amp;pid=2683#pid2683" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">ce texte</a> de TB, pour différentes raisons (je ne sais pas si l'on aurait pu dire que Roland C. Wagner était un toxicomane, mais il avait dû expérimenter un bon nombre de drogues et il semble bien qu'il ait écrit -- ou au moins imaginé -- un certain nombre de ses œuvres sous acide...) Dans ce s deux volumes, je recommande particulièrement <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">le Serpent d'angoisse</span>, nonobstant son côté rétro, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Musique de l'énergie</span>, qui plaira sans doute à tout amateur de rock, et <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">le Paysage déchiré</span>, d'une inventivité débridée.<br />
<br />
E.<br />
<br />
[small]P.S. : Quelqu'un a des nouvelles de TB ?[/small]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[J'ai un peu l'impression d'être le seul ici à évoquer Roland C. Wagner, alors même qu'il s'agit finalement d'un auteur quelque peu tolkienien, vu qu'il fut le premier à traduire l'épilogue posthume du SdA dans le <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">DRAGON Magazine</span> n° 9 en 1993, soit seulement un an après sa parution initiale dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Sauron Defeated</span>. J'avais <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4904&amp;pid=82981#pid82981" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">jadis</a> recommandé son grand roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Rêves de gloire</span> à Hyarion, mais j'ignore s'il l'a lu et ce qu'il en a pensé.<br />
<br />
Par bien des côtés, Roland C. Wagner était l'antithèse de Tolkien, mais il partageait avec lui ce qu'on pourrait nommer une forme d'élan démiurgique, puisque plus de la moitié des nombreux romans qu'il a écrits se déroule dans un même univers, à diverses époques. Bref, c'est un auteur que j'apprécie beaucoup et mon principal regret est qu'il soit mort trop tôt pour compléter la série qui constitue probablement son chef d’œuvre : <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">les Futurs Mystères de Paris</span>.<br />
<br />
Pour l'heure, je viens de compléter ma lecture des deux premiers tomes de l'intégrale raisonnée de ses œuvres de jeunesse, parue il y a quelques années aux Moutons électriques. La lecture du plus noir des romans qui la composent, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">les Derniers Jours de mai</span> m'a fait pensé, je l'avoue, à <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=1208&amp;pid=2683#pid2683" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">ce texte</a> de TB, pour différentes raisons (je ne sais pas si l'on aurait pu dire que Roland C. Wagner était un toxicomane, mais il avait dû expérimenter un bon nombre de drogues et il semble bien qu'il ait écrit -- ou au moins imaginé -- un certain nombre de ses œuvres sous acide...) Dans ce s deux volumes, je recommande particulièrement <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">le Serpent d'angoisse</span>, nonobstant son côté rétro, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Musique de l'énergie</span>, qui plaira sans doute à tout amateur de rock, et <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">le Paysage déchiré</span>, d'une inventivité débridée.<br />
<br />
E.<br />
<br />
[small]P.S. : Quelqu'un a des nouvelles de TB ?[/small]]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Séries télé]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4989</link>
			<pubDate>Sat, 22 May 2021 22:26:57 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=1351">Silmo</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4989</guid>
			<description><![CDATA[Je sais qu'il y a des séries TV avec des fans de Tolkien chez les réalisateurs et spectateurs.<br />
On connait ici des aficionados de "The Big Bang Theory" (j'en fais partie) avec des geeks tout aussi fans de Tolkien que de Sheldon Cooper (que celui qui n'a jamais regardé jette la première pierre).<br />
Je suis tombé ce soir sur un épisode du préquel "Young Sheldon" ou ce petit Geek s'amuse à relire Tolkien et c'est hilarant, par exemple avec sa soeur :<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">"Ca c'est pas possible, dans la lettre que Gandalf laisse pour Frodon au Poney Fringuant, il dit que c'est le solstice de l'An 1418 de la Comté, alors que dans l'annexe B, il dit que  Gandalf a parlé à Radagast le Brun le 29 juin, ce qui est impossible</span>"<br />
 Dans le même épisode Sheldon interroge son institutrice "<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Dans la Communauté de l'Anneau, les fondations de la Tour Sombre ont été enchantées par le Pouvoir de l'Anneau Unique, or dans l'annexe B du SdA, il est clair que Sauron a commencé la construction de la Tour Sombre en l'An mille du Second Âge, c'est à dire 600 ans avant que l'Anneau ne soit forgé</span>", "<br />
Ou encore "<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Sam Gamegie est né en 2963 et en l'an 2980 du 3eme âge dans l'annexe</span>",<br />
Puis  "<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Quand Frodon et Sam chevauchent à travers la Comté, la Lune va vers l'Ouest, mais selon le calendrier que Tolkien a créé, la Lune ne pouvait pas être visible</span>"<br />
<br />
Plus tard le petit Sheldon fait des cauchemars en tentant, sans y parvenir, de reconstituer le calendrier de la Comté.<br />
<br />
Je n'ai rien vérifié de tout cela mais l'épisode qui est consacré à Tolkien doit encore se trouver en ligne sur NRJ12 et c'est très drôle car ça fait penser à bien des discussions du forum JRRVF ou chez Tolkiendil. <br />
<br />
A voir pour ajouter à la doc sur Tolkien.<br />
<br />
S.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Je sais qu'il y a des séries TV avec des fans de Tolkien chez les réalisateurs et spectateurs.<br />
On connait ici des aficionados de "The Big Bang Theory" (j'en fais partie) avec des geeks tout aussi fans de Tolkien que de Sheldon Cooper (que celui qui n'a jamais regardé jette la première pierre).<br />
Je suis tombé ce soir sur un épisode du préquel "Young Sheldon" ou ce petit Geek s'amuse à relire Tolkien et c'est hilarant, par exemple avec sa soeur :<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">"Ca c'est pas possible, dans la lettre que Gandalf laisse pour Frodon au Poney Fringuant, il dit que c'est le solstice de l'An 1418 de la Comté, alors que dans l'annexe B, il dit que  Gandalf a parlé à Radagast le Brun le 29 juin, ce qui est impossible</span>"<br />
 Dans le même épisode Sheldon interroge son institutrice "<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Dans la Communauté de l'Anneau, les fondations de la Tour Sombre ont été enchantées par le Pouvoir de l'Anneau Unique, or dans l'annexe B du SdA, il est clair que Sauron a commencé la construction de la Tour Sombre en l'An mille du Second Âge, c'est à dire 600 ans avant que l'Anneau ne soit forgé</span>", "<br />
Ou encore "<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Sam Gamegie est né en 2963 et en l'an 2980 du 3eme âge dans l'annexe</span>",<br />
Puis  "<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Quand Frodon et Sam chevauchent à travers la Comté, la Lune va vers l'Ouest, mais selon le calendrier que Tolkien a créé, la Lune ne pouvait pas être visible</span>"<br />
<br />
Plus tard le petit Sheldon fait des cauchemars en tentant, sans y parvenir, de reconstituer le calendrier de la Comté.<br />
<br />
Je n'ai rien vérifié de tout cela mais l'épisode qui est consacré à Tolkien doit encore se trouver en ligne sur NRJ12 et c'est très drôle car ça fait penser à bien des discussions du forum JRRVF ou chez Tolkiendil. <br />
<br />
A voir pour ajouter à la doc sur Tolkien.<br />
<br />
S.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Socrate, Bouddha, Confucius, Jésus - Karl Jaspers]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4924</link>
			<pubDate>Tue, 24 Dec 2019 07:55:55 +0100</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4924</guid>
			<description><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1577170431_karl_jaspers_socrate_bouddha_confucius_jesus_10-18.jpg" width="269" /&gt;<br />
<br />
L'ouvrage usuel &lt;i&gt;La Philosophie de A à Z&lt;/i&gt; (sous la direction de Laurence Hansen-Løve) propose une synthèse si claire et concise de la pensée de Karl Jaspers (1883-1969) que je ne peux guère ici faire autrement que de fortement m'en inspirer pour la présenter dans ce fuseau, avant d'évoquer ensuite un ouvrage en particulier : la première partie de la série d'écrits de Jaspers publiée sous le titre &lt;i&gt;Les Grands philosophes&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Die Grossen Philosophen&lt;/i&gt;), partie consacrée à Socrate, Bouddha, Confucius et Jésus de Nazareth. <br />
<br />
Jaspers est un philosophe qui accorde un sens particulier à l'existence. Cette dernière, selon lui, ne peut qu'être éclairée, et non connue ou décrite. En ce sens, on peut affirmer une liberté existentielle, avec pour « éclairage » une quête philosophique pouvant aussi bien orienter ou égarer, et qui peut mener à la source (transcendantale) du sens, mais en tenant forcément compte de ce que Jaspers appelle les « situations-limites », voire les « situations-limites particulières », que sont la naissance, la mort, la souffrance, le hasard, le combat, la faute (sans parler de péché), et qui font que cette liberté existentielle s'enracine dans le monde réel, la transcendance, elle, restant cachée. <br />
<br />
Dès lors, qu'est-ce que la vérité absolue ? Quelque-chose d'inaccessible, d'impossible à établir. Irréductibles et plurielles, telles sont les modalités de la vérité : pour les désigner, Jaspers parle de « modes de l'englobant ». À cette aune, les vérités de la vie et celles de la conscience ne sont pas la même chose, et les vérités de l'existence que sont les certitudes et convictions religieuses ne sont pas valables pour tous. Cependant, la vérité est ce qui lie les êtres humains entre eux - « la vérité est ce qui nous rattache les uns aux autres » -, en ce que son principe véritable est en fait ce que Jaspers appelle la « communication illimitée » : écoute, dialogue, partage, sans aucun dogmatisme, sur la base de la bonne volonté de tous, quelles que soient les idées, les traditions, les cultures, sont la condition d'une pensée vraie parce que vivante, non figée - soit ce que j'appelle moi-même une &lt;i&gt;pensée en mouvement&lt;/i&gt; -, et mise au service d'une unité de l'humanité conçue comme à la fois précaire en étant perpétuellement inachevée et féconde en étant forcément plurielle. <br />
<br />
C'est à cette aune que Jaspers considère l'histoire de l'être humain et de sa pensée, en nommant notamment « tournant axial de l'humanité », ou « période axiale », l'époque très ancienne, antique - Jaspers la situe en particulier de 800 à 200 ans av. J.-C. -, où l'être humain, en plusieurs endroits du monde (Grèce, Palestine, Perse, Inde, Chine), est devenu une question pour lui-même, où le concept transcendant de Dieu fut façonné et où se sont établis les fondements d'une pensée de l'humain conscient de son être et de ses limites. <br />
Et c'est ainsi que j'ai été marqué, durant mes jeunes années d'initiation à la réflexion philosophique (une seule année de lycée, mais une année féconde vis-à-vis des quelques années autodidactes qui ont suivi), par le regard qu'a proposé Karl Jaspers sur les grands philosophes, et surtout au-delà, sur les figures qu'il a appelé « ceux qui ont donné la mesure de l'humain » : <br />
<br />
[citation=Karl Jaspers, &lt;i&gt;Les Grands philosophes&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Die Grossen Philosophen&lt;/i&gt;, 1959), I. &lt;i&gt;Ceux qui ont donné la mesure de l'humain : Socrate - Bouddha - Confucius - Jésus&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par C. Floquet, J. Hersch, N. Naef, X. Tilliette, sous la direction de Jeanne Hersch, Paris, Union Générale d'Éditions, coll. "Le Monde en 10/18", 1966, Introduction, IV., 2., p. 47 (trad. X. Tilliette).]... des hommes qui, par leur vie et leur nature, ont défini historiquement l'être-humain comme nul autre ne l'a fait. Ils sont attestés par une action qui perdure à travers les millénaires jusqu'à aujourd'hui : Socrate, Bouddha, Confucius, Jésus. On ne pourrait guère en nommer un cinquième de la même puissance historique, on n'en citerait aucun qui nous parlât encore aujourd'hui d'aussi haut&lt;b&gt;(*)&lt;/b&gt;. On peut hésiter à les appeler des philosophes. Mais ils ont eu pour la philosophie une importance hors de pair. Ils n'ont rien écrit (hormis [peut-être] Confucius). Mais ils sont devenus le fondement de prodigieux mouvements de pensée philosophiques. Nous les appelons « ceux qui ont donné la mesure de l'humain ». Ils se tiennent avant et en dehors de tous les autres, pour qui l'appelation de philosophes répond à l'opinion universelle.<br />
<br />
&lt;small&gt;&lt;b&gt;(*)&lt;/b&gt; L'auteur écrit, nettement plus loin, qu'il faudrait aussi penser à Abraham, Moïse, Élie, Zarathoustra, Ésaïe, Jérémie, Mahomet, Lao-tseu, Pythagore, « mais » selon lui « l'influence historique d'aucun d'entre eux n'atteint, par l'ampleur et la durée, celle de ces quatre [Socrate, Bouddha, Confucius, Jésus]. Le seul à avoir exercé historiquement une influence comparable, Mahomet, ne les approche pas quant à la profondeur de l'être. » (NdR)&lt;/small&gt;[/citation]<br />
<br />
Évoquer conjointement Socrate, le Bouddha, Confucius et Jésus de Nazareth est une démarche qui m'a interpellé d'emblée par son originalité (lorsque j'ai découvert l'ouvrage en question, il y a déjà une vingtaine d'années, c'était en tout cas fort nouveau et stimulant pour moi), particulièrement en ce qui concerne l'appréhension de la figure de Jésus, soit ici une appréhension philosophique, à hauteur d'être humain. Or, s'agissant de ceux qui, selon lui, ont donné la mesure de l'humain, Jaspers l'écrit : « pour la quête philosophique, ils sont des hommes. » Le portrait commun qu'il fait d'eux est comme le seuil d'un vertigineux champ des possibles, mais aussi comme une porte vers les chemins de la pensée dont, encore aujourd'hui, j'avoue ne pas avoir vu ailleurs de véritable équivalent.<br />
<br />
Voici précisément ce que Jaspers écrit quant à notre attitude envers ces quatre figures, et qui me parait pertinent à bien des égards, même si deux d'entre elles (Socrate et Jésus) me sont personnellement plus familières que les autres, et même si bien sûr il y a toujours là matière à débat :<br />
<br />
[citation=Karl Jaspers, &lt;i&gt;Les Grands philosophes&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Die Grossen Philosophen&lt;/i&gt;), I. &lt;i&gt;Ceux qui ont donné la mesure de l'humain : Socrate - Bouddha - Confucius - Jésus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, En marge de la première partie, p. 311-315 (trad. Jeanne Hersch).]Ils ne sont pas des philosophes ; en effet, la science leur était indifférente, alors que la philosophie est une pensée en cheminement conditionnée par les sciences. [...] Les quatre ne sont pas représentés dans l'histoire de la philosophie par des positions définissables en termes rationnels. [...] Trois d'entre eux sont considérés par de grandes communautés religieuses comme leur fondateur. Aux yeux de celles-ci, il est absurde de regarder comme des philosophes ces envoyés de Dieu. Dans quel sens, dès lors, peut-on les revendiquer aussi pour la philosophie ?<br />
Pour eux, la religion, au sens de ce qui appartient au culte et à la réalité ecclésiale, n'est pas essentielle. Ils représentent une réalité historique qui a ses exigences envers la philosophie et la religion et qui se refuse à être usurpée comme propriété exclusive de l'une ou de l'autre. La philosophie peut revendiquer son droit à se laisser inspirer par les expériences de ces très grands et par la présence agissante de leur personnalité.<br />
Le caractère originel, une vie dont ils assumaient personnellement le risque, sans qu'aucune communauté existât à l'avance pour encadrer leur action, cela se retrouve chez Jésus, chez Bouddha, chez Confucius, comme aussi chez Socrate. Tous quatre sont apparus comme les figures exemplaires qu'ils sont en effet, sans s'être donnés eux-mêmes en exemple (le mot « Je suis le chemin, la vérité et la vie » de l'évangile selon saint Jean n'est sûrement pas de Jésus). Mais ils devinrent de tels modèles, ils forgèrent une certaine manière d'être homme, sans que leur apport inépuisable se laissât fixer de manière adéquate en lois ou en pensées. Et c'est ensuite seulement que leur image se transforma jusqu'à pouvoir devenir celle de Dieu.<br />
<br />
&lt;b&gt;Pour la quête philosophique, ils sont des hommes.&lt;/b&gt; Ils doivent nécessairement, étant des hommes, avoir les limites qui correspondent aux traits particuliers de leur caractère, et leur historicité propre doit les priver d'une validité universelle qui les imposerait à tous. Ils sont plusieurs, il n'y en a pas un dont la valeur soit exclusive et unique. Aussi lorsqu'on voit l'un d'entre eux érigé en absolu comme le seul excluant tous les autres, le vrai en soi, c'est que des croyants ont fait subir à son image une transformation qui la prive de sa simple humanité.<br />
La signification des quatre très grands dans leur réalité, c'est l'expérience fondamentale qu'ils font de la condition de l'homme et la confirmation qu'ils apportent de la tâche qui est la sienne. Ils l'expriment. Cela les amène à poser des questions-limites, auxquelles ils donnent des réponses. Ils ont en commun d'avoir actualisé les ultimes possibilités humaines, mais cet aspect commun n'a pas chez eux une seule et même signification. On ne saurait non plus faire de ces significations diverses un agrégat qui serait le tout de la vérité. Elles ont bien en fait des rapports entre elles puisqu'elles vivent de possibilités humaines sur lesquelles elles s'interrogent et auxquelles elles cherchent à répondre ; mais elles restent cependant disparates, extérieures les unes aux autres, car elles ne peuvent s'unifier en un seul être humain, qui s'engagerait, par exemple, à la fois dans ces voies diverses. <br />
Reste pourtant leur élément commun : des expériences et des impulsions propres à la condition humaine s'y annoncent jusque dans leurs conséquences extrêmes. Ce qu'il y a eu là d'essentiel, c'est ce qui reste à jamais l'essentiel pour la philosophie aussi. Il s'est avéré que tous quatre étaient historiquement indispensables, par leur activité réelle et leur manière de penser. Ils sont devenus des sources de la quête philosophique et une incitation à la résistance sans laquelle les résistants ne verraient pas clair en eux-mêmes. Aujourd'hui encore, nous nous demandons ce que peut être un rapport philosophique avec eux, et quelle relation ils ont entre eux pour celui qui les écoute tous, et ce qu'ils signifient, indépendamment des religions organisées pour qui ils sont des fondateurs et des autorités.<br />
Telle est notre attitude philosophique à leur égard : nous sommes saisis par ce qu'ils ont en commun car nous nous tenons avec eux au coeur de la condition humaine. Aucun d'entre eux ne peut nous être indifférent. Chacun est comme une vivante question qui se pose à nous et refuse de nous laisser tranquilles.<br />
Nous prenons conscience du fait que dans notre réalité propre nous ne suivons aucun d'entre eux. Éprouvant la distance qu'il y a entre leur sérieux et les problèmes de notre propre vie, nous ressentons la nécessité de découvrir le sérieux possible pour nous. Au cours de notre recherche, ces figures exemplaires nous aident à nous orienter, sans devenir des modèles à imiter. Mais le contenu restant indéterminé, il nous est possible de les suivre sur un point : en nous laissant atteindre par l'exigence de leur sérieux.<br />
<br />
[...] Nous suivrons Socrate lorsqu'il pose ses questions, sous le regard de l'autorité suprême, inconcevable, au fil d'une pensée qui est action intérieure; nous suivons Confucius dans son effort pour réaliser une naturelle humanité.<br />
Jésus et Bouddha sont présents d'une autre manière. Jésus enseigne, en vue de la fin du monde et du royaume de Dieu, la morale irréalisable du sermon sur la montagne. Bouddha montre le chemin conduisant, hors du monde, dans le Nirvana. Dans leur indifférence au monde, tous deux vivent de la suprême réalité. En fait, s'il y en a, les hommes qui les suivent sont très peu nombreux.<br />
À propos de Socrate et de Confucius aussi, nous ne pouvons guère, le plus souvent, faire nôtre le contenu de leur pensée, mais leur manière de penser reste pour nous un chemin. Quant à Jésus et Bouddha, ce n'est pas seulement le contenu, mais aussi la forme de leur vie et de leur pensée qui nous sont refusés, - ou alors, il faudrait les adopter avec les conséquences sans lesquelles tout reste déloyal. Ils n'en sont pas moins pour nous des interrogations d'une portée unique. Nous ne savons ce que nous sommes et ce que nous faisons qu'en voyant leur ombre tomber sur nous.<br />
Je crois que les Occidentaux, à peu d'exceptions près, lorsqu'ils se posent ces questions dans leur immédiateté et sans parti pris, en jugent de la même façon. Ce n'est qu'en laissant de côté des points décisifs et en recourant à des interprétations déformantes qui voilent les difficultés qu'on maintient la fiction d'une appartenance à Jésus et à Bouddha. La vérité qu'il peut y avoir cependant chez ceux qui se font les disciples de ces hommes uniques ne se trouve pas contestée par de tels manques de loyauté. Là où elle se réalise vraiment, elle commande le respect. Mais celui qui philosophe se doit de voir les conditions d'une telle appartenance et ses conséquences. Alors il peut, dans les situations concrètes de sa vie, et là seulement, savoir ce qu'il fait et ce qu'il veut.[/citation]<br />
<br />
Cordialement,<br />
<br />
Hyarion.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1577170431_karl_jaspers_socrate_bouddha_confucius_jesus_10-18.jpg" width="269" /&gt;<br />
<br />
L'ouvrage usuel &lt;i&gt;La Philosophie de A à Z&lt;/i&gt; (sous la direction de Laurence Hansen-Løve) propose une synthèse si claire et concise de la pensée de Karl Jaspers (1883-1969) que je ne peux guère ici faire autrement que de fortement m'en inspirer pour la présenter dans ce fuseau, avant d'évoquer ensuite un ouvrage en particulier : la première partie de la série d'écrits de Jaspers publiée sous le titre &lt;i&gt;Les Grands philosophes&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Die Grossen Philosophen&lt;/i&gt;), partie consacrée à Socrate, Bouddha, Confucius et Jésus de Nazareth. <br />
<br />
Jaspers est un philosophe qui accorde un sens particulier à l'existence. Cette dernière, selon lui, ne peut qu'être éclairée, et non connue ou décrite. En ce sens, on peut affirmer une liberté existentielle, avec pour « éclairage » une quête philosophique pouvant aussi bien orienter ou égarer, et qui peut mener à la source (transcendantale) du sens, mais en tenant forcément compte de ce que Jaspers appelle les « situations-limites », voire les « situations-limites particulières », que sont la naissance, la mort, la souffrance, le hasard, le combat, la faute (sans parler de péché), et qui font que cette liberté existentielle s'enracine dans le monde réel, la transcendance, elle, restant cachée. <br />
<br />
Dès lors, qu'est-ce que la vérité absolue ? Quelque-chose d'inaccessible, d'impossible à établir. Irréductibles et plurielles, telles sont les modalités de la vérité : pour les désigner, Jaspers parle de « modes de l'englobant ». À cette aune, les vérités de la vie et celles de la conscience ne sont pas la même chose, et les vérités de l'existence que sont les certitudes et convictions religieuses ne sont pas valables pour tous. Cependant, la vérité est ce qui lie les êtres humains entre eux - « la vérité est ce qui nous rattache les uns aux autres » -, en ce que son principe véritable est en fait ce que Jaspers appelle la « communication illimitée » : écoute, dialogue, partage, sans aucun dogmatisme, sur la base de la bonne volonté de tous, quelles que soient les idées, les traditions, les cultures, sont la condition d'une pensée vraie parce que vivante, non figée - soit ce que j'appelle moi-même une &lt;i&gt;pensée en mouvement&lt;/i&gt; -, et mise au service d'une unité de l'humanité conçue comme à la fois précaire en étant perpétuellement inachevée et féconde en étant forcément plurielle. <br />
<br />
C'est à cette aune que Jaspers considère l'histoire de l'être humain et de sa pensée, en nommant notamment « tournant axial de l'humanité », ou « période axiale », l'époque très ancienne, antique - Jaspers la situe en particulier de 800 à 200 ans av. J.-C. -, où l'être humain, en plusieurs endroits du monde (Grèce, Palestine, Perse, Inde, Chine), est devenu une question pour lui-même, où le concept transcendant de Dieu fut façonné et où se sont établis les fondements d'une pensée de l'humain conscient de son être et de ses limites. <br />
Et c'est ainsi que j'ai été marqué, durant mes jeunes années d'initiation à la réflexion philosophique (une seule année de lycée, mais une année féconde vis-à-vis des quelques années autodidactes qui ont suivi), par le regard qu'a proposé Karl Jaspers sur les grands philosophes, et surtout au-delà, sur les figures qu'il a appelé « ceux qui ont donné la mesure de l'humain » : <br />
<br />
[citation=Karl Jaspers, &lt;i&gt;Les Grands philosophes&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Die Grossen Philosophen&lt;/i&gt;, 1959), I. &lt;i&gt;Ceux qui ont donné la mesure de l'humain : Socrate - Bouddha - Confucius - Jésus&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par C. Floquet, J. Hersch, N. Naef, X. Tilliette, sous la direction de Jeanne Hersch, Paris, Union Générale d'Éditions, coll. "Le Monde en 10/18", 1966, Introduction, IV., 2., p. 47 (trad. X. Tilliette).]... des hommes qui, par leur vie et leur nature, ont défini historiquement l'être-humain comme nul autre ne l'a fait. Ils sont attestés par une action qui perdure à travers les millénaires jusqu'à aujourd'hui : Socrate, Bouddha, Confucius, Jésus. On ne pourrait guère en nommer un cinquième de la même puissance historique, on n'en citerait aucun qui nous parlât encore aujourd'hui d'aussi haut&lt;b&gt;(*)&lt;/b&gt;. On peut hésiter à les appeler des philosophes. Mais ils ont eu pour la philosophie une importance hors de pair. Ils n'ont rien écrit (hormis [peut-être] Confucius). Mais ils sont devenus le fondement de prodigieux mouvements de pensée philosophiques. Nous les appelons « ceux qui ont donné la mesure de l'humain ». Ils se tiennent avant et en dehors de tous les autres, pour qui l'appelation de philosophes répond à l'opinion universelle.<br />
<br />
&lt;small&gt;&lt;b&gt;(*)&lt;/b&gt; L'auteur écrit, nettement plus loin, qu'il faudrait aussi penser à Abraham, Moïse, Élie, Zarathoustra, Ésaïe, Jérémie, Mahomet, Lao-tseu, Pythagore, « mais » selon lui « l'influence historique d'aucun d'entre eux n'atteint, par l'ampleur et la durée, celle de ces quatre [Socrate, Bouddha, Confucius, Jésus]. Le seul à avoir exercé historiquement une influence comparable, Mahomet, ne les approche pas quant à la profondeur de l'être. » (NdR)&lt;/small&gt;[/citation]<br />
<br />
Évoquer conjointement Socrate, le Bouddha, Confucius et Jésus de Nazareth est une démarche qui m'a interpellé d'emblée par son originalité (lorsque j'ai découvert l'ouvrage en question, il y a déjà une vingtaine d'années, c'était en tout cas fort nouveau et stimulant pour moi), particulièrement en ce qui concerne l'appréhension de la figure de Jésus, soit ici une appréhension philosophique, à hauteur d'être humain. Or, s'agissant de ceux qui, selon lui, ont donné la mesure de l'humain, Jaspers l'écrit : « pour la quête philosophique, ils sont des hommes. » Le portrait commun qu'il fait d'eux est comme le seuil d'un vertigineux champ des possibles, mais aussi comme une porte vers les chemins de la pensée dont, encore aujourd'hui, j'avoue ne pas avoir vu ailleurs de véritable équivalent.<br />
<br />
Voici précisément ce que Jaspers écrit quant à notre attitude envers ces quatre figures, et qui me parait pertinent à bien des égards, même si deux d'entre elles (Socrate et Jésus) me sont personnellement plus familières que les autres, et même si bien sûr il y a toujours là matière à débat :<br />
<br />
[citation=Karl Jaspers, &lt;i&gt;Les Grands philosophes&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Die Grossen Philosophen&lt;/i&gt;), I. &lt;i&gt;Ceux qui ont donné la mesure de l'humain : Socrate - Bouddha - Confucius - Jésus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, En marge de la première partie, p. 311-315 (trad. Jeanne Hersch).]Ils ne sont pas des philosophes ; en effet, la science leur était indifférente, alors que la philosophie est une pensée en cheminement conditionnée par les sciences. [...] Les quatre ne sont pas représentés dans l'histoire de la philosophie par des positions définissables en termes rationnels. [...] Trois d'entre eux sont considérés par de grandes communautés religieuses comme leur fondateur. Aux yeux de celles-ci, il est absurde de regarder comme des philosophes ces envoyés de Dieu. Dans quel sens, dès lors, peut-on les revendiquer aussi pour la philosophie ?<br />
Pour eux, la religion, au sens de ce qui appartient au culte et à la réalité ecclésiale, n'est pas essentielle. Ils représentent une réalité historique qui a ses exigences envers la philosophie et la religion et qui se refuse à être usurpée comme propriété exclusive de l'une ou de l'autre. La philosophie peut revendiquer son droit à se laisser inspirer par les expériences de ces très grands et par la présence agissante de leur personnalité.<br />
Le caractère originel, une vie dont ils assumaient personnellement le risque, sans qu'aucune communauté existât à l'avance pour encadrer leur action, cela se retrouve chez Jésus, chez Bouddha, chez Confucius, comme aussi chez Socrate. Tous quatre sont apparus comme les figures exemplaires qu'ils sont en effet, sans s'être donnés eux-mêmes en exemple (le mot « Je suis le chemin, la vérité et la vie » de l'évangile selon saint Jean n'est sûrement pas de Jésus). Mais ils devinrent de tels modèles, ils forgèrent une certaine manière d'être homme, sans que leur apport inépuisable se laissât fixer de manière adéquate en lois ou en pensées. Et c'est ensuite seulement que leur image se transforma jusqu'à pouvoir devenir celle de Dieu.<br />
<br />
&lt;b&gt;Pour la quête philosophique, ils sont des hommes.&lt;/b&gt; Ils doivent nécessairement, étant des hommes, avoir les limites qui correspondent aux traits particuliers de leur caractère, et leur historicité propre doit les priver d'une validité universelle qui les imposerait à tous. Ils sont plusieurs, il n'y en a pas un dont la valeur soit exclusive et unique. Aussi lorsqu'on voit l'un d'entre eux érigé en absolu comme le seul excluant tous les autres, le vrai en soi, c'est que des croyants ont fait subir à son image une transformation qui la prive de sa simple humanité.<br />
La signification des quatre très grands dans leur réalité, c'est l'expérience fondamentale qu'ils font de la condition de l'homme et la confirmation qu'ils apportent de la tâche qui est la sienne. Ils l'expriment. Cela les amène à poser des questions-limites, auxquelles ils donnent des réponses. Ils ont en commun d'avoir actualisé les ultimes possibilités humaines, mais cet aspect commun n'a pas chez eux une seule et même signification. On ne saurait non plus faire de ces significations diverses un agrégat qui serait le tout de la vérité. Elles ont bien en fait des rapports entre elles puisqu'elles vivent de possibilités humaines sur lesquelles elles s'interrogent et auxquelles elles cherchent à répondre ; mais elles restent cependant disparates, extérieures les unes aux autres, car elles ne peuvent s'unifier en un seul être humain, qui s'engagerait, par exemple, à la fois dans ces voies diverses. <br />
Reste pourtant leur élément commun : des expériences et des impulsions propres à la condition humaine s'y annoncent jusque dans leurs conséquences extrêmes. Ce qu'il y a eu là d'essentiel, c'est ce qui reste à jamais l'essentiel pour la philosophie aussi. Il s'est avéré que tous quatre étaient historiquement indispensables, par leur activité réelle et leur manière de penser. Ils sont devenus des sources de la quête philosophique et une incitation à la résistance sans laquelle les résistants ne verraient pas clair en eux-mêmes. Aujourd'hui encore, nous nous demandons ce que peut être un rapport philosophique avec eux, et quelle relation ils ont entre eux pour celui qui les écoute tous, et ce qu'ils signifient, indépendamment des religions organisées pour qui ils sont des fondateurs et des autorités.<br />
Telle est notre attitude philosophique à leur égard : nous sommes saisis par ce qu'ils ont en commun car nous nous tenons avec eux au coeur de la condition humaine. Aucun d'entre eux ne peut nous être indifférent. Chacun est comme une vivante question qui se pose à nous et refuse de nous laisser tranquilles.<br />
Nous prenons conscience du fait que dans notre réalité propre nous ne suivons aucun d'entre eux. Éprouvant la distance qu'il y a entre leur sérieux et les problèmes de notre propre vie, nous ressentons la nécessité de découvrir le sérieux possible pour nous. Au cours de notre recherche, ces figures exemplaires nous aident à nous orienter, sans devenir des modèles à imiter. Mais le contenu restant indéterminé, il nous est possible de les suivre sur un point : en nous laissant atteindre par l'exigence de leur sérieux.<br />
<br />
[...] Nous suivrons Socrate lorsqu'il pose ses questions, sous le regard de l'autorité suprême, inconcevable, au fil d'une pensée qui est action intérieure; nous suivons Confucius dans son effort pour réaliser une naturelle humanité.<br />
Jésus et Bouddha sont présents d'une autre manière. Jésus enseigne, en vue de la fin du monde et du royaume de Dieu, la morale irréalisable du sermon sur la montagne. Bouddha montre le chemin conduisant, hors du monde, dans le Nirvana. Dans leur indifférence au monde, tous deux vivent de la suprême réalité. En fait, s'il y en a, les hommes qui les suivent sont très peu nombreux.<br />
À propos de Socrate et de Confucius aussi, nous ne pouvons guère, le plus souvent, faire nôtre le contenu de leur pensée, mais leur manière de penser reste pour nous un chemin. Quant à Jésus et Bouddha, ce n'est pas seulement le contenu, mais aussi la forme de leur vie et de leur pensée qui nous sont refusés, - ou alors, il faudrait les adopter avec les conséquences sans lesquelles tout reste déloyal. Ils n'en sont pas moins pour nous des interrogations d'une portée unique. Nous ne savons ce que nous sommes et ce que nous faisons qu'en voyant leur ombre tomber sur nous.<br />
Je crois que les Occidentaux, à peu d'exceptions près, lorsqu'ils se posent ces questions dans leur immédiateté et sans parti pris, en jugent de la même façon. Ce n'est qu'en laissant de côté des points décisifs et en recourant à des interprétations déformantes qui voilent les difficultés qu'on maintient la fiction d'une appartenance à Jésus et à Bouddha. La vérité qu'il peut y avoir cependant chez ceux qui se font les disciples de ces hommes uniques ne se trouve pas contestée par de tels manques de loyauté. Là où elle se réalise vraiment, elle commande le respect. Mais celui qui philosophe se doit de voir les conditions d'une telle appartenance et ses conséquences. Alors il peut, dans les situations concrètes de sa vie, et là seulement, savoir ce qu'il fait et ce qu'il veut.[/citation]<br />
<br />
Cordialement,<br />
<br />
Hyarion.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[David Lindsay - Voyage en Arcturus]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4903</link>
			<pubDate>Thu, 05 Sep 2019 02:47:40 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4903</guid>
			<description><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1567640388_david_lindsay_arcturus_couv_denoel_florence_magnin_1992.jpg"&gt;<br />
<br />
Je me permets d'évoquer en ces lieux &lt;i&gt;Voyage en Arcturus&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Un voyage en Arcturus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;A Voyage to Arcturus&lt;/i&gt;, 1920), roman de David Lindsay (1876-1945) dont j'avais trouvé un exemplaire à Paris, dans son édition en français de chez Denoël (coll. « Présence du Futur », rééd. de 1992, traduction de l'anglais par Claude Saunier), chez un bouquiniste des quais de Seine, il y a déjà quelques années, avant de me décider à le lire enfin cet été. <br />
<br />
Quel singulier ouvrage de fiction... <br />
À l'occasion d'une lettre à Stanley Unwin qui lui demandait son avis sur le roman &lt;i&gt;Au-delà de la planète silencieuse&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Out of the Silent Planet&lt;/i&gt;) de C.S. Lewis, J. R. R. Tolkien a évoqué en ces termes le roman de Lindsay en mars 1938, le jugeant apparemment digne de ses propres goûts atypiques en tant que lecteur de fictions :<br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;J'ai lu &lt;i&gt;Un voyage en Arcturus&lt;/i&gt; avec avidité - l'ouvrage le plus comparable [au roman de Lewis], bien qu'il soit à la fois plus puissant et plus mythique (et moins rationnel, et aussi moins fictionnel : personne ne pourrait le lire comme un simple thriller et sans s'intéresser à la philosophie, à la religion et à la morale).<br />
&lt;div class="refTitre"&gt;J. R. R. Tolkien, in &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, n°26 (traduction de votre serviteur).&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
De fait, quand on lit Lindsay, il est difficile de ne pas penser à Lewis : ce dernier s'est, à l'évidence, sensiblement inspiré de la « science-fiction » de Lindsay pour écrire sa &lt;i&gt;Trilogie cosmique&lt;/i&gt;, et pas seulement pour la méthode de voyage spatial. L'usage que fait Lindsay du merveilleux ainsi que des couleurs (parfois fictive pour certaines) pour évoquer son univers et notamment les nombreux paysages décrits, ainsi que son traitement plus ou moins allégorique des personnages et des situations, rappellent notamment &lt;i&gt;Perelandra&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Voyage à Venus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Perelandra&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Voyage to Venus&lt;/i&gt;, 1943). Pour autant, le postulat spirituel de Lindsay n'est pas du tout le même que celui d'un Lewis ou d'un Tolkien, ce qui invite bien sûr à relativiser l'importance des emprunts, qui me paraissent ici surtout formels, littéraires (un peu comme dans le cas de Tolkien vis-à-vis de William Morris). <br />
<br />
Ce roman peut être vu comme une proposition d'explication du monde et de la condition humaine à travers un voyage initiatique effectué par un personnage principal nommé Maskull, à partir d'une séance de spiritisme organisée un soir, dans une élégante résidence de Londres sur fond de musique opératique de Mozart, puis ensuite à partir d'une expédition spatiale en tenue d'Adam et dans une torpille de cristal depuis une tour s'élevant quelque-part sur la côte nord-est de l'Écosse. L'essentiel de l'action se passe en fait sur la planète Tormance, en orbite autour de l'étoile Arcturus qui, dans le roman, se révèle être une sorte de double système solaire, fait de la grande étoile Branchspell, et d'une étoile bleue plus petite nommée Alppain. <br />
Tormance est une planète où règne le merveilleux (notamment à travers sa flore et sa faune) et où l'on ne peut aller bien loin sans devoir subir une certaine modification corporelle, que ce soit par le sang ou par la modification spécifique de certains organes et l'adoption de nouveaux, par exemple en ce qui concerne la vue et le toucher : une perception adaptée pour chaque territoire traversé sur la planète en dépend, et c'est même une question de survie. Maskull, de chapitre en chapitre, parcourt ainsi Tormance, du Sud au Nord, vers un lieu nommé Muspel (nom semble-t-il dérivé de celui du &lt;i&gt;Múspellsheimr&lt;/i&gt; de la mythologie nordique), à travers divers territoires où il ne rencontre que très peu de personnages, lesquels, qu'ils soient masculins, féminins ou autres, ont souvent tendance à mourir que ce soit du fait de Maskull ou de quelqu'un d'autre. Le parcours du personnage principal a tendance à favoriser progressivement l'antipathie à son égard, tant du point de vue du lecteur que du personnage lui-même. Toute la variété des sentiments humains semble être au programme, mais en premier lieu la douleur. Il y a un aspect « réaliste froid » et austère dans la façon qu'à l'auteur d'exposer les préoccupations et actions du « héros », tandis que Tormance et les tourments physiques et psychiques qu'y connait Maskull apparaissent en fait comme une « réalité subcréée » difficile à saisir en soi, faute peut-être de véritable place pour l'émerveillement, qu'il soit ou non « faërique ». L'aventure, dans un sens fictionnel, n'en n'est pas vraiment une : ainsi, Lindsay n'invite pas à une suspension d'incrédulité, comme pourrait le faire un Tolkien ou même un Lewis, mais plutôt au contraire à se poser des questions sur tout ce qui est présenté au lecteur... Ce dernier est donc en fait invité, me semble-t-il, à une attitude plutôt sceptique, à tous les niveaux, ce qui n'est bien sûr pas un mal en soi (&lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; à mes yeux) mais qui peut cependant rendre difficile la lecture du roman en tant que tel (j'ai moi-même eu du mal à le terminer). Les noms de personnages, de lieux, parfois même d'une couleur, sont composés de termes anglais renvoyant à des concepts, des sensations, des éléments... Chaque contrée traversée correspond à une confrontation avec un système de pensée, un état d'esprit... Avec Lindsay, la pensée ne risque pas d'être changée en pierre ! ;-) <br />
Une explication finit tout de même par être donnée dans les dernières pages du livre, avec toutefois une fin assez ouverte, en quelque sorte. En somme, ce n'est pas de la science-fiction, ou peut-être n'est-ce même pas vraiment de la fantasy malgré une réelle présence du merveilleux, mais on a là plutôt affaire à une expérience spirituelle, au sens large, car il s'agit en fait d'un voyage à travers l'esprit humain, du moins à ce qu'il me semble.<br />
<br />
George W. Barlow — que les tolkienophiles peuvent notamment connaitre pour un article de lui consacré à Tolkien que Édouard J. Kloczko avait repris dans son recueil &lt;i&gt;Tolkien en France&lt;/i&gt; — n'avait pas aimé le livre de Lindsay lors de sa réédition en français en 1976 (1ère édition chez Denoêl : 1975) : <br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;Malgré le titre trompeur, ce livre de 1920 n'est pas de la SF : « &lt;i&gt;Il était sur une autre planète, mais cela ne l'émut ni ne l'exalta. Seules comptaient à présent pour lui les idées morales.&lt;/i&gt; » (p. 169-170) L'étrange y relève du merveilleux à valeur allégorique, comme ce bateau propulsé par des « pierres-mâles » qui « &lt;i&gt;dévorent les particules féminines s'élevant de la terre&lt;/i&gt; » (p. 279) et sert de cadre à l'itinéraire initiatique d'un personnage appelé Maskull (= « masculin » ?) qui, jonchant sa route des cadavres des hommes et des femmes qu'il rencontre, recherche le vrai dieu entre Spadevil (« Spade » + « devil » = « bèche-diable » ?), Surtur, Hator (« hâter », celui qui hait ?), Crystalman, Shaping (celui qui donne forme), Faceny, Krag. L'intérêt s'émousse vite, car le décor manque de consistance, les personnages de vie et les épisodes de cohésion ; le style est très didactique et d'un classicisme très rigide (jusqu'à l'alexandrin : « &lt;i&gt;je détruis la nature et j'établis la loi&lt;/i&gt; », p. 173). Quant à la pensée — à une époque où D.H. Lawrence ébranlait déjà le victorianisme — elle est carrément rétrograde : la passion de l'homme est « porteuse de honte », l'instinct de la femme « d'obéir à sa destinée » (p. 239) ; et finalement, c'est la douleur qui est divinisée. [...]<br />
&lt;div class="refTitre"&gt;George W. Barlow, dans &lt;i&gt;Fiction&lt;/i&gt; n° 269, 1976. <br />
&lt;small&gt;&lt;font color="#0000FF"&gt;N.B.: Les nombreuses critiques littéraires de Barlow pour la revue &lt;i&gt;Fiction&lt;/i&gt; (dont une concernant &lt;i&gt;Les Aventures de Tom Bombadil&lt;/i&gt;) sont lisibles sur le site de NooSFere &gt; &lt;/font&gt; <a href="https://www.noosfere.org/livres/critsigndetail.asp?NumAuteur=1841" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.noosfere.org/livres/critsign...uteur=1841</a> &lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
Je dois bien reconnaitre moi-même qu'il est difficile, non pas d'entrer dans l'histoire, mais d'y rester jusqu'au bout, dans la mesure où tout prête en permanence à interrogation, que ce soit les décors, la psychologie des personnages, ou le sens général de l'histoire. On peut comprendre la déception de Barlow aussi sur d'autres plans : il ne s'agit clairement pas d'un roman de science-fiction, et on peut sans doute à raison parler de victorianisme quant à un certain nombre de considérations d'ordre moral, ce en quoi Lindsay n'a clairement pas le côté stimulant et vivifiant d'un D. H. Lawrence (auteur, à la même époque, du célèbre roman &lt;i&gt;L'Amant de lady Chatterley&lt;/i&gt; [1928], mais aussi entre autres d'un essai intitulé &lt;i&gt;Apocalypse&lt;/i&gt; [1924], vigoureux commentaire du dernier livre du Nouveau Testament). Ceci dit, l'intérêt de l'ouvrage de Lindsay, même s'il m'a paru difficile à lire en tant qu'œuvre de fiction, me parait au moins résider dans ce qui semble être le postulat spirituel général de l'écrivain, c'est-à-dire un postulat spirituel qui, en dépit des origines écossaises calvinistes de Lindsay, ne s'inscrit pas dans un cadre religieux traditionnel et plus ou moins institutionnel comme peut l'être l'anglicanisme prosélyte d'un Lewis ou le catholicisme d'un Tolkien. En effet, pour le lecteur connaissant au moins un peu les écrits gnostiques, il est aisé d'identifier à travers celui que Maskull recherche, et que l'on pourra appeler Crystalman, la figure gnostique du Démiurge, assimilée au Dieu créateur de l'Ancien Testament, figure intéressante sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, mais cela serait trop long de le faire ici... Sur un plan spirituel et philosophique, l'auteur invite en tout cas à se poser des questions, fut-ce au prix d'un certain désenchantement quant à l'univers fictionnel qu'il propose : même si elle peut déconcerter, voire ennuyer, quant à la forme, c'est une démarche qui me parait au moins saine sur le fond.<br />
<br />
Compte tenu de l'avidité avouée de Tolkien quant à la lecture de ce roman, que dire de plus ? Avec l'œuvre (singulière et fascinante) de William Blake, le &lt;i&gt;Voyage en Arcturus&lt;/i&gt; de Lindsay me parait constituer sans doute une des lectures de Tolkien se rapprochant le plus du gnosticisme, ce qui ne manque pas d'intérêt en soi, même si &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ledit Tolkien ne semble pas pour autant en avoir retenu grand-chose en la matière, comme cela semble être aussi le cas s'agissant du socialisme de William Morris... Je suppose que ce qui a surtout pu intéresser Tolkien et Lewis dans ce roman de Lindsay, c'est le côté « voyage à travers l'esprit humain », avec cet aspect à la fois psychologique et métaphysique qui, pour ce qui est de le mettre en scène dans un récit de fiction, constitue un vrai défi pour tout écrivain. <br />
Que les futurs lecteurs de ce roman soient donc prévenus : la fiction peut être ici difficile à apprécier pour elle-même, mais au-delà de celle-ci son auteur n'en pose pas moins de bonnes questions quant à une dimension — celle de notre esprit — qui bien sûr nous concerne toutes et tous. <br />
<br />
À noter, enfin, qu'&lt;i&gt;Un voyage en Arcturus&lt;/i&gt; devrait faire l'objet, semble-t-il d'ici la fin de cette année 2019, d'une réédition illustrée chez Callidor (maison d'édition dont j'avais déjà parlé l'année dernière dans un <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=1628&amp;pid=82389#pid82389" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau voisin</a> à l'occasion de leurs publications d'œuvres d'André Lichtenberger, Harold Lamb et E.R. Eddison). <br />
L'ouvrage ainsi réédité devrait être illustré par Nicolas Geffroy, si j'en crois le site personnel de l'artiste qui y expose notamment son travail numérique pour le roman en question : <a href="http://www.nicolasgeffroy-illustrateur.fr/illustration/voyage/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">http://www.nicolasgeffroy-illustrateur.f...on/voyage/</a><br />
C'est peu de dire qu'il est difficile d'illustrer un tel récit... Je trouve que Florence Magnin, avec la seule illustration de couverture de la dernière réédition chez Denoël en 1992 (voir &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt;, au début de ce message), s'en était déjà bien sortie, avec une synthèse visuelle plutôt bonne du contenu du livre.<br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.<br />
<br />
&lt;small&gt;EDIT: correction de la mention de l'année de naissance de Lindsay, qui est 1876 et non 1878 comme indiqué sur mon exemplaire de &lt;i&gt;Voyage en Arcturus&lt;/i&gt;. Source : <a href="http://www.violetapple.org.uk/notes/birthdateplace.php" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">http://www.violetapple.org.uk/notes/birthdateplace.php</a> &lt;/small&gt;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[&lt;img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1567640388_david_lindsay_arcturus_couv_denoel_florence_magnin_1992.jpg"&gt;<br />
<br />
Je me permets d'évoquer en ces lieux &lt;i&gt;Voyage en Arcturus&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Un voyage en Arcturus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;A Voyage to Arcturus&lt;/i&gt;, 1920), roman de David Lindsay (1876-1945) dont j'avais trouvé un exemplaire à Paris, dans son édition en français de chez Denoël (coll. « Présence du Futur », rééd. de 1992, traduction de l'anglais par Claude Saunier), chez un bouquiniste des quais de Seine, il y a déjà quelques années, avant de me décider à le lire enfin cet été. <br />
<br />
Quel singulier ouvrage de fiction... <br />
À l'occasion d'une lettre à Stanley Unwin qui lui demandait son avis sur le roman &lt;i&gt;Au-delà de la planète silencieuse&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Out of the Silent Planet&lt;/i&gt;) de C.S. Lewis, J. R. R. Tolkien a évoqué en ces termes le roman de Lindsay en mars 1938, le jugeant apparemment digne de ses propres goûts atypiques en tant que lecteur de fictions :<br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;J'ai lu &lt;i&gt;Un voyage en Arcturus&lt;/i&gt; avec avidité - l'ouvrage le plus comparable [au roman de Lewis], bien qu'il soit à la fois plus puissant et plus mythique (et moins rationnel, et aussi moins fictionnel : personne ne pourrait le lire comme un simple thriller et sans s'intéresser à la philosophie, à la religion et à la morale).<br />
&lt;div class="refTitre"&gt;J. R. R. Tolkien, in &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, n°26 (traduction de votre serviteur).&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
De fait, quand on lit Lindsay, il est difficile de ne pas penser à Lewis : ce dernier s'est, à l'évidence, sensiblement inspiré de la « science-fiction » de Lindsay pour écrire sa &lt;i&gt;Trilogie cosmique&lt;/i&gt;, et pas seulement pour la méthode de voyage spatial. L'usage que fait Lindsay du merveilleux ainsi que des couleurs (parfois fictive pour certaines) pour évoquer son univers et notamment les nombreux paysages décrits, ainsi que son traitement plus ou moins allégorique des personnages et des situations, rappellent notamment &lt;i&gt;Perelandra&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Voyage à Venus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Perelandra&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Voyage to Venus&lt;/i&gt;, 1943). Pour autant, le postulat spirituel de Lindsay n'est pas du tout le même que celui d'un Lewis ou d'un Tolkien, ce qui invite bien sûr à relativiser l'importance des emprunts, qui me paraissent ici surtout formels, littéraires (un peu comme dans le cas de Tolkien vis-à-vis de William Morris). <br />
<br />
Ce roman peut être vu comme une proposition d'explication du monde et de la condition humaine à travers un voyage initiatique effectué par un personnage principal nommé Maskull, à partir d'une séance de spiritisme organisée un soir, dans une élégante résidence de Londres sur fond de musique opératique de Mozart, puis ensuite à partir d'une expédition spatiale en tenue d'Adam et dans une torpille de cristal depuis une tour s'élevant quelque-part sur la côte nord-est de l'Écosse. L'essentiel de l'action se passe en fait sur la planète Tormance, en orbite autour de l'étoile Arcturus qui, dans le roman, se révèle être une sorte de double système solaire, fait de la grande étoile Branchspell, et d'une étoile bleue plus petite nommée Alppain. <br />
Tormance est une planète où règne le merveilleux (notamment à travers sa flore et sa faune) et où l'on ne peut aller bien loin sans devoir subir une certaine modification corporelle, que ce soit par le sang ou par la modification spécifique de certains organes et l'adoption de nouveaux, par exemple en ce qui concerne la vue et le toucher : une perception adaptée pour chaque territoire traversé sur la planète en dépend, et c'est même une question de survie. Maskull, de chapitre en chapitre, parcourt ainsi Tormance, du Sud au Nord, vers un lieu nommé Muspel (nom semble-t-il dérivé de celui du &lt;i&gt;Múspellsheimr&lt;/i&gt; de la mythologie nordique), à travers divers territoires où il ne rencontre que très peu de personnages, lesquels, qu'ils soient masculins, féminins ou autres, ont souvent tendance à mourir que ce soit du fait de Maskull ou de quelqu'un d'autre. Le parcours du personnage principal a tendance à favoriser progressivement l'antipathie à son égard, tant du point de vue du lecteur que du personnage lui-même. Toute la variété des sentiments humains semble être au programme, mais en premier lieu la douleur. Il y a un aspect « réaliste froid » et austère dans la façon qu'à l'auteur d'exposer les préoccupations et actions du « héros », tandis que Tormance et les tourments physiques et psychiques qu'y connait Maskull apparaissent en fait comme une « réalité subcréée » difficile à saisir en soi, faute peut-être de véritable place pour l'émerveillement, qu'il soit ou non « faërique ». L'aventure, dans un sens fictionnel, n'en n'est pas vraiment une : ainsi, Lindsay n'invite pas à une suspension d'incrédulité, comme pourrait le faire un Tolkien ou même un Lewis, mais plutôt au contraire à se poser des questions sur tout ce qui est présenté au lecteur... Ce dernier est donc en fait invité, me semble-t-il, à une attitude plutôt sceptique, à tous les niveaux, ce qui n'est bien sûr pas un mal en soi (&lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; à mes yeux) mais qui peut cependant rendre difficile la lecture du roman en tant que tel (j'ai moi-même eu du mal à le terminer). Les noms de personnages, de lieux, parfois même d'une couleur, sont composés de termes anglais renvoyant à des concepts, des sensations, des éléments... Chaque contrée traversée correspond à une confrontation avec un système de pensée, un état d'esprit... Avec Lindsay, la pensée ne risque pas d'être changée en pierre ! ;-) <br />
Une explication finit tout de même par être donnée dans les dernières pages du livre, avec toutefois une fin assez ouverte, en quelque sorte. En somme, ce n'est pas de la science-fiction, ou peut-être n'est-ce même pas vraiment de la fantasy malgré une réelle présence du merveilleux, mais on a là plutôt affaire à une expérience spirituelle, au sens large, car il s'agit en fait d'un voyage à travers l'esprit humain, du moins à ce qu'il me semble.<br />
<br />
George W. Barlow — que les tolkienophiles peuvent notamment connaitre pour un article de lui consacré à Tolkien que Édouard J. Kloczko avait repris dans son recueil &lt;i&gt;Tolkien en France&lt;/i&gt; — n'avait pas aimé le livre de Lindsay lors de sa réédition en français en 1976 (1ère édition chez Denoêl : 1975) : <br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;Malgré le titre trompeur, ce livre de 1920 n'est pas de la SF : « &lt;i&gt;Il était sur une autre planète, mais cela ne l'émut ni ne l'exalta. Seules comptaient à présent pour lui les idées morales.&lt;/i&gt; » (p. 169-170) L'étrange y relève du merveilleux à valeur allégorique, comme ce bateau propulsé par des « pierres-mâles » qui « &lt;i&gt;dévorent les particules féminines s'élevant de la terre&lt;/i&gt; » (p. 279) et sert de cadre à l'itinéraire initiatique d'un personnage appelé Maskull (= « masculin » ?) qui, jonchant sa route des cadavres des hommes et des femmes qu'il rencontre, recherche le vrai dieu entre Spadevil (« Spade » + « devil » = « bèche-diable » ?), Surtur, Hator (« hâter », celui qui hait ?), Crystalman, Shaping (celui qui donne forme), Faceny, Krag. L'intérêt s'émousse vite, car le décor manque de consistance, les personnages de vie et les épisodes de cohésion ; le style est très didactique et d'un classicisme très rigide (jusqu'à l'alexandrin : « &lt;i&gt;je détruis la nature et j'établis la loi&lt;/i&gt; », p. 173). Quant à la pensée — à une époque où D.H. Lawrence ébranlait déjà le victorianisme — elle est carrément rétrograde : la passion de l'homme est « porteuse de honte », l'instinct de la femme « d'obéir à sa destinée » (p. 239) ; et finalement, c'est la douleur qui est divinisée. [...]<br />
&lt;div class="refTitre"&gt;George W. Barlow, dans &lt;i&gt;Fiction&lt;/i&gt; n° 269, 1976. <br />
&lt;small&gt;&lt;font color="#0000FF"&gt;N.B.: Les nombreuses critiques littéraires de Barlow pour la revue &lt;i&gt;Fiction&lt;/i&gt; (dont une concernant &lt;i&gt;Les Aventures de Tom Bombadil&lt;/i&gt;) sont lisibles sur le site de NooSFere &gt; &lt;/font&gt; <a href="https://www.noosfere.org/livres/critsigndetail.asp?NumAuteur=1841" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://www.noosfere.org/livres/critsign...uteur=1841</a> &lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
Je dois bien reconnaitre moi-même qu'il est difficile, non pas d'entrer dans l'histoire, mais d'y rester jusqu'au bout, dans la mesure où tout prête en permanence à interrogation, que ce soit les décors, la psychologie des personnages, ou le sens général de l'histoire. On peut comprendre la déception de Barlow aussi sur d'autres plans : il ne s'agit clairement pas d'un roman de science-fiction, et on peut sans doute à raison parler de victorianisme quant à un certain nombre de considérations d'ordre moral, ce en quoi Lindsay n'a clairement pas le côté stimulant et vivifiant d'un D. H. Lawrence (auteur, à la même époque, du célèbre roman &lt;i&gt;L'Amant de lady Chatterley&lt;/i&gt; [1928], mais aussi entre autres d'un essai intitulé &lt;i&gt;Apocalypse&lt;/i&gt; [1924], vigoureux commentaire du dernier livre du Nouveau Testament). Ceci dit, l'intérêt de l'ouvrage de Lindsay, même s'il m'a paru difficile à lire en tant qu'œuvre de fiction, me parait au moins résider dans ce qui semble être le postulat spirituel général de l'écrivain, c'est-à-dire un postulat spirituel qui, en dépit des origines écossaises calvinistes de Lindsay, ne s'inscrit pas dans un cadre religieux traditionnel et plus ou moins institutionnel comme peut l'être l'anglicanisme prosélyte d'un Lewis ou le catholicisme d'un Tolkien. En effet, pour le lecteur connaissant au moins un peu les écrits gnostiques, il est aisé d'identifier à travers celui que Maskull recherche, et que l'on pourra appeler Crystalman, la figure gnostique du Démiurge, assimilée au Dieu créateur de l'Ancien Testament, figure intéressante sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, mais cela serait trop long de le faire ici... Sur un plan spirituel et philosophique, l'auteur invite en tout cas à se poser des questions, fut-ce au prix d'un certain désenchantement quant à l'univers fictionnel qu'il propose : même si elle peut déconcerter, voire ennuyer, quant à la forme, c'est une démarche qui me parait au moins saine sur le fond.<br />
<br />
Compte tenu de l'avidité avouée de Tolkien quant à la lecture de ce roman, que dire de plus ? Avec l'œuvre (singulière et fascinante) de William Blake, le &lt;i&gt;Voyage en Arcturus&lt;/i&gt; de Lindsay me parait constituer sans doute une des lectures de Tolkien se rapprochant le plus du gnosticisme, ce qui ne manque pas d'intérêt en soi, même si &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ledit Tolkien ne semble pas pour autant en avoir retenu grand-chose en la matière, comme cela semble être aussi le cas s'agissant du socialisme de William Morris... Je suppose que ce qui a surtout pu intéresser Tolkien et Lewis dans ce roman de Lindsay, c'est le côté « voyage à travers l'esprit humain », avec cet aspect à la fois psychologique et métaphysique qui, pour ce qui est de le mettre en scène dans un récit de fiction, constitue un vrai défi pour tout écrivain. <br />
Que les futurs lecteurs de ce roman soient donc prévenus : la fiction peut être ici difficile à apprécier pour elle-même, mais au-delà de celle-ci son auteur n'en pose pas moins de bonnes questions quant à une dimension — celle de notre esprit — qui bien sûr nous concerne toutes et tous. <br />
<br />
À noter, enfin, qu'&lt;i&gt;Un voyage en Arcturus&lt;/i&gt; devrait faire l'objet, semble-t-il d'ici la fin de cette année 2019, d'une réédition illustrée chez Callidor (maison d'édition dont j'avais déjà parlé l'année dernière dans un <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=1628&amp;pid=82389#pid82389" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau voisin</a> à l'occasion de leurs publications d'œuvres d'André Lichtenberger, Harold Lamb et E.R. Eddison). <br />
L'ouvrage ainsi réédité devrait être illustré par Nicolas Geffroy, si j'en crois le site personnel de l'artiste qui y expose notamment son travail numérique pour le roman en question : <a href="http://www.nicolasgeffroy-illustrateur.fr/illustration/voyage/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">http://www.nicolasgeffroy-illustrateur.f...on/voyage/</a><br />
C'est peu de dire qu'il est difficile d'illustrer un tel récit... Je trouve que Florence Magnin, avec la seule illustration de couverture de la dernière réédition chez Denoël en 1992 (voir &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt;, au début de ce message), s'en était déjà bien sortie, avec une synthèse visuelle plutôt bonne du contenu du livre.<br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.<br />
<br />
&lt;small&gt;EDIT: correction de la mention de l'année de naissance de Lindsay, qui est 1876 et non 1878 comme indiqué sur mon exemplaire de &lt;i&gt;Voyage en Arcturus&lt;/i&gt;. Source : <a href="http://www.violetapple.org.uk/notes/birthdateplace.php" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">http://www.violetapple.org.uk/notes/birthdateplace.php</a> &lt;/small&gt;]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[La Tour Sombre de King]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4872</link>
			<pubDate>Mon, 05 Feb 2018 09:39:47 +0100</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=778">jean</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4872</guid>
			<description><![CDATA[Il y a quelques mois alors que j’étais en avion j’ai regardé «La tour sombre » pour découvrir ce film qui avait fait l’objet d’un fort battage médiatique (au moins dans les médias anglo-saxons) et donné souvent lieu à des comparaisons du genre « une épopée comparable à Tolkien »   . Autant le dire tout de suite, je n’ai strictement rien compris au film, dans le sens littéral du terme. Pour ne pas rester idiot, j’ai donc décidé de lire les livres et j’ai donc téléchargé sur ma liseuse les 7 tomes dans la traduction française.<br />
<br />
Autant le dire tout de suite, à part les noms propres et le fait qu’un des héros se bat avec des revolvers, les livres et le film n’ont strictement rien en commun. Deuxièmement je ne sais pas si c’est le style de Stephen King ou si c’est du à une traduction défectueuse mais parfois les phrases sont totalement déficientes sur le plan grammatical au point parfois de ne rien vouloir dire. On a aussi de nombreuses incohérences du type « la balle était entrée 20 cm au-dessus du genou et s’était logée contre le tibia » etc.<br />
<br />
En dehors de ces problèmes de forme, le fond est très inégal. De nombreuses incohérences dans le récit. Des personnages dont la psychologie est sommaire. Un recours récurent et exagéré à des ficelles un peu grosses en matière de suspens, du type « cette décision devait se révéler plus tard une catastrophe, mais évidemment xxx à ce moment ne pouvait pas le savoir ». Surtout on a l’impression que l’auteur se croit obligé de collectionner tous les poncifs de la SF ou du fantastique, en se contentant de les juxtaposer les uns les autres sans vraiment les relier entre eux. Ville post apocalyptique à la mad max, virus dévastateur, superordinateur devenu fou à la ‘2001 odyssée de l’espace », société secrète de vampires, mondes parallèles etc, etc.<br />
<br />
Vous l’avez compris je ne suis pas emblé par ce roman fleuve. Pourtant je suis allé au bout des 5000 pages, preuve que le récit est tout de même passablement captivant et d’ailleurs, j’ai trouvé les derniers volumes nettement meilleurs que les premiers. Pour finir, je ferai un rapprochement osé. « La Tour sombre » m’a fait penser à Ponson du Terrail et son Rocambole. Même roman fleuve, même écriture un peu bâclée, même coïncidences impossibles dans la vie réelle et qui nuisent à la créance secondaire, mêmes personnages caricaturaux mai même sens du récit et même envie compulsive de lire jusqu’au bout. <br />
<br />
Finalement ce n’est pas si mal.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Il y a quelques mois alors que j’étais en avion j’ai regardé «La tour sombre » pour découvrir ce film qui avait fait l’objet d’un fort battage médiatique (au moins dans les médias anglo-saxons) et donné souvent lieu à des comparaisons du genre « une épopée comparable à Tolkien »   . Autant le dire tout de suite, je n’ai strictement rien compris au film, dans le sens littéral du terme. Pour ne pas rester idiot, j’ai donc décidé de lire les livres et j’ai donc téléchargé sur ma liseuse les 7 tomes dans la traduction française.<br />
<br />
Autant le dire tout de suite, à part les noms propres et le fait qu’un des héros se bat avec des revolvers, les livres et le film n’ont strictement rien en commun. Deuxièmement je ne sais pas si c’est le style de Stephen King ou si c’est du à une traduction défectueuse mais parfois les phrases sont totalement déficientes sur le plan grammatical au point parfois de ne rien vouloir dire. On a aussi de nombreuses incohérences du type « la balle était entrée 20 cm au-dessus du genou et s’était logée contre le tibia » etc.<br />
<br />
En dehors de ces problèmes de forme, le fond est très inégal. De nombreuses incohérences dans le récit. Des personnages dont la psychologie est sommaire. Un recours récurent et exagéré à des ficelles un peu grosses en matière de suspens, du type « cette décision devait se révéler plus tard une catastrophe, mais évidemment xxx à ce moment ne pouvait pas le savoir ». Surtout on a l’impression que l’auteur se croit obligé de collectionner tous les poncifs de la SF ou du fantastique, en se contentant de les juxtaposer les uns les autres sans vraiment les relier entre eux. Ville post apocalyptique à la mad max, virus dévastateur, superordinateur devenu fou à la ‘2001 odyssée de l’espace », société secrète de vampires, mondes parallèles etc, etc.<br />
<br />
Vous l’avez compris je ne suis pas emblé par ce roman fleuve. Pourtant je suis allé au bout des 5000 pages, preuve que le récit est tout de même passablement captivant et d’ailleurs, j’ai trouvé les derniers volumes nettement meilleurs que les premiers. Pour finir, je ferai un rapprochement osé. « La Tour sombre » m’a fait penser à Ponson du Terrail et son Rocambole. Même roman fleuve, même écriture un peu bâclée, même coïncidences impossibles dans la vie réelle et qui nuisent à la créance secondaire, mêmes personnages caricaturaux mai même sens du récit et même envie compulsive de lire jusqu’au bout. <br />
<br />
Finalement ce n’est pas si mal.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[John Milton - Paradise Lost]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4865</link>
			<pubDate>Mon, 07 Aug 2017 19:50:53 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=24">Aglarond</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4865</guid>
			<description><![CDATA[La lecture de la première partie des mémoires d'un certain François-René de C., obscur gentilhomme breton dont les rêveries eurent paraît-il quelque influence sur la littérature de son siècle, m'a poussé à la lecture du <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Paradis Perdu</span> de John Milton (traduit, du reste, par notre bon François-René en son temps).<br />
<br />
Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu cette oeuvre majeure de la littérature anglaise du XVIIè siècle (première parution en 1667), que l'on peut comparer aux oeuvres de Dante ou du Tasse, il s'agit d'un poème épique en douze chants, qui relate la Chute, ou plutôt les Chutes : celle de Satan d'abord, et celle d'Adam et Eve ensuite, du fait des pernicieuses manœuvres du diviseur.<br />
<br />
C'est une oeuvre très ample : près de 10 000 vers ! Quelques morceaux choisis :<br />
<br />
[citation=John Milton, &lt;i&gt;Paradise Lost&lt;/i&gt;]<br />
Me miserable! Which way shall I fly<br />
Infinite wrath and infinite despair?<br />
Which way I fly is hell; myself am hell;<br />
And in the lowest deep a lower deep,<br />
Still threat'ning to devour me, opens wide,<br />
To which the hell I suffer seems a heaven.<br />
<br />
[...]<br />
<br />
Into this wild Abyss<br />
The womb of Nature, and perhaps her grave<br />
Of neither sea, nor shore, nor air, nor fire,<br />
But all these in their pregnant causes mixed<br />
Confusedly, and which thus must ever fight,<br />
Unless the Almighty Maker them ordain<br />
His dark materials to create more worlds,<br />
Into this wild Abyss the wary Fiend<br />
Stood on the brink of Hell and looked a while,<br />
Pondering his voyage; for no narrow frith<br />
He had to cross.<br />
<br />
[...]<br />
<br />
They, looking back, all the eastern side beheld<br />
Of Paradise, so late their happy seat,<br />
Waved over by that flaming brand, the gate<br />
With dreadful faces thronged and fiery arms:<br />
Some natural tears they dropped, but wiped them soon;<br />
The world was all before them, where to choose<br />
Their place of rest, and Providence their guide;<br />
They, hand in hand, with wandering steps and slow,<br />
Through Eden took their solitary way.<br />
[/citation]<br />
<br />
Deux rapports à Tolkien peuvent, à mon sens, être facilement trouvés.<br />
Le premier concerne la (sub-)création d'une cosmogonie. Bien sûr, Milton se base sur les textes de la Bible et sur l'ensemble de la tradition judéo-chrétienne (en particulier en ce qui concerne la chute de Lucifer et les anges déchus ; et je ne peux mentionner les anges déchus sans digresser et évoquer la figure tutélaire d'Hugo Pratt et son <a href="http://c.demure.free.fr/soulrebel/shamtr.gif" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Samaël</a> dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Les Ethiopiques</span>... mais je digresse) : il ne crée pas une nouvelle cosmogonie comme l'Arda du philologue oxonien. Mais enfin, il effectue un grand nombre de choix et d'interprétations, et c'est, entre autres exemples, dans ce poème qu'il crée Pandæmonium, capitale de Satan promise à un bel avenir dans la culture populaire. Je ne m'attaquerai pas, une fois de plus, aux parallèles entre la cosmogonie de Tolkien et les mythes de la Création judéo-chrétiens, bien labourés par ailleurs, mais voici une autre approche pour les confronter. <br />
Le second rapport tient de la forme : c'est un long poème narratif épique en vers blancs (vers syllabiques non rimés), et cela fait bien évidemment immanquablement penser aux propres poèmes épiques de Tolkien, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Lay of Leithian</span> et <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Fall of Arthur</span>. Mais si Tolkien est également adepte des vers non rimés, la métrique est bien différente du pentamètre iambique (cinq syllabes longues, non accentuées, chacune suivie par une syllabe courte et accentuée) utilisé par Milton, comme par Shakespeare. On me permettra d'avoir été plus séduit par le vers allitératif d'<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Arthur</span>, plus rond en bouche que les longues saccades miltoniennes.<br />
<br />
Mais enfin, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Paradise Lost</span> se tient en bonne place dans une anthologie de littérature en lien avec la subcréation de notre bon professeur.<br />
<br />
Amicalement,<br />
A.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[La lecture de la première partie des mémoires d'un certain François-René de C., obscur gentilhomme breton dont les rêveries eurent paraît-il quelque influence sur la littérature de son siècle, m'a poussé à la lecture du <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Paradis Perdu</span> de John Milton (traduit, du reste, par notre bon François-René en son temps).<br />
<br />
Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu cette oeuvre majeure de la littérature anglaise du XVIIè siècle (première parution en 1667), que l'on peut comparer aux oeuvres de Dante ou du Tasse, il s'agit d'un poème épique en douze chants, qui relate la Chute, ou plutôt les Chutes : celle de Satan d'abord, et celle d'Adam et Eve ensuite, du fait des pernicieuses manœuvres du diviseur.<br />
<br />
C'est une oeuvre très ample : près de 10 000 vers ! Quelques morceaux choisis :<br />
<br />
[citation=John Milton, &lt;i&gt;Paradise Lost&lt;/i&gt;]<br />
Me miserable! Which way shall I fly<br />
Infinite wrath and infinite despair?<br />
Which way I fly is hell; myself am hell;<br />
And in the lowest deep a lower deep,<br />
Still threat'ning to devour me, opens wide,<br />
To which the hell I suffer seems a heaven.<br />
<br />
[...]<br />
<br />
Into this wild Abyss<br />
The womb of Nature, and perhaps her grave<br />
Of neither sea, nor shore, nor air, nor fire,<br />
But all these in their pregnant causes mixed<br />
Confusedly, and which thus must ever fight,<br />
Unless the Almighty Maker them ordain<br />
His dark materials to create more worlds,<br />
Into this wild Abyss the wary Fiend<br />
Stood on the brink of Hell and looked a while,<br />
Pondering his voyage; for no narrow frith<br />
He had to cross.<br />
<br />
[...]<br />
<br />
They, looking back, all the eastern side beheld<br />
Of Paradise, so late their happy seat,<br />
Waved over by that flaming brand, the gate<br />
With dreadful faces thronged and fiery arms:<br />
Some natural tears they dropped, but wiped them soon;<br />
The world was all before them, where to choose<br />
Their place of rest, and Providence their guide;<br />
They, hand in hand, with wandering steps and slow,<br />
Through Eden took their solitary way.<br />
[/citation]<br />
<br />
Deux rapports à Tolkien peuvent, à mon sens, être facilement trouvés.<br />
Le premier concerne la (sub-)création d'une cosmogonie. Bien sûr, Milton se base sur les textes de la Bible et sur l'ensemble de la tradition judéo-chrétienne (en particulier en ce qui concerne la chute de Lucifer et les anges déchus ; et je ne peux mentionner les anges déchus sans digresser et évoquer la figure tutélaire d'Hugo Pratt et son <a href="http://c.demure.free.fr/soulrebel/shamtr.gif" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Samaël</a> dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Les Ethiopiques</span>... mais je digresse) : il ne crée pas une nouvelle cosmogonie comme l'Arda du philologue oxonien. Mais enfin, il effectue un grand nombre de choix et d'interprétations, et c'est, entre autres exemples, dans ce poème qu'il crée Pandæmonium, capitale de Satan promise à un bel avenir dans la culture populaire. Je ne m'attaquerai pas, une fois de plus, aux parallèles entre la cosmogonie de Tolkien et les mythes de la Création judéo-chrétiens, bien labourés par ailleurs, mais voici une autre approche pour les confronter. <br />
Le second rapport tient de la forme : c'est un long poème narratif épique en vers blancs (vers syllabiques non rimés), et cela fait bien évidemment immanquablement penser aux propres poèmes épiques de Tolkien, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Lay of Leithian</span> et <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Fall of Arthur</span>. Mais si Tolkien est également adepte des vers non rimés, la métrique est bien différente du pentamètre iambique (cinq syllabes longues, non accentuées, chacune suivie par une syllabe courte et accentuée) utilisé par Milton, comme par Shakespeare. On me permettra d'avoir été plus séduit par le vers allitératif d'<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Arthur</span>, plus rond en bouche que les longues saccades miltoniennes.<br />
<br />
Mais enfin, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Paradise Lost</span> se tient en bonne place dans une anthologie de littérature en lien avec la subcréation de notre bon professeur.<br />
<br />
Amicalement,<br />
A.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Philippe Borgeaud, historien des religions]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4846</link>
			<pubDate>Fri, 30 Sep 2016 02:07:26 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4846</guid>
			<description><![CDATA[<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1475185531_caspar_david_friedrich_le_temple_de_junon_a_agrigente_c1830_dortmund.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1475185531_caspar_david_friedrich_le_tem...rtmund.jpg]" class="mycode_img" /><br />
&lt;SMALL&gt;Caspar David Friedrich (1774-1840)&lt;br&gt;<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Temple de Junon à Agrigente</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Junotempel in Agrigent</span>), vers 1830&lt;br&gt;Huile sur toile - 54 x 72 cm&lt;br&gt;Dortmund, Museum für Kunst und Kulturgeschichte.&lt;/SMALL&gt; <br />
<br />
Cet été, je vous avais déjà parlé, dans deux autres fuseaux de discussion, de l'helléniste et historien des religions suisse Philippe Borgeaud, d'abord <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4829" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">en juin dernier</a> alors qu'il était un des intervenants d'un épisode de BiTS d'ARTE consacré au dieu grec Pan, puis <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4828&amp;pid=81286#pid81286" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">en août dernier</a> en marge d'une discussion consacrée à Albert Camus et notamment à son rapport avec la pensée des anciens Grecs. Si je me permets d'en reparler ici, c'est parce que je trouve la pensée de cet historien stimulante, appréciant en particulier son point de vue nuancé concernant les notions de religion, de mythe et de mythologie, ainsi que la question de l'appréhension générale des spiritualités humaines et de leur histoire : cela méritait bien la création d'un nouveau fuseau, plutôt que de continuer à se contenter d'évocations en parallèle d'autres échanges. Auteur, entre autres, de <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Recherches sur le dieu Pan</span> (1979) et du livre <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Aux origines de l'histoire des religions</span> (2004), déjà évoqués dans les autres fuseaux, Philippe Borgeaud a accepté tout récemment un entretien pour le journal suisse <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Temps</span>, à l'occasion de la parution d'un recueil intitulé <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Exercices d’histoire des religions - Comparaison, rites, mythes et émotions</span>, recueil dans lequel se trouve réunis un certain nombre de textes écrits par Borgeaud durant le quart de siècle de carrière qui a été le sien en tant que professeur d'histoire des religions antiques à l'Université de Genève. En attendant de pouvoir éventuellement échanger davantage là-dessus un jour ou l'autre (il y a tant de livres à lire et à relire...), je me permets donc de partager ici l'entretien en question :<br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;«Nous ne sommes pas des légumes», dit Philippe Borgeaud quand il entend parler de «nos racines». Plus qu’une boutade, il y a là tout un programme: il faut douter de ces expressions toutes faites, qu’on utilise sans trop y penser et qui entraînent un cortège incontrôlable de notions et d’émotions. «Certains vous disent: c’est bien joli de faire des comparaisons avec les Mexicains ou le Japon, mais il faut d’abord se centrer sur ce que nous sommes – nos racines… Comme si avant de voir ailleurs, il fallait être certain d’être bien enraciné. Pour moi, cette idée ne tient pas debout. On n’est pas enraciné, on a des références», réfléchit l’historien des religions. Nuance fondamentale: les références voyagent et se comparent. Et c’est la comparaison, précisément, qui instaure à la fois ce phénomène faussement évident et réellement élusif qu’on appelle «religion», ainsi que la discipline qui fait de celle-ci son objet d’études.<br />
Cette histoire de légumes et de racines figure dans la leçon d’adieu, prononcée en mai 2011, avec laquelle Philippe Borgeaud quittait son poste de professeur ordinaire d’histoire des religions antiques à l’Université de Genève pour entamer une retraite industrieuse, comme il se doit. Le texte reparaît, avec dix-huit autres rédigés pendant les vingt-cinq ans de son parcours professoral, dans ces &lt;em&gt;Exercices d’histoire des religions&lt;/em&gt; (*).&lt;br&gt;&lt;hr /&gt;&lt;strong&gt;<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Temps</span>: On croyait savoir plus ou moins ce que «religion» signifie. En vous lisant, on découvre qu’il n’en est rien.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;strong&gt;<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Philippe Borgeaud</span>:&lt;/strong&gt; J’ai tendance à donner deux significations différentes au mot «religion». Il y a un sens qui (malheureusement, je dirais) est le plus habituel, qui nous ramène à la notion de religion comme institution, organisée autour d’un enseignement. De cette position-là, on voit les religions un peu comme des bocaux sur une étagère, clos sur eux-mêmes. L’histoire des religions ne me semble ne pas avoir ce type de chose comme objet. Il y a d’autre part le sens antique, d’avant le christianisme, celui du mot latin &lt;em&gt;religio&lt;/em&gt;.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Vous revenez à plusieurs reprises sur cette étymologie, qui renvoie, écrivez-vous, à la notion d’«être scrupuleux», «se soucier», par opposition à la &lt;em&gt;neglegentia&lt;/em&gt;, l’«insouciance»,&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– On remarque qu’il y a des éléments dans une société, des formules de langage, des gestes, qui prennent une importance folle, qu’on ne peut pas expliquer de manière factuelle. C’est là que réside l’objet réel de nos études. Il s’agit de savoir pourquoi à certains moments certains groupes attribuent autant d’importance à certaines choses qui objectivement n’en ont pas. Ces choses sont d’une certaine manière ce qu’on appelle le sacré.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Aujourd’hui, on considère d’une manière quasiment obsédante que l’essence de la religion, c’est la croyance. Vous montrez que dans l’Antiquité, l’essentiel est le rituel: ce qu’on fait plutôt que ce qu’on croit.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Je pense que c’est toujours le cas. Je suis frappé par la différence entre ce qui se dit d’un point de vue théologique et la pratique. Les gens vont à l’église parce qu’ils y vont, pas parce qu’ils croient à tel ou tel dogme; la réalité est dans la pratique. Dans la Rome antique, on considère même qu’il faut avoir la bonne pratique, mais qu’y mettre trop de croyance n’est pas bon: ça devient de la superstition.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Quel que soit le «nous» de référence, la bonne pratique est toujours la nôtre. Elle est meilleure que celle du voisin pour l’unique et bonne raison qu’elle est à nous.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Les Romains ont une forme de relativisme culturel qui dit que chaque peuple a sa coutume, mais aussi que c’est «chez nous» que ça se passe le mieux. C’est la même chose lorsque l’ethnologue Marcel Griaule retourne, âgé, chez les Dogons, et que ceux-ci lui disent: tu es vieux, tu vas mourir, il faut que tu viennes chez nous, on est les seuls à savoir faire… Il existe peut-être des exceptions. D’après un article de Caroline Humphrey dans le dernier numéro de &lt;em&gt;L’Homme&lt;/em&gt;, il semblerait que dans la pensée d’un lama et poète mongol du XVIIIe siècle, on arrivait à ne pas mettre le «nous» au centre. Mais en général chaque groupe humain se place au centre, on n’y échappe pas.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Il y a bien des Européens et des Nord-Américains qui se tournent vers les religions orientales ou le chamanisme.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Je dirais qu’ils ne vont pas vraiment ailleurs, mais plutôt dans un imaginaire qui est toujours le nôtre. Quand nous parlons de bouddhisme zen, c’est une construction qui est passée par Oxford et par la Californie. Je pense qu’il y a là un grand leurre: on ne va pas chez les autres, on va trouver son rêve; un rêve qui est fabriqué chez nous.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– On pense tout à coup à R. Gordon Wasson, l’homme qui fait découvrir au public états-unien le champignon psylocibe des Mazatèques mexicains dans les années 50. Suite à son passage, les Blancs vont consommer cet hallucinogène pour trouver Dieu, alors que jusque-là, comme l’explique la guérisseuse qui a accueilli Gordon Wasson, le champignon servait à soigner… Nous projetons nos notions sur la réalité observée et nous observons nos projections.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– C’est une longue histoire. Elle remonte à la «théorie des figures», qui va des Pères de l’Eglise au Concile Vatican II et qui dit que dans la religion des autres, il y a des préfigurations de la vérité chrétienne. Les explorateurs, les jésuites rencontraient des entités telles que les kamis japonais ou les orishas africains, mais ce qu’ils cherchaient, c’était le <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Deus</span> de la Bible latine, et partout où ils arrivaient, ils croyaient le retrouver.&lt;br&gt;Cela ressemble à ce que Roland Barthes a appelé «vol de langage»: on dit à l’autre qu’on sait mieux que lui ce qu’il pense. Il y a là une forme d’impérialisme qui a fait que dans des civilisations complètement différentes, on a créé des choses qui ressemblent à du christianisme. Les Japonais ou les Chinois ont introduit dans leur constitution une notion de religion sur le modèle chrétien, et il faut désormais que les bouddhistes ou les shintoïstes se moulent là-dedans.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Ce moule, a-t-il au moins une pertinence pour comprendre les monothéismes?&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– On parle de monothéisme un peu vite. Quand je suis à la Semaine sainte à Séville, je n’ai pas l’impression d’être dans un pur monothéisme… Il y a d’ailleurs un problème avec le terme «religions abrahamiques»: si on creuse, comme l’a fait Guy Stroumsa, on se rend compte que ce sont trois religions qui donnent à Abraham des sens multiples et contradictoires. On ne peut pas mettre tous les monothéismes d’un côté et tout le reste de l’autre… Ce qui m’intéresse, c’est comment le cadre chrétien s’est constitué dans le rapport aux polythéismes de l’Antiquité et au judaïsme. Le christianisme se sépare du judaïsme, dont il n’était qu’une secte, en disant: on abandonne la loi et on s’ouvre aux nations. La pensée chrétienne émerge en relation à d’autres.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Le monothéisme est-il une rupture radicale par rapport au mythe antique?&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– C’est encore un leurre. Il y a des grands personnages comme Jan Assmann qui ont parlé de la «rupture monothéiste», lors de laquelle on voit tout à coup le monothéisme juif dire aux autres: vous faites tous erreur et nous, nous avons la vérité. Cela s’appliquerait ensuite au christianisme. Mais ce n’est pas si simple. On a, pour commencer, quatre évangiles qui ne racontent pas la même chose… Une des vertus du polythéisme réside dans le fait qu’il y a d’innombrables paroles, auxquelles on n’est pas obligé d’accorder une foi simple et directe, parce qu’en fait, on n’est jamais sûr; les mythes ont toujours des variantes, d’innombrables versions du même récit. Cette vertu n’est pas complètement absente de ce qu’on appelle le monothéisme. Dans celui-ci, comme dans les religions antiques, le credo a finalement moins d’importance que les pratiques.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Nous n’avons donc pas tout à fait quitté le territoire du mythe.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Il y a différentes sensibilités au sujet du mythe. Mon collègue Bruce Lincoln l’analyse sous l’angle de l’oppression, de l’imposition d’une vérité et d’un dogme, en observant comment ce discours d’autorité se construit. De mon côté, je suis sensible à la liberté d’expression qui existe malgré ces autorités. Le mythe est une chose malléable, mouvante, qui explore des imaginaires et ne se fixe jamais définitivement en un dogme. C’est un discours qui joue avec le réel. Je pense qu’il est utile d’être conscient de cette forme d’expression, qui laisse une grande part de liberté d’exploration et ne s’arrête pas à des vérités toutes faites, mais tâtonne. Dans ce sens, la mythologie n’est pas morte.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– À certains égards, le mythe aurait plus de choses en commun avec nos séries TV qu’avec ce qu’on appelle communément «religion».&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– C’est ce qu’a montré lors d’un colloque récent ma collègue américaine Sarah Johnston…&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Un autre thème sur lequel vous revenez souvent est celui de l’universalisme.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Certains pensent que chaque groupe est enfermé dans son ontologie et qu’on ne peut rien comprendre aux autres. Je suis persuadé, au contraire, qu’on peut toujours traduire. Traduire signifie qu’il y a du même, qu’on a tous la même tête et que par conséquent on peut comprendre des concepts chinois ou indiens quand on nous les explique. Mais si on se pose la question de savoir comment cela se fait qu’il y a du même, on tombe dans des théories universalistes, qui sont dangereuses. Nous les avons connues en histoire des religions: l’évolutionnisme, la psychanalyse jungienne avec ses archétypes, les théories de Mircea Eliade. En définissant l’universel, on tombe fatalement dans une idéologie. Je crois que l’universel existe, mais je pense qu’il ne faut pas essayer de le définir.&lt;hr /&gt;(*) [small]: Philippe Borgeaud, &lt;em&gt;Exercices d’histoire des religions. Comparaison, rites, mythes et émotions&lt;/em&gt;. Textes réunis et édités par Daniel Barbu et Philippe Matthey (Leiden/Boston, Brill, 2016), 380 pages.[/small]&lt;div class="refTitre"&gt;« La religion, un mythe comme les autres ? », Entretien avec Philippe Borgeaud, par Nic Ulmi, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="https://www.letemps.ch/culture/2016/09/24/religion-un-mythe-autres" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Le Temps</a></span>, 24 septembre 2016.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;<br />
<br />
Tout l'entretien est intéressant et j'apprécie personnellement, en particulier, la conclusion de Philippe Borgeaud : ayant, rappelons-le, notamment étudié auprès de Mircea Eliade à l'université de Chicago, il préfère pour sa part prendre ses distances vis-à-vis des théories universalistes telles que celles de son ancien professeur, et adopte une attitude de recherche et de réflexion que je qualifierai - sans surprise - d'assez équilibrée, puisqu'il s'agit de ne pas s'interdire d'étudier en comparant mais sans pour autant vouloir à tout prix "maîtriser" au point d'enfermer l'objet d'étude dans un système de pensée globale ou totale. <br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1475185531_caspar_david_friedrich_le_temple_de_junon_a_agrigente_c1830_dortmund.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1475185531_caspar_david_friedrich_le_tem...rtmund.jpg]" class="mycode_img" /><br />
&lt;SMALL&gt;Caspar David Friedrich (1774-1840)&lt;br&gt;<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Temple de Junon à Agrigente</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Junotempel in Agrigent</span>), vers 1830&lt;br&gt;Huile sur toile - 54 x 72 cm&lt;br&gt;Dortmund, Museum für Kunst und Kulturgeschichte.&lt;/SMALL&gt; <br />
<br />
Cet été, je vous avais déjà parlé, dans deux autres fuseaux de discussion, de l'helléniste et historien des religions suisse Philippe Borgeaud, d'abord <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4829" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">en juin dernier</a> alors qu'il était un des intervenants d'un épisode de BiTS d'ARTE consacré au dieu grec Pan, puis <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4828&amp;pid=81286#pid81286" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">en août dernier</a> en marge d'une discussion consacrée à Albert Camus et notamment à son rapport avec la pensée des anciens Grecs. Si je me permets d'en reparler ici, c'est parce que je trouve la pensée de cet historien stimulante, appréciant en particulier son point de vue nuancé concernant les notions de religion, de mythe et de mythologie, ainsi que la question de l'appréhension générale des spiritualités humaines et de leur histoire : cela méritait bien la création d'un nouveau fuseau, plutôt que de continuer à se contenter d'évocations en parallèle d'autres échanges. Auteur, entre autres, de <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Recherches sur le dieu Pan</span> (1979) et du livre <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Aux origines de l'histoire des religions</span> (2004), déjà évoqués dans les autres fuseaux, Philippe Borgeaud a accepté tout récemment un entretien pour le journal suisse <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Temps</span>, à l'occasion de la parution d'un recueil intitulé <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Exercices d’histoire des religions - Comparaison, rites, mythes et émotions</span>, recueil dans lequel se trouve réunis un certain nombre de textes écrits par Borgeaud durant le quart de siècle de carrière qui a été le sien en tant que professeur d'histoire des religions antiques à l'Université de Genève. En attendant de pouvoir éventuellement échanger davantage là-dessus un jour ou l'autre (il y a tant de livres à lire et à relire...), je me permets donc de partager ici l'entretien en question :<br />
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&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;«Nous ne sommes pas des légumes», dit Philippe Borgeaud quand il entend parler de «nos racines». Plus qu’une boutade, il y a là tout un programme: il faut douter de ces expressions toutes faites, qu’on utilise sans trop y penser et qui entraînent un cortège incontrôlable de notions et d’émotions. «Certains vous disent: c’est bien joli de faire des comparaisons avec les Mexicains ou le Japon, mais il faut d’abord se centrer sur ce que nous sommes – nos racines… Comme si avant de voir ailleurs, il fallait être certain d’être bien enraciné. Pour moi, cette idée ne tient pas debout. On n’est pas enraciné, on a des références», réfléchit l’historien des religions. Nuance fondamentale: les références voyagent et se comparent. Et c’est la comparaison, précisément, qui instaure à la fois ce phénomène faussement évident et réellement élusif qu’on appelle «religion», ainsi que la discipline qui fait de celle-ci son objet d’études.<br />
Cette histoire de légumes et de racines figure dans la leçon d’adieu, prononcée en mai 2011, avec laquelle Philippe Borgeaud quittait son poste de professeur ordinaire d’histoire des religions antiques à l’Université de Genève pour entamer une retraite industrieuse, comme il se doit. Le texte reparaît, avec dix-huit autres rédigés pendant les vingt-cinq ans de son parcours professoral, dans ces &lt;em&gt;Exercices d’histoire des religions&lt;/em&gt; (*).&lt;br&gt;&lt;hr /&gt;&lt;strong&gt;<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Temps</span>: On croyait savoir plus ou moins ce que «religion» signifie. En vous lisant, on découvre qu’il n’en est rien.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;strong&gt;<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Philippe Borgeaud</span>:&lt;/strong&gt; J’ai tendance à donner deux significations différentes au mot «religion». Il y a un sens qui (malheureusement, je dirais) est le plus habituel, qui nous ramène à la notion de religion comme institution, organisée autour d’un enseignement. De cette position-là, on voit les religions un peu comme des bocaux sur une étagère, clos sur eux-mêmes. L’histoire des religions ne me semble ne pas avoir ce type de chose comme objet. Il y a d’autre part le sens antique, d’avant le christianisme, celui du mot latin &lt;em&gt;religio&lt;/em&gt;.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Vous revenez à plusieurs reprises sur cette étymologie, qui renvoie, écrivez-vous, à la notion d’«être scrupuleux», «se soucier», par opposition à la &lt;em&gt;neglegentia&lt;/em&gt;, l’«insouciance»,&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– On remarque qu’il y a des éléments dans une société, des formules de langage, des gestes, qui prennent une importance folle, qu’on ne peut pas expliquer de manière factuelle. C’est là que réside l’objet réel de nos études. Il s’agit de savoir pourquoi à certains moments certains groupes attribuent autant d’importance à certaines choses qui objectivement n’en ont pas. Ces choses sont d’une certaine manière ce qu’on appelle le sacré.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Aujourd’hui, on considère d’une manière quasiment obsédante que l’essence de la religion, c’est la croyance. Vous montrez que dans l’Antiquité, l’essentiel est le rituel: ce qu’on fait plutôt que ce qu’on croit.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Je pense que c’est toujours le cas. Je suis frappé par la différence entre ce qui se dit d’un point de vue théologique et la pratique. Les gens vont à l’église parce qu’ils y vont, pas parce qu’ils croient à tel ou tel dogme; la réalité est dans la pratique. Dans la Rome antique, on considère même qu’il faut avoir la bonne pratique, mais qu’y mettre trop de croyance n’est pas bon: ça devient de la superstition.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Quel que soit le «nous» de référence, la bonne pratique est toujours la nôtre. Elle est meilleure que celle du voisin pour l’unique et bonne raison qu’elle est à nous.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Les Romains ont une forme de relativisme culturel qui dit que chaque peuple a sa coutume, mais aussi que c’est «chez nous» que ça se passe le mieux. C’est la même chose lorsque l’ethnologue Marcel Griaule retourne, âgé, chez les Dogons, et que ceux-ci lui disent: tu es vieux, tu vas mourir, il faut que tu viennes chez nous, on est les seuls à savoir faire… Il existe peut-être des exceptions. D’après un article de Caroline Humphrey dans le dernier numéro de &lt;em&gt;L’Homme&lt;/em&gt;, il semblerait que dans la pensée d’un lama et poète mongol du XVIIIe siècle, on arrivait à ne pas mettre le «nous» au centre. Mais en général chaque groupe humain se place au centre, on n’y échappe pas.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Il y a bien des Européens et des Nord-Américains qui se tournent vers les religions orientales ou le chamanisme.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Je dirais qu’ils ne vont pas vraiment ailleurs, mais plutôt dans un imaginaire qui est toujours le nôtre. Quand nous parlons de bouddhisme zen, c’est une construction qui est passée par Oxford et par la Californie. Je pense qu’il y a là un grand leurre: on ne va pas chez les autres, on va trouver son rêve; un rêve qui est fabriqué chez nous.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– On pense tout à coup à R. Gordon Wasson, l’homme qui fait découvrir au public états-unien le champignon psylocibe des Mazatèques mexicains dans les années 50. Suite à son passage, les Blancs vont consommer cet hallucinogène pour trouver Dieu, alors que jusque-là, comme l’explique la guérisseuse qui a accueilli Gordon Wasson, le champignon servait à soigner… Nous projetons nos notions sur la réalité observée et nous observons nos projections.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– C’est une longue histoire. Elle remonte à la «théorie des figures», qui va des Pères de l’Eglise au Concile Vatican II et qui dit que dans la religion des autres, il y a des préfigurations de la vérité chrétienne. Les explorateurs, les jésuites rencontraient des entités telles que les kamis japonais ou les orishas africains, mais ce qu’ils cherchaient, c’était le <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Deus</span> de la Bible latine, et partout où ils arrivaient, ils croyaient le retrouver.&lt;br&gt;Cela ressemble à ce que Roland Barthes a appelé «vol de langage»: on dit à l’autre qu’on sait mieux que lui ce qu’il pense. Il y a là une forme d’impérialisme qui a fait que dans des civilisations complètement différentes, on a créé des choses qui ressemblent à du christianisme. Les Japonais ou les Chinois ont introduit dans leur constitution une notion de religion sur le modèle chrétien, et il faut désormais que les bouddhistes ou les shintoïstes se moulent là-dedans.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Ce moule, a-t-il au moins une pertinence pour comprendre les monothéismes?&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– On parle de monothéisme un peu vite. Quand je suis à la Semaine sainte à Séville, je n’ai pas l’impression d’être dans un pur monothéisme… Il y a d’ailleurs un problème avec le terme «religions abrahamiques»: si on creuse, comme l’a fait Guy Stroumsa, on se rend compte que ce sont trois religions qui donnent à Abraham des sens multiples et contradictoires. On ne peut pas mettre tous les monothéismes d’un côté et tout le reste de l’autre… Ce qui m’intéresse, c’est comment le cadre chrétien s’est constitué dans le rapport aux polythéismes de l’Antiquité et au judaïsme. Le christianisme se sépare du judaïsme, dont il n’était qu’une secte, en disant: on abandonne la loi et on s’ouvre aux nations. La pensée chrétienne émerge en relation à d’autres.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Le monothéisme est-il une rupture radicale par rapport au mythe antique?&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– C’est encore un leurre. Il y a des grands personnages comme Jan Assmann qui ont parlé de la «rupture monothéiste», lors de laquelle on voit tout à coup le monothéisme juif dire aux autres: vous faites tous erreur et nous, nous avons la vérité. Cela s’appliquerait ensuite au christianisme. Mais ce n’est pas si simple. On a, pour commencer, quatre évangiles qui ne racontent pas la même chose… Une des vertus du polythéisme réside dans le fait qu’il y a d’innombrables paroles, auxquelles on n’est pas obligé d’accorder une foi simple et directe, parce qu’en fait, on n’est jamais sûr; les mythes ont toujours des variantes, d’innombrables versions du même récit. Cette vertu n’est pas complètement absente de ce qu’on appelle le monothéisme. Dans celui-ci, comme dans les religions antiques, le credo a finalement moins d’importance que les pratiques.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Nous n’avons donc pas tout à fait quitté le territoire du mythe.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Il y a différentes sensibilités au sujet du mythe. Mon collègue Bruce Lincoln l’analyse sous l’angle de l’oppression, de l’imposition d’une vérité et d’un dogme, en observant comment ce discours d’autorité se construit. De mon côté, je suis sensible à la liberté d’expression qui existe malgré ces autorités. Le mythe est une chose malléable, mouvante, qui explore des imaginaires et ne se fixe jamais définitivement en un dogme. C’est un discours qui joue avec le réel. Je pense qu’il est utile d’être conscient de cette forme d’expression, qui laisse une grande part de liberté d’exploration et ne s’arrête pas à des vérités toutes faites, mais tâtonne. Dans ce sens, la mythologie n’est pas morte.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– À certains égards, le mythe aurait plus de choses en commun avec nos séries TV qu’avec ce qu’on appelle communément «religion».&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– C’est ce qu’a montré lors d’un colloque récent ma collègue américaine Sarah Johnston…&lt;br&gt;&lt;strong&gt;– Un autre thème sur lequel vous revenez souvent est celui de l’universalisme.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;– Certains pensent que chaque groupe est enfermé dans son ontologie et qu’on ne peut rien comprendre aux autres. Je suis persuadé, au contraire, qu’on peut toujours traduire. Traduire signifie qu’il y a du même, qu’on a tous la même tête et que par conséquent on peut comprendre des concepts chinois ou indiens quand on nous les explique. Mais si on se pose la question de savoir comment cela se fait qu’il y a du même, on tombe dans des théories universalistes, qui sont dangereuses. Nous les avons connues en histoire des religions: l’évolutionnisme, la psychanalyse jungienne avec ses archétypes, les théories de Mircea Eliade. En définissant l’universel, on tombe fatalement dans une idéologie. Je crois que l’universel existe, mais je pense qu’il ne faut pas essayer de le définir.&lt;hr /&gt;(*) [small]: Philippe Borgeaud, &lt;em&gt;Exercices d’histoire des religions. Comparaison, rites, mythes et émotions&lt;/em&gt;. Textes réunis et édités par Daniel Barbu et Philippe Matthey (Leiden/Boston, Brill, 2016), 380 pages.[/small]&lt;div class="refTitre"&gt;« La religion, un mythe comme les autres ? », Entretien avec Philippe Borgeaud, par Nic Ulmi, <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="https://www.letemps.ch/culture/2016/09/24/religion-un-mythe-autres" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Le Temps</a></span>, 24 septembre 2016.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;<br />
<br />
Tout l'entretien est intéressant et j'apprécie personnellement, en particulier, la conclusion de Philippe Borgeaud : ayant, rappelons-le, notamment étudié auprès de Mircea Eliade à l'université de Chicago, il préfère pour sa part prendre ses distances vis-à-vis des théories universalistes telles que celles de son ancien professeur, et adopte une attitude de recherche et de réflexion que je qualifierai - sans surprise - d'assez équilibrée, puisqu'il s'agit de ne pas s'interdire d'étudier en comparant mais sans pour autant vouloir à tout prix "maîtriser" au point d'enfermer l'objet d'étude dans un système de pensée globale ou totale. <br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Albert Camus (1913 - 1960)]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4828</link>
			<pubDate>Sat, 16 Jul 2016 23:17:36 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4828</guid>
			<description><![CDATA[<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1758244466_albert_camus_actuelles_folio-essais_9782070329731_1_75.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1758244466_albert_camus_actuelles_folio-...1_1_75.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
J'ai eu l'occasion, ces derniers temps, dans le cadre de mes recherches, de "revenir" à Albert Camus, après avoir notamment constaté un peu par hasard que <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">la Chute</span> avait fait partie des lecture de jeunesse de Michael Moorcock dans les années 1950, au même titre que le roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">l'Heure du Dragon</span> de Robert E. Howard - auteur qu'il avait apprécié au même titre que Camus - ou que <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">le Seigneur des Anneaux</span> de J. R. R. Tolkien - roman que Moorcock n'aima pas dès le début et sans que cela change par la suite comme on le sait. Il pourra bien sûr être question ici de vos impressions personnelles concernant Albert Camus et son œuvre, en allant éventuellement un peu plus loin que les quelques allusions ou évocations succinctes que l'on peut trouver ici ou là dans les échanges passés sur JRRVF, mais j'avoue que l'ouverture aujourd'hui du présent fuseau est d'abord l'occasion pour moi d'évoquer un texte de Camus que j'ai lu récemment, et qui résonne en moi à la lumière - sinistre - de toutes ces guerres dont j'entends parler depuis le début de ce siècle, qu'il s'agisse de la "guerre contre la terreur" - source de terreur mondiale elle-même - et de toutes ces attaques terroristes de fanatiques/ratés censées la justifier, ou qu'il s'agisse de cette "guerre métaphysique totale" dont il a été question il y a quelque temps dans un autre <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4802" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau</a> et vis-à-vis de laquelle il faudrait, parait-il, choisir son "camp" en voyant, là encore, le monde en noir et blanc au nom d'idées absolues... <br />
<br />
En cette époque difficile, où le monde va si mal, je me permets donc de partager ici le début d'un texte de Camus, « Le siècle de la peur », premier article de la série <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Ni victimes ni bourreaux</span>, republié dans le recueil d'écrits politiques <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I en 1950 et initialement paru dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Combat</span> en novembre 1946 (et non 1948, comme cela est curieusement indiqué dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span>). Comme dirait JR, l'emphase (en italique et colorée) dans le texte est mienne. Le contexte géopolitique et idéologique de l'époque où Camus a écrit ce texte, vers le milieu du siècle dernier, a évidemment son importance, d'autant plus si on prend la peine de le lire en entier, mais cependant, il n'échappera à personne, je pense, à quel point notre sensibilité actuelle peut être réceptive à la réflexion de l'auteur vis-à-vis du monde comme il va.<br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;« Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. On me dira que ce n'est pas là une science. Mais d'abord la science y est pour quelque chose, puisque ses derniers progrès théoriques l'ont amenée à se nier elle-même et puisque ses perfectionnements techniques menacent la terre entière de destruction. De plus, si la peur en elle-même ne peut être considérée comme une science, il n'y a pas de doute qu'elle soit cependant une technique.          <br />
Ce qui frappe le plus, en effet, dans le monde où nous vivons, c'est d'abord, et en général, que la plupart des hommes (sauf les croyants de toutes espèces) sont privés d'avenir. Il n'y a pas de vie valable sans projection sur l'avenir, sans promesse de mûrissement et de progrès. Vivre contre un mur, c'est la vie des chiens. Eh bien! Les hommes de ma génération et de celle qui entre aujourd'hui dans les ateliers et les facultés ont vécu et vivent de plus en plus comme des chiens.  <br />
Naturellement, ce n'est pas la première fois que des hommes se trouvent devant un avenir matériellement bouché. Mais ils en triomphaient ordinairement par la parole et par le cri. Ils en appelaient à d'autres valeurs, qui faisaient leur espérance. Aujourd'hui personne ne parle plus (sauf ceux qui se répètent), parce que le monde nous paraît mené par des forces aveugles et sourdes qui n'entendront pas les cris d'avertissements, ni les conseils, ni les supplications. Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l'homme, qui lui a toujours fait croire qu'on pouvait tirer d'un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l'humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux, et parce qu'on ne persuade pas une abstraction, c'est-à-dire le représentant d'une idéologie.  <br />
Le long dialogue des hommes vient de s'arrêter. Et, bien entendu, un homme qu'on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C'est ainsi qu'à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu'ils le jugeaient inutile, s'étalait et s'étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. "Vous ne devez pas parler de l'épuration des artistes en Russie, parce que cela profiterait à la réaction". "Vous devez vous taire sur le maintien de Franco par les Anglo-Saxons, parce que cela profiterait au communisme." Je disais bien que la peur est une technique.  <br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Entre la peur très générale d'une guerre, que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur. Nous vivons dans la terreur parce que la persuasion n'est plus possible, parce que l'homme a été livré tout entier à l'histoire et qu'il ne peut plus se tourner vers cette part de lui-même, aussi vraie que la part historique, et qu'il retrouve devant la beauté du monde et des visages; parce que nous vivons dans le monde de l'abstraction, celui des bureaux et des machines, des idées absolues et du messianisme sans nuances. &lt;font color=darkred&gt;Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées.&lt;/font&gt; Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l'amitié des hommes, ce silence est la fin du monde.  </span><br />
Pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant la réflexion. Mais la terreur, justement, n'est pas un climat favorable à la réflexion. Je suis d'avis, cependant, au lieu de blâmer cette peur, de la considérer comme l'un des premiers éléments de la situation, et d'essayer d'y remédier. Il n'est rien de plus important. Car cela concerne le sort d'un grand nombre d'Européens qui, rassasiés de violences et de mensonges, déçus dans leurs plus grands espoirs, répugnant à l'idée de tuer leurs semblables, fût-ce pour les convaincre, répugnent également à l'idée d'être convaincus de la même manière. [...] »&lt;div class="refTitre"&gt;(Albert Camus, « Le siècle de la peur », in <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I. Chroniques 1944-1948, Gallimard, 1950, rééd. "Folio essais" 1997-2009, p. 117-119)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;Lorsque j'ai écrit ce que j'ai écrit dans l'autre fuseau, je n'avais même pas en tête Camus, mais ces mots, ma foi, expriment assez bien ce que je ressens à l'heure actuelle : une pénible sensation d'étouffement face aux guerres que l'on vous met sous le nez, avec force images chocs ou force citations érudites, et vis-à-vis desquelles on vous oblige à prendre je-ne-sais quel parti, alors que vous ressentez instinctivement, au fond de vous-même, que tout cela est avant tout, et peut-être même seulement, l'affaire de gens pour lesquels seules comptent leurs certitudes, idéologiques, religieuses, toutes sans nuances, et qui sont voués donc ni plus ni moins à se planter contre le mur du réel en croyant « avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées », comme le dit Camus. Je ne prétend pas faire parler Camus à ma place, et me cacher derrière un "maître à penser" quel qu'il soit n'est pas, du reste, ma tasse de thé, qui plus est en des lieux où, trop souvent, nous avons tendance à nous regarder, derrière nos écrans, en espérant ne pas nous retrouver dans le rôle du "non-initié" soudain pris en faute. Mais les mots de Camus que je viens de citer m'apparaissent aujourd'hui d'une si singulière résonance, toutes proportions gardées vis-à-vis de la distance historique (mais l'époque où Camus a écrit n'est pas si lointaine toutefois : si je compte à l'envers l'âge que j'aurai cette année, j'arrive à l'année... 1946) que les partager m'a paru <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">a minima</span> intéressant, même si je ne sais pas si cela intéressera quelqu'un d'autre (j'ai remarqué depuis longtemps que dès que l'on s'éloigne de Tolkien, ici ou ailleurs sur la planète dédiée, les gens ont tendance à devenir, hélas, de plus en plus muets... et on se demande d'ailleurs pourquoi : ne me dites pas que vous n'êtes pas "qualifiés pour"... etc. Ce n'est pas ce que l'on vous demande, et encore heureux. Chacun devrait d'ailleurs savoir combien une "expertise" est par essence limitée). <br />
<br />
Dans le même recueil <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> figure également d'autres textes d'Albert Camus qui peut-être intéresserons aussi quelqu'un ici, tels ces fragments d'un exposé fait au couvent des dominicains de Latour-Maubourg en 1948, intitulé « L'incroyant et les chrétiens », dans lesquels Camus évoque notamment l'espérance chrétienne censée se distinguer de l'incroyance - voire de l'agnosticisme, pourrait-on éventuellement ajouter - par son optimisme : <br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;« [...] Et maintenant que peuvent faire les chrétiens pour nous ?<br />
D'abord en finir avec les vaines querelles dont la première est celle du pessimisme. Je crois par exemple que M. Gabriel Marcel aurait avantage à laisser la paix à des formes de pensée qui le passionnent en l'égarant. M. Marcel ne peut pas se dire démocrate et demander en même temps l'interdiction de la pièce de Sartre (*). C'est une position fatigante pour tout le monde. C'est que M. Marcel veut défendre des valeurs absolues, comme la pudeur et la vérité divine de l'homme, alors qu'il s'agit de défendre les quelques valeurs provisoires qui permettront à M. Marcel de continuer à lutter un jour, et à son aise, pour ces valeurs absolues...<br />
De quel droit d'ailleurs un chrétien ou un marxiste m'accuserait-il par exemple de pessimisme ? Ce n'est pas moi qui ai inventé la misère de la créature, ni les terribles formules de la malédiction divine. Ce n'est pas moi qui ai crié ce <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Nemo bonus</span>, ni la damnation des enfants sans baptême. Ce n'est pas moi qui ai dit que l'homme était incapable de se sauver tout seul et que du fond de son abaissement il n'avait d'espérance que dans la grâce de Dieu. Quant au fameux optimisme marxiste ! Personne n'a poussé plus loin la méfiance à l'égard de l'homme et finalement les fatalités économiques de cet univers apparaissent plus terribles que les caprices divins.<br />
Les chrétiens et les communistes me diront que leur optimisme est à plus longue portée, qu'il est supérieur à tout le reste et que Dieu ou l'histoire, selon les cas, sont les aboutissants satisfaisants de leur dialectique. J'ai le même raisonnement à faire. Si le christianisme est pessimiste quant à l'homme, il est optimiste, quant à la destinée humaine. Eh bien ! je dirai que pessimiste quant à la destinée humaine, je suis optimiste quant à l'homme. Et non pas au nom d'un humanisme qui m'a toujours paru court, mais au nom d'une ignorance qui essaie de ne rien nier.<br />
Cela signifie donc que les mots pessimisme et optimisme ont besoin d'être précisés et qu'en attendant de pouvoir le faire, nous devons reconnaître ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare. [...] »&lt;div class="refTitre"&gt;(Albert Camus, « L'incroyant et les chrétiens », in <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I., <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">op. cit.</span>, p. 174-175)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;(*)[small] : Il s'agit de la pièce <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Huis clos</span>, dans laquelle Gabriel Marcel prétendait avoir vu un « principe luciférien ».[/small]&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;Le recueil contient également des entretiens, dont un initialement publié par Émile Simon dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">la Reine du Caire</span> en 1948, entretien dans lequel Camus évoque notamment l'esprit des anciens Grecs vis-à-vis de l'idée de bonheur, et au sujet de la doctrine et de la foi chrétiennes, cette dernière étant décrite par Émile Simon comme une démission et un acte de fuite face à une réalité faite de souffrance et d'injustice (l'emphase est de l'auteur) :&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;« L'erreur vient toujours d'une exclusion, dit Pascal. Si on ne recherche que le bonheur, on aboutit à la facilité. Si on ne cultive que le malheur, on débouche dans la complaisance. Dans les deux cas, une dévaluation. Les Grecs savaient qu'il y a une part d'ombre et une part de lumière. Aujourd'hui, nous ne voyons plus que l'ombre et le travail de ceux qui ne veulent pas désespérer est de rappeler la lumière, les midis de la vie. Mais c'est une question de stratégie. Dans tous les cas, ce à quoi il faut tendre, ce n'est pas à l'achèvement, mais à l'équilibre et à la maîtrise. <br />
[...] Ma position personnelle, pour autant qu'elle puisse être défendue, est d'estimer que si les hommes ne sont pas innocents, ils ne sont coupables que d'ignorance. Ceci serait à développer.<br />
Mais je réfléchirais avant de dire comme vous que la foi chrétienne est une démission. Peut-on écrire ce mot pour un saint Augustin ou un Pascal ? L'honnêteté consiste à juger une doctrine par ses sommets, non par ses sous-produits. Et du reste, bien que je sache peu sur ces choses, j'ai l'impression que la foi est moins une paix qu'une espérance tragique.<br />
Ceci dit, je ne suis pas chrétien. Je suis né pauvre, sous un ciel heureux, dans une nature avec laquelle on sent un accord, non une hostilité. Je n'ai donc pas commencé par le déchirement, mais par la plénitude. Ensuite... Mais je me sens un cœur grec. Et qu'y a-t-il donc dans l'esprit grec que le christianisme ne puisse admettre ? Beaucoup de choses, mais ceci en particulier : les Grecs ne niaient pas les dieux, mais <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">ils leur mesuraient leur part</span>. Le christianisme qui est une religion <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">totale</span>, pour employer un mot à la mode, ne peut admettre cet esprit où l'on fait seulement la part de ce qui doit, à son sens, avoir toute la place. Mais cet esprit-là peut très bien admettre, au contraire, l'existence du christianisme. N'importe quel chrétien intelligent vous dira qu'à ce compte, il préfèrerait le marxisme, si seulement le marxisme le voulait bien.<br />
Ceci pour la doctrine. Reste l'Église. Mais je prendrai l'Église au sérieux quand ses chefs spirituels parleront le langage de tout le monde et vivront eux-mêmes la vie dangereuse et misérable qui est celle du plus grand nombre. »&lt;div class="refTitre"&gt;(Albert Camus, « Trois Interviews », I (entretien avec Émile Simon), in <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I., <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">op. cit.</span>, p. 181-183)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;Bien entendu, même si j'avoue reconnaitre - très modestement - ma propre opinion en lisant que dans tous les cas « il faut tendre à l'équilibre », et que le passage évoquant « une religion <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">totale</span>, pour employer un mot à la mode » a, quand même, quelque-chose de piquant quand j'entends par ailleurs parler de "guerre métaphysique totale", il serait dommage de tirer des conclusions hâtives sur ce que je pense après avoir lu ces extraits, y compris bien entendu en matière de spiritualité. Je ne me sers pas de Camus comme d'autres peuvent se servir d'autres écrivains, y compris de Tolkien, pour une cause quelconque, ou pour donner je-ne-sais quelle leçon à je-ne-sais qui. J'ai relu dernièrement de vieilles discussions où chacun avait tendance, sous des dehors cordiaux, à se pointer avec ses petites convictions toutes faites comme si elles étaient une évidence et devaient naturellement refléter l'objet de leurs partages en ces lieux. La plupart des participants étaient encore jeunes, certes, et je me compte volontiers dans le lot d'ailleurs, mais, tout de même, on sent encore aujourd'hui, à relire les uns et les autres, toute la difficulté pour chacun à appréhender autrui le plus justement possible, que ce soit dans l'image que l'on donne de soi et dans celle que peuvent en retenir les autres. Mais toujours est-il que la pensée de Camus est décidément stimulante, et que si mon message vous pousse à lire ou relire ce grand auteur, et que vous y trouviez, vous aussi, si ce n'est déjà fait, matière (et invitation) à réflexion (et méditation), peut-être n'aurai-je pas perdu mon temps à écrire ce que j'ai écrit ce soir.<br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.<br />
<br />
<br />
[small][EDIT: mise à jour de l'affichage de l'image de la couverture du livre <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span>][/small]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1758244466_albert_camus_actuelles_folio-essais_9782070329731_1_75.jpg" loading="lazy"  alt="[Image: 1758244466_albert_camus_actuelles_folio-...1_1_75.jpg]" class="mycode_img" /><br />
<br />
J'ai eu l'occasion, ces derniers temps, dans le cadre de mes recherches, de "revenir" à Albert Camus, après avoir notamment constaté un peu par hasard que <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">la Chute</span> avait fait partie des lecture de jeunesse de Michael Moorcock dans les années 1950, au même titre que le roman <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">l'Heure du Dragon</span> de Robert E. Howard - auteur qu'il avait apprécié au même titre que Camus - ou que <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">le Seigneur des Anneaux</span> de J. R. R. Tolkien - roman que Moorcock n'aima pas dès le début et sans que cela change par la suite comme on le sait. Il pourra bien sûr être question ici de vos impressions personnelles concernant Albert Camus et son œuvre, en allant éventuellement un peu plus loin que les quelques allusions ou évocations succinctes que l'on peut trouver ici ou là dans les échanges passés sur JRRVF, mais j'avoue que l'ouverture aujourd'hui du présent fuseau est d'abord l'occasion pour moi d'évoquer un texte de Camus que j'ai lu récemment, et qui résonne en moi à la lumière - sinistre - de toutes ces guerres dont j'entends parler depuis le début de ce siècle, qu'il s'agisse de la "guerre contre la terreur" - source de terreur mondiale elle-même - et de toutes ces attaques terroristes de fanatiques/ratés censées la justifier, ou qu'il s'agisse de cette "guerre métaphysique totale" dont il a été question il y a quelque temps dans un autre <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4802" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau</a> et vis-à-vis de laquelle il faudrait, parait-il, choisir son "camp" en voyant, là encore, le monde en noir et blanc au nom d'idées absolues... <br />
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En cette époque difficile, où le monde va si mal, je me permets donc de partager ici le début d'un texte de Camus, « Le siècle de la peur », premier article de la série <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Ni victimes ni bourreaux</span>, republié dans le recueil d'écrits politiques <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I en 1950 et initialement paru dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Combat</span> en novembre 1946 (et non 1948, comme cela est curieusement indiqué dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span>). Comme dirait JR, l'emphase (en italique et colorée) dans le texte est mienne. Le contexte géopolitique et idéologique de l'époque où Camus a écrit ce texte, vers le milieu du siècle dernier, a évidemment son importance, d'autant plus si on prend la peine de le lire en entier, mais cependant, il n'échappera à personne, je pense, à quel point notre sensibilité actuelle peut être réceptive à la réflexion de l'auteur vis-à-vis du monde comme il va.<br />
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&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;« Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. On me dira que ce n'est pas là une science. Mais d'abord la science y est pour quelque chose, puisque ses derniers progrès théoriques l'ont amenée à se nier elle-même et puisque ses perfectionnements techniques menacent la terre entière de destruction. De plus, si la peur en elle-même ne peut être considérée comme une science, il n'y a pas de doute qu'elle soit cependant une technique.          <br />
Ce qui frappe le plus, en effet, dans le monde où nous vivons, c'est d'abord, et en général, que la plupart des hommes (sauf les croyants de toutes espèces) sont privés d'avenir. Il n'y a pas de vie valable sans projection sur l'avenir, sans promesse de mûrissement et de progrès. Vivre contre un mur, c'est la vie des chiens. Eh bien! Les hommes de ma génération et de celle qui entre aujourd'hui dans les ateliers et les facultés ont vécu et vivent de plus en plus comme des chiens.  <br />
Naturellement, ce n'est pas la première fois que des hommes se trouvent devant un avenir matériellement bouché. Mais ils en triomphaient ordinairement par la parole et par le cri. Ils en appelaient à d'autres valeurs, qui faisaient leur espérance. Aujourd'hui personne ne parle plus (sauf ceux qui se répètent), parce que le monde nous paraît mené par des forces aveugles et sourdes qui n'entendront pas les cris d'avertissements, ni les conseils, ni les supplications. Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l'homme, qui lui a toujours fait croire qu'on pouvait tirer d'un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l'humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux, et parce qu'on ne persuade pas une abstraction, c'est-à-dire le représentant d'une idéologie.  <br />
Le long dialogue des hommes vient de s'arrêter. Et, bien entendu, un homme qu'on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C'est ainsi qu'à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu'ils le jugeaient inutile, s'étalait et s'étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. "Vous ne devez pas parler de l'épuration des artistes en Russie, parce que cela profiterait à la réaction". "Vous devez vous taire sur le maintien de Franco par les Anglo-Saxons, parce que cela profiterait au communisme." Je disais bien que la peur est une technique.  <br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Entre la peur très générale d'une guerre, que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur. Nous vivons dans la terreur parce que la persuasion n'est plus possible, parce que l'homme a été livré tout entier à l'histoire et qu'il ne peut plus se tourner vers cette part de lui-même, aussi vraie que la part historique, et qu'il retrouve devant la beauté du monde et des visages; parce que nous vivons dans le monde de l'abstraction, celui des bureaux et des machines, des idées absolues et du messianisme sans nuances. &lt;font color=darkred&gt;Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées.&lt;/font&gt; Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l'amitié des hommes, ce silence est la fin du monde.  </span><br />
Pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant la réflexion. Mais la terreur, justement, n'est pas un climat favorable à la réflexion. Je suis d'avis, cependant, au lieu de blâmer cette peur, de la considérer comme l'un des premiers éléments de la situation, et d'essayer d'y remédier. Il n'est rien de plus important. Car cela concerne le sort d'un grand nombre d'Européens qui, rassasiés de violences et de mensonges, déçus dans leurs plus grands espoirs, répugnant à l'idée de tuer leurs semblables, fût-ce pour les convaincre, répugnent également à l'idée d'être convaincus de la même manière. [...] »&lt;div class="refTitre"&gt;(Albert Camus, « Le siècle de la peur », in <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I. Chroniques 1944-1948, Gallimard, 1950, rééd. "Folio essais" 1997-2009, p. 117-119)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;Lorsque j'ai écrit ce que j'ai écrit dans l'autre fuseau, je n'avais même pas en tête Camus, mais ces mots, ma foi, expriment assez bien ce que je ressens à l'heure actuelle : une pénible sensation d'étouffement face aux guerres que l'on vous met sous le nez, avec force images chocs ou force citations érudites, et vis-à-vis desquelles on vous oblige à prendre je-ne-sais quel parti, alors que vous ressentez instinctivement, au fond de vous-même, que tout cela est avant tout, et peut-être même seulement, l'affaire de gens pour lesquels seules comptent leurs certitudes, idéologiques, religieuses, toutes sans nuances, et qui sont voués donc ni plus ni moins à se planter contre le mur du réel en croyant « avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées », comme le dit Camus. Je ne prétend pas faire parler Camus à ma place, et me cacher derrière un "maître à penser" quel qu'il soit n'est pas, du reste, ma tasse de thé, qui plus est en des lieux où, trop souvent, nous avons tendance à nous regarder, derrière nos écrans, en espérant ne pas nous retrouver dans le rôle du "non-initié" soudain pris en faute. Mais les mots de Camus que je viens de citer m'apparaissent aujourd'hui d'une si singulière résonance, toutes proportions gardées vis-à-vis de la distance historique (mais l'époque où Camus a écrit n'est pas si lointaine toutefois : si je compte à l'envers l'âge que j'aurai cette année, j'arrive à l'année... 1946) que les partager m'a paru <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">a minima</span> intéressant, même si je ne sais pas si cela intéressera quelqu'un d'autre (j'ai remarqué depuis longtemps que dès que l'on s'éloigne de Tolkien, ici ou ailleurs sur la planète dédiée, les gens ont tendance à devenir, hélas, de plus en plus muets... et on se demande d'ailleurs pourquoi : ne me dites pas que vous n'êtes pas "qualifiés pour"... etc. Ce n'est pas ce que l'on vous demande, et encore heureux. Chacun devrait d'ailleurs savoir combien une "expertise" est par essence limitée). <br />
<br />
Dans le même recueil <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> figure également d'autres textes d'Albert Camus qui peut-être intéresserons aussi quelqu'un ici, tels ces fragments d'un exposé fait au couvent des dominicains de Latour-Maubourg en 1948, intitulé « L'incroyant et les chrétiens », dans lesquels Camus évoque notamment l'espérance chrétienne censée se distinguer de l'incroyance - voire de l'agnosticisme, pourrait-on éventuellement ajouter - par son optimisme : <br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;« [...] Et maintenant que peuvent faire les chrétiens pour nous ?<br />
D'abord en finir avec les vaines querelles dont la première est celle du pessimisme. Je crois par exemple que M. Gabriel Marcel aurait avantage à laisser la paix à des formes de pensée qui le passionnent en l'égarant. M. Marcel ne peut pas se dire démocrate et demander en même temps l'interdiction de la pièce de Sartre (*). C'est une position fatigante pour tout le monde. C'est que M. Marcel veut défendre des valeurs absolues, comme la pudeur et la vérité divine de l'homme, alors qu'il s'agit de défendre les quelques valeurs provisoires qui permettront à M. Marcel de continuer à lutter un jour, et à son aise, pour ces valeurs absolues...<br />
De quel droit d'ailleurs un chrétien ou un marxiste m'accuserait-il par exemple de pessimisme ? Ce n'est pas moi qui ai inventé la misère de la créature, ni les terribles formules de la malédiction divine. Ce n'est pas moi qui ai crié ce <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Nemo bonus</span>, ni la damnation des enfants sans baptême. Ce n'est pas moi qui ai dit que l'homme était incapable de se sauver tout seul et que du fond de son abaissement il n'avait d'espérance que dans la grâce de Dieu. Quant au fameux optimisme marxiste ! Personne n'a poussé plus loin la méfiance à l'égard de l'homme et finalement les fatalités économiques de cet univers apparaissent plus terribles que les caprices divins.<br />
Les chrétiens et les communistes me diront que leur optimisme est à plus longue portée, qu'il est supérieur à tout le reste et que Dieu ou l'histoire, selon les cas, sont les aboutissants satisfaisants de leur dialectique. J'ai le même raisonnement à faire. Si le christianisme est pessimiste quant à l'homme, il est optimiste, quant à la destinée humaine. Eh bien ! je dirai que pessimiste quant à la destinée humaine, je suis optimiste quant à l'homme. Et non pas au nom d'un humanisme qui m'a toujours paru court, mais au nom d'une ignorance qui essaie de ne rien nier.<br />
Cela signifie donc que les mots pessimisme et optimisme ont besoin d'être précisés et qu'en attendant de pouvoir le faire, nous devons reconnaître ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare. [...] »&lt;div class="refTitre"&gt;(Albert Camus, « L'incroyant et les chrétiens », in <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I., <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">op. cit.</span>, p. 174-175)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;(*)[small] : Il s'agit de la pièce <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Huis clos</span>, dans laquelle Gabriel Marcel prétendait avoir vu un « principe luciférien ».[/small]&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;Le recueil contient également des entretiens, dont un initialement publié par Émile Simon dans <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">la Reine du Caire</span> en 1948, entretien dans lequel Camus évoque notamment l'esprit des anciens Grecs vis-à-vis de l'idée de bonheur, et au sujet de la doctrine et de la foi chrétiennes, cette dernière étant décrite par Émile Simon comme une démission et un acte de fuite face à une réalité faite de souffrance et d'injustice (l'emphase est de l'auteur) :&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;&lt;div class="refTexte"&gt;« L'erreur vient toujours d'une exclusion, dit Pascal. Si on ne recherche que le bonheur, on aboutit à la facilité. Si on ne cultive que le malheur, on débouche dans la complaisance. Dans les deux cas, une dévaluation. Les Grecs savaient qu'il y a une part d'ombre et une part de lumière. Aujourd'hui, nous ne voyons plus que l'ombre et le travail de ceux qui ne veulent pas désespérer est de rappeler la lumière, les midis de la vie. Mais c'est une question de stratégie. Dans tous les cas, ce à quoi il faut tendre, ce n'est pas à l'achèvement, mais à l'équilibre et à la maîtrise. <br />
[...] Ma position personnelle, pour autant qu'elle puisse être défendue, est d'estimer que si les hommes ne sont pas innocents, ils ne sont coupables que d'ignorance. Ceci serait à développer.<br />
Mais je réfléchirais avant de dire comme vous que la foi chrétienne est une démission. Peut-on écrire ce mot pour un saint Augustin ou un Pascal ? L'honnêteté consiste à juger une doctrine par ses sommets, non par ses sous-produits. Et du reste, bien que je sache peu sur ces choses, j'ai l'impression que la foi est moins une paix qu'une espérance tragique.<br />
Ceci dit, je ne suis pas chrétien. Je suis né pauvre, sous un ciel heureux, dans une nature avec laquelle on sent un accord, non une hostilité. Je n'ai donc pas commencé par le déchirement, mais par la plénitude. Ensuite... Mais je me sens un cœur grec. Et qu'y a-t-il donc dans l'esprit grec que le christianisme ne puisse admettre ? Beaucoup de choses, mais ceci en particulier : les Grecs ne niaient pas les dieux, mais <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">ils leur mesuraient leur part</span>. Le christianisme qui est une religion <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">totale</span>, pour employer un mot à la mode, ne peut admettre cet esprit où l'on fait seulement la part de ce qui doit, à son sens, avoir toute la place. Mais cet esprit-là peut très bien admettre, au contraire, l'existence du christianisme. N'importe quel chrétien intelligent vous dira qu'à ce compte, il préfèrerait le marxisme, si seulement le marxisme le voulait bien.<br />
Ceci pour la doctrine. Reste l'Église. Mais je prendrai l'Église au sérieux quand ses chefs spirituels parleront le langage de tout le monde et vivront eux-mêmes la vie dangereuse et misérable qui est celle du plus grand nombre. »&lt;div class="refTitre"&gt;(Albert Camus, « Trois Interviews », I (entretien avec Émile Simon), in <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span> I., <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">op. cit.</span>, p. 181-183)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;<br />
<br />
&lt;p&gt;Bien entendu, même si j'avoue reconnaitre - très modestement - ma propre opinion en lisant que dans tous les cas « il faut tendre à l'équilibre », et que le passage évoquant « une religion <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">totale</span>, pour employer un mot à la mode » a, quand même, quelque-chose de piquant quand j'entends par ailleurs parler de "guerre métaphysique totale", il serait dommage de tirer des conclusions hâtives sur ce que je pense après avoir lu ces extraits, y compris bien entendu en matière de spiritualité. Je ne me sers pas de Camus comme d'autres peuvent se servir d'autres écrivains, y compris de Tolkien, pour une cause quelconque, ou pour donner je-ne-sais quelle leçon à je-ne-sais qui. J'ai relu dernièrement de vieilles discussions où chacun avait tendance, sous des dehors cordiaux, à se pointer avec ses petites convictions toutes faites comme si elles étaient une évidence et devaient naturellement refléter l'objet de leurs partages en ces lieux. La plupart des participants étaient encore jeunes, certes, et je me compte volontiers dans le lot d'ailleurs, mais, tout de même, on sent encore aujourd'hui, à relire les uns et les autres, toute la difficulté pour chacun à appréhender autrui le plus justement possible, que ce soit dans l'image que l'on donne de soi et dans celle que peuvent en retenir les autres. Mais toujours est-il que la pensée de Camus est décidément stimulante, et que si mon message vous pousse à lire ou relire ce grand auteur, et que vous y trouviez, vous aussi, si ce n'est déjà fait, matière (et invitation) à réflexion (et méditation), peut-être n'aurai-je pas perdu mon temps à écrire ce que j'ai écrit ce soir.<br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.<br />
<br />
<br />
[small][EDIT: mise à jour de l'affichage de l'image de la couverture du livre <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Actuelles</span>][/small]]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Clark Ashton Smith]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=200</link>
			<pubDate>Wed, 18 May 2016 23:27:53 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=721">Hyarion</a>]]></dc:creator>
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			<description><![CDATA[Dans le cadre de l'histoire du courant américain de la fantasy qui s'est développée durant la première moitié du XXe siècle, seuls quelques auteurs de textes diffusés alors dans les pulp-magazines comme <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Weird Tales</span> sont <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">in fine</span> passés à la postérité par la qualité de leur travail et l'influence qui a été la leur dans l'histoire du genre. Parmi ces quelques auteurs figurent ceux qui ont été surnommés le "triumvirat de <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Weird Tales</span>" : H. P. Lovecraft (1890-1937), Robert E. Howard (1906-1936) et Clark Ashton Smith (1893-1961). Aujourd'hui, on connait bien le premier, natif de Providence (Rhode Island), on connait désormais mieux le deuxième, natif du Texas, mais on connait encore peu le troisième, natif de Californie, sachant que tous les trois se connaissaient et correspondaient entre eux à travers les États-Unis, Howard et Smith ayant d'ailleurs participé, par l’écriture de plusieurs récits, au développement du fameux Mythe de Cthulhu lovecraftien. <br />
<br />
Considéré comme le dernier des romantiques américains, atteint par la tuberculose très jeune, ayant vécu toute sa vie en Californie où il a exercé divers métiers, Clark Ashton Smith était un autodidacte. Écrivain et poète, peintre et sculpteur amateur, il fut aussi traducteur de Baudelaire en anglais après avoir appris seul le français. Son premier recueil poétique a été publié en 1912 et sa période de créativité la plus faste se situe entre 1929 et 1936, à l'époque où il a notamment écrit ses nouvelles appartenant à des cycles liés chacun à un lieu imaginaire particulier. C'est en effet une des spécificités de l'imaginaire de Clark Ashton Smith : sa fiction n'est pas organisée autour de personnages comme chez Howard ou autour d'un mythe cosmique comme chez Lovecraft, mais autour de lieux fictifs nommés Hyperborée, Zothique, Poseidonis (d'inspiration atlante) ou Averoigne (d'inspiration à la fois médiévale... et auvergnate !). <br />
L'œuvre de Smith, d'une grande richesse et d'une grande poésie, mérite d'être aussi connue et lue que celles du créateur de Conan et de celui de Cthulhu.<br />
<br />
J'ai déjà écrit l'année dernière dans le <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4799" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau</a> dédié à Howard que c'est en parcourant <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=-320121" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">La Grande Anthologie de la Fantasy</a></span> de chez Omnibus, en 2004, que j'ai lu ma première nouvelle de Howard, une histoire de Conan - <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">La Citadelle Écarlate</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Scarlet Citadel</span>) -, avant de lire dans la foulée l'autre nouvelle howardienne - <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Crâne du Silence</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Screaming Skull of Silence</span>), une histoire de Kull - et les quatre poèmes d'Howard que contenait également cette <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Grande Anthologie</span> malheureusement aujourd'hui épuisée (mais dont je vous ai régulièrement parlé depuis que j'ai débarqué sur le présent forum, il y a plus de douze ans). Il se trouve que ladite <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Anthologie</span> contenait aussi un bon nombre de textes de Clark Ashton Smith, auteur que j'ai donc aussi découvert à cette occasion à l'époque, et qui était représenté dans le volume de chez Omnibus par quatre textes : <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Voyage du roi Euvoran</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Voyage of King Euvoran</span>), <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Yondo</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Abominations of Yondo</span>), <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Memnons de la nuit</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Memnons of the Night</span>) et <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Désert désolé de Soom</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Desolation of Soom</span>). Plus tard, j'ai découvert d'autres textes : des nouvelles réunies dans le recueil <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=1051421384" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">l'Empire des nécromants</a></span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Lost Worlds</span>, 1944) paru pour la première fois en français aux Nouvelles éditions Oswald (NéO) en 1986, ainsi que la totalité des poèmes en prose de Smith, écrits dans les années 1910 et 1920 et réunis dans le recueil <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?NumLivre=-324218" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Nostalgie de l'Inconnu</a></span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Nostalgia of the Unknown</span>) paru chez La Clef d'Argent il y a quinze ans, dans une traduction de Philippe Gindre, et qui contient - selon moi - des joyaux tels que <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">La Disparition d'Aphrodite</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Passing of Aphrodite</span>). <br />
<br />
Clark Ashton Smith a été publié en français dès les années 1970, mais de façon aléatoire et incomplète, d'abord par Christian Bourgois (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Autres dimensions</span>, 1974), puis par la Librairie des Champs-Élysées (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Zothique</span>, 1978 ; <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Poséidonis</span>, 1981), puis chez NéO (huit volumes de 1985 à 1989, dont celui que j'ai cité plus haut). Plus récemment, La Clef d'Argent a publié en 2000 <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Mangeur de hachisch ou L'Apocalypse du mal</span>, et en 2001 le recueil de poèmes en prose <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Nostalgie de l'Inconnu</span> dont j'ai déjà parlé. Enfin, en 2013, L'Oeil du Sphinx a publié un choix de poèmes cosmiques sous le titre <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Celui qui marchait parmi les étoiles</span>, tandis que les éditions Actes Sud ont fait paraître la nouvelle <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">La Flamme Chantante</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The City of the Singing Flame</span>), mais un éventuel projet de réédition d'envergure de l'œuvre de Smith se faisait toutefois encore jusqu'ici attendre. Or, on en entendait parler depuis quelques mois, mais c'est à présent officiel : aujourd'hui, en s'appuyant sur une opération de financement participatif, les éditions Mnémos se proposent de retraduire entièrement les grands cycles de l'œuvre de fiction de Clark Ashton Smith consacrés aux univers de Zothique, Averoigne, Poseidonis et Hyperborée, afin d'en faire une intégrale en deux volumes pouvant paraître l'année prochaine. L'opération a été lancée hier, mardi 17 mai, sur le site de Ulule, et le montant minimal à atteindre pour réaliser le projet était initialement de 5000€ mais, en moins de 24 heures, c'était déjà quatre fois ce montant qui avait déjà été obtenu, et à l'heure où j'écris le budget participatif a désormais dépassé la barre des 28000€, ce qui est d'ors et déjà une très belle réussite pour un projet qui, à mon avis, mérite bien d'être soutenu. Pour qui le souhaite, il reste encore un mois pour participer : <a href="https://fr.ulule.com/zothique/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://fr.ulule.com/zothique/</a> <br />
<br />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1463606223_clark-ashton-smith_projet-mnemos.png" loading="lazy"  alt="[Image: 1463606223_clark-ashton-smith_projet-mnemos.png]" class="mycode_img" /><br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Dans le cadre de l'histoire du courant américain de la fantasy qui s'est développée durant la première moitié du XXe siècle, seuls quelques auteurs de textes diffusés alors dans les pulp-magazines comme <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Weird Tales</span> sont <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">in fine</span> passés à la postérité par la qualité de leur travail et l'influence qui a été la leur dans l'histoire du genre. Parmi ces quelques auteurs figurent ceux qui ont été surnommés le "triumvirat de <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Weird Tales</span>" : H. P. Lovecraft (1890-1937), Robert E. Howard (1906-1936) et Clark Ashton Smith (1893-1961). Aujourd'hui, on connait bien le premier, natif de Providence (Rhode Island), on connait désormais mieux le deuxième, natif du Texas, mais on connait encore peu le troisième, natif de Californie, sachant que tous les trois se connaissaient et correspondaient entre eux à travers les États-Unis, Howard et Smith ayant d'ailleurs participé, par l’écriture de plusieurs récits, au développement du fameux Mythe de Cthulhu lovecraftien. <br />
<br />
Considéré comme le dernier des romantiques américains, atteint par la tuberculose très jeune, ayant vécu toute sa vie en Californie où il a exercé divers métiers, Clark Ashton Smith était un autodidacte. Écrivain et poète, peintre et sculpteur amateur, il fut aussi traducteur de Baudelaire en anglais après avoir appris seul le français. Son premier recueil poétique a été publié en 1912 et sa période de créativité la plus faste se situe entre 1929 et 1936, à l'époque où il a notamment écrit ses nouvelles appartenant à des cycles liés chacun à un lieu imaginaire particulier. C'est en effet une des spécificités de l'imaginaire de Clark Ashton Smith : sa fiction n'est pas organisée autour de personnages comme chez Howard ou autour d'un mythe cosmique comme chez Lovecraft, mais autour de lieux fictifs nommés Hyperborée, Zothique, Poseidonis (d'inspiration atlante) ou Averoigne (d'inspiration à la fois médiévale... et auvergnate !). <br />
L'œuvre de Smith, d'une grande richesse et d'une grande poésie, mérite d'être aussi connue et lue que celles du créateur de Conan et de celui de Cthulhu.<br />
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J'ai déjà écrit l'année dernière dans le <a href="https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4799" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">fuseau</a> dédié à Howard que c'est en parcourant <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=-320121" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">La Grande Anthologie de la Fantasy</a></span> de chez Omnibus, en 2004, que j'ai lu ma première nouvelle de Howard, une histoire de Conan - <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">La Citadelle Écarlate</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Scarlet Citadel</span>) -, avant de lire dans la foulée l'autre nouvelle howardienne - <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Crâne du Silence</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Screaming Skull of Silence</span>), une histoire de Kull - et les quatre poèmes d'Howard que contenait également cette <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Grande Anthologie</span> malheureusement aujourd'hui épuisée (mais dont je vous ai régulièrement parlé depuis que j'ai débarqué sur le présent forum, il y a plus de douze ans). Il se trouve que ladite <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Anthologie</span> contenait aussi un bon nombre de textes de Clark Ashton Smith, auteur que j'ai donc aussi découvert à cette occasion à l'époque, et qui était représenté dans le volume de chez Omnibus par quatre textes : <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Voyage du roi Euvoran</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Voyage of King Euvoran</span>), <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Yondo</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Abominations of Yondo</span>), <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Memnons de la nuit</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Memnons of the Night</span>) et <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Désert désolé de Soom</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Desolation of Soom</span>). Plus tard, j'ai découvert d'autres textes : des nouvelles réunies dans le recueil <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=1051421384" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">l'Empire des nécromants</a></span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Lost Worlds</span>, 1944) paru pour la première fois en français aux Nouvelles éditions Oswald (NéO) en 1986, ainsi que la totalité des poèmes en prose de Smith, écrits dans les années 1910 et 1920 et réunis dans le recueil <span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><a href="http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?NumLivre=-324218" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">Nostalgie de l'Inconnu</a></span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Nostalgia of the Unknown</span>) paru chez La Clef d'Argent il y a quinze ans, dans une traduction de Philippe Gindre, et qui contient - selon moi - des joyaux tels que <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">La Disparition d'Aphrodite</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The Passing of Aphrodite</span>). <br />
<br />
Clark Ashton Smith a été publié en français dès les années 1970, mais de façon aléatoire et incomplète, d'abord par Christian Bourgois (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Autres dimensions</span>, 1974), puis par la Librairie des Champs-Élysées (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Zothique</span>, 1978 ; <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Poséidonis</span>, 1981), puis chez NéO (huit volumes de 1985 à 1989, dont celui que j'ai cité plus haut). Plus récemment, La Clef d'Argent a publié en 2000 <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Mangeur de hachisch ou L'Apocalypse du mal</span>, et en 2001 le recueil de poèmes en prose <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Nostalgie de l'Inconnu</span> dont j'ai déjà parlé. Enfin, en 2013, L'Oeil du Sphinx a publié un choix de poèmes cosmiques sous le titre <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Celui qui marchait parmi les étoiles</span>, tandis que les éditions Actes Sud ont fait paraître la nouvelle <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">La Flamme Chantante</span> (<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">The City of the Singing Flame</span>), mais un éventuel projet de réédition d'envergure de l'œuvre de Smith se faisait toutefois encore jusqu'ici attendre. Or, on en entendait parler depuis quelques mois, mais c'est à présent officiel : aujourd'hui, en s'appuyant sur une opération de financement participatif, les éditions Mnémos se proposent de retraduire entièrement les grands cycles de l'œuvre de fiction de Clark Ashton Smith consacrés aux univers de Zothique, Averoigne, Poseidonis et Hyperborée, afin d'en faire une intégrale en deux volumes pouvant paraître l'année prochaine. L'opération a été lancée hier, mardi 17 mai, sur le site de Ulule, et le montant minimal à atteindre pour réaliser le projet était initialement de 5000€ mais, en moins de 24 heures, c'était déjà quatre fois ce montant qui avait déjà été obtenu, et à l'heure où j'écris le budget participatif a désormais dépassé la barre des 28000€, ce qui est d'ors et déjà une très belle réussite pour un projet qui, à mon avis, mérite bien d'être soutenu. Pour qui le souhaite, il reste encore un mois pour participer : <a href="https://fr.ulule.com/zothique/" target="_blank" rel="noopener" class="mycode_url">https://fr.ulule.com/zothique/</a> <br />
<br />
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1463606223_clark-ashton-smith_projet-mnemos.png" loading="lazy"  alt="[Image: 1463606223_clark-ashton-smith_projet-mnemos.png]" class="mycode_img" /><br />
<br />
Amicalement,<br />
<br />
Hyarion.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Roger Zelazny - Les princes d'Ambre]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4821</link>
			<pubDate>Sun, 21 Feb 2016 15:55:03 +0100</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=2">Cédric</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4821</guid>
			<description><![CDATA[Je suis au troisième tome (découpage français...) des Princes d'Ambre.<br />
Impression mitigée pour l'instant mais tout n'est pas encore dit. On alterne le bon et le moins bon à mon sens et je regrette un peu (là-aussi, ce n'est qu'une vue intermédiaire) le discours trop égo-centré autour de Corwin.<br />
<br />
A suivre... ;-)<br />
<br />
Cédric.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Je suis au troisième tome (découpage français...) des Princes d'Ambre.<br />
Impression mitigée pour l'instant mais tout n'est pas encore dit. On alterne le bon et le moins bon à mon sens et je regrette un peu (là-aussi, ce n'est qu'une vue intermédiaire) le discours trop égo-centré autour de Corwin.<br />
<br />
A suivre... ;-)<br />
<br />
Cédric.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Glen Cook - Le Cycle de la Compagnie noire]]></title>
			<link>https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4806</link>
			<pubDate>Fri, 24 Jul 2015 11:50:04 +0200</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://www.jrrvf.com/mybb/member.php?action=profile&uid=2">Cédric</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://www.jrrvf.com/mybb/showthread.php?tid=4806</guid>
			<description><![CDATA[Hello,<br />
<br />
Je viens de commencer le premier volume du Cycle de la Compagnie noire. Ca se profile assez bien pour le moment.<br />
Si vous l'avez déjà lu, vous confirmez, plutôt intéressant (sans me spoiler,  "hein ?!" <img src="https://www.jrrvf.com/mybb/images/smilies/smile.png" alt="Smile" title="Smile" class="smilie smilie_1" /> ) <br />
<br />
++<br />
Cédric]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Hello,<br />
<br />
Je viens de commencer le premier volume du Cycle de la Compagnie noire. Ca se profile assez bien pour le moment.<br />
Si vous l'avez déjà lu, vous confirmez, plutôt intéressant (sans me spoiler,  "hein ?!" <img src="https://www.jrrvf.com/mybb/images/smilies/smile.png" alt="Smile" title="Smile" class="smilie smilie_1" /> ) <br />
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++<br />
Cédric]]></content:encoded>
		</item>
	</channel>
</rss>