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L'amulette de Sacrade

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 1: Confessions d’un vieillard
(par Katorh, ajouté le 25/10/05 12:00)


A travers le brouillard, se dessinait une fine silhouette voilée par des nuages blanchâtres. Ses contours ondulaient à chacun de ses pas et le sol frémissait de l’écho comme une pierre lancée dans l’eau. Plus la silhouette avançait, plus ses contours se précisaient et plus les ténèbres se muaient en un tourbillon coloré.
Soudain, l’obscurité se dissipa progressivement, il se lava Une forêt tropicale apparut, qui buvait la rosée fraîchement tombée. Déjà le soleil était haut et la chaleur était étouffante à cette heure de la journée; ainsi une vapeur brunâtre s’élevait.
Gwenden avait rouvert les yeux.
La silhouette avait disparu, mais le jeune garçon s’en assura plusieurs fois. Il savait très bien qu’elle lui apparaissait souvent; mais elle lui procurait toujours une telle peur, un tel effet, qu’il la ressentait comme vivante. Gwenden avait très bien compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple rêve, qui refléterait la réalité…non c’était autre chose, quelque chose de puissant dont il ne connaissait pas le nom et qu’il était incapable de définir.
Maigre, les cheveux roux, le garçon portait des lentilles et avait l’air pâle de quelqu’un qui a beaucoup mûri en peu de temps. Gwenden avait toujours été grand et maigre pour son âge. Il paraissait d’autant plus grand et maigre qu’il était obligé de porter de petit vêtement qui étaient à peu près quatre fois plus petit que lui. Gwenden avait le visage mince, les genoux noueux et les yeux d’un bleu brillant. Sa robe déchirée était sale et ses semelles bâillaient au bout des ses sandales.
Le jeune garçon fut tiré de ses pensées par les appels de sa mère qui approchait à grands pas de l’arbre où il était assis. Il descendit agilement l’arbre _un vieux chêne plus que centenaire_ et courut à la rencontre de sa mère.
La jeune mère était une Kalokie, d’une quarantaine d’années- ce qui était peu chez eux - assez velue avec un pelage roux vif. Elle portait un beau nez aquilin, de beaux yeux vert émeraude bridés et une fine bouche qui lui donnait un air chinois. Sa longue queue fendait l’air, signe d’impatience.
« Maman ? ! Mais que fais tu là ? » demanda le jeune garçon surpris.
« Quoi ? ! Qu’est ce que je fais là ? , hurla la jeune mère. Ce serait plutôt à toi que je devrais poser la question…. Alors ! Ça fait longtemps que je t’attends à la maison. Ne me demande pas pourquoi. Tu n’aurais pas oublié par hasard qu’aujourd’hui même tu avais rendez-vous avec Maître Da ! »
Elle avait à peine finit sa phrase que son fils s’élançait vers la ville. Il laissa sa mère seule en train de se lamenter.
« Pff… Qu’ai je fait pour mériter un enfant comme lui ? »
Gwenden était déjà très loin. Il courait à perdre haleine vers le centre du village. Il avait totalement oublié ce rendez-vous, comme tout le reste et cela depuis que la silhouette lui apparaissait en rêve.
La ville des Kalokies était un ensemble de près d’une centaine de petites maisons construites dans les arbres, protégées par une palissade de bois, invisible à l’œil nu. Seuls les principaux bâtiment étaient construits avec des matériaux solide- de la rocaille pour la plupart- et non du bois. Mais ce qui était le plus surprenant chez eux, c’était leur incroyable sens de l’organisation. Là petite ville de près de cinq cents habitants, s’était formée autour d’une place et de quatre voies représentant les points cardinaux. On aurait dit que les arbres ne se trouvait pas la par hasard et qu’il aurait été plantés pour eux.
Gwenden arriva par la porte ouest de la ville, passa devant de multiples devantures de magasins colorées, pour s’engager vers la via Wella – du nom d’un grand général Kalokie- pour rejoindre la place principal. En moins de temps qu’il ne faut pour la dire, le jeune garçon arriva à la place principal ; l’espace pavé était aussi grand qu’un stade de football et entouré de magasins, qui vendaient des objets en tout genres, aux devantures exhibant les cours les plus chaudes. La place était toujours encombrée ; des milliers de personnes y passaient et des milliers de marchandises y transitaient. Il y avait toujours du monde sur cette place et même le soir les Kalokies fêtards y allaient fêter dans les tavernes qui entouraient la place.
Devant Gwenden se trouvait la Curia, l’assemblée où se ressemblait l’aristocratie kalokie pour prendre les grandes décisions. Le bâtiment était assez austère pour montrer aux nombreux passants que la loi était puissante et que tout le monde devait s’y soumettre. La façade était composée d’un grand fronton triangulaire, où étaient inscrits les principes Kalokiens, tout cela était soutenu par une rangée de colonnes cancellées, basée sur une grande volée de marches.
Gwenden était ébloui par la beauté du bâtiment et resta bouche bée devant les femmes statues qui représentaient les grands principes républicain Kalokies – il n’étaient pas loin des nôtres. Il s’avança parmi l’épaisse foule et se fraya un chemin à grands renforts de coups de coudes bien placés.

La salle du conseil était gigantesque – aussi grande qu’un terrain de football- et très belle ; deux longues rangées d’une centaine de fauteuils en velours se faisaient face et au centre se trouvait le pupitre où les défendaient leurs causes. Elle faisait face à la tribune présidentielle où siégeaient le Grand Maître du Conseil et le Président, Sénateur de la Comtée Kalokienne. Au premier étage, une tribune pour les spectateurs faisait le tour de la salle, excepté derrière la tribune présidentielle – un grand nombre de présidents fut mort comme cela, tué par une flèche ou poignardé.
Les murs de la salle étaient dépourvus de fenêtre, seuls de grands drapeaux, qui représentaient les provinces de la République, y étaient accrochés. Le plafond était doré à l’or fin extrait des montagnes de Sacarmande, et orné par quelques peintures représentant le peuple au cours de ses différentes activités.
Gwenden arriva par une petite porte collatérale et fut stupéfait de pouvoir rentrer aussi facilement dans le ‘ saint des saints ’. Il remarqua aussitôt qu’il n’y avait aucune fenêtre et que toute la lumière venait de chandeliers à bougies disséminés dans la pièce. Il avança d’un pas lent sur le tapis rouge, vers le pupitre.
Le jeune garçon sentit que c’était un moment solennel, un moment mémorable. Il tremblait de plaisir et d’émotion. Arrivé au pupitre, il monta les marches, une à une d’un pas lent et régulier et atteignit le perchoir. Gwenden tremblait de plaisir; il sentait qu’une force le poussait, lui donnait des ailes. Il leva les bras en direction des places vides, toutes autour de lui. Il était seul, mais un bonheur intense l’avait envahi; il entendait les acclamations, les cris du public… Il les voyait l’applaudissant, des hommes et des femmes de toutes origines, de toutes les nations, l’ovationnaient à tout rompre.
« C’est la première impression que j’ai eue moi aussi quand je suis rentré dans cette salle pour la première fois, lança une voix derrière lui »Gwenden fit volte face, ses illusions envolées, et se retrouva en face de Maître Da.
« Je sais, c’est une impression étrange. Et je crois que tout le monde est passé par là, pas de la même manière- il regardait le jeune garçon gauche, les bras levés d’en bas- mais je pense que c’est une force qui fait partie de la nature humaine, non kalokie. Il suffit de me regarder… »
Gwenden était ébahi, il avait en face de lui le plus vieux Kalokie, ridé certes mais très vif. Le Sénateur portait une grande robe bleue turquoise avec une collerette rouge qui faisait étrangement ressortir ses yeux verts. Gwenden remarqua que lorsque l’on le regardait, on ne voyait ni son pelage marron, ni sa queue; ils étaient en quelque sorte invisibles. Le sénateur portait une épaisse perruque d’apparat blanche qui le rendait ridicule; on aurait dit un nain-il était plus petit que la moyenne des Kalokies- portant un sac sur tête.
« Descends et vient discuter dans mon bureau, veux tu bien, proposa le Censeur. ’ Gwenden descendit du perchoir au pas de course et rejoignit le Sénateur. Il avait tellement de respect pour le Président, qu’il en était très intimidé et il n’osait pas parler.
Tu dois sûrement, te demander pourquoi je t’ai invité. Oui…je m’en doutais. Il faut que je te dise que depuis près d’une semaine, je m’intéresse beaucoup a toi…
_Moi ! ?, balbutia le jeune garçon intrigué.
_Oui, toi, Gwenden. Tu sais que tu es un garçon très intéressant. Tu as de très nombreux dons. Et surtout… »
Il hésita pendant un instant, en regardant le jeune garçon.
« Enfin bref, tu es vraiment passionnant comme garçon. C’est pourquoi, j’ai décidé de te demander de me rendre un petit service. Tu vas très vite en comprendre la portée, mais ce que j’ai à te dire est assez délicat… » Il fit une grimace-. ’
Ils s’étaient tout les deux engagés dans un couloir austère, par une porte de la salle menant au bureau du Sénateur. La pièce était aussi grande qu’une salle de bal, illuminée par de grandes baies vitrées, et de grands chandeliers disséminés dans l’immense pièce. Un lourd tapis rouge couvrait le sol et les murs étaient couverts de papier peint. Un grand bureau en chêne trônait devant une des grandes baies vitrées.
Ils entrèrent tout en continuant de discuter. Gwenden prit place devant le bureau, dans l’un des fauteuils en velours.
‘ Ce soir une grande catastrophe arrivera, continua le Sénateur. Tout le monde mourra, moi, tes parents…le village brûlera et la Forêt Astrale sera détruite. Je sais que tu as du mal à me croire. ’
Il se tourna vers la baie vitrée et porta son regard sur la ville.
« La ville est belle, elle est à son apogée. Les habitants sont heureux, mais c’est la fin. Ah ! Le temps des rêves est révolu !
_Pourquoi tout cela, pourquoi n’avez vous pas averti la population ? demanda Gwenden suffoqué. On aurait pu…
_On aurait pu quitter la ville, se défendre…oui, je sais. Mais mon garçon, il faut que tu saches que l’on ne peut pas changer le futur. Tôt ou tard, cela devait se passer. Mais il faut encore que tu me crois, j’ai tout fait, tout… J’ai levé l’armé, renforcé la garde, … »
Gwenden vit des larmes couler sur le visage du Sénateur Kalokie.
« Mais qu’est ce que j’ai à voir avec cela ?
_Mais tout, Gwenden. Tout ce qui arrivera sera ta faute. Je ne t’accuse pas directement, mais c’est à cause de toi que tout cela arrivera.- le jeune garçon sursauta, horrifié. C’est pour toi qu’ILS viendront.
Ton destin, Gwenden, n’est pas de rester ici, mais d’aller au devant de la réalité. J’ai compris cela en t’observant, tu es un garçon exceptionnel. Je t’en ai même déjà trop dit. Un jour, ton heure viendra.
J’aurai voulu pouvoir t’aider plus, mais le temps me manque, dit-il d’un ton chagriné. C’est pourquoi je te demande de remettre cela au Consul de la République. »
Il se dirigea vers un tiroir de son bureau et l’ouvrit. Il en sortit une lettre et une petite bourse fermée par une cordelette dorée.
« La bourse contient un puissant objet que bien des personnes convoitent et quant à la lettre, elle assurera ton avenir. »
Il alla s’asseoir dans son fauteuil et se perdit dans ses sombres pensées.
« Maintenant, c’est à toi de décider, mais sache que tu n’as pas le choix. Tu le verras bientôt. Le destin a pour toi, tout décidé, et tu dois l’accomplir. Et c’est bien dommage…, finit le Sénateur d’un ton las.
_Mais pourquoi c’est dommage ? En quoi je n’ai pas le choix ? Dites moi tout, je vous en supplie. »
Gwenden était en larmes, tant il était énervé par l’attitude du Sénateur. Il savait que celui-ci savait tout, mais qu’il ne lui dirait rien. Il était frustré. Il regarda tristement le vieux Kalokie pensif, le regard perdu dans ses pensées. Gwenden comprit très vite.
Des larmes amères coulaient sur son visage. Il comprit que l’on ne lui laissait pas le choix. Il allait perdre ses parents, il serait seul et il serait obligé de survivre. Contraint d’accepter et de perdre toutes les personnes, qu’il aimait.
Gwenden, le visage plein de larmes, prit rageusement la bourse et la lettre et sortit en courant du bureau. Il ne supportait pas de voir le Sénateur impassible, alors que la ville courait un danger. Mais qu’était ce danger ? Il ne le savait pas, mais le prenait au sérieux. Et si c’était une blague… elle était de très mauvais goût.
Il rentra chez lui, en ne prêtant attention à personne, tant il était occupé par ses pensées. Il passa sans dire mot de l’entretien à ses parents. Cela lui briserait le cœur de les voir en sachant qu’ils seraient morts dans quelques heures, mais que lui non.
Le jeune garçon entra dans sa petite chambre d’enfant. Il la considéra pendant un instant; des peluches traînaient partout, du papier peint représentait des nounours sur un fond blanc, recouvrait les murs. Au centre de la pièce, un petit lit de bois était parfaitement fait; un oreiller avec des hochets et un couvre-lit blanc. Gwenden courut de rage et défit le lit. Il jeta l’oreiller, déchira le couvre-lit. Il était en colère, il en voulait à tout le monde.
Une foule de questions le tourmentaient. Il se demandait pourquoi ? Pourquoi étaient-ils obligés de mourir ? Pourquoi doit-il survivre ? Pourquoi…
Fatigué, Gwenden, se laissa tomber de tout son long sur les restes de son lit. Il se regarda dans le miroir suspendu au plafond et s’endormit.

Gwenden se réveilla avec deux certitudes ; il savait quel choix il avait fait et qu’ILS étaient déjà arrivés. Le jeune garçon regarda par la fenêtre; il observa la lune ronde parmi une nuit noire et sentit la fraîcheur de ce soir d’été. Soudain, Gwenden roula hors de son lit. Quelques secondes plus tard, une hache s’abattit à l’endroit même où il reposait. Il avait eu de la chance; pour cette fois.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.