Chapitre 10:
Tissus
(par
Saivh, ajouté le 27/01/06 15:03)
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Gayette repoussa les volets. Le bois etait reche sous ses doigts. Un peu de poussiere dansa dans la lumiere pale de l’hiver. Elle se retourna et selectionna les tissus choisis par LaLilotte et Beckky. Elle se planta devant les etageres qui couraient le long des murs et regarda longuement les rouleaux de laine. Des pas se firent entendre derriere elle et Robert la prit par la taille.
- Tu as fais ton choix? - Oui. Je crois que je vais prendre celle que nous avons teinte cet automne avec le sureau. J’aime bien la coloration bleu-mauve qu’elle a pris cette annee. Et je crois aussi que je vais prendre un peu de lin pour que La Lilotte et Beckky se fassent de nouvelles coiffes pour Noel.
Gayette etait toujours adossee contre la poitrine de son mari. Robert la serra plus fort et emit un petit rire.
- Vous allez etre ravissantes cette annee.
Gayette sourit. Elle se defit de l’etreinte de Robert et prit le tissus. Elle en coupa suffisament pour de faire une robe et l’ajouta aux etoffes verte et ocre, ainsi que le lin. Elle s’envelloppa dans son manteau et sorti, son paquet sous le bras.
Il etait encore tot, mais le village etait eveille. Des bruits de marteau et d’enclume montaient de chez Gildas. Gayette parvint au logis de Beckky en esayant de ne pas glisser sur la boue gelee. Elle frappa et la jeune femme lui ouvrit.
- Entre. Il fait froid.
Il y faisait sec et les herbes sechees qui pendaient au plafond et au-dessus de la cheminee sentaient bon. Un feu etait deja allume. Gayette deposa les etoffes sur la table. Beckky lui tendit un bol de biere. Gayette en bu une gorge et la reposa aussitot. Elle se tourna vers Beckky.
- Je dois m’en aller. Je suis tres pressee. Mais tu connais mes dimensions et je te fais confiance.
Elle indiqua le lin.
- Il y a de quoi vous faire de nouveaux bonnets pour Noel.
Gayette embrassa Beckky. Elle retint son soufflé et demanda a voix basse si elle pouvait sortir par l’arriere. Ses yeux d’ardoise eviterent de croiser le regard de la jeune femme. Surprise, Beckky balbutia quelques mots mais dirigea Gayette vers la porte de derriere qui ouvrait sur un petit jardin d’herbes.
Gayette essayait de marcher discretement et de ne pas tomber sur le sol gele. Son coeur battait a tout romper. Elle avait l’illusion d’etre legere et du se forcer pour ralentir. Lorsqu’elle se fut eloignee du village elle ne se retint plus et se mit a courir. L’air froid lui brulait la poitrine. Ses paumes transpiraient et sa bouche etait seche. Elle traversa la clairiere a toute vitesse et prit la direction du lac. Dans la clairiere elle crut entendre le rire de la Dame voler dans les branches. Elle se retourna mais ne vit personne. Elle reprit sa course et le rire se perdit dans la bise qui lui coupait les joues. Gayette n’eut aucune peine a retrouver le petit sentier. C’etait comme si il avait toujours ete la, visible et ouvert. Elle ralentit son rythme et marcha plus lentement pour reprendre son souffle.
Gayette parcouru les lieux du regard. Le calme y regnait. Le silence absolu contrastait avec les battements de son coeur qui lui martelait les tympans. Le paysage etait blanc et scintillait sous un soleil pale que l’on devinait a peine. Une silhouette sombre se tenait droit devant elle et tranchait sur la neige. Les Yeux Verts l’atendait. Il etait droit et grand comme un arbre. Il avait de longs cheveux noirs que Gayette compara a des crins de cheval. Il etait vetu d’une tunique et de braies qui lui donnait l’apparence d’un hetre. Ou etait-ce l’inverse? Etait-il vetu d’ecorce qui lui donnait l’allure d’un homme vetu d’une tunique et de braies? L’ombre des arbres s’etirait et lui offra, fugitivement, l’illusion de bois de cerfs.
L’arbre aux yeux verts lui tendit la main. Un bracelet de cuivre lui enserrait le poignet.
- Bienvenue a Gleanndúbh, an chará solas! Je t’ai attendue.
Gayette, stupefaite et mefiante, ne bougea pas. Son manteau lui pendait lamentablement sur les epaules. Serrant les dents et toisant l’homme de haut en bas, elle l’observa s’approcher d’elle. D’un geste il la prit dans ses bras. Gayette inhala un bruit de surprise. Les yeux fermes, il murmura de la meme voix que les arbres prennent dans le vent et le silence.
- Tu m’as manqué. Tu nous as tellement manqué.
Serree contre la tunique, ou etait-ce la peau d’un cerf?, Gayette sentit contre son menton le cuivre d’un collier solide qui ornait le cou de l’homme. Le collier ne ressemblait a rien qu’elle ne connaissait. Il etait rigide, torsade et termine par deux boules a l’eclat mat. Instinctivement, Gayette le serra plus pres. Son manteau qui s’etait maladroitement emmele autour de ses coudes glissa sur la neige molle. L’homme sentait l’ecorce vive des arbres fraichement ecorches. La peau de son cou etait sombre et chaude.
L’homme releva la tete et tourna son regard vers les arbres. Un groupede loups en sortit calmement. Certains baillerent, d’autres s’etirerent et agiterent paresseusement la queue.
- Oui, tu nous as manqué.
Gayette leva vers lui son regard couleur de ciel d’hiver et le plongea dans ses yeux verts. Il lui sourit. Ses levres decouvrirent des petites dents carnassieres, parfaitement rangees. Comme des perles. Ou des petits galets blancs et polis.
L’homme la prit par la main et la guida vers un rocher pres du lac. Gayette prit place a ses cotes. Quelques loups trottinerent vers eux. L’homme pointa le doigt vers une louve et dit:
- Elle, c’est Oíche. Elle s’inquietait pour toi.
Il nomma encore d’autres loups.
- Elle, c’est Flidhais; lui, c’est Sliabh et lui, c’est Sioc.
Quelques jeunes loups jappaient et couraient dans la neige. Leur course faisait voler des etincelles de neige. Gayette rit aux eclats, oubliant qu’ils etaient des loups. Elle prit de la neige, en fit une boule et la leur lanca. Les jeunes loups s’elancerent avec des cris qu’elle interpreta comme des cris de plaisir. Ils mordirent la neige avec de grands claquements de dents excites. Une louve et ses petits, encore tres jeunes, restaient a l’ecart et regardaient paisiblement la scene. Gayette se rassit et tourna la tete vers l’homme. Il lui prit le menton. Ses levres etaient chaude et goutaient la seve. Elle se serra contre lui. Elle devenait eau et le sentait devenir fer. Le cri d’une poule d’eau, strident, se perdit dans l’air et se repercuta sur l’eau.
Serree contre lui, Gayette se souvint d’une langue perdue, d’autres gens. De colliers rigides et du language des loups. L’homme lui caressait les cheveux.
- Dans deux jours, ce sera le Solstice.
Gayette se retourna et se serra contre lui.
- Tu dois etre ici. Imperativement.
Gayette soupira.
- Je ferai tout… - Je ne veux plus te perdre. Prends ce qui t’es le plus cher et revient ici dans deux jours. Pour de bon.
Les yeux fermes, Gayette appuya son front sur le torse de son amant. Elle lui caresait la nuque et ses doigts se refermerent sur une poignee de cheveux. Ses larmes avaient un gout amer.
Lorsque Gayette revint au village, une heure peut-etre avait du s’ecouler. Elle retourna chez Beckky.
- Tu n’as pas ete longue. - J’ai termine plus vite que prevu. - Dans ce cas, j’aurai tout le temps de prendre tes mesures.
Gayette passa l’apres-midi chez la jeune femme a boire des infusions d’herbes et a discuter. |
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