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MOOT STORY

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 11: PROCES-VERBAL infraction à la circulation
(par Augereau, ajouté le 16/11/07 17:42)


Je soussigné Ludovic Cruchot, maréchal des logis-chef affecté à la brigade de Saint-Tropez, atteste avoir dressé par la présente le procès-verbal d’interpellation de deux individus à la sortie du bourg de Mouans-Sartoux, commune voisine de celle de Mougins, où j’ai été affecté ce jour par l’adjudant Gerber au contrôle de la circulation.

Les deux interpelés sont : 1°) un conducteur du nom de Medonnen Eldandil qui ne possède ni carte d’identité en règle à ce patronyme ni permis de conduire ; 2°) le passager nommé Juju Elwe qui n’a pas non plus de papiers sous cette identité, ni - semble-t-il - toute sa raison.

Le conducteur s’est défendu de son défaut de permis en prétextant qu’il s’agissait d’une conduite accompagnée mais dans laquelle c’est lui qui accompagnait l’autre, situation qui ne figure pas dans le règlement.

Les deux suspects circulaient, au moment des faits, dans une automobile française, ce qui aurait pu constituer un indice en leur faveur si elles n’étaient pas aussi rares dans la région. Le véhicule était de surcroît de couleur douteuse dans les tons cramoisis.

Lors du flagrant délit, les individus s’engageaient à grande vitesse, en première, dans un virage qu’ils tentaient de passer en ligne droite.

Le suspect n° 2 prétend, je cite « que le monde est courbé et qu’il n’a jamais emprunté la voie droite ». Il ajoute que, compte tenu de sa condition, il voyage toujours en première et que des témoins de bonne moralité pourraient le confirmer. Il soutient être citoyen du cru et ne devoir quitter la région qu’en raison d’un exil involontaire dans des contrées septentrionales.

Je luis demande les raisons impérieuses de cet exil ?

Il répond : « pas impérieuses, monsieur l’adjudant-chef, … IMPERIALES !»

Je lui fais observer que traditionnellement, les empereurs ont leurs habitudes à Golfe Juan et qu’ils ne débarquent pas à Mougins. Sinon, quelques-uns sont internés avec d’autres artistes à Saint-Rémy-de-Provence mais que ça nous éloigne en distance comme du sujet. Comme la moutarde commence à me monter au nez, j’explique au futur-prévenu que ça risque de tourner mayonnaise pour lui. Il répond crânement qu’il en serait enchanté. Il ajoute, « j’ai vu déjà qu’il y a des œufs et de l’huile ,enfin je crois, mais ne sachant pas comment la chose se monte, ça me serait utile en société, particulièrement celle dont j’arrive ».

Le doute venant remplacer la moutarde, je flaire un complot et lui demande des précisions. Je transcris l’échange tel quel :
« - Voilà, me dit-il, nous avons passé le WE avec une vingtaine d’acolytes à manger, boire dormir et nous amuser »
« - est-ce tout ? » renchéris-je
« - Moi, je n’ai pas bu, même pas mon vin préféré »
« - Lequel ? »
« - du Pu-Yi fumé, forcément »
« - Ah ? »
« - Nous avons aussi tenu diverses conférences dont l’une relative à l’éveil des Premiers, une autre à la généalogie et aux droits de successions dans certaine famille – mais celle-là, j’vous jure, j’lai pas écoutée, je mangeais un pot de crème de marrons – et aussi adopté un projet de Constitution, le tout étant un ‘Moot’ [sic] qui s’est réuni sur le territoire mouginois dans une enceinte résidentielle privée et fermée entre adultes consentants plus un mineur accompagné par l’autorité parentale».

Sur la base de ces aveux, la préfecture jugera donc s’il s’agit : 1°) d’une secte ; 2°) de factieux qui voudraient renverser le Gouvernement et changer la loi fondamentale ; 3°) d’authentiques dingues.

Laissant provisoirement le suspect n°2 à ses élucubrations, j’indique au n°1 que sa manière de conduire était parfaitement scandaleuse et sans équivalent au sud de la Loire sauf peut-être en ce qui concerne une nonne de ma connaissance qui roule en 2CV et sur laquelle je ne souhaite pas m’étendre puisque les procès-verbaux qui la concernent encombrent aujourd’hui la totalité des bâtiments A, B, D, et J à P des archives de la préfecture.

Nous passons ensuite à la fouille du véhicule et découvrons un premier document à charge : un fichier Excel qui semble faire référence au fameux « Moot » sus-mentionné où l’on peut lire, parmi des ‘Règles générales’ : « buvez, volez, violez, massacrez et pillez à votre guise » Son auteur est un certain Vallis qui habiterait à Nice. Un avis de recherche est immédiatement lancé.

J’ordonne également aux gendarmes Fougasse et Taupin de menotter les désormais-prévenus.

Le dénommé Elwe se révolte : « Vous aurez affaire à moi. Vous ne pouvez pas me faire ça, je ferai jouer l’immunité diplomatique ».

Je rétorque : « C’est ça ! Vous êtes le Grand Turc et vous me prenez pour votre zouave »

A cet instant, le gendarme Fougasse a cru utile de m’interrompre : « Sauf vot’respect chef, ce serait, comme qui dirait, plutôt Mameluk qui conviendrait. Les zouaves, c’est pas turc, c’est algérien »

Après y avoir collé 4 jours à la surveillance des plages, j’ai poursuivi l’inspection du véhicule et dressé l’inventaire du contenu des valises où se trouvaient des effets de marque… peut-être une filière de contrefaçon. Tricard et Berlicot en ont tapé la liste sous ma dictée. Curieusement, alors que je décrivais un vêtement siglé « Dior », le suspect n°2 s’est à nouveau excité en baragouinant à propos de je ne sais quel petit-fils (il n’a pourtant pas l’air d’être en âge d’en avoir).. sûrement un nouveau délire généalogique.

Force est de constater que le suspect n°1 est beaucoup plus calme. Bien qu’il semble plus lucide, il ne faut peut-être pas s’y fier. J’espérais de lui un récit de la réunion du WE. Il s’est défilé en me disant que c’est l’autre qui en était chargé et que c’était écrit dans la Constitution [resic].

Le suspect n° 2 s’est alors mis à crier « Nom d’un petit et du grand bout, c’est encore lui qui a une excuse. C’est trop injuste. ».
Nous n’étions pas trop de cinq pour lui passer la camisole. Son comparse nous y a d’ailleurs aidé, preuve d’un manque de solidarité dans leur ligue.

Au terme du délai réglementaire de garde à vue en cellule de dégrisement, les deux individus n’ont rien retiré de leurs affirmations. Le 1er suspect refuse toujours de faire un constat écrit. Le 2nd promet de faire parvenir à la brigade un compte rendu détaillé de tous ses faits et gestes au cours des 5 jours passés et de dénoncer ses complices ainsi que leurs coupables activités. Il prétend que cela lui sera facile car il doit déjà en rédiger un pour le reste de son assemblée. Toutefois, s’il ne se soumets pas à cette obligation, j’ai suggéré à l’Adjudant Gerber de la contraindre par corps en envoyant la force publique.

Fait, à Mouans-Sartoux, le 05.11.2007
Signé : Ludovic Cruchot


Voir le chapitre 11 sur 12



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.