Chapitre 12:
Le Conseil des Quatre Cités (3)
(par
Stéphanie, ajouté le 17/08/03 11:12)
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« Je vous ai été présenté comme le plus âgé des Adeptes de la Cité. C’est exact. Mais j’ai aussi été un espion dans les Terres des Cendres, durant ma jeunesse, et formé par Oakan, dont la Mémoire se trouve à mes côtés. Je crains que mon discours ne vous paraisse un peu long, mais il me faut clarifier les choses, et pour ce faire, vous parler du Pays des Cendres.
Tout d’abord, tous ces habitants ne sont pas guerriers sanguinaires ou pratiquants d’Arts Interdits. Il existe de grandes plaines agricoles où les gens vivent paisiblement, vaquant à leurs propres affaires. Ils ne savent rien des pratiquent des Saigneurs de Noirchâteau, et si vous leur parliez des Cendrés, ils vous regarderaient d’un air ébahi. Ils ont des légendes, des chants et des danses à eux, complètement différentes de celles des Cendrés. Ils ont un Régisseur, comme ils l’appellent , qui siège à Rante. Celui-ci s’occupe de prélever suffisamment de récoltes et d’argent pour alimenter Noirchâteau, sans affamer ce qu’on pourrait appeler le grenier du Pays des Plaines. Il s’occupe aussi de prélever des jeunes hommes pour former les rangs des Cendrés. J’en ai vu partir : la fleur à la bouche et les poses de futurs héros, vainqueurs des guerres contre l’Extérieur. Aucuns ne reviennent au pays ; mais les gens les oublient vite, même les familles et les fiancées ; comment, je l’ignore. Peut-être une drogue, ou un effet des Innomables. Nous avons bien entendu envoyé des espions pour savoir comment ils parvenaient à faire de ces naïfs les pillards que nous connaissons. Un seul en est revenu : Oakan. Et ce qui est revenu de lui, ce fut sa Pierre Mémoire que j’ai retrouvé sur sa dépouille. C’est le seul moyen que j’ai eu pour le reconnaître. »
La Mémoire d’Oakan se mit à luire et un corps humain se matérialisa, plus petit qu’Erellig, le visage tanné mais jeune encore, les yeux gris mais luisants (ce qui était un effet permanent des Pierres Mémoires), vêtu de gris foncé. Il souriait.
« Je pense qu’il vous paraîtra plus naturel de parler à mon avatar. Je me présente : Oakan, espion et Adepte de mon vivant matériel, et professeur d’Abeneg ci-présent.
J’ai été enrôlé dans les armées des Cendrés. Je n’étais pas le premier des espions à être infiltré , non, et je savais que j’avais peu de chances de revenir. Mais j’étais le premier porteur d’une Mémoire à effectuer cette mission, j’avais donc une chance supplémentaire de faire parvenir mon expérience.
La première semaine se déroula tranquillement, malgré quelques rumeurs inquiètes qui courraient autour des camps à la nuit tombée. Au huitième jour, nous arrivâmes à Rante ; grande fête, jolies femmes (auxquelles peu touchèrent, trop fatigués pour pouvoir garder les yeux ouverts), boissons enivrantes. Le lendemain, nous fûmes accueillis à la demeure du Régisseur. Il nous fut encore servit à boire, mais je ne fit que semblant de vider mes coupes. Le Régisseur se lança dans une grande harangue, beaucoup de mots pour peu de sens. Nous allions être envoyés, après entraînement, à la frontière sud-ouest, pour défende notre beau pays des gens de l’extérieur. C’était tout ce qu’il ya avait à retenir, mais le discours dura très longtemps, et les autres acclamaient, applaudissaient, approuvaient sans poser de questions. Trop saouls, peut-être drogués. Dans l’après-midi, un Capitaine, comme il se nommait lui-même, vînt nous répartir en compagnies. Et nous quittâmes Rante. Les jours passèrent, de plus en plus silencieux, de plus en plus tendus. Mais au soir, on nous servait un vin fort et épicé. Nous n’étions que deux à ne pas boire ; moi, de façon on ne peut plus discrète, et un jeune homme qui refusait ouvertement les outres de vin. Il avait juré à son amie de ne pas se saouler ; il fut bientôt retrouvé mort, sans que l’on puisse savoir s’il avait été tué au cours d’une rixe ou s’il avait été assassiné. De toute manière, sitôt que son cadavre fut abandonné, je fus le seul à me souvenir de lui. Je compris que le mieux à faire était d’imiter les autres. Et les autres devenaient graduellement des Cendrés, tels que nous les connaissions : paillards, cupides et violent ; mais non encore entraînés à manier les armes.
Nous fûmes entraînés dans une forteresse, dont j’ignore le nom (on la nommait simplement ‘la Forteresse’), mais nous pouvions voir les tours de Noirchâteau au sud. Jouer au Cendré fut une tâche difficile. Très difficile, et je compris pourquoi aucun de nos espions n’avait pu revenir vivant. La drogue rendait les hommes insensibles à l’horreur de leur situation. J’en finissais par les envier. Plus d’une fois, j’ai été tenté de boire pour de vrai ce vin épicé qu’on nous servait à chaque occasion. Mais j’ai pu tenir. J’ai accompli ce que, peut-être, d’autres de mes prédécesseurs avaient accomplis avant d’être pris, d’une façon ou d’une autre. J’avais l’avantage de posséder ma Pierre Mémoire. Je montai en grade. Et bientôt, je fus envoyé à Noirchâteau pour parfaire mon entraînement. Ils voulaient faire de moi un Grand Commandant. Peut-être même un Innommable, je ne sais ; à l’époque, ils n’étaient que légende pour moi.
Noirchâteau n’est pas une ville désagréable. L’origine de son nom n’est pas due aux Arts qui y sont pratiqués, mais à la pierre qui la constitue. Une roche dure et couleur de charbon minéral, sans pour autant en être. Il y a de grands jardins et de belles fontaines, des enfants et des jeunes femmes rieuses. Du moins à la lumière. Car la ville s’étend aussi sous la terre ; c’est là que loge le Saigneur. Evidemment, seuls ses ennemis le nomment ainsi. Ses fidèles le nomme le Premier. Je n’ai jamais pu le voir, mais tout le monde en parle comme on parle d’un dirigeant puissant, et à l’esprit tortueux : avec crainte.
Au fil des mois, je descendais sous terre, niveau par niveau. On m’enseigna la stratégie, l’art de parler aux hommes, puis, et là je n’eu plus à faire mine de ne rien savoir, on commença à m’enseigner les Arts Interdits mineurs. On ne cherchait plus à me droguer, ce qui me soulagea, car j’avais peur de ne pas pouvoir résister à la tentation de boire à cette coupe offrant l’oubli.
Et je rencontrai Dunimac. Lui ne fit pas attention à moi, évidemment, mais je su reconnaître en lui un homme proche du Saigneur. J’eus peu à faire pour être placé sous ses ordres. Dunimac était un homme de valeur. Tout le monde le prenait pour un chef brutal et sans pitié. C’était faux. C’était un homme brutal, sans pitié etintelligent, ce qui le rendait beaucoup plus dangereux, et d’autant plus précieux aux yeux de celui que j’appris être son oncle, le Saigneur de Noirchâteau. Seulement, il se passa une chose que je n’ai jamais pu comprendre. Il croisa le regard d’une esclave dans les souterrains. Les fils du destins sont inextricables ; il en fut amoureux. Elle, bien sûr, ne pouvait échapper à son sort, mais elle ne l’aimait pas, et n’eu pas le temps d’apprendre à l’aimer. Car Dunimac, en son désir de lui plaire, commença à changer ; ce qui, évidemment, n’était pas du goût du Saigneur. Et malheureusement pour moi, ma mission se termina peut après. Je me fit prendre à espionner Dunimac lors d’une de nos sorties : s’il commençait à changer, il n’en prenait encore pas moins plaisir à torturer les espions. Il n’en tira pas de moi : je parvins à m’enfuir, en partie grâce aux arts qu’ils m’avaient enseignés. Mais nous étions dans les plaines de cendres ; sans eau ni nourriture, je ne pu aller loin. Je pus dissimuler mon corps à leur vue, mais ne tarda pas à m’éteindre. Et plus tard, alors que je désespérais de ne jamais pouvoir être retrouver par un des miens, Abeneg trouva ma dépouille. »
La façon dont Oakan s’arrêta montrait qu’il avait fini de parler.
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