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EMILIEUVALA ou Chroniques de la Terre d’Emilieu...

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 12: Une Demoiselle intarissable
(par Gregory Dyke, ajouté le 24/09/05 23:53)


Le Vieux arrêta de parler et prit quelques bouffées de sa pipe puis s'étira longuement. Les moins jeunes de son public savaient que cela était le signe que son conte était fini, du moins pour ce soir, car au fond, ne sont pas tous les contes que des mailles de la Grande Histoire? Cette Histoire dont nul de la région ne savait plus que le Vieux mais dont il admettait volontiers qu'il ne savait que peu.

Un grand silence reignait. Les uns savouraient les paroles qu'ils venaient d'entendre et rêvaient de temps passés, du temps où le rideau entre notre monde et Faërie était encore moins sombre. Les autres (inexpérimentés et ne sachant encore interpréter pleinement les gestes et paroles du Vieux, malgrés leurs yeux brillants et prêts à être émerveillés) attendaient la suite de l'histoire. En effet, souvent le Vieux laissait place au silence afin de mieux préparer la suite de son conte; car il savait bien conter, cousant la plus belle histoire de celles qu'il avait entendues; mais il savait aussi que, lorsqu'une histoire est venue à sa fin, il faut la laisser finir; la laisser se refondre dans les mailles de la Grande Histoire. Ce dernier étirement laissa donc place au silence; puis, lorsque chacun eût savouré la magie insufflée par le partage du Vieux, la foule se dispersa peu à peu - un retour au mondanités de la vie peut-être, mais d'un oeil plus brillant et d'un coeur plus léger.

Bientôt, il ne resta plus qu'une poignée de jeunes, intimidés et craignant que leurs parents ne les feraient aller rejoindre cet autre excellent conteur qu'est Morphée, ils espéraient que le Vieux voudrait bien continuer son récit. Ne croyez point que ce n'était qu'une excuse pour rester au coin du feu! Ces loupiots n'avaient pas grande occasion de voyager - d'ailleurs, en bon hobbits, d'ici leurs 33 printemps, ils auraient pour la plupart perdu tout désir de voyager autrepart qu'au pays des contes - mais rêvaient encore de prendre le large. Ils adoraient écouter le Vieux, qui leur contait les fées Sylvaé aux yeux espiègles et Laegalad (dont on dit qu'elle arborait parfois dans ses cheveux une plume de geai magique) et leur chantait la bonté et la gentillesse de dame Kendra (dont on dit que la demeure était un havre de paix hors du temps à l'image de cette maison dont il nous reste plus que des bribes de légendes qu'est celle de Tom Bombadil).

Le Vieux paraissait assoupi - en vérité il était parfaitement éveillé et visitait en songe les pays qu'il contait, essayant de comprendre les liens entre les mailles de la Grande Histoire, se demandant pour quelle raison Dongann et sa Dame n'avaient point étés présents lors de cette rencontre. Non que cela était d'une grande importance, au vu de la tristesse de tous les convives face aux nombreux manquants, mais simplement que le Vieux aimait à plisser les yeux afin d'observer les grandes mouvances du tricôt qu'est la grande histoire; il se souvint soudain qu'on lui avait conté, alors qu'il était jeune, cette même histoire; alors qu'il eût retrouvé la raison qui lui avait échappé, il commençait à revisiter le récit afin de voir quelles autres bouts de fil il pourrait bien trouver lorsque son voyage fût interrompu par une voix aiguë.

Parmi les jeunes à ses pieds dont aucun n'aurait osé lui adresser la parole, encore moins interrompre ce qui paraissait être un assoupissement bien mérité, il y avait une Demoiselle. Et cette Demoiselle était bien une hobbit hors du commun. On raconte qu'elle avait une voix d'elfe, que de son instrument de choix, le flutiau, elle savait tirer des sons tant envoutants qu'elle aurait été digne héritière des meilleurs menestrels de Númenore et qu'elle connaissait les plantes et bêtes du pays comme seule une Rohirrim aurait normalement su le faire. On raconte de surcroît que cette enfant faisait peur à son entourage, tant les grands gestes qui accompagnaient chacune de ses paroles menaçaient de heurter une victime qui se serait maladroitement trop approché d'elle. Mais on raconte surtout qu'elle était chérie de tous (ce qui expliquerait le nombre de victimes potentielles qui s'approchaient d'elle lorsqu'elle venait à parler) et que elle seule était assez intarissable de questions pour oser faire parler le Vieux.

Celui-ci reconnut sur le champ cette voix (car il l'aimait fort, lui aussi et était habitué à répondre à ses nombreuses questions) et se rappella bientôt de son obligation présente: assouvir la soif de merveilles des jeunes à ses pieds. Il ne commençait jamais de nouvelle histoire, mais était toujours prêt à ajouter des détails qui, malgré qu'ils n'appartenassent en son expérience pas au récit bien cousu, continueraient à faire vibrer les jeunes coeurs devant lui. Aujourd'hui, la Demoiselle voulait savoir ce qu'il advint des convives. Repartirent-ils dans leur pays? Ne furent-ils pas emparés d'une grand tristesse face à cette séparation? Tous étaient-ils repartis avec une étoile? Se connaissaient-ils avant? Se rencontrèrent-ils à nouveau par la suite?

Le Vieux sourit. Intarissable en effet; et, son flutiau à la main, elle avait bien failli assomer 2 de ses jeunes camarades en posant toutes ces questions. De plus, la Demoiselle touchait au coeur de la question qui lui semblait importante. En plissant ses yeux, il voyait que la Rencontre avait été fort riche, mettant en scènes de belles hôtes et de beaux mets; mais que cela n'était pas si important dans le courant de la Grande Histoire. En effet, cette Rencontre, les précédentes et celles qui lui avaient succédé étaient surtout placées sous le sceau de l'Amitié. Certains des convives ne se voyaient que rarement, habitant à grandes distances l'un de l'autre; d'autres se rencontraient pour la première fois; d'autres encore, approfondissaient leurs Amitiés; et chacun repartait avec un coeur plus ouvert et une volonté de revoir ses amis (tant ceux de longue date que les récents) aussi fréquemment que possible. Prenant aussi en considération la fatigue de son jeune public (qui baillait malgré lui) il bâtit tout de même longuement à sa réponse, sachant qu'il lui faudrait parfois revenir sur les faits de la Rencontre et parfois s'en éloigner pour conter l'avant et l'après. Reprenant une bouffée de sa pipe, il entama une nouvelle fois son récit.

Voir le chapitre 12 sur 15



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.