Chapitre 13:
Discussion au coin du feu
(par
Laurent Femenias, ajouté le 29/08/03 12:54)
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C’est un Sam visiblement déçu et même quelque peu agacé qui vint rejoindre Dunman un peu plus de deux heures plus tard. Ce dernier était toujours assis confortablement dans son fauteuil, tirant tranquillement sur sa pipe et soufflant régulièrement de petits ronds de fumée. Il semblait tirer de cette activité un plaisir certain au vu du sourire qui illuminait son visage buriné lorsqu’un anneau était particulièrement réussi. Sam s’assit en face du vieil homme et resta quelques instants à le regarder tout en se demandant ce que cette étrange occupation pouvait bien avoir d’aussi agréable. Ce fut encore une fois le vieil homme qui se décida à rompre le silence :
« Que t’attendais-tu donc à trouver dans ces vieux volumes poussiéreux mon jeune ami ? La réponse à toutes tes questions peut-être ? - Certes non mais je pensais tout de même découvrir quelque chose de concret sur le mystère qui entoure la Forêt mais ces… livres (ce dernier mot fut prononcé avec une expression de dédain à peine dissimulée) ne font état que de vieilles légendes telles celles que m’ont racontées mes parents et grands-parents depuis mon enfance. Mais si toutes ces histoires de démons et de sorcières ont effectivement quelque chose d’effrayant – bien que j’ignore la part exacte de vérité qu’elles contiennent – je suis certain que ce n’est pas ce que je suis venu chercher ici. Il y a… il y a autre chose ! - Mais bien sûr qu’il y a autre chose ! Et tu pourrais déjà apprendre beaucoup sur cette autre chose uniquement en prenant le temps de lire attentivement ces livres. Attention, je n’ai pas dit en se contentant de feuilleter les deux ou trois ouvrages aux titres les plus accrocheurs de la bibliothèque comme tu viens de le faire à l’instant, s’empressa d’ajouter le vieil homme d’un ton moqueur. Non, la clé du savoir se trouve dans la patience. Il faut être patient et surtout savoir lire entre les lignes, ne pas toujours se fier à ce qui est le plus visible dans ces histoires. Je pense que je ne te surprendrai pas si je te dis que la plupart des légendes qui courent sur Galinda ne sont que racontars sans importance de paysans superstitieux. Mais prend tout de même garde à ne pas sous estimer certains contes de grand-mère : il peut s’y cacher des vérités que tu ne soupçonnes pas. Il faut juste apprendre à faire le tri et savoir démêler un tant soit peu le vrai du faux. - Vous êtes bien mystérieux… - Ah ! Ah ! Ah ! Tu trouves ? Sans doute un effet de l’âge. Mais ne t’inquiète pas outre mesure ; on me dit sénile mais je ne le suis pas encore tout à fait, et ce que je viens de te dire est tout sauf mystérieux ; tu t’en rendras vite compte. De toute manière tu as raison : ce n’est pas dans ces livres que tu trouveras la réponse aux questions que tu te poses. Tout au plus pourront-ils être pour toi un intéressant et utile complément. - Mais où trouverai-je les réponses alors ? Me les donnerez-vous ? - Tout viendra en son temps, mon impatient ami. »
Sam se sentit brusquement gêné et craignit d’avoir été quelque peu impertinent vis-à-vis du vieil homme. Mais ce dernier s’empressa de le rassurer. Il arborait à nouveau le sourire qui était le sien lors de leur rencontre quelques heures plus tôt :
« Je t’ai dit de ne pas t’inquiéter jeune Sam. Mon isolement me donne sans doute l’air un peu sauvage pour un jeune homme comme toi. Et mon caractère ne va pas en s’arrangeant avec l’âge, ajouta-t-il en riant. Mais si je semble aboyer parfois, je ne mords jamais. Sache également pour te rassurer que selon moi, la curiosité n’est pas toujours le vilain défaut que l’on dit souvent. Heureusement pour toi d’ailleurs car comme tu en es pourvu, tu serais sans doute l’une des personnes les plus vicieuses que je connaisse. »
Cette fois-ci, les deux hommes rirent ensemble de bon cœur. Dunman savait décidément mettre Sam à l’aise.
« En fait, j’ai plutôt tendance à voir dans la soif de connaissance qui est la tienne une admirable qualité qu’il serait bon de voir davantage partagée par nos semblables. Mais les mystères de Galinda sont sombres et il faut les aborder avec précaution. Et pour l’heure, il est plus que temps d’aller dormir. Il nous faudra nous lever tôt demain car nous avons du travail. Viens que je te montre ta chambre. »
La petite chambre que Dunman avait préparée pour Sam était à l’image de la maison : simple mais confortable. Une fois seul, Sam s’étendit sur son lit et repassa dans sa tête les paroles du vieil homme. Enfin, il était arrivé à la veille de découvrir ce qu’il était venu chercher en partant de chez lui. Et il allait pénétrer dans la vieille Forêt le lendemain ! Galinda et ses mystères ! pensa-t-il. Enfin je vais savoir ! Des images d’arbres plein la tête, il finit par s’endormir et rêva d’aventure.
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