Chapitre 13:
Souvenirs d'une fée
(par
Stéphanie, ajouté le 01/10/05 18:10)
|
[Un feuillet se révèle ici manquant, en dépit de toutes nos recherches… Où qu’elle se trouve, impossible de le savoir… Il semble que la résistance au sommeil des enfants se soit affaiblie, à moins que les parents ne les aient envoyés de force se coucher… L’histoire reprend alors que le Vieux est seul.]Les enfants partis, le Vieux chercha à se souvenir encore… Il lui sembla revoir en mémoire — était-ce mémoire, était-ce rêverie, songe entissé par le peigne d’or des contes ? — quelques pages manuscrites, dont l’écriture n’était pas la sienne… Une écriture ronde et petite, geste à la fois ample et précis, nerveux et souple… quelques phrases ci de là… On prétend qu’il est impossible de lire dans les rêves. Ce devait donc être mémoire… Car il revoyait les phrases, et le bruissement des sens… Et il lui revint que c’était les notes de Laegalad des Vert-Bois et des Champs d’Or. Où avait-il pu les lire ? Le sommeil embrumait déjà son raisonnement… Sans doute les lui avait-elle fait partager un jour, un soir, un matin, comme elle faisait partager ses trouvailles et amusements à ses amis. Il se laissa glisser vers les mots sans résistance, et il lui sembla entendre la voix souriante de la demoiselle les lui lire.
Je tourne en rond… fenêtre ouverte, je me dresse à chaque bruit de carrosse approchant par le Chemin Vert… Les sacs sont près. J’astique encore, pour la dixième fois, ma flûte argentée… Que n’arrive-t-elle ? Encore un carrosse… qui ralentit… hésite… il grimpe au coteau : Dame Sylvae ! Enfin !
* * *
Départ pour les terres d’Emilieu après une visite au jardin… à peine arrivé au bout du Chemin Vert qu’un doute subinaffreux me turlupine : ais-je bien pris ma cape imperméable ? Et bien non… demi-tour. Dire que c’est moi qui avait expressément indiqué à toute la troupe qu’il ne fallait pas l’oublier, en prévision d’un temps de grenouilles !
* * *
Passage par mon Pilat, petites routes serpentantes et ombrées… Le soir tombe plus tard de l’autre côté des montagnes.
* * *
Sorties de Saint-Maurice : première croix : « Déjà ? » « Non. Elle est en pierre, elle a dit “en fer sur un amas de pierre”. » « Et celle-là ? » « Vers le château ? C’est étrange… non, je ne pense pas… Là ! une autre ! » « Et rien d’indiqué… c’est bizarre… on avance encore un peu… » Et en chœur : « Là !!! Marqué Emilieux ! »
* * *
« Ce n’est pas très joli, ces demeures… » « Dans le vieux village, ce devrait être mieux… » Au bas du village, le choix s’offre entre un pierrier — abrupt — et un chemin de terre… Pas de portail bleu… « Kendraaa ! Nous sommes perdues ! » « Ah… où ça ? » Eclat de rire : « A Emilieu ! ». Et Dame Kendra au bout du chemin qui nous fait de grands signes…
* * *
Visite à la maison d’en face… J’en reste interdite. Et la Dame de s’inquiéter : « Je vous avais prévenu : c’est vieux ! ». Eclat de rire : « Mais c’est magnifique ! On dirait un refuge ! » Et c’était vrai : la fraîcheur, les murs, les tablées dressées, la cheminée, cela vous donnait un air de refuge de montagne en retour de randonnée. Et nous voilà à l’explorer pièce par pièce — guère étudiées pour les grandes tailles, je pris vite l’habitude de me baisser dans les escaliers.
* * *
Repas avec les parents de Dame Kendra, gentes personnes s’il en est. La présence de Dame Sylvae semble les rassurer, plus que la mienne… Discussion noctambule et chasse impromptue d’une descendante taille-réduite de Shelob, qui n’avait rien trouvé de mieux que de se promener au dessus du lit de Dame Kendra pour la faire fuir en hurlant.
* * *
Petit matin, chacune attendant que les autres se lèvent pour ne pas risquer de les réveiller… je ne tiens jamais longtemps à ce jeu. Petit déjeuner avec ma confiture d’ampuisais-du-couchant, agrémentée d’épices — il en est des rois qui la voudrait à leur table ! Puis, au travail : des mélanges de poudres d’épices et des secrets de cuisine, je ne parlerai pas — simplement du plaisir de goûter à la courge Noix-de-Beurre tendre et fumante encore, fondante au palais, chair tiède et douce, translucide orangée… Sur le coup des deux heures et demi, casse-croute sur le pouce — goûter en avant-première le pasté de Kendra, un régal ! — puis, départ de ladite Kendra pour accueillir Saivh-de-la-Verte-Eirinn. J’ai l’interdiction expresse de travailler quand Dame Sylvae partira convoyer les prochains arrivants, ce qui ne tarde guère. J’abandonne donc volontiers la cuisine, mais le temps de me changer et de retrouver mon chapeau — sous mon nez, bien évidemment —, Yyr l’Etoilé a eu le temps d’arriver et repartir sans me croiser. C’est alors que Ben le demi-Elfe et Moraldandil l’Erudit toquèrent à la porte, laissés là par le Maître Etoilé. Je les entraîne sans pitié pour une promenade sur un sentier que je ne connais pas… Pauvre de moi ! A peine croisé un caillou que le Demi-Elfe se demande déjà si « grès » est de la même famille que « désagrégé », et l’Erudit de se lancer dans une diatribe ! Auront-ils vu l’hêtre aux multiples troncs sur la droite ? Et les callunes fleuries au bord du chemin ? Je raccourci mes pas pour me caler à leur rythme. Une hirondelle joueuse sur le bleu du relief… Je retrouve ici des airs de chez-moi.
* * *
Premières arrivées peu après notre retour, et à peine les affaires sont posées que la troupe grandissante vient nous aider en cuisine. Les demandes fusent, je ne sais où donner de la tête. Les rires fusent aussi, et petit à petit les convives se rajoutent ; à courir de plat en four, je fini par m’y perdre, et les autres me pardonnent, seuls quelques arrivées marquèrent ma mémoire : Isengar le ménétrier par son retard et ses récits d’aventure de chasse, Neiklot du Midi par son accent, l’Empereur Elwë par sa voix et ses plaisanteries…
L’Empereur Elwë qui d’ailleurs, tout Sindar et Empereur qu’il fut, m’offrit une très jolie cigogne à bec rouge — à moi qui ne suit, pourtant, qu’un Être des Bois. En cela je lui en sait gré, car il s’agit d’un artefact physique prouvant la réalité de ces moments si joyeux qu’on eu pu les croire rêvés. Et puis elle est très jolie. Quant au nom qu’elle devait porter, il ne vint que plus tard, après l’arrivée d’une Dame que j’attendais avec impatience, et qui sera témoin de l’illumination qui me saisit…
* * *
Du repas il fut déjà question, par d’autres gourmands que moi : les Hobbits se font fort d’apprécier la bonne chair, à ce qu’on dit, et c’est véridique… Je retiens encore l’odeur d’épices, qui fut le fumet conducteur de tous nos repas, et la confirmation que je préfère la Noix-de-Beurre même au potimarron.
* * *
Soirée musicale en quatuor au Château de Dame Kendra : élancement plus ou moins vifs de flûtes sur des airs de Celtie, élancement à vif des doigts du ménétrier : douze cordes font six de trop, et l’épreuve eût mérité s’appeler celle de la Guitare Périlleuse à voir les grimaces du pauvre Hobbit. Me voici seule à jouer l’Escalier du Paradis, ne pouvant résister au plaisir d’une improvisation rapide dont mes doigts languissent toujours…
* * *
Plus tard encore, partage de la chambrée avec le même ménétrier et Béatrice-à-la-Fine-Tresse… Discussion nocturne et fort avancée. Je fini par rester seule à veiller, involontairement, sur le souffle inaudible de la princesse et la respiration douce et rapide du Hobbit… Le sommeil ne me rattrapa qu’un temps avant que la lumière du jour ne m’en tire. Une douche fraîche — l’eau chaude n’arriva que pour le suivant qui s’en trouva fort content, le malandrin ! — achève de me réveiller. Seuls quelques pauvres hères hantaient déjà la salle commune, fort peu éveillés et passablement ralentis, et commença alors le Petit-Déjeuner qui nous redonna vigueur et entrain.
* * *
Arrivée du Sieur Tar-Palantir, surgit comme par enchantement dans la salle et qui — craignant sans doute que l’on ai oublié son anniversaire — s’était emmené champagne et gâteau ; mais sa fête n’avait pas été oubliée, et en guise de bonjour l’accueillirent des « Joyeux a-nni-ver-saaaaaire, joyeux a-nni-ver-saaaaire… ».
* * *
L’heure d’offrir le cadeau à notre hôtesse vînt. Je retiens un éclat de rire quand elle affirme : « Non, ce n’est pas un low whistle… non… vous n’auriez pas… »… et si. Mais l’instrument se révèle diablement plus complexe qu’escompté… le reste de la Rencontre sera ponctué d’essais plus ou moins heureux d’en tirer d’abord un son, puis dans le meilleur des cas, une mélodie reconnaissable… ou le cri terrifiant des Noirs Serviteurs de Sauron.
* * *
Dans l’après-midi, sentant les jambes me démanger, je proposai une promenade, sur le même sentier que le jour précédent. L’équipée se trouva plus nombreuse, ayant lancé à la cantonade l’invitation à me suivre — quoique quelques malavisés ayant voulu rester dedans soutinrent l’inverse par la suite. La file ne tarda pas à s’étirer dans la longueur, au gré des montées abruptes et des descentes périlleuses… Quelques chemins étroits permirent des discussions privilégiées et précieuses, sur les sentiers de Faërie en compagnie d’un Etoilé… Le même au retour me valu de manquer être lâchement flanquée dans les ronces par un certain Empereur que je ne nommerai pas, qui profita éhontément de sa force supérieure à la mienne. Sans doute empêché par un dernier reste de galanterie — à moins qu’il ne se soit souvenu de mon avertissement, « Quitte à tomber, autant entraîner l’adversaire dans la chute » — il ne réalisa pourtant pas ce qui eut été un horrible forfait et eu l’extrême gentillesse de me reposer au sol.
* * *
Au retour, nous croisâmes l’autre moitié des hôtes qui partait en promenade, et c’est là qu’il me fut reproché de ne pas avoir crié assez fort… Certains des nôtres firent demi-tour, mais aspirant à un peu de chaleur, nous rentrâmes en grande majorité. Et les cartes furent distribuées. Les Grands de l’assemblée furent lamentablement mis à mal, de même que les Elfes, et preuve me fut encore donnée que je n’avais aucune chance au jeu — à moins qu’un sort ne fut lancé pour ne me donner que de la mitraille à chaque donne.
* * *
Le retour des autres sonna l’heure de la préparation du repas, que je pris cette fois-ci en compagnie de la BBBB — réduite, hélas, par les circonstances néfastes qui bloquèrent une grande Dame dans les lointaines contrées d’Outre-Quiévain — et autres sieurs et Dames… Passé le dessert, nous nous éloignons avec Mélilot-Fleur-d’Or, pour discuter d’un certain sujet d’étude absolument pas sérieux — et par là même, furieusement intéressant. C’est en montant les escaliers pour chercher mes notes que l’illumination me vient soudain. Une cigogne offerte par l’Empereur Elwë ne peut que se nommer Singollo.
Nous ne tardons pas à être rejoint par d’autres convives souhaitant un endroit plus calme que les communs envahis de rôlistes, mais les canapés ayant été monopolisés par nous deux, ils seront réduits à l’inconfort notable du sol et des chaises pour commencer un débat bien plus sérieux que le nôtre… La concentration devient difficile pour les pauvres conteuses, qui auraient bien eu envie de participer aussi à l’autre conversation en même temps… Mais quand la grand-mère s’est mise à dévorer le loup africain, pendant que sa petite fille se peignait les cheveux avec une carde d’or, nous avons compris que l’esprit demandait grâce. Luttant vaillamment contre le sommeil le temps de monter l’escalier, je pris congé des hôtes... Tentai de m’endormir, mais même la calme voix de Yyr l’Etoilé ne pu me servir de berceuse — d’autant qu’il était question de multiplication de l’éternité, concept effroyable à des heures si indues —, et je maudis une fois encore mon sommeil trop léger. Isengar finit par me rejoindre, alors que toute velléité d’endormissement s’était enfuie de mon esprit. S’ensuivit une autre discussion nocturne, que Béatrice-à-la-Fine-Tresse vint ranimer quelques heures plus tard… et il en fut comme du jour précédent, sauf que pour cette fois, je fis couler l’eau froide avant de prendre ma douche.
* * *
Le dimanche vit un temps maussade, et les occupations se tournèrent pour de bon vers l’intérieur : les rires réchauffaient autant que la flambée, et ma défaite aux cartes fut encore plus cuisante — si je ne parvins pas à égaler le -560 de Tar Palantir, je n’étais pas loin des résultats brillamment catastrophiques de l’Empereur Elwë. Puis vinrent les premiers départs, qui nous attristèrent tous — et moi-même pas des moindres, puisque partait aussi Mélilot-Fleur-d’Or, qui fut longtemps une amie virtuelle avant que de prendre (enfin !) tangibilité.
* * * Les assauts de flûtiaux se firent dès lors plus nombreux — voire plus cacophoniques — comme pour combler le vide laissé par les partants. On nous appris que les gents parents de Dame Kendra désiraient — tout à fait légitimement il est vrai — reprendre leurs quartiers dans leur château. Nos affaires furent donc transvasées dans la maison commune, et la chambre que Mélilot-Fleur-d’Or avait monopolisé jusqu’alors fut garnie de trois sacs de couchage et de leur occupants. Commença alors un concert improvisé de cris d’oiseaux — chouettes et oiseaux de Paradis, merles flûtés et autres piafs. Dame Kendra se montra fort dépitée de ne pouvoir les imiter — mais il est très difficile d’expliquer les arcanes de cet art qui ne nécessite qu’un souffle. Ainsi d’autres hères nous rejoignirent, peu pressés de dormir et plutôt désireux de profiter encore de notre mutuelle compagnie. Au grand dam de Dame Sylvae qui, elle, aurait souhaité dormir en paix.
* * *
A peine sorté-je de ma torpeur matinale que d’autres départs s’ensuivirent : la sympatique paire que formaient Medonnen Eldandil et l’Empereur Elwë profita que nous ouvrions à peine les yeux pour nous faire leurs adieux… Et encore, l’Empereur n’eut pas droit à la haie d’honneur due à son rang, d’autres convives étant trop préoccupés à dormir pour penser sortir le nez de leurs couvertures. Ce départ finit de nous attrister… aussi car il était prélude au nôtre. En effet, six autres comparses devaient prendre la route peu après, et il serait faux de dire que le fait de partir ensemble ne les rassurait pas. Assurément, eut-ils dû aller chacun de leur côté que les larmes eurent coulées. Cependant, l’heure approchant, les carrosses de Dame Kendra et Dame Sylvae furent préparés et — le temps pressant — ils partirent… Laissant le silence retomber derrière eux… De ceux qui restèrent, je ne puis rien dire…
Toujours est-il que la troupe ne fit qu’aller diminuant, et que mon moral fit de même… Jusqu’arrivés à la Capitale des Gaules et de la Gastronomie Française, où je devais me retrouver seule pour rejoindre ma combe. La fatigue prit alors le contrôle de mon esprit et je somnolai tout du long… La suite de la semaine allait avoir la même couleur grisâtre…
* * * Le Vieux dodelina de la tête… la fatigue prenait le contrôle de son esprit aussi… Il chercha alors à se souvenir du rire de chacun, de la voix de tous, et des éclats des regards. Et la Rencontre avait tant été marquée par le signe de la Faërie qu’il en recouvra la mémoire fraîche et claire, intacte et juste… Et loin de pleurer, il se prit à rire à son tour, silencieusement. |
|
Voir le
chapitre 13 sur 15
|
|
|
Script fourni par
,
adapté et modifié par .
|