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Conte d'Hiver a Sombreval

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 13: Fin
(par Saivh, ajouté le 31/01/06 17:06)




Les rouleaux de cuivre de La Lilotte tombaient de son bonnet et se rependaient sur ses epaules. Elle les avait peignes longuement, jusqu’a ce qu’ils luisent comme du metal poli. Gildas regardait, fascine, les cheveux de sa femme offerts sur l’etoffe or sombre de sa robe. Il leva les doigts pour les caresser. Il se retint au dernier moment, conscient de la presence des invites dans la piece. La Lilotte parlait a Robert.

- Ne t’inquiete donc pas. A mon avis elle sera ici dans un instant. Elle termine seulement de se preparer.

A contre-coeur, Gildas la regarda se lever et resservir du cidre chaud a tous. La Lamberte etait la aussi, la taverne confiee ses fils. Gildas n’aurait pu dire si c’etait une bonne idée. Robert se tenait debout, devant la cheminee. Il regardait les deux petits garcons jouer. Beckky partageait un banc avec la soeur du sauvageon. Gildas passait ses journees a la forge. Il ne la connaissait donc que de vue. Mais Beckky avait l’air d’etre amie. Apres tout, c’etait sans doute a cause des plantes qu’elles s’etaient rencontrees.




Gayette marchait main dans la main avec les Yeux Verts. Octobre et les loups trottinaient a leur cote, laissant des petites empreintes rondes dans la neige. Ici aussi c’etait la nuit. Le ciel etait d’encre et les etoiles nombreuses et brillantes, comme des eclaboussures. La peau de l’homme etait chaude et Gayette porta ses doigts a sa bouche.




Robert etait agite. Les conversations s’etaient tues et un silence gene flottait dans la piece.

- Navre, mais je vais voir ou elle reste. Ca commence a m’inquieter. Il y a des soldats partout et j’ai peur qu’ils aient pris des libertes avec ma femme.

Des cris rauques a l’exterieur semblaient confirmer ses craintes.
La Lamberte leva la main.

- Ils sont après la louve, Robert. Et ce sont seulement des cris de soldats ivres. Mes garcons ont du avoir la main lourde, ajouta-t-elle avec un sourire mal dissimule.
- Justement, ivres!

Robert prit son manteau. La Lilotte fit mine de se lever.

- Je viens avec toi?
- Non. Ca ne devrait pas etre long.

Robert sortit. Le froid lui mordit les doigts. Des soldats ivres faisaient beacoup de bruit dans la taverne. Ce qui le frappa fut le nombre d’hommes a cheval. Et les moines. Des hommes a pied couraient dans tous les sens portant des flambeaux.

Robert poussa la porte. Il faisait sombre. Il fut decu, meme si il s’y etait attendu. Il appella le nom de Gayette. Il savait que seul le silence lui repondrait. Le front couvert de sueur froide, les levres bercees par la nausee, il retourna chez Gildas.

- Gayette a disparu. Je vais donner l’alarme.

Gildas se leva et prit son manteau.

- Je viens avec toi. Je passe a la forge prendre un marteau. Va deja prevenir les soldats, qu’ils gardent l’oeil ouvert quand ils seront dans les bois. On ne sait jamais, la louve est peut-etre plus proche que d’habitude. Je vais prevenir le reste du village.

Robert sortit en trombe.





L’ecorce, la robe bleue et les rubans etaient etales pele-mele sur le sol. La mousse etait douce. La peau de l’homme etait sombre et sentait la seve. Les doigts de Gayette en parcouraient lentement chaque recoin. Elle se serra contre lui. Chaque baiser racontait une histoire. La langue et l’histoire des lieux se distillaient peu a peu en elle. Le monde d’ou elle etait venu prenait la consistance trouble d’un reve. La realite devenait palpable.





Un groupe de villageois s’etait reuni dans la rue principale. Robert hela un soldat presse.

- Ma femme a disparu! Il faut organiser des recherches!

Le soldat repoussa la main de Robert avec degout.

- On a d’autres choses a faire que s’occuper de ta bonne femme! Le Baron part a l’instant chasser la bete. Les moines temoigneront de ce miracle de Noel. M’est avis que ta gueuze est allee voir en foret que les soldats du Baron sont de vrais hommes, eux!

Il eut un rire gras avant de rajouter:

- Puisque vous etes la, vous allez rejoinder la troupe du Seigneur Helmgaud. On a besoin de flambeaux!

Les villageois echangerent des regards inquiets avant d’etre pousses par les soldats vers la sortie de village.





Helmgaud scrutait les bois, les yeux mi-clos. Les chiens gemissaient et devenaient difficiles a tenir. Elle ne devait pas etre loin. Derriere lui, des moines priaient a voix basses dans un bourdonnement uni. Il pouvait voir des flambeaux s’etirer a sa gauche et a sa droite. Les hommes etaient nombreux. Elle n’avait aucune chance.





Le corps de Gayette etait lourd et chaud. La mousse etait profonde et confortable. L’homme dormait, la tete posee sur le ventre de la jeune femme. Dans un demi sommeil, elle lui caressait distraitement les cheveux. Elle avait le sentiment d’etre revenue chez elle après des annees d’absence. Elle se souvenait clairement de lui. Des rochers, des colinnes vertes, des chenes aux troncs tordus et moussus. Elle se souvenait lui avoir ceint une epee a la taille. Elle etait terminee d’une tete de serpent stylisee. Elle se souvint avoir pris part a certaines batailles avec lui, les corbeaux tourbillonant derriere eux, comme une tempete de neige noire. Les loups. La mer. La langue. Comment pouvait-elle meme l’avoir oubliee? Elle revoyait clairement le rocher qui dominait la vallee basse et la riviere. Le paysage qui se perdait dans les brumes vertes d’un ete chaud. Les grandes salles de bois peintes de couleurs vives. Leur chambre ou ils pouvaient rester enfermes des jours entiers. Gayette sourit. Elle se laissa glisser et serra les jambes autour de la taille de l’homme.





Les aboyments des chiens se repercutaient dans la vallee. Helmgaud chevauchait a l’avant. Les flames des torches tordaient les ombres des arbres. Le coeur de la vieille louve battait douloureusement dans sa poitrine. Ses grands yeux dores fixaient les silhouettes des hommes avec resignation. Ils ne tarderaient pas a la trouver. Elle trottina tristement hors des fourres.

Un homme pointa la doigt.

- La! Droit devant! Mon Seigneur! La bete!

D’autres voix monterent.

- Ne la laisser pas s’echapper! Par la!

Les branches et le givre craquaient sous les pieds des soldats et des villageois.

Les chiens s’elancerent avec des aboyments aigus. Helmgaud prit sa lance.

- Prenez garde Seigneur! Elle a soif de sang! Elle a les yeux rouges.

Helmgaud claqua la langue avec impatience. L’imbecile en faisait trop. La louve etait loin devant. Les chiens ne tarderaient pas a l’encerlcer rapidement. Le cercle des flambeaux formait un perimetre d’ou la bete ne pourrait jamais s’echapper. Un petit sourire carnassier se dessina sur les levres du Baron. Il imaginait les yeux bruns de Valentine quand il lui offrirait la pelisse. Helmgaud talonna son cheval et fonca sur la louve. La bete ne bougeait pas et le regardait venir a elle patiemment.

Ses grands yeux ronds et ambres s’ecaquillerent avec surprise lorsque l’epieu penetra violement et profondemment dans son flanc gauche. Elle eut juste le temps d’enregistrer la perplexite du Baron. Elle n’avait pas lutte et il ne comprenait pas. Ses yeux se voilerent et elle n’etait plus la pour entendre le chant des moines et les cris de rejouissance des hommes.





Gayette se redressa brusquement et vomit violement. Elle pressa les mains sur son cote gauche. Elle se forca a respirer longuement et calmement, a ne pas trembler. Serre contre elle, les Yeux Verts degageait des meches de son visage. Il la regardait calmement, attendait. Gayette ouvrit les yeux et les plongea dans les siens. Elle souriait.

- Je suis libre.

Ils se leverent. L’homme passa le bras autour de la taille de Gayette. Il la regardait avec fierte, comme si il la voyait pour la premiere fois. Il marcherent tranquillement en direction du lac. Les etoiles s’etiraient dans le ciel. Les loups et Octobre etaient pres d’eux. Ils avaient l’eternite.




Voir le chapitre 13 sur 14



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.