La nuit fut courte mais agréable pour Sam et c’est bien réveillé et en pleine forme qu’il se leva dès l’aube le lendemain matin, avant même Dunman. Il était plus motivé que jamais et était prêt à suivre toutes les directives du vieil ermite afin de pouvoir s’enfoncer au plus vite dans la Forêt … enfin ! Après un rapide petit déjeuner, les deux hommes sortirent ensemble et commencèrent à avancer quelque peu sous l’ombre des vieux chênes et des hêtres, assez nombreux en cette région de la Forêt.
L’air était toujours humide et le vent frais. Néanmoins, la marche était agréable et Sam prenait un grand plaisir à cheminer tout en observant ce paysage nouveau pour lui : si les arbres étaient vieux et tordus, parfois menaçants, il s’en dégageait néanmoins un charme certain, surtout lorsque un rayon de soleil parvenait à franchir l’épaisse barrière de broussailles et de branchages qui s’étendait au-dessus de leurs têtes. Il s’émerveillait de la beauté des feuilles multicolores, parfois encore vertes ou portant déjà les couleurs changeantes de l’automne … Et lorsque au loin, il entendait le craquement léger de la végétation au passage d’un jeune daim téméraire et assez curieux pour s’approcher des deux étranges marcheurs, le bonheur de Sam était total. Son esprit était presque grisé par tant de découvertes soudaines, toutes plus enchanteresses les unes que les autres. Et tandis qu’il respirait à pleins poumons un air chargé d’une douce odeur de mousse et d’humus au cœur de cette Forêt millénaire, il oubliait instantanément toutes les sombres histoires et les bruits effrayants qu’il avait entendus depuis sa plus tendre enfance sur la Forêt des Ombres, Galinda la Sombre, Galinda la Noire, Galinda à la sinistre mémoire. Sam et Dunman marchèrent toute la journée, zigzaguant entre les arbres dans des lieux sans cesse changeants. Ils prirent un repas rapide à base de baies et de quelques biscuits secs au cours d’une petite pause dans une clairière perdue et isolée – bien que Dunman semblât très bien la connaître –, appuyés contre un chêne tellement grand et d’apparence tellement vieux qu’il semblait totalement inimaginable qu’il ait pu un jour ne pas être à cet endroit. Le temps semblait n’avoir plus cours en ces lieux et Sam se sentait porter de rêveries en rêveries sans parvenir à réaliser parfaitement ce qu’il était en train de vivre. Il était très heureux de pouvoir bénéficier de la compagnie du vieil homme car il lui semblait quasiment impossible de parvenir à se repérer dans ce labyrinthe végétal impressionnant. Mais Dunman semblait connaître l’emplacement de chaque arbre par cœur et ses commentaires sur les différentes essences rencontrées ou sur les animaux entre aperçus au loin étaient aussi passionnants que passionnés. Toutefois, le plus souvent, les deux hommes se contentaient de marcher silencieusement dans une nature que l’homme ne venait que très rarement troubler. Le vieil homme s’arrêtait parfois auprès d’un arbre – souvent d’ailleurs un arbre vieux et malade – et il caressait lentement son écorce, tout simplement, il semblait lui parler … Quel étrange spectacle pour un garçon à qui l’on a appris depuis son plus jeune âge à considérer la Forêt comme sa plus terrible ennemie !
Lorsqu’ils rentrèrent enfin à la cabane le soir, ils étaient tous deux fourbus mais heureux de leur journée, tant pour le plaisir apporté par la marche et la découverte que pour avoir pu être simplement ensembles, en ces lieux craints du monde entier. Le premier vrai contact de Sam avec la Forêt avait été tout autre que ce qu’il avait imaginé et il n’était pas au bout de ses surprises.
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