Chapitre 14:
Pourquoi ?
(par
michele huwart, ajouté le 09/01/04 12:46)
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Le lendemain fut pareil à la veille. Coups, privations et humiliations furent le lot de notre prisonnier. Qui ne parlait toujours pas. Ni pour raconter ce qu'Androg voulait savoir, ni pour se plaindre. Je lui donnai ma part de coups. Sans plaisir. Et j'évitais de le regarder dans les yeux lorsque je lui lançais des phrases ordurières. J'espérais ardemment le retour prochain de Neithan. Le Capitaine mettrait fin à cette barbarie. D'une façon ou d'une autre. J'en étais certain. Il y eut une nouvelle nuit, et un nouveau matin. Androg semblait nerveux. De plus en plus nerveux. Il s'était emparé de l'arc de l'étranger, et tirait, nerveusement, des flèches vers un arbrisseau. Puis, se tourna vers l'Elfe, le visa. La flèche vint se planter à un pouce de sa gorge. - Raté ! Il s'approcha, retira la flèche du tronc avec brutalité. - Raté pour cette fois ! souffla-t-il à l'oreille de l'Elfe. Il ne voulait plus attendre. Il avait pris sa décision. Le prisonnier devait mourir. Quels que fussent les arguments des autres. Il nous ordonna de porter du bois mort aux pieds de l'Elfe. Celui-ci ne réagissait plus, inconscient, sans doute. Ne tenant debout que par les cordes qui l'attachaient à l'arbre. Et il me donna l'ordre de frapper. De donner le coup de grâce. Je pris mon poignard, et me dirigeai lentement vers l'étranger. J'étais prêt à frapper lorsqu'il leva la tête. Lorsqu'il plongea les yeux dans les miens. Lorsque son regard rappela à ma mémoire un autre regard. Un regard qui datait de bien des années. Un regard que je croyais avoir oublié. Et qui disait "Pourquoi ?"
Je ne pus pas frapper. Je lâchai le poignard, restai un moment immobile. Et je m'enfuis dans la forêt.
J'entendis des cris, de fureur et de rage. Puis d'autres cris. De colère et de désespoir. Neithan.
Mais peu m'importait Neithan. Et peu m'importait l'Elfe. Je me voyais, moi, tel que j'étais devenu. Tel que j'avais été depuis ce soir d'automne. Depuis que je l'avais tué. Lui. L'inconnu au manteau gris. Je me croyais un homme libre. Je n'étais qu'un assassin. Je suis tombé à terre. Et j'ai pleuré. |
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